Les péripéties de la guerre de Cent Ans dévalorisent le pouvoir royal au profit des aristocraties française et anglaise. Le triomphe monarchique n'est pas encore confirmé, et bien des insuffisances et des contestations fragilisent l'institution.
Les états généraux entendent jouer leur rôle. Ils sont réunis dix-sept fois en France au cours du XIVe siècle, pour le vote de subsides, le règlement des successions ou l'approbation des traités. Mais, malgré le contrôle qu'ils prétendent exercer sur les finances publiques, ils ne menacent guère le pouvoir du roi, pas plus que ne le font les assemblées locales, que le souverain sait finalement utiliser à son avantage.
La petite noblesse s'agite périodiquement et constitue çà et là de véritables ligues. Elle contraint Louis X à concéder quelques chartes dans lesquelles est définie la part d'autonomie des provinces. Les princes organisent leur domaine à l'image du royaume, créent des principautés toujours prêtes à défier l'autorité souveraine, en Bourgogne notamment.
Les grands du royaume cherchent, au moins en France, plus à contrôler l'autorité du souverain qu'à la détruire. De leurs menées, les conseillers les plus proches du roi sont les principales victimes. Le «gouvernement des oncles» pendant la minorité de Charles VI (1380-1388) porte témoignage de leurs ambitions.
Dans certaines circonstances, la transmission du pouvoir donne lieu à d'inextinguibles conflits. En France, la succession de Louis X (1314-1316) et celle de Philippe V (1316-1322) inaugurent un nouveau principe dynastique qui écarte délibérément les femmes et leurs fils du pouvoir (décision des états généraux de 1317 et 1328). Au mépris de toute tradition, la succession en ligne collatérale est autorisée. Cette disposition doit rendre impossible l'installation d'un Anglais sur le trône de France. L'application de cette règle est l'une des causes de la guerre de Cent Ans.
Lorsque de jeunes souverains accèdent au trône avant d'être majeurs, le pouvoir est livré aux coteries princières. Ainsi, la minorité de Charles VI laisse le champ libre aux intérêts divergents de ses oncles, en particulier de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne. En Angleterre, ces questions se règlent par de sanglantes révolutions de palais : Edouard III fait arrêter et exécuter Mortimer, jadis régents de son royaume, et Thomas de Gloucester paie de sa vie, en 1397, sa révolte contre son ancien pupille Richard II.
La longue minorité de Henri VI, devenu roi en 1422 à l'âge d'un an, profite certes aux Gloucester et aux Lancaster mais se révèle catastrophique pour l'Angleterre. Le meurtre d'Édouard V, assassiné avec son jeune frère en 1483 sur l'ordre du prétendant Richard III, donne le ton des mœurs politiques de l'époque.
L'enchevêtrement des liens familiaux et des obédiences vassaliques a depuis longtemps brouillé les points de repère politiques et sociaux. Il nourrit des conflits d'autorité dont l'arbitrage incombe à la force plus qu'au droit. Ainsi, par le jeu des alliances, les rois d'Angleterre Édouard II et Édouard III, petits-fils par leur mère des rois de France, peuvent se croire quelque droit à la couronne de France, tout comme Henri VI, petit-fils de Charles VI. Le roi d'Angleterre, égal en puissance au roi de France, mais néanmoins son vassal, pouvait-il accepter de s'abaisser à lui prêter hommage ? Pouvait-il tolérer la «saisie du fief» de Guyenne opérée par son suzerain en 1337 ? Instrument du pouvoir, la vassalité devenait inévitablement source de guerre féodale, avant de proposer un affrontement national.