 Charlemagne et le pape Adrien Ier Charlemagne était un catholique dévot qui a maintenu un rapport étroit avec la papauté. En 772, lorsque le pape Adrian I été menacé par des envahisseurs, Charlemagne s'est précipité à Rome pour lui fournir de l'aide.
L'administration carolingienne
Le bienfait
L'une des origines du système féodal est à
chercher dans la coutume des rois germaniques qui, dès
l'époque mérovingienne, octroient à leurs
guerriers fidèles ce que les textes latins appellent un
«bienfait», en général une terre. Le bienfait
(qui deviendra le «bénéfice») correspond à
un service; il est personnel. Les textes sont rares, mais il y a
quelques cas d'emploi du terme germanique feo (ancêtre de
fief) dans le sens de bienfait. Le procédé devient
fréquent à l'époque carolingienne, et
Charlemagne en
fera un outil de gouvernement.
Les Carolingiens
Les
Carolingiens
généralisent la pratique du serment: ainsi, devenu
empereur en 800, Charlemagne exige-t-il en 802 un
serment public de fidélité personnelle. Tous les
éléments essentiels de la féodalité sont donc
en place dès le IX
e
siècle. Pourtant, on ne peut
alors parler de féodalité, et moins encore de
féodalisme, car il existe alors une vraie structure
d'Etat. Les Carolingiens, tant qu'ils gardent le
contrôle de l'Eglise et de ses immenses domaines, tant
que leurs conquêtes militaires leur permettent de satisfaire
les appétits de terres de leurs guerriers, maintiennent la
notion de pouvoir public: tous les hommes libres sont
susceptibles de porter les armes; tous peuvent être
jugés par les tribunaux publics.
Le partage du domaine public
Les successeurs de
Charlemagne, au
cours de leurs luttes fratricides, distribuent la terre du domaine
public (le fisc) à leurs clientèles guerrières
respectives: en Catalogne, on parle de «terre de fief ou de
fisc» comme si c'était la même chose. Or, dans
le courant du IX
e
siècle, ces bienfaits
deviennent héréditaires; souvent, leur origine publique a
été complètement oubliée. Les membres de
l'aristocratie guerrière carolingienne, à commencer
par les plus éminents d'entre eux, les comtes,
s'approprient les lambeaux du domaine public, qu'ils
considèrent comme leurs alleux. La dynastie carolingienne
disparue, les rois qui lui succèdent, du moins en Francie et
en Italie, ne gardent qu'une vague prééminence sur
les autres puissants, due en grande partie au caractère
religieux que leur confèrent le sacre et l'onction; pour
le reste, ils ne peuvent se fier qu'à leurs propres
fidèles et à leurs terres.
Les nouveaux représentants du pouvoir
La féodalité s'implante
réellement, remplaçant l'Etat comme système
capable de contrôler les rapports sociaux en gérant, de
façon complètement éclatée, l'autorité
publique.
Les princes
Les comtes, à l'origine fonctionnaires amovibles,
voient leur titre, au IX
e
siècle, devenir
héréditaires; certaines familles ont regroupé
plusieurs comtés pour constituer des principautés:
telle est l'origine des Capétiens, par exemple, qui
bâtissent entre Loire et Oise un conglomérat, où
le domaine public de plusieurs comtés s'ajoute aux
terres arrachées aux églises et aux monastères.
Mais la concurrence entre ces «princes» est
féroce: des guerres incessantes les opposent, car le
processus de décomposition de la puissance publique ne
s'arrête pas à eux.
Les châtelains
Les princes rétribuent ceux qui les soutiennent en
leur accordant des positions d'origine publique:
vicomtés, garde de forteresses. Chacun de ces
détenteurs d'une parcelle de légitimité si
infime soit-elle, essaie d'affirmer à son tour son
indépendance et de s'arroger l'exercice du pouvoir
public de commandement (le ban). Dès la fin du IX
e
siècle, dans nombre de
régions, les châtelains ont conquis leur autonomie; et
les châteaux, d'abord simples constructions de bois
érigées sur une motte de terre, deviennent les centres
de pouvoir. Rares sont les territoires où, comme en
Normandie, le comte garde le contrôle de la construction des
châteaux: au début du XI
e
siècle, dans une grande
partie de l'Europe de l'Ouest, la notion de pouvoir
public n'est plus qu'un vague souvenir.
Les milites
Autour de chacun des noyaux concurrentiels de pouvoir se
constituent des troupes de guerriers: il faut s'assurer des
hommes en nombre, et surtout ces cavaliers qui dominent les
champs de bataille. Or leur équipement est de plus en plus
coûteux: la broigne, à l'origine tunique de cuir
rembourrée, se couvre de plaques de métal; à
partir du XIe siècle, elle est remplacée par le
haubert, ou cotte de mailles; de même, le cheval capable de
porter ce lourd cavalier et de manœuvrer est cher. La guerre
n'est plus l'affaire de tous les hommes libres: elle est
l'affaire de ceux qui sont assez riches pour
s'équiper et s'entraîner, de ceux à qui,
par le bénéfice puis par le fief, on donne le moyen
d'être des guerriers et non des travailleurs.
Ainsi naissent ces bandes de soldats
(milites en latin), qui vont bientôt devenir des chevaliers:
pour se les attacher plus sûrement, on leur fait prêter
hommage et serment, on en fait des vassaux; pour assurer leur
entretien, on leur confie des fiefs. Le système de relations
féodo-vassaliques se généralise donc au fur et
à mesure que le pouvoir de commandement public éclate et
s'éparpille, des princes aux comtes, des comtes aux
châtelains.
Aristocratie et féodalité
L'aristocratie carolingienne a une origine publique: elle a conscience de son éminence, et, au X e siècle, seuls comtes, châtelains et membres de leurs lignages se considèrent comme nobles. Ils sont unis par un réseau complexe de relations fondé sur la politique matrimoniale et la multiplication des alliances: les familles «larges» représentent à la fois un capital et une assurance politique.
Du lignage à la noblesse Les liens féodo-vassaliques, en se multipliant, créent peu à peu une solidarité diffuse au sein de toute l'aristocratie militaire, au-delà de la vieille noblesse. Surtout, les structures de parenté se transforment, sous l'influence de l'Eglise, mais aussi des conditions matérielles. La possession de terres (donc de fiefs), permettant de mener la vie du guerrier à cheval, est vitale pour rester membre de l'aristocratie, comme la possession et l'entretien du château (de plus en plus lourd: au XIIe siècle, les donjons sont bâtis en pierre) le sont pour rester au sommet de celle-ci. Le fief étant rapidement devenu héréditaire, les familles châtelaines et chevaleresques tendent à se constituer en lignages où le nom, le fief et les terres se transmettent de père en fils aîné. Au lieu de multiplier les alliances, on va alors les restreindre, avec l'approbation de l'Eglise.
Les chefs de lignage accumulent terres et fiefs entre leurs mains: à eux les héritières sur le marché du mariage; à eux - parce qu'ils sont déjà des puissances - les fiefs encore disponibles, les fonctions prestigieuses à la cour. Montant dans l'échelle sociale, ils s'agrègent à la noblesse. Avec eux, «chevalerie» devient synonyme de «noblesse», «fief» de «terre noble». Ceux-là mêmes qui font fièrement suivre leur nom de l'épithète «noble» au X e siècle se contentent, au XII e siècle, du qualificatif de chevalier: les chefs des lignages chevaleresques forment avec la noblesse carolingienne une nouvelle noblesse homogène.
Les chevaliers errants Mais restent les «jeunes», les fils qui attendent la mort du père pour entrer en possession de l'héritage, et les cadets, qui resteront «jeunes» toute leur vie, puisque, n'héritant pas, ils ne pourront s'établir et fonder une maison: ils forment un énorme volant de main-d'Suvre guerrière, de coureurs d'aventures violents, dont la seule chance de fortune est le coup de main hasardeux. Aucun espoir de mariage pour ces chevaliers condamnés à vieillir soldats professionnels; ils ne peuvent que rêver à l'amour défendu pour la femme qui est (ou sera) à autrui, ou aux héroïques errances. Leur peine et leurs rêves alimentent les romans du Graal et la poésie lyrique qui chante l'amour courtois, qui n'est d'abord qu'un amour interdit. Ce sont ces chevaliers qui permettent les grandes conquêtes normandes en Angleterre et en Italie du Sud, qui encadrent la poussée germanique dans les terres slaves, qui lancent contre l'islam la Reconquista puis le mouvement des croisades.
L'intervention de l'Eglise
La turbulence et la violence des chevaliers errants sont aussi un danger et l'Eglise s'attache à le canaliser. Un rituel d'appartenance et d'initiation est vite apparu dans les bandes de guerriers. L'Eglise se l'approprie, en fait un rituel chrétien comprenant veillée et prières, et prône l'idéal du miles Christi, du chevalier du Christ, protecteur du pauvre, de la veuve et de l'orphelin.
Mieux même, des ordres religieux, nés en relation avec les croisades, ceux du Temple, de l'Hôpital, des chevaliers Teutoniques et bien d'autres, marient idéal monastique et idéal chevaleresque. L'attention de l'Eglise ne se limite pas à cet aspect: la domination de la féodalité sur l'ensemble de la société médiévale est dès le XIe siècle un enjeu essentiel.
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