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Dynastie Tang

618 à 907
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Sommaire

 Un demi-siècle de prospérité
 La période d'anarchie
 La civilisation des Tang
 L'art des Tang

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La Chine des Tang
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Un demi-siècle de prospérité
Treizième dynastie chinoise, la dynastie des Tang (ou T'ang) a régné de 618 à 907. Au lendemain d'une longue division entre le Nord et le Sud, cette dynastie, qui constitue le deuxième grand empire après les Han, brilla par son extension territoriale, sa civilisation pleine de vigueur et son large rayonnement.

Le règne de Kao-tsou
Vainqueur des Sui, Li Che-min confia le pouvoir à son père Kao-tsou (618-626). Les nouveaux maîtres de la Chine reprirent l'œuvre de Wen-ti (des Sui) en procédant à une vaste réforme agraire, dont le principe de base était qu'aucune terre ne pouvait être donnée en fermage. Cependant, les cas d'exemption (fonctionnaires, monastères) étaient si nombreux que la loi ne put empêcher la «disparition des paysans».  

Sur le plan administratif, une importante novation consista à confier les provinces à des gouverneurs militaires (ce sera, à longue échéance, la perte de la dynastie). Le gouvernement central, copié sur celui des Han, fut perfectionné par la création de sections techniques confiées à des experts plutôt qu'à des lettrés. Le bon fonctionnement du système permit une augmentation sans précédent du budget de l'Etat: la population atteignait le chiffre de cinquante millions d'habitants (dont deux millions pour la capitale).  

Le règne de T'aï-tsong
En 626, Li Che-min poussa son père à abdiquer et monta sur le trône (T'aï-tsong, 626-649). Son premier souci fut d'asseoir la puissance chinoise en Asie, tant par les armes que par la diplomatie. Il obtint en particulier l'alliance des Turcs Ouïgours. En 648, la domination chinoise fut de nouveau effective au Xinjiang; ce fut ensuite la conquête de la Corée, où les Chinois se heurtèrent pour la première fois aux Japonais, qui avaient des intérêts dans le pays.  

Le règne de Kao-tsong
Kao-tsong (650-683) consacra son règne à consolider l'œuvre de son père. Grâce à ses frontières bien protégées, à son administration, à ses routes, à ses canaux, l'Empire connut alors une prospérité générale. De nombreux étrangers convergeaient par terre et par mer, apportant avec eux les produits du monde entier, tandis que la langue chinoise devenait un moyen de communication universel dans tous les milieux cultivés de l'Asie orientale. Dès les dernières années du règne se manifesta cependant un déclin que plus rien ne devait freiner.

La période d'anarchie
La faute en revient à l'impératrice Wu Tsö-tien (683-705), concubine de Kao-tsong, dont elle fit son jouet.  

L'influence des concubines
Une fois au pouvoir, Wu Tsö-tien mena la politique de la gentilhommerie chinoise, son alliée, mécontente de la politique turcophile de la cour et inféodée au clergé bouddhiste. Economiquement tout-puissant, ce dernier transformait les monastères en banques de dépôt et faussait le jeu monétaire en fondant l'argent des offrandes pour le thésauriser sous forme de statues. La politique de Wu Tsö-tien fut poursuivie par l'impératrice Wei. Pour recouvrer un certain équilibre, la réaction porta sur le trône Xuanzong (712-756), grand protecteur des arts, mais souverain faible, bientôt manipulé par un entourage sans scrupule, dont l'âme était la belle concubine Yang Kouei-fei.  

Les guerres civiles
Un des membres de l'entourage de Hiuan-tsong, le général Ngan Louchan, avait su exagérer les risques d'une invasion barbare pour se faire confier une armée considérable, avec laquelle il marcha sur la capitale. En fuite, l'empereur abdiqua au profit de son fils Su-tsong (756-762), qui défit l'usurpateur avec l'aide de la cavalerie ouïgoure, mais la Chine ne devait pas se remettre de la guerre civile, qui coûta la vie à un tiers de la population. Quant aux alliés turcs, conscients d'être indispensables, ils se conduisaient en maîtres dans la capitale, où ils exigeaient de leurs chevaux un prix exorbitant. Dans les provinces, les gouverneurs cessèrent d'acheminer l'impôt et transmirent leur charge à leurs fils. Pour sauver la situation, le gouvernement décida en 845 d'interdire les religions étrangères. Il ne s'agissait pas de prendre une mesure antireligieuse, mais de récupérer l'argent des étrangers, placé dans les monastères bouddhiques, dans les temples mazdéens, les mosquées, etc. Cette manœuvre audacieuse n'intervint d'ailleurs qu'après l'écrasement des dangereux alliés ouïgours par les Turcs Cha-t'o.  

La fin de la dynastie Tang
La dynastie vivait ses derniers jours: le IX
e  siècle fut jalonné de révoltes paysannes réprimées dans le sang; au cours de la plus importante, qui dura six ans (874-880), eut lieu la prise de Canton, avec le massacre de cent vingt mille étrangers. La capitale fut sauvée in extremis grâce à l'aide des Turcs, mais la dynastie des Tang devait néanmoins sombrer en 907 dans le désordre général. La Chine allait connaître alors un nouveau morcellement (période des Cinq Dynasties) jusqu'à l'arrivée des Song.

La civilisation des Tang
Les deux grands bâtisseurs du Nouvel Empire, Wen-ti des Sui et Li Che-min, des Tang, étaient tous deux originaires du Nord, longtemps dominé par les Barbares. Les populations nomades avaient été finalement assimilées; cependant, elles avaient transmis aux Chinois une part importante de leur civilisation, à commencer par les usages de la vie quotidienne, la musique, les divertissements. La chasse, le cheval, l'escrime complétèrent désormais la vie du lettré, lequel avait partiellement oublié ses préjugés contre la caste militaire et les marchands. Les Tang se voulaient pourtant chinois, depuis le gouvernement, copié sur celui des Han, jusqu'à la culture, avec la réaction classiciste en littérature. Ils avaient conscience d'être le deuxième grand empire.

La pensée Tang
L'art des Tang est vigoureux et créateur, mais leur pensée n'est guère originale. Pour réaliser l'unification morale après l'unification politique, on procéda surtout à de grands travaux de compilation et d'études sur les classiques confucéens. Des recherches privées, plus originales, mettant en doute l'authenticité de certains textes, annoncent les philologues des dynasties postérieures.  

Le bouddhisme et le taoïsme eurent leur rôle à jouer dans l'élaboration des contes Tang, œuvres de lettrés éclectiques. Tous sont d'une haute tenue littéraire; certains, telle la Biographie de Li Wa, sont de véritables joyaux. La grande prose, avec Lieou Tsongyuan (773-819) et surtout Han Yu (768-824), se place sous le signe du retour à l'antique, en réaction contre le style ampoulé des Six Dynasties.  

Il faut rappeler le rayonnement de la civilisation des Tang sur toute l'Asie orientale et son apport à la culture mondiale. Nombre d'inventions déterminantes, et en premier lieu le papier et la porcelaine, quittèrent la Chine pour la première fois et gagnèrent le monde arabe, avant d'atteindre l'Occident.  

La poésie
C'est surtout grâce à la poésie que le nom de «Tang» a acquis une célébrité mondiale. Ce genre se développe considérablement, en particulier pendant le règne de Hiuan-tsong. Outre les deux plus grands poètes chinois, Du Fu (Tou Fou) et Li Po, il faut citer Po Kiuyi (772-846), auteur du très beau Tch'ang-hen-ko («Chanson des longs regrets»), très longue pièce en vers réguliers qui chante la fuite de Hiuan-tsong et la mort de Yang Kouei-fei; Wang Wei (701-761), poète, peintre et musicien; Meng Hao-jan, grand poète paysagiste; enfin, parmi bien d'autres, Tou Mou, Yuan Tchen et Tchang Ki.  

La poésie des Tang, qui est l'aboutissement de techniques élaborées dès l'époque des Han, marque cependant un complet renouvellement de l'inspiration. Aux descriptions surchargées de palais (Six Dynasties) succède un sentiment profond de la nature, adouci par la quiétude bouddhique. De grands poètes comme Du Fu, enfin, se penchent pour la première fois sur les misères du peuple.  

Le périple de Hiuan-tsang
L'aspect politique du bouddhisme des Tang ne doit pas nous faire oublier une vie religieuse profonde dont Hiuan-tsang fut le parfait exemple. Intrigué par des textes obscurs, il partit vers les Indes en 629, afin d'en trouver l'interprétation. Après avoir maintes fois risqué sa vie le long de la Route de la soie, il atteignit le Cachemire, où il étudia pendant deux ans, avant d'arriver en 633 aux sites de la vie du Bouddha. Aux Indes, il acquit une telle réputation que l'empereur Harsha l'invita à présider un concile. Revenu en Chine en 645, après seize ans d'absence, Hiuan-tsang entama la traduction des quelque six cent cinquante-sept ouvrages qu'il rapportait, enfermés dans cinq cent vingt boîtes. Il n'en put traduire que soixante-treize avant de mourir en 664, vénéré de tous. La qualité de ses traductions, les premières véritablement irréprochables, permit aux bouddhistes chinois d'améliorer leur compréhension de cette religion étrangère. Hiuan-tsang a également laissé le Si Yeou Ki (Récits d'un voyage à l'ouest), ouvrage mi-réaliste, mi-fabuleux, qui a été traduit dans de nombreuses langues.

L'art des Tang
Puissant et vigoureux, l'art des Tang est le reflet d'une époque de grande sécurité, optimiste et énergique. C'est aussi le produit d'une société matérialiste et satisfaite d'elle-même. Influencés par l'art des Six Dynasties, les artistes Tang abandonnent les conceptions lyriques et le goût du fantastique pour se tourner vers l'aspect solide et réel des choses. Jamais, cependant, les éléments étrangers n'ont été aussi déterminants: le bouddhisme d'abord, protégé par les impératrices et parvenu à son apogée, puis la foule des voyageurs venus par mer ou par la Route de la soie et qui apportent leurs idées, leurs techniques et leurs arts.  

L'architecture et la sculpture
L'architecture bouddhique a beaucoup souffert de la persécution de 845. Il reste quelques exemples de pagodes en briques, mais les bâtiments en bois de cette époque ne sont conservés qu'au Japon, où les temples de la période de Nara en sont des copies fidèles: toits presque rectilignes, toujours imposants par leur volume, piliers majestueux, système de consoles encore assez dépouillé. Jusqu'au IX
e  siècle, la décoration des temples et des monastères a mobilisé l'énergie de la plupart des artistes. La statuaire doit beaucoup à la peinture: lignes fluides qui semblent nées du pinceau, reliefs qui sont presque des dessins incisés. La ronde-bosse elle-même donne une impression très graphique, avec un usage savant des drapés. Les formes arrondies, sensuelles, trahissent l'influence grandissante du Gandhara et de l'Inde après la sévérité des Wei.  

La peinture
Le même caractère exotique se retrouve dans la peinture; les traités picturaux de l'époque nous livrent un grand nombre de noms d'origine centre-asiatique, tel le Kachgarien Yu-tch'e Yi-seng, dont on vantait la «peinture en relief» (obtenue en fait par une application de couleur couche sur couche, jusqu'à ce que le sujet se détache effectivement). Les meilleurs artistes des villes indo-européennes de la Route de la soie affluèrent à la capitale et laissèrent une empreinte profonde.

Les thèmes de cour
Dans l'ensemble, la peinture bouddhique des Tang se laisse séduire par les techniques étrangères. Toutefois, l'art du grand maître Wu Tsao-tseu (né vers 700) est purement chinois. C'est encore au Japon qu'il faut chercher des exemples de son style, ample et majestueux. Ces dernières qualités se retrouvent dans la peinture de cour, comme le montre un remarquable rouleau de Yen Li-pen (mort en 673), les Treize Empereurs. Outre les scènes de palais, les portraits des concubines de l'empereur ou les représentations d'animaux étranges envoyés en tribut par les pays vassaux, les artistes officiels se voyaient commander les portraits des chevaux impériaux. Certains y excellaient, tel Han Kan (actif vers 750), dont le Cheval avec son palefrenier est un des chefs-d'œuvre de la peinture mondiale.  

Le paysage
En marge de cet art académique s'annonçaient, avec Li Seu-hiun et Wang Wei, les deux grandes traditions du paysage. Le premier, considéré comme le fondateur de l'école du Nord (distinction tout arbitraire établie sous les Ming), aimait les grandes compositions, la perfection du détail, les harmonies bleu-vert. Sa manière devait dégénérer en un art purement décoratif. Il n'en fut pas de même de Wang Wei (né en 701), «fondateur» de l'école du Sud et de la peinture des lettrés. Grand poète et peintre de premier plan («ses peintures étaient des poèmes et ses poèmes des peintures»), il sut saisir la réalité profonde des choses. Ses paysages de neige, fondus dans la brume, exécutés avec un minimum de moyens, sont célèbres à juste titre.  

On ne saurait conclure sans souligner la vigueur et la qualité de l'artisanat des Tang. Les porcelaines et les grès restent dans la tradition des Six Dynasties, mais l'apport barbare se signale par de nombreuses figures funéraires: chasseurs, chevaux, danseurs, en grès vernissés (dominante brun et vert). D'une finesse exquise, l'orfèvrerie est profondément marquée par l'art sassanide.

Les autres arts
On ne saurait conclure sans souligner la vigueur et la qualité de l'artisanat des Tang. Les porcelaines et les grès restent dans la tradition des Six Dynasties, mais l'apport barbare se signale par de nombreuses figures funéraires: chasseurs, chevaux, danseurs, en grès vernissés (dominante brun et vert). D'une finesse exquise, l'orfèvrerie est profondément marquée par l'art sassanide.

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Pour en savoir plus
La Chine médiévale
Dynastie Song
Le bouddhisme
Dynastie Sui




 
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