 Pillage de Rome en 410 par Alaric, roi des Wisigoths
Le royaume Wisigoth
La conquête de l'Italie et de la Gaule Ancien peuple germanique qui constituait la branche occidentale des Goths. Lorsqu'ils apparurent dans l'histoire (à la fin du IIIe siècle), les Wisigoths (c'est-à-dire les «Goths sages, vaillants») occupaient une région située entre le Dniepr et le Danube. Partiellement convertis à l'arianisme dès le IVe siècle, ils furent autorisés par l'empereur Valens à s'établir en Thrace (376), mais, mécontents du sort qu'on leur réservait sur ce territoire, ils se révoltèrent et écrasèrent l'armée romaine près d'Andrinople en 378.
De 396 à 410, sous la conduite de leur chef Alaric Ier , ils passèrent en Italie et pillèrent Rome (410). Athaulf, successeur d'Alaric, les lança alors à la conquête de la Gaule méridionale (410-415) où ils se fixèrent avec le titre de fédérés (418), occupant une vaste région s'étendant de la Provence et l'Aquitaine jusqu'à la Loire. Dans la seconde moitié du Ve siècle, leur royaume ajouta la quasi-totalité de l'Espagne à ses possessions gauloises.
Le Royaume Wisigoth de Toulouse Le royaume des Wisigoths eut d'abord Toulouse comme capitale (il englobait la partie de la France actuelle située entre la Loire et les Pyrénées). Lorsque Clovis Ier battit les Wisigoths à la bataille de Vouillé en 507, ces derniers ne conservent que la Septimanie (correspondant au Languedoc) et une partie de la Provence avec l'aide des Ostrogoths. Après la perte de Toulouse les Wisigoths installèrent leur capitale à Tolède. En 575 ils conquièrent le royaume des Suèves (situé dans le nord du Portugal et la Galice). En 711 le royaume est conquis par les musulmans.
La fin du royaume wisigothique Mais la défaite d'Alaric II à Vouillé devant les Francs de Clovis (507) entraîna la perte de l'Aquitaine, et les Wisigoths durent transférer leur capitale de Narbonne à Barcelone, puis à Tolède. Ils unifièrent l'Espagne sous leur autorité dans la seconde moitié du VIe siècle. N'ayant pas réussi à imposer l'arianisme, ils se convertirent, sous Reccared I er (586-601), au catholicisme, ce qui permit à la monarchie de se concilier le clergé.
La fusion des populations wisigothiques avec les Hispano-Latins donna naissance à une nouvelle civilisation, symbolisée par les écrits de l'évêque Isidore de Séville et par l'essor de l'architecture. Mais la puissance militaire des Wisigoths s'était considérablement affaiblie : après la défaite de Rodrigue à la bataille du Guadalete, près de Cadix (711), il ne fallut pas trois ans aux Arabes de Tariq ibn Ziyad pour anéantir leur royaume (711-713).
L'installation en Aquitaine
Les Wisigoths s'installent en
Aquitaine, où de nombreuses traces de leur séjour
d'un siècle ont été retrouvées dans
l'architecture, les sépultures, la bijouterie, notamment
dans les régions de Toulouse, de Narbonne et dans les
Pyrénées.
Toulouse devient leur capitale
en 418 et ils reçoivent, par contrat de
fédération, le droit de s'installer sur les grandes
propriétés romaines et de garder les deux tiers des
esclaves qui y travaillent. Les Wisigoths sont alors probablement
entre 50'000 et 100'000, soit un pourcentage très
faible de la population de cette zone densément occupée
par de grandes propriétés gallo-romaines.
Les relations extérieures
Le contrat avec l'Empire est, une fois encore,
respecté: les Wisigoths participent à la défense
contre les
Huns; dès
442, ils cherchent à s'installer au sud des
Pyrénées en soumettant les Suèves. Peu à peu,
ils colonisent le centre-nord de l'Espagne - la
région qui formera l'ancienne Castille - et le nord
de l'actuel Portugal, où ils occupent, là encore, les
grandes propriétés (latifundia) à l'écart
des villes.
En 475, leur roi Euric rompt le pacte
avec les Romains et organise en toute indépendance les
territoires qu'il conquiert: en 476, la domination
wisigothique s'étend jusqu'à la Provence, mais
rencontre l'hostilité croissante des Francs; la Loire
devient une véritable frontière entre Francs et
Wisigoths. La défaite face
aux Francs
en 507 - et sa mise en tutelle par Théodoric
l'Ostrogoth - retarde le plein épanouissement
d'un Etat wisigothique.
Les limites de
l'intégration
Dans tous les territoires qu'ils conservent, les
Wisigoths restent fidèles à l'arianisme, et de ce
fait il leur arrive de persécuter les chrétiens
«romains». Ils sont également attachés aux
traditions germaniques de transmission du pouvoir d'une famille
à une autre au cours d'épreuves de force très
violentes, obligatoirement suivies de périodes de vengeance
qui affaiblissent les familles royales; l'assassinat du roi
triomphant n'est pas exceptionnel.
Empiètements des Francs et des Byzantins
La défaite de Vouillé contraint
les Wisigoths à abandonner l'Aquitaine. Ils ne conservent
que la Septimanie, au nord et au sud de l'actuelle
frontière franco-espagnole, mais les Francs peu à peu les
en chassent, et cette terre restera dépeuplée
jusqu'à une recolonisation carolingienne systématique
au IX
e
siècle.
La fin de la tutelle de Théodoric ne
fait pas disparaître les difficultés: les Francs,
en 531, s'emparent de Narbonne, malgré les efforts de
rapprochement par mariages avec les
Mérovingiens.
Bientôt, de 535 à 553, la reconquête tentée en
Espagne par les troupes de l'empire d'Orient enlève
aux Wisigoths tout le sud-est de la Péninsule, désormais
nommée Spania; il faudra des décennies pour qu'ils y
réinstallent leur pouvoir. Bien loin de s'apaiser, du
reste, les conflits pour le pouvoir sont plus violents, et les
divers prétendants y associent l'empire d'Orient ou
les Francs.
L'organisation du royaume
Le dernier quart du VI
e
siècle voit se produire des
changements profonds et décisifs dans la vie du royaume. Le
principe apparaît lentement selon lequel le territoire ne doit
avoir qu'une foi, bien entendu le
catholicisme
romain, qu'une loi, celle qu'établissent les conciles
annuels, qu'un roi, intouchable après l'onction.
L'unité théorique du royaume repose sur ces
principes.
Le catholicisme romain
La conversion, en 587, de Reccared au
christianisme
romain met fin à la longue alliance des rois avec
l'arianisme. Triomphante, l'Eglise de Rome,
déclarée en 589 détentrice de la seule foi
reconnue dans le royaume, apporte un soutien total à son
nouvel allié royal. Désormais, lorsque chaque
année les évêques se réunissent en concile,
souvent à Tolède, devenue capitale royale sous le
prédécesseur de Reccared, ils prennent, en accord avec
le roi, des décisions essentielles.
La territorialité de la loi
Dès 589 sont proclamés le retour à la
territorialité de la loi, l'abandon des habitudes
funéraires germaniques, l'acceptation des mariages
mixtes et d'une culture où s'équilibrent
influences germaniques et méditerranéennes:
le IIIe concile de Tolède (589) réorganise
l'ensemble des circonscriptions épiscopales (plus de
soixante-quinze), cadre fidèle d'application de la
politique royale pourvu que celle-ci respecte la morale
chrétienne et l'influence des conciles.
L'onction royale
Le roi est désormais oint, et nul n'a plus le droit,
sous peine de sanctions religieuses, de le démettre et encore
moins de le tuer. Sans assurer une hérédité
dynastique de longue durée - le principe de
l'élection du roi à chaque nouveau règne est
maintenu -, ces décisions donnent, sans comparaison
possible avec ce qui se produit dans d'autres pays, une
réelle stabilité au pouvoir royal. Encore faut-il
contrôler réellement les territoires: les Suèves, au
nord-ouest, résistent longtemps; les Vascons, au nord, ne sont
jamais réellement soumis.
L'empreinte wisigothique
Sur de telles bases, le pouvoir royal
gagne en majesté et en culture; il ouvre le royaume aux
influences
byzantines; des
monnaies d'or impériales frappées dans des ateliers
surveillés par l'Etat sont imitées, de même que
des bijoux importés d'Orient par les nombreux marchands
orientaux installés sur la côte orientale, à
Tarragone, aux Baléares mais aussi à Lisbonne et à
Mérida; les mêmes marchands introduisent des tissus
byzantins de qualité superbe, dont le décor inspire
peintres et sculpteurs locaux; enfin, ils imposent le contrôle
du poids des monnaies selon les normes de l'empire
d'Orient. Les traces de cet Etat - presque national
- sont nombreuses et importantes.
L'art en Espagne wisigothique
Durant tout le VII
e
siècle, la cour de
Tolède donnant l'impulsion, le royaume wisigothique
connaît en Espagne un grand épanouissement artistique.
Barcelone, Tarragone, Cordoue, Séville, Mérida sont des
centres actifs de production artistique. Les bijoux en
orfèvrerie cloisonnée, les couronnes votives des rois
montrent une association heureuse entre traditions germaniques
venues de l'art du sud de la Russie et influence byzantine.
Les fouilles archéologiques ont illustré, depuis une
vingtaine d'années, la richesse de la production
architecturale.
De petites églises très
belles, au décor remarquable, ornées d'arcs
outrepassés, subsistent aujourd'hui dans le nord-ouest
de l'Espagne et le nord du Portugal. Dans le Sud-Est, des
églises de tradition plus orientale, pourvues de deux
absides, ont été retrouvées; leur décor
n'est pas sans rapport avec celui que l'on trouve dans
les églises d'Afrique du Nord au V
e
siècle. Les traditions
artistiques de ce moment exceptionnel vont se conserver et se
transformer après l'arrivée des Maures,
en 711, aussi bien dans le refuge wisigoth du Nord-Ouest,
autour d'Oviedo puis de León, que dans les zones
passées sous contrôle musulman.
L'Hispana
Dans le domaine de la loi, une collection que les
historiens appellent "Hispana" est tirée des
textes romains et de ceux des conciles. Très original,
l'Hispana va exercer une influence de longue durée en
Occident, même après la disparition des Wisigoths, tout
spécialement dans la définition du caractère
sacré du roi, à condition qu'il respecte ses
engagements à l'égard de l'Eglise.
La répression
Leur pouvoir et l'appui des conciles ont permis aux
rois d'appliquer une très dure politique de
centralisation et de réduction des oppositions: le serment
de fidélité est imposé aux aristocrates
en 642. Au milieu du VII
e
siècle, le roi Receswinthe a
pu mettre en vigueur une législation écrite applicable
à tous les sujets. La violence de l'Etat wisigothique
pèse tout spécialement sur les juifs, nombreux encore
à vivre en Espagne.
Dès le VI
e
siècle, mais surtout au
VII
e
siècle, la législation des
conciles entraîne des persécutions terribles: les juifs
ont le choix entre la conversion et l'exil; des enfants sont
enlevés à leurs parents pour être convertis;
en 633, l'exercice de toute fonction publique leur est
interdit.
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