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Le développement du commerce


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Sommaire

 La monnaie et la circulation de l'argent
 Les techniques commerciales
 Les échanges internationaux

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Le grand commerce au XIIIe siècle
Carte Alain Houot
L'urbanisation est très liée à la dynamique des échanges commerciaux. En fait, ceux-ci n'avaient jamais été réellement interrompus. Mais il est certain qu'une sécurité accrue, les protections accordées par les seigneurs, l'amélioration des transports, l'augmentation des surplus et une demande plus diversifiée, tout concourt à la relance de l'activité commerciale. Si l'église catholique condamne le bénéfice, interdit l'usure, elle reconnaît les services que le marchand rend à la société, l'indispensable rôle d'intermédiaire qu'il remplit et les risques financiers qu'il court.  

La monnaie et la circulation de l'argent

Indice de vitalité économique, la monnaie pénètre toutes les activités économiques, qu'elles soient urbaines ou rurales. La quasi-disparition de la monnaie d'or, de trop forte valeur, et la frappe du denier d'argent, dès 670, avaient déjà stimulé l'augmentation du volume des échanges et ouvert l'économie monétaire à un plus grand nombre d'usagers.  

L'augmentation du stock métallique, due essentiellement aux mines du Harz, de la Saxe et de la Bohême, permet d'alimenter les ateliers monétaires. Nombre de seigneurs et de villes disposent du droit de battre monnaie. Si les ateliers monétaires sont encore environ 300 en France au XII e  siècle, ils ne sont plus que 100 en 1270, puis 30 en 1315. Cette centralisation progressive s'accompagne d'une unification sous l'égide royale. Louis IX impose en 1262, dans tous ses Etats, le cours légal de la monnaie royale: le tournaisis, hérité du vieux système carolingien du denier. Le sou et la livre restent des monnaies de compte (1 livre vaut 20 sous, soit 240 deniers).

Sur le même modèle, Henri II Plantagenêt crée, en Angleterre, la livre sterling, équivalant à 20 shillings ou à 240 pences. Dans l'ensemble, l'Occident reste fidèle à la monnaie d'argent. L'abondance de la monnaie favorise l'accélération de sa circulation et la vitalité du commerce. Si les transactions villageoises restent modestes, en revanche il n'est pas de ville qui n'ait un droit de marché que beaucoup hissent à celui de foire.  


Les techniques commerciales

Souvent venues d'Italie, les techniques commerciales se répandent et se complexifient. Dans le domaine du prêt, surtout privé, les Juifs, jusqu'à leur expulsion de France en 1306, les Lombards et les Cahorsins prêtent sur gages.  

La banque naît des pratiques de change. En effet, la multiplicité des monnaies a nécessité la mise en place de changeurs qui fixent le cours des espèces en fonction du poids de métal pur qu'elles contiennent. Au cours du XIIe siècle à Gênes, ces changeurs étendent leurs activités à la gestion des dépôts et des virements; ceux-ci sont effectués par des contrats de change à partir de 1300. Si la simple lettre de change ne se répand qu'au XIVe siècle, le rechange est déjà pratiqué dès la fin du XIIe siècle. Par ces procédés, banquiers et marchands pratiquent une triple opération: un paiement, un change et un crédit, puisque le règlement se fait à terme. On pourrait ajouter l'opération d'investissement que réalise le banquier avec une partie des sommes déposées chez lui.  

Longtemps «pieds poudreux» itinérants, les marchands se sédentarisent, expédiant leurs commis sur les routes et les mers pour rester gérer leurs affaires en ville. Ils se regroupent de plus en plus souvent en associations, notamment en Italie. Dans la commende, née à Venise au XIe siècle, un ou plusieurs négociants fournissent l'argent, la marchandise, ou les deux, à un ou à plusieurs marchands voyageurs. Ces derniers, à leur retour, touchent une part des bénéfices convenue par avance. Souvent liées entre elles, de grandes compagnies commerciales profitent des bénéfices réalisés, mais s'effondrent ensemble lors des faillites qui marquent le début du XIVe siècle.


Les échanges internationaux

Si les Italiens innovent en matière commerciale, les marchands de l'Europe du Nord, de la Flandre à la Baltique, s'adaptent plus lentement aux nouvelles méthodes: les changeurs brugeois ne deviennent banquiers qu'au XIVe  siècle.  

Le grand commerce international s'organise d'abord à partir de deux pôles: les Pays-Bas, d'une part, avec leur draperie, en provenance de Flandre, du Hainaut puis du Brabant, que Flamands et Italiens exportent en Europe méridionale - Bruges, grand fournisseur de laine importée d'Angleterre est la place marchande la plus importante de l'univers nordique; les villes italiennes, d'autre part, qui ont puisé leur fortune dans le commerce avec l'Orient en assurant, entre autres, le trafic des épices.  

Au XIIIe  siècle deux pôles nouveaux exercent leur attraction: la Hanse teutonique et la région rhénane. Cette dernière reprend, à partir de la Flandre et des villes de la Hanse, la dynamique nord-sud vers l'Allemagne méridionale et l'Italie.


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