|

Art des Germains : garniture en bronze Musée national de Copenhague
|
Les origines
Les Germains apparaissent tardivement dans
les sources écrites. Les Germains sont à l'origine un
sous-groupe périphérique du vaste ensemble nordique.
L'archéologie montre qu'un complexe culturel
spécifique recouvre une zone comprenant l'Allemagne du
Nord, les Pays-Bas, le Danemark, le sud de la Norvège et le
sud de la Suède. Comme les principaux complexes culturels
européens, celui-ci s'est mis en place entre 2000
et 1500 avant notre ère, c'est-à-dire au
début de l'âge du bronze.
Ce «complexe nordique»,
qualifié plus tard de «germanique» par ses voisins,
s'étend vers le sud. Dans le courant du I
er
siècle avant notre ère,
l'expansion s'accélère. La limite, fixée
jusque-là au niveau de la forêt de Thuringe, atteint
rapidement le Danube, que
l'Empire
romain a choisi comme frontière. Cette poussée
germanique fut une sorte de répétition pour les invasions
qui ont bousculé l'Empire romain quatre siècles plus
tard.
Evolution de la société
Les communautés du complexe nordique
vivent d'agriculture et d'élevage. Certaines
d'entre elles pratiquent de plus une pêche en mer
semi-spécialisée. Dépourvues des matières
premières nécessaires à la fabrication des bronzes,
elles récoltent l'ambre - cette résine fossile
très abondante sur les rives de la mer Baltique - et
l'échangent contre du bronze, développant ainsi une
importante production bronzière. Le mode d'occupation de
l'espace est celui de la ferme isolée comme
élément de base. La maison se caractérise par une
forme très allongée et une architecture à trois
nefs: deux rangées de poteaux verticaux partagent
longitudinalement l'espace intérieur. A l'âge du
fer, l'habitation des hommes et l'étable se trouvent
réunies sous le même toit. Toutefois, cette pratique est
peut-être antérieure.
L'histoire du complexe nordique
évolue en dents de scie. Entre 1500 et 1200 avant
J.-C., les échanges s'accroissent fortement: les
communautés se lancent dans une production de bronzes de
qualité. Un gros effort de déforestation leur a permis
d'accroître les surfaces cultivées.
Parallèlement, la société se hiérarchise. Les
chefs résident dans de grandes maisons, au sein d'une
agglomération plus importante que la moyenne, et ils sont
enterrés, avec leurs proches, dans de petits tertres
hémisphériques. Cette forme d'organisation a
été brisée pendant les deux ou trois siècles
suivants, sans que les causes en soient encore
élucidées. L'approvisionnement en bronze a
fortement fléchi; il s'agit peut-être de l'une
des causes de cette crise. Dans ce cas, elle est à mettre en
relation avec la situation conflictuelle que connaît, au
même moment, le complexe nord-alpin -
c'est-à-dire
les
Celtes - producteur de cuivre et d'étain.
Les réseaux d'échanges
Les réseaux d'échanges à longue distance
se rétablissent entre 800 et 650. Mais ces échanges sont
dorénavant contrôlés par des centres de
redistribution moins nombreux qu'auparavant. De riches tombes
monumentales à mobilier funéraire prestigieux sont
érigées près de ces pôles économiques dont
la compétence est devenue régionale. Ce sont les
sépulcres de chefs dont la puissance demeure fragile, car elle
est fondée sur le monopole de biens exotiques exposés
à de multiples difficultés d'acheminement. Cette
fragilité politique chronique et la dégradation
écologique engendrée par une trop forte intensification
agricole causent une nouvelle crise vers 500 avant notre ère.
Les princes germains
Les communautés adoptent une nouvelle
forme d'organisation. La ferme se fixe plus durablement au
centre d'un terroir cultivé plus intensivement. Les
limites des champs sont matérialisées par des murets et
des haies. De plus, grâce à l'outillage en fer qui
peu à peu se généralise, les sols argileux, plus
lourds, peuvent être mis en culture. Les communautés
acquièrent ainsi leur autonomie en matière
d'approvisionnement agricole et métallique. Toutefois,
aucune stratification sociale nette ne s'observe encore.
Celle-ci n'émerge qu'à partir de 150 avant notre
ère. Elle se traduit au début par des tombes plus riches,
renfermant de luxueux objets romains. De nombreux chefs de
communauté affichent ainsi leur statut privilégié.
Ils dirigent de petits territoires.
Vers un pouvoir central
En Germanie, ce stade de développement va durer
près de trois siècles. Aux III
e
et IV
e
siècles de notre ère, les
tombes les plus riches deviennent plus nombreuses, et sont
géographiquement plus concentrées, ce qui
révèle l'émergence d'un pouvoir plus fort et
l'unification politique de territoires plus vastes.
L'intensification des échanges
avec Rome a vraisemblablement exacerbé la compétition
pour le contrôle politique et économique,
générant un processus analogue à celui qui s'est
produit en Celtique au VI
e
siècle av. J.-C. Il est
intéressant de souligner que les produits locaux paraissent
insuffisants pour justifier les cadeaux diplomatiques reçus.
Les princes jouaient donc un rôle d'intermédiaire
pour canaliser vers les Romains des biens d'origine encore plus
lointaine, comme des fourrures, des peaux, voire des esclaves.
Le temps des conquêtes
En 406, des hordes germaniques, composées entres
autres de Vandales, traversèrent le Rhin.
L'Empire
romain, trop faible, ne put les contenir et
les Wisigoths
d'Alaric saccagèrent la péninsule italienne entre
408 et 412. D'autres Barbares envahirent la Gaule et
l'Afrique romaine. Certains (Angles, Jutes et Saxons)
passèrent dans l'île de Bretagne.
Dans les territoires conquis, les Germains
fondèrent des Etats par fusion progressive avec les
populations autochtones: les Wisigoths avec les Hispano-Romains,
les Vandales avec
les Berbères romanisés,
les Francs Saliens
avec les Gallo-Romains.
L'art des germains
Tout au long de son évolution, qui va
de l'âge du bronze à la christianisation (VII
e
-VIII
e
s. en Allemagne et en Angleterre;
XI
e
-XII
e
s. en Scandinavie), l'art des
Germains présente certaines constantes: l'extrême
rareté de la figuration humaine et des scènes narratives,
la prédominance des motifs abstraits ou fortement
stylisés et l'importance accordée au travail des
métaux.
C'est un art essentiellement
ornemental qui décore les objets usuels et de parure (armes,
boucles de ceinturons, bijoux, fibules). Les Germains furent
avant tout d'admirables orfèvres qui, s'ils
utilisèrent le bronze, le fer et l'argent,
donnèrent cependant leur préférence au travail de
l'émail et de l'or cloisonné; les alvéoles
sont souvent incrustés de pierres précieuses non
taillées et choisies pour leurs couleurs vives. Le registre
décoratif est principalement d'inspiration
géométrique (signes symboliques, entrelacs, spirales,
volutes évoluant parfois vers des motifs végétaux)
et zoomorphe (fibules en forme de poissons, d'oiseaux
stylisés, etc).
Parmi les nombreux musées qui
conservent des œuvres de cet art, mentionnons le British
Museum (Londres), le Germanisches Nationalmuseum (Nuremberg) et le
Nationalmuseet (Copenhague).
|