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La civilisation sassanide


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Sommaire

 Le mazdéisme
 La civilisation urbaine
 Agriculture et commerce

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Zarathrustra, fondateur du Mazdéisme, la religion des mages

D'une manière générale, les Iraniens n'ont pas été de grands inventeurs: ils n'ont créé ni une écriture (toujours empruntée à d'autres peuples) capable de représenter adéquatement leur propre langue, ni une monnaie, sans laquelle nos sociétés modernes ne sauraient s'organiser, mais ils eurent certainement le sens de l'administration, des voies de communication, des échanges internationaux. La culture sassanide est celle de l'oralité, et, si on compare l'Iran à la Grèce, à l'Inde ou au monde juif, elle n'a laissé qu'un petit nombre de monuments écrits.

Le mazdéisme
La période sassanide se caractérise également par une grande effervescence religieuse et un énorme brassage d'idées. La religion dominante des Sassanides, le mazdéisme (de l'avestique mazdâh, sage, omniscient: épithète traditionnelle du dieu suprême Ahura, «le Seigneur omniscient»), est également appelée zoroastrisme, d'après le nom de Zarathushtra (Zarathoustra ou Zoroastre), prêtre érudit qui fut au VIe siècle av. J.-C. le réformateur du mazdéisme. Institué en religion d'Etat, le zoroastrisme fut, dès le IIIe siècle, confronté au manichéisme, système syncrétiste et universaliste qui se propagea rapidement; dans le même temps, le christianisme se développait largement, pour aboutir au Ve siècle à la fondation d'une Eglise autocéphale, détachée de Constantinople, et dénommée aujourd'hui «nestorienne». Soupçonnés d'être les alliés de l'ennemi romain puis byzantin, les chrétiens avaient toutefois subi auparavant de dures persécutions, notamment sous Châhpuhr II et Yazdgard I er .

L'absence de textes sacrés écrits a été sans doute un handicap pour le mazdéisme, puisque les textes qui nous sont parvenus, rédigés aux IXe -Xe siècles, ne sont que des bribes d'une riche mythologie ou d'un rituel très complexe, et manquent de données historiques. Si l'on considère les splendides restes de monuments, les bas-reliefs et les trésors d'orfèvrerie qui ont été conservés, on peut penser que la culture sassanide fut avant tout une civilisation de l'objet, de l'habileté manuelle, et non de l'écrit.  

Le rituel du Yasna
Il faut distinguer entre l'Ouest et l'Est iranien: en effet, l'iconographie religieuse, interdite et de fait inexistante dans l'Ouest, soumis au mazdéisme orthodoxe, est assez bien attestée dans l'Est, notamment dans un contexte funéraire.  

Les monuments, temples du feu, sont les lieux où s'exerce le culte, mais on en connaît très peu. Le feu y brûlait, constamment entretenu par un préposé, dans des pièces entièrement closes. Surtout présent dans le Fârs, le type de temple le plus courant (attesté par les ruines d'une cinquantaine d'entre eux) comprend une coupole sur trompes d'angles reposant sur quatre piliers, entourée d'un déambulatoire. Toutefois, comme le modèle du temple du feu fut ensuite imité dans les mausolées islamiques, il est parfois difficile de distinguer parmi les ruines ce qui est sassanide de ce qui est islamique. On estime que la maîtrise architecturale, attestée dans les premiers temples d'Ardachêr I er à Firuzâbâd et de Châhpuhr I er à Bichâpur, ne sera plus atteinte par la suite. Les deux grands complexes (à Kuh-i Khwâje et à Takht-e Soleymân) sont d'époque tardive.  

La cérémonie du Yasna comprend le sacrifice animal et diverses libations: l'inscription de Châhpuhr Ier nous en fournit un aperçu, indiquant que le roi faisait des réserves de moutons, de pain et de vin pour le rituel des fondations pieuses établies par ses soins pour le salut de l'âme des morts et des vivants de la famille royale. On voit ainsi l'importance de l'eschatologie individuelle dans le mazdéisme. La victime animale était étouffée ou étranglée, et non égorgée et saignée comme chez les Sémites, car si pour les Sémites le sang contient la vie, pour les Iraniens ce sont les os qui la renferment. Les diverses parties de la victime étaient ensuite offertes à différentes divinités. L'eau, qui est l'autre élément principal auquel on rend un culte, servait, avec le suc d'une plante reconnue généralement comme l'éphédra, à la préparation d'une boisson sacrée, le hôm (en avestique haoma, équivalent du soma védique), au pouvoir intoxicant et apte à procurer des extases et des visions.  

Les pratiques, de la naissance à la mort
D'après l'Avesta, le rituel d'initiation se ferait à l'âge de quinze ans, mais en fait c'est à sept ans (pour les Parsis de l'Inde) ou entre douze et quinze ans en Iran que l'enfant revêt la chemise sacrée (sedre) et la ceinture (kustîg), et doit connaître par cSur les prières essentielles. C'est toujours oralement en effet que se fait l'enseignement et, même pour le célébrant, le texte écrit n'a pas grande utilité.  

La cérémonie de mariage ne nous est guère connue; en revanche, différents types d'union matrimoniale sont largement décrits dans la littérature juridique. Les unions consanguines devaient être fréquentes à la Cour et chez les nobles, en vue de maintenir l'héritage dans la famille et parce que l'exogamie «conduit à l'inimitié».  
 Le rituel funéraire est cependant bien attesté: après la mort, le cadavre, devenu objet de la souillure la plus grave, doit être inspecté par un chien spécial, qui chasse le démon de la corruption, puis transporté par une corporation de croque-morts à la «tour du silence» (daxma), où il sera dévoré par les vautours. Hérodote nous apprend déjà que les Perses doivent faire décharner le cadavre par les chiens et les oiseaux. En vue de la résurrection à la fin des temps, lors de la Rénovation du monde, on recueillait ensuite les os, qui étaient placés en un endroit isolé, inaccessible aux bêtes sauvages. Les lieux de décharnement, avant qu'on ne construise, à l'époque islamique, des «tours du silence», étaient des plates-formes taillées dans le roc, qui n'ont guère laissé de traces. Les astôdân étaient des niches creusées en hauteur, destinées à recevoir les ossements. Ces chambres rupestres, très nombreuses dans le Fârs, sont parfois dotées d'une inscription mentionnant le nom du défunt, une date, et une formule de souhait «Que le paradis soit sa part!». Mais cette pratique est tardive.  

Il a certes existé différents modes d'inhumation en Iran, comme l'attestent certains tombeaux, cairns, etc, et les prescriptions du Vendidad (décharnement et collecte des os) n'ont sans doute pas été suivies partout, notamment pas dans l'Est, en Bactriane, Sogdiane, Margiane et Chorasmie, en raison de l'éloignement de ces régions. Ainsi les fresques de Pendjikent offrent-elles des scènes de mutilation. Notons, surtout, les immenses ostothèques (collections d'os) qui comportent des scènes religieuses dont une représentation des six Amesha Spentas (entités abstraites divinisées qui entourent le dieu suprême Ahura-Mazdâ), pourvus de leurs attributs et figurés de manière anthropomorphique, selon les deux sexes, trois masculins et trois féminins. On connaît également la représentation du jugement de l'âme selon la doctrine mazdéenne, et celle du sag-dîd (inspection par le chien). Cette documentation très récente, inconnue à l'Ouest, est le fruit des nombreuses fouilles réalisées dans les régions d'Asie centrale de l'ex-URSS. Les régions orientales, où l'hellénisation avait été plus poussée, ont sans doute bénéficié de la rencontre entre la mythologie iranienne et l'art grec, comme en témoigne la figuration de divinités zoroastriennes sur les monnaies kouchanes, à partir de modèles grecs.  

Le rituel de purification
Comme les adeptes du judaïsme, les mazdéens étaient extrêmement soucieux de la pureté physique: tout ce qui provient du corps humain est impur, sang, cheveux, rognures d'ongles, excréments etc, même la salive et le souffle (le sperme, toutefois, est une substance pure). C'est pourquoi plusieurs traités - dont le Vendidad - édictent des règles très strictes, concernant les précautions à prendre, et les rituels de purification en cas de pollution: pour la femme dans ses périodes de menstruation ou après une naissance, pour quiconque a touché un cadavre (objet de pollution maximale), mais aussi pour celui qui accède au sacerdoce, de même qu'est codifiée toute purification annuelle ou périodique. Les textes déterminent aussi les amendes à payer en cas d'infraction à ces règles.  

Parmi les rituels, le plus complexe (appelé barshnum) durait neuf jours et neuf nuits, dans un lieu isolé: trois chapitres du Vendidad lui sont consacrés. Si l'obsession de la pureté rituelle s'explique par la nécessité de faire reculer le Mal et de résister aux attaques des démons, il semble évident qu'elle devait conduire les mazdéens à un certain isolement social, qui les poussa peu à peu à simplifier ou à abandonner certaines pratiques trop contraignantes.  
 


La civilisation urbaine
L'originalité des constructions sassanides réside dans l'introduction de voûtes monumentales et de coupoles en pierre et en argile. La brique crue fut le principal matériau utilisé. Les murs en pierre, reflets d'une influence occidentale, sont rares. C'est en effet par les prisonniers de guerre romains déportés en Iran par Châhpuhr I er et Châhpuhr II que furent construits en pierre les monuments de Bichâpur et du Khûzistan. La maçonnerie permettait un revêtement en stuc qui a donné lieu à une «exubérance décorative» propre aux Sassanides, car il a servi à orner des surfaces murales, des escaliers, de faux arcs, des saillies, etc.  

Le plan cruciforme du temple du feu à coupole a été imité dans les églises arméniennes, puis emprunté par Byzance et finalement par l'Occident (voir, par exemple, l'église carolingienne de Germigny-des-Prés, près d'Orléans), ainsi que dans les mosquées, les mausolées, les palais, les madrasas de l'Orient islamisé. Les palais combinent la salle à coupole et l'iwan (grande salle voûtée ouverte sur une cour), mais cette forme fut ensuite abandonnée au profit de grandes terrasses auxquelles on accédait par des escaliers monumentaux.  

Notre connaissance des villes est surtout livresque, car les archéologues se sont livrés à des prospections de surface. Mais le nombre de villes fondées ou rebaptisées d'après le nom du roi témoigne de l'importance que les monarques attachaient à l'existence de cités florissantes. Les premières ont un plan circulaire (déjà connu à l'époque parthe), puis on lui préféra un plan en damier rectiligne, notamment dans les villes de Châhpuhr Ier. Beaucoup de noms de lieux ont l'élément Êrân dans leur composition, pour marquer l'identité nationale iranienne. Ce sont les régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest qui semblent avoir connu le plus grand développement urbain. Les villes étaient fortifiées par des remparts avec bastions, les châteaux forts (en pierre) protégeant les frontières. Les murs de Darband (près de Bakou, en Azerbaïdjan) constituent la plus belle muraille défensive connue.

Agriculture et commerce
La construction de barrages et de ponts barrages, ainsi que de grands canaux, a permis de développer la culture irriguée, surtout dans le Khûzistan. La superficie des terres cultivées fut plus grande qu'à aucune autre époque. Les produits exportables en dehors des régions agricoles (bassin de la Diyâlâ, Khûzistan et Fasâ-Dârâb) étaient les céréales, le riz et la canne à sucre. Les rois possédaient de grands domaines (dastgerd), de même que les nobles, mais la réforme de Khosrô Ier, en taxant les terres de ces derniers, fit naître une classe de petits propriétaires, les dehqân, c'est-à-dire des chevaliers récompensés par un don de fief.

Les rois encouragèrent aussi l'industrie textile: la culture du ver à soie fut introduite seulement au VI e  siècle, juste avant Byzance, et sous Kavâd et Khosrô I er . Auparavant, le pays ne se livrait qu'au commerce de la soie brute. La route de la soie était alors contrôlée par les marchands sogdiens et indiens. Les contacts avec la Chine se développèrent grâce aux missionnaires nestoriens.  

Peu de soieries attribuables aux Sassanides ont été retrouvées, sauf celles qui, utilisées à envelopper les reliques de saints chrétiens, parvinrent en Occident et furent conservées dans les trésors des églises. Les sources authentiques de tissus sassanides sont les textiles d'Antinoe (Egypte) et les reliefs de Taq-e Bostân (habits du roi et de ses courtisans). La prédominance du fond bleu foncé manifeste une symbolique astrale, de même que le cercle, symbole du ciel. Les signes du zodiaque sont aussi attestés, car les mazdéens étaient très intéressés par l'astrologie, intimement mêlée à la philosophie et à la médecine, ainsi qu'à la magie, comme en témoignent de nombreux bols inscrits.

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