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Les Vandales pillant Rome, par Heinrich Leutemann
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Au Ier siècle, le nom des Vandales recouvre un groupe de peuples germaniques divers installés entre la Vistule et l'Oder. Par la suite, il s'appliquera à deux tribus menant une existence parallèle, les Silings, installés sur le Main supérieur, et les Hasdings, établis en Pannonie.
Des migrations successives les entraînèrent au IVe siècle des bords du Danube jusqu'aux rives du Rhin, puis à travers la Gaule et l'Espagne, jusqu'en Afrique du Nord, où ils fondèrent au Ve siècle un éphémère royaume.
L'itinéraire Vandale
Le peuple vandale est mal connu: archétype de la barbarie, il servit de bouc émissaire; on a vu les Vandales partout, et ils ont été confondus avec d'autres peuples. Vivant au Ier siècle après J.-C. sur les rives méridionales de la Baltique, aux côtés des Goths dont ils étaient proches, ils s'installèrent ensuite en Pannonie (région d'Europe centrale située entre le Danube et l'Illyrie), d'où ils furent chassés par les Huns au début du Ve siècle. Mêlés à d'autres peuples, ils participèrent au passage du Rhin (406) et à l'invasion de la Gaule, qu'ils traversèrent rapidement.
Espagne Dès 409, ils pénétrèrent en Espagne et résistèrent, non sans mal, à une attaque des Wisigoths. Cette étape espagnole fut capitale pour eux, car ils s'initièrent à la navigation et acquirent, seuls de tous les peuples germaniques, la maîtrise de la mer. Aussi, l'Espagne pillée, purent-ils, sous la direction du roi Genséric, franchir le détroit de Gibraltar (429) et, progressant le long des côtes, s'installer en Numidie.
Le royaume vandale d'Afrique
L'installation des Vandales en Afrique
fut brutale. En 439, les Vandales s'emparèrent de
Carthage, la
capitale de l'Afrique romaine, et envahirent la
Tunisie actuelle.
En 442, Rome dut accepter de leur céder ces territoires, les
plus riches d'Afrique du Nord.
La confiscation des terres
Les Vandales confisquèrent les terres nécessaires
à leur implantation et expulsèrent les
propriétaires. Ce fut le seul peuple barbare en voie de
fixation à ne pas appliquer le régime de
l'hospitalité (partage des terres entre le
propriétaire et le nouveau venu barbare). Certes, tous les
propriétaires romains ne furent pas
dépossédés: les Vandales n'étaient pas
plus de 80'000. En outre,
les coutumes
romaines furent conservées, tant dans la vie quotidienne
que dans le régime d'exploitation des terres: les
tablettes Albertini, document daté des
années 493-496, décrivent un régime agraire
identique à celui du Bas-Empire.
La coexistence politique et
religieuse
Sur les plans politique et administratif, les Vandales
appliquèrent naturellement le système dualiste dans
lequel les Romano-Africains conservaient leurs structures
traditionnelles; les Vandales, regroupés en colonies
militaires sous l'autorité d'un agent du roi,
étaient chargés de la défense. C'est
l'organisation que Théodoric introduira un peu plus tard
en Italie.
Cependant, par les modalités de leur
implantation, les Vandales rendirent impossible toute fusion avec
les populations romano-africaines. Les problèmes religieux
renforcèrent l'hostilité. Les Vandales ariens se
heurtèrent à l'Eglise
catholique la plus
puissante et la mieux implantée d'Occident; cette Eglise
n'accepta le pouvoir vandale que comme un pouvoir de fait et
mena une véritable opposition politique. En réalité,
Genséric et ses successeurs ne surent jamais comment se
comporter vis-à-vis de l'Eglise: leurs politiques
contradictoires ne feront qu'accroître leur isolement.
La politique méditerranéenne
Les Vandales, maîtres de
la
Méditerranée occidentale, ont-ils eu l'idée
de fonder un empire maritime, un empire du blé? La question
peut être posée car ils se sont emparés, dans
l'Occident méditerranéen, des régions
productrices de céréales, celles qui approvisionnaient
Rome et l'Italie: l'Afrique, la Sicile, la Sardaigne, ainsi
que la Corse et les Baléares (moins intéressantes pour le
blé). Ils ont mené des raids de pillage le long des
côtes espagnoles, italiennes et grecques, saccageant Rome de
fond en comble (455).
Pour certains, les Vandales furent
seulement des pirates, mais, dans ce cas, on comprend mal leur
obstination à s'emparer de la Sicile. Pour d'autres,
les Vandales comprirent vite que, grâce à leur flotte,
ils tenaient Rome à leur merci; les tenants de cette
hypothèse (celle d'une politique consciente de mainmise
sur les régions à blé) rendent les Vandales
responsables de
la chute de
l'Empire romain d'Occident. Ne pouvant réaliser la
conquête de l'Italie (qu'ils ont peut-être
souhaitée), les Vandales ont pu envisager de l'asphyxier
économiquement.
L'échec des Vandales
Après la mort de Genséric, le
royaume vandale s'affaiblit. Les rivalités entre les
héritiers du trône (le système de succession, dit de
la tanistry, imaginé par Genséric, confiait le pouvoir
d'abord aux collatéraux du roi défunt, les enfants
devant attendre leur tour), l'incohérence de la politique
religieuse, la résurgence de la menace des peuples
berbères que Rome avait réussi à contenir minent un
Etat qui ne peut compter que sur la force pour survivre. Aussi,
lorsque Justinien entreprend de reconquérir l'Occident,
c'est par l'Afrique qu'il commence. En 533-534, les
Vandales sont vaincus, déportés en Asie,
intégrés aux armées de Byzance. Ils disparaissent en
tant que peuple. Aucune trace de leur passage ne subsiste en
Afrique. Ils n'ont rien laissé, excepté leur nom.
Vandales et vandalisme
La postérité a fait porter la responsabilité
de la barbarie, du pillage, de la destruction aveugle aux seuls
Vandales. En 1734,
Voltaire utilisa
pour la première fois le mot «
vandale
» dans le sens péjoratif
qu'on lui connaît depuis lors; il est probable qu'il
l'a repris de Pope, puisque les Britanniques employèrent
le mot dès le XVII
e
siècle. On doit le mot
«vandalisme» à l'abbé Grégoire, qui
l'utilisa dans un rapport à la Convention en 1794.
Son succès fut immédiat. Comme l'écrit
Grégoire, le mot vandalisme fut «naturalisé dans
toutes les langues cultivées de l'Europe».
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