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La conquête de l'Algérie par la France


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Sommaire

     Chronologie de la conquête de l'Algérie et du Sahara
     Avant la conquête
         Situation de la Régence d'Alger (1802-1829)
         Situation du Royaume de France
     Guerre d'Alger (1827-1830)
         Affaire de l'Éventail
             Les dettes de la France
             L'incident diplomatique
             Ultimatum au Dey d'Alger (juin 1827)
         Blocus maritime d'Alger (1827-1830)
             Bataille navale dans la baie d'Alger (octobre 1827)
             Massacre de la ''Duchesse de Berry''
         Affaire du bombardement de ''La Provence'' (1829)
         Campagne d'Alger (1830)
             Reconnaissance d'Alger par l'espion Boutin (1808)
             Résumé chronologique (1830)
     Conquête du reste de la régence d'Alger (1830-1837)
         Campagne du littoral (1830-1831)
         Campagne de Constantine (1836-1837)
     Campagnes contre Abd El-Kader (1832-1847)
         De la bataille de Kheng-Nettah au Traité Desmichels (1832-1834)
         De la bataille de La Macta au Traité de Tafna (1835-1837)
         De l'expédition des Portes de Fer à la reddition d'Abd-el-Kader (1839-1847)
     Campagnes de pacification (1830-1871)
         Début de la colonisation européenne
         La campagne de Djurdjura et la Reddition de Lalla Fatma N'Soumer (1857)
         Pacification du centre du pays (1870-1871)
     Campagnes du Sahara (1882-1902)
     Bilan
         Le bilan démographique
     Victor Hugo et la conquête de l'Algérie
     Bibliographie

 


La conquête de l'Algérie par la France se réalise en plusieurs étapes distinctes du débarquement de l'Armée d'Afrique à Sidi-Ferruch le 14/juin/1830 jusqu'à la reddition formelle de l'émir de Mascara, Abd el-Kader, au Duc d'Aumale le 23/décembre/1847. Cette conquête se conclut par l'annexion de l'Algérie à la République française par la création des départements français d'Algérie en 1848.

Dès 1830, la conquête de l'Algérie est accompagnée d'une colonisation de peuplement : les militaires français deviennent des colons en s'installant et aménageant le territoire conquis. Les pionniers sont progressivement rejoints par des compatriotes tels les voisins Corses ou les Alsaciens-Lorrains dont la région a été annexée par l'Allemagne en 1870, et également par des immigrants étrangers arrivant par vagues successives des pays méditerranéens frontaliers; surtout d'Espagne, mais aussi d'Italie et de Malte, le dernier territoire étant colonisé par les Britanniques depuis 1814. Les ressortissants d'Allemagne et de Suisse sont également encouragés à prendre part à la colonisation.

Chronologie de la conquête de l'Algérie et du Sahara

La première étape concerne l'Algérie — le Sahara étant un territoire généralement associé bien qu'indépendant — et est la conquête de la régence d'Alger (côte méditerranéenne de l'Algérie) de juin à juillet 1830 et prend fin avec la signature de l'Accord de soumission du régent Ottoman Hussein Dey à Alger le 5 juillet 1830. La seconde étape est la conquête de l'État d'Alger (le centre et l'ouest de l'Algérie) de 1832 à 1847 et qui s'achève officiellement avec la signature de l'Armistice signée par l'émir Berbère Abd el-Kader à Sidi Tahar le 23 décembre 1847 (il remet sa reddition au capitaine Bazaine le 21). Les territoires de l'ex-régence d'Alger et ceux de l'État algérien sont annexés à la France en 1848 par la création de trois départements (Département d'Oran à l'ouest, Département d'Alger au centre et Département de Constantine à l'est). La dernière étape concerne le sud algérien et est la conquête de mai à décembre 1902 qui prend fin avec le traité de soumission de la confédération touarègue Kel Ahaggar du Sahara en décembre 1902. Ceci entraîne la création des Territoires du Sud le 24 décembre 1902, ils sont ensuite rattachés à l'Algérie et annexés à la France le 7 août 1957 avec la création des deux départements du Sahara (Département de la Saoura à l'ouest et Département des Oasis à l'est).

 Le blocus maritime de la Régence d'Alger
 Le débarquement du corps expéditionnaire français à Sidi-Ferruch, le 14 juin 1830
 La prise d'Alger, le 5 juillet 1830, par les troupes françaises, commandées par Louis Auguste Victor de Ghaisne, comte de Bourmont.
 L'occupation des ports du littoral et le principe de l'occupation restreinte
 La guerre contre l'émir Abd-El-Kader et sa tentative de créer un État sur les ruines de la Régence, de 1836 à 1848
 Chute de Constantine, 1837
 Défaite de l'émir et le découpage de l'Algérie en trois départements en 1848.
 La politique de la terre brûlée (1851-1860)
 Décret Crémieux et naturalisation des populations juives algériennes
 Grande révolte de 1870-1871
 Expropriation des terres des tribus et code de l'indigénat;
 La révolte de Bouamama au Sud-Ouest, 1882-1902
 Des opérations de colonisation des populations et des territoires, et la campagne du Sahara (1900-1903).

Avant la conquête

Situation de la Régence d'Alger (1802-1829)

Avant la conquête française de 1830, les régences d Alger et de Tunis font partie de l Empire ottoman (en rouge).
Avant la conquête française de 1830, les régences d'Alger et de Tunis font partie de l'Empire ottoman (en rouge).

Bombardement d Alger commandé par le britannique Lord Exmouth en août 1816.
Bombardement d'Alger commandé par le britannique Lord Exmouth en août 1816.

La régence d'Alger (partie nord de l'Algérie moderne) est en déclin depuis le début des guerres napoléoniennes qui limitent le commerce en Méditerranée. De 1802 à 1821, le pays est en proie à la violente dissidence des tribus de l'hinterland et à la rébellion des populations qui affichent ouvertement leur désir de se débarrasser de la Régence (Révolte de Belahrach). Sur le plan militaire, la flotte d'Alger était dépassée et ne pouvait plus tenir tête aux marines des pays Européens; à partir de 1815, les flottes britannique et française dominent la Méditerranée. Cependant, Alger résiste une dernière fois à un bombardement britannique (Lord Exmouth). . Pour compenser la perte des revenus maritimes et du commerce, celui-ci accroît la pression fiscale, mal supportée par la paysannerie. Pour échapper au pouvoir central, une partie de la population (celle des hauts-plateaux) se nomadise. Une autre partie (les montagnards) déclare la guerre au pouvoir. et à la concurrence de l'Europe de l'Est, et la chute de l'Empire français a privé la régence d'Alger d'un grand importateur. La crise sociale déclenche une crise politique, le dey d'Alger semble contesté par les beys. L'implosion intérieure est effective dans les années 1820. Le pays est fragilisé: La perte de sa flotte de combat à la célèbre bataille de Navarin livre le pays au blocus maritime étranger. Celui-ci commence en 1826 et va durer trois ans. La disette pousse le reste des populations dans l'action armée qui prend la forme d'une guérilla larvée contre les représentants de la Régence.

Situation du Royaume de France

(Seconde Restauration), encouragée par la Russie, la France se relance dans les campagnes coloniales.


Charles X veut renouer avec le prestige monarchique. Un blocus maritime est mis en place. L'invasion est conseillée par Polignac, afin de sauver la situation intérieure française. Charles X avoue vouloir retrouver l'esprit des victoires de Cortès, avec l'espoir de conquérir l'Afrique. La France compte mettre fin à la piraterie des barbaresques et à l'esclavage des chrétiens par eux.

Charles X était à court de trésorerie et la colère du peuple parisien menaçait, dès lors, l'immense pactole que constituait la fortune du Dey d'Alger attirait sa convoitise et celle de quelques aventuriers. S'emparer de ce trésor pouvait ainsi représenter un objectif majeur de cette expédition.

Charles X saisit alors l'occasion pour monter une expédition punitive sur les côtes algériennes. Cette opération militaire doit lui permettre de détourner l'attention de l'opinion publique face aux difficultés intérieures, ainsi que de se débarrasser des pirates barbaresques qui infestaient la mer Méditerranée depuis trois siècles, et dont un des repaires était justement le port d'Alger.

Il faut rappeler que la côte barbaresque (nom donné jadis au Maghreb et à la Libye) était particulièrement riche en corail, que l'arrière-pays exportait de la cire, des cuirs, de la laine et surtout des grains, lesquels sont souvent présentés comme origine première du conflit.

Guerre d'Alger (1827-1830)

Affaire de l'Éventail

L Affaire de l éventail entre le pacha Turc Hussein Dey et le consul Français Pierre Deval est le   casus belli   qui provoque le blocus maritime d Alger par la marine royale française en 1827.
L'Affaire de l'éventail entre le pacha Turc Hussein Dey et le consul Français Pierre Deval est le casus belli qui provoque le blocus maritime d'Alger par la marine royale française en 1827.

Les dettes de la France

En 1798, lors de la campagne d'Égypte de Bonaparte, deux négociants algériens, Busnach et Bacri, proposent au directoire de ravitailler en blé l'armée française. Le contrat est signé et le dey d'Alger, avance l'argent pour toute l'opération. Les caisses du directoire sont vides et le paiement est ajourné. Une fois au pouvoir, Napoléon repousse à la fin de la guerre le paiement de ses créances. Sous la restauration, le gouvernement de Louis XVIII refuse de reconnaître une dette contractée par la république. Trente ans après l'emprunt, en 1827, le dey d'Alger n'a toujours pas été payé.

L'incident diplomatique

Reçu le 30 avril 1827 en audience, le consul de France Pierre Deval refuse catégoriquement tout ultimatum et se montre méprisant au goût du Dey. C'est le fameux coup d'éventail, incident diplomatique à ce jour non élucidé qui sera le casus belli de la guerre déclarée par le Royaume de France à la Régence d'Alger.

Ultimatum au Dey d'Alger (juin 1827)

En juin 1827, le gouvernement français envoie deux missions à Alger, la première est chargée d'évacuer le consul Deval ainsi que tous les ressortissants français d'Alger, la seconde doit adresser un ultimatum au dey d'Alger. La mission d'évacuation est remplie le 11/juin/1827 par la goélette La Torche, tandis que le capitaine Collet arrivé peu après, à bord de La Provence, est à la tête d'une division navale en charge de la mission de négociation. Les relations diplomatiques entre Paris et Alger étant rompues, le consul de Sardaigne Datili de la Tour fait office de médiateur en adressant un ultimatum de 24h au dey dont le rejet entraînerai le blocus et la guerre d'Alger.

Les conditions imposées par cet ultimatum étaient :


Le pacha Hussein Dey rejeta l'ultimatum, le blocus du port d'Alger fut ainsi formé.

Blocus maritime d'Alger (1827-1830)

L'Affaire de l'éventail est le casus belli qui provoque le blocus maritime d'Alger par la marine française.

Bataille navale dans la baie d'Alger (octobre 1827)

Le 4/octobre/1827 quelques embarcations de l'escadre de la régence tentent de forcer le blocus. Elles sont détruites par la marine française.

Jusqu'à la veille du débarquement français, de petites embarcations de la régence parviennent à se faufiler de nuit et à accoster sur le littoral de la baie d'Alger.

Massacre de la Duchesse de Berry

L'équipage d'une chaloupe de la frégate française Duchesse de Berry est massacré et décapité par un millier d'Algériens près de Dellys à l'est d'Alger, les têtes mutilées sont vendues au dey d'Alger 100 piastres la pièce.

Affaire du bombardement de La Provence (1829)

  La Provence devant Alger  , le 3 août 1829. Le bombardement du navire royal par les Ottomans est le   casus belli   de la prise d Alger.
La Provence devant Alger, le 3 août 1829. Le bombardement du navire royal par les Ottomans est le casus belli de la prise d'Alger.

Si l'Affaire de l'éventail est une première provocation qui a pour conséquence le blocus maritime d'Alger en 1827, c'est une seconde provocation en 1829 alors que la France lève le blocus et tente de négocier qui provoque la conquête d'Alger.

Le bâtiment de la marine royale française La Provence monté par l'amiral de la Bretonnière, commandant les forces navales du roi dans ces parages, et battant pavillon parlementaire arrive dans la rade d'Alger le 30/juillet/1829 précédé du brick l' Alerte. Le 3/août/1829, les négociations entre les parlementaires et le dey d'Alger échouent, la Bretonnière quitte le port quand son navire est bombardé par les batteries d'Alger. L'amiral ne riposta pas par égard à son pavillon, « une seule bordée aurait compromis sans gloire son caractère de parlementaire », ce qui aurait provoqué la solidarité du capitaine britannique Quin commandant la corvette Le Pilorus s'écriant « Don't fire, my boys, keep up close to the wind! » ("Ne faites pas feu, mes enfants, serrez le vent!"). Mais l'insulte faite à la France constitua un échelon supplémentaire vers l'opération de représailles terrestres qui eut lieu en 1830 avec le débarquement de Sidi-Ferruch.

La même année, le turcologue et secrétaire-interprète du roi Thomas Xavier Bianchi conclut sa Relation de l'arrivée dans la Rade d'Alger du vaisseau de S.M. La Provence et Détails précis de l'insulte faite au pavillon du roi par les algériens, le 3 août 1829 par:


Le 3/juillet/1830, La Provence navire amiral de l'escadre du Ministre Guy-Victor Duperré participe au bombardement d'Alger en support des troupes débarquées. Le 14/juillet/1830, un mois après le débarquement victorieux de Sidi-Ferruch et neuf jours après la prise d'Alger, La Provence est rebaptisée Alger.

Campagne d'Alger (1830)

Le débarquement de Sidi-Ferruch le 14 juin 1830 suit le plan de 1808 par l espion Boutin et marque le début de la conquête française de l Algérie.
Le débarquement de Sidi-Ferruch le 14 juin 1830 suit le plan de 1808 par l'espion Boutin et marque le début de la conquête française de l'Algérie.

Bombardement d Alger par mer le 3 juillet 1830.   La Provence   (à droite) montée par l amiral Duperré participe à la manœuvre.
Bombardement d'Alger par mer le 3 juillet 1830. La Provence (à droite) montée par l'amiral Duperré participe à la manœuvre.

Reconnaissance d'Alger par l'espion Boutin (1808)

L'État-major français bénéficie d'un plan de débarquement, Reconnaissance des forts et batteries d'Alger, dressé par un officier du génie sous le Premier Empire, Vincent-Yves Boutin. Le capitaine Boutin est envoyé en espion dans la régence en 1808 sur ordre de Napoléon; celui-ci prépare l'après Campagne d'Égypte (1798-1801) avec un débarquement à Alger et une colonisation de l'Afrique du Nord. Afin de ne point éveiller les soupçons des Ottomans, Boutin est officiellement envoyé auprès du consul général français à Alger Dubois de Thimville (le frère du général).

Il accomplit sa mission d'espionnage du 24/mai/1808 au 16/juillet/1808, ses relevés lui permettent non seulement d'établir Sidi-Ferruch comme lieu propice au débarquement mais également d'élaborer un plan de contournement d'Alger dont l'itinéraire emprunte Staoueli, Sidi Khalef et le Fort de l'Empereur. Du reste, son rapport suggère l'emploi d'une force d'invasion s'élevant à 35 000 / 40 000 hommes et contient des recommandations à l'adresse de la future armée d'occupation. Quinze ans après l'assassinat de Boutin par les Hashashins syriens, les commandants des forces terrestres et navales de Bourmont (Ministre de la guerre) et Duperré (Ministre de la Marine et des Colonies) mettent en application son travail de 1808; travail qui du reste sert de base au géographe Charles Picquet pour son Aperçu historique, statistique et topographique sur l'état d'Alger: à l'usage de l'armée expéditionnaire d'Afrique publié par le dépôt de la guerre en 1830. A l'occasion du centenaire du débarquement français, les autorités d'Alger rendent hommage à Boutin avec l'inauguration d'une table d'orientation à son nom.

Résumé chronologique (1830)

Le résumé sourcé est le suivant:
 mai 25: départ de Toulon
 mai 27-28: coup de vent qui disperse la flotte
 juin 3: relâche à Palma
 juin 10: départ de Palma
 juin 13: arrivée à Sidi Ferruch
 juin 14: débarquement de Sidi-Ferruch
 juin 19: bataille de Staoueli (première attaque)
 juin 24: bataille de Sidi Khalef
 juin 26: coup de vent (situation critique de la marine)
 juillet 3: attaque des batteries de mer d'Alger
 juillet 4: prise du Fort de l'Empereur
 juillet 5: capitulation d'Alger

Conquête du reste de la régence d'Alger (1830-1837)

  Prise de Bône, 26 mars 1832  .
Prise de Bône, 26 mars 1832.

Campagne du littoral (1830-1831)

Dans la régence d'Alger, les beys étaient des vassaux du Dey d'Alger, lui-même vassal du sultan de l'empire ottoman. Avant l'occupation française, il y avait un bey du Titteri (ou Médéa), un bey d'Oran et un bey de Constantine, plus ou moins soumis au Dey selon les circonstances.

Avant que l'avenir de la Régence ne soit fixé, Bourmont va de l'avant, poussé et encouragé par des chefs algériens ralliés dès la première heure à la France. Il avance jusqu'à Blida dans la plaine de la Mitidja, fait occuper Bône laquelle ouvre ses portes au corps expéditionnaire et Oran après une brève résistance dans la première quinzaine d'août. Le 11 août, le nouveau ministre de la guerre, le général Gérard lui communique officiellement la nouvelle de la Révolution de juillet. Bourmont, fidèle aux Bourbons et fort soucieux du sort de l'immense trésor de guerre amassé, refuse de prêter serment au nouveau roi Louis-Philippe Ier après la chute du régime de Charles X et est remplacé par le général Clauzel (2 septembre 1830-février 1831), qui entre en négociation avec les beys du Titteri, d’Oran et de Constantine pour qu’ils acceptent le protectorat de la France. Les trois opposent un refus. Celui de Constantine se déclare indépendant à l'instar de la régence de Tunis.

Campagne de Constantine (1836-1837)

Des trois beys, celui de Constantine est le plus intransigeant: il demeurera totalement indépendant jusqu'au 13 octobre 1837, date de la chute de sa ville et . Les français occupent Mers-el-Kébir (le 14/décembre/1830), Oran (le 4/janvier/1831), Bône (ville ouverte) et Médéa (), mais le gouvernement retire des troupes et doit abandonner les projets de conquête de toute l’ancienne Régence d’Alger. C'est De bourmont qui favorise, le premier, la création des premiers régiments de zouaves, recrutés principalement des tribus berbères des Zouaoua ou Zouawa, sur les conseils et un mémoire du colonel Alfred d'Aubignosc.

Campagnes contre Abd El-Kader (1832-1847)

  Cavaliers rouges d Abd-el-Kader  .
Cavaliers rouges d'Abd-el-Kader.

De la bataille de Kheng-Nettah au Traité Desmichels (1832-1834)

Emir Abd El-Kader, figure de la résistance berbère à l Armée d Afrique.
Emir Abd El-Kader, figure de la résistance berbère à l'Armée d'Afrique.

Le 26 juillet 1830, les chefs religieux appellent à la résistance et au djihad. Finalement, c'est le régime de la Monarchie de Juillet qui s'entend avec les leaders algériens pour organiser un nouvel ordre local, mais de nombreuses tensions de pouvoir demeurent, et une résistance s'organise notamment avec Abd El-Kader, à partir de 1832. Les tribus se réunissent dans un idéal de guerre sainte afin de constituer un territoire autonome, contre la France et l'Empire Ottoman.

En 1834, deux pouvoirs commençaient à se stabiliser. D’un côté, dans le Constantinois, le Bey Hâj Ahmed s’était maintenu et était décidé à tenir tête à la fois aux forces d'occupation françaises et aux troupes de l'émir. De l’autre côté, un peu plus à l’Ouest, un jeune marabout mystique issu d'une famille noble, âgé de 24 ans nommé Abd-el-Kader avait gagné la confiance de quelques tribus de la région de Mascara qui le reconnaissent émir ou Sultan. Ce dernier voulait à tout pris mener une guerre sainte (jihâd) contre les envahisseurs et ce qui restait du pouvoir turc. Toutefois, il accepta la paix que le général Desmichels, lui accordait. Le général Desmichels avait donc fait d’Abd-el-Kader son allié et l'autorisait, en lui fournissant même des armes, à s’opposer à certaines rébellions. Paradoxalement, la France finit par financer les rébellions des tribus ralliées à la cause de l'émir tout en encourageant ce dernier à les combattre.

De la bataille de La Macta au Traité de Tafna (1835-1837)

Le Duc d Orléans, figure de la conquête française contre Abd-el-Kader. Il participe à de nombreuses batailles et est blessé à la bataille de l Habrah en 1835. Une statue équestre à sa mémoire est érigée à Alger en 1845.
Le Duc d'Orléans, figure de la conquête française contre Abd-el-Kader. Il participe à de nombreuses batailles et est blessé à la bataille de l'Habrah en 1835. Une statue équestre à sa mémoire est érigée à Alger en 1845.

Général Thomas-Robert Bugeaud, figure de la conquête française en Algérie. Il signe le Traité de Tafna avec Abd-el-Kader en 1837 et est nommé Duc d Isly après la bataille d’Isly en 1844.
Général Thomas-Robert Bugeaud, figure de la conquête française en Algérie. Il signe le Traité de Tafna avec Abd-el-Kader en 1837 et est nommé Duc d'Isly après la bataille d’Isly en 1844.

Mais en 1835, Abd-el-Kader qui, selon lui, voulait mâter une nouvelle révolte de tribus voulant se rallier à la France, attaqua un général français Trézel et lui infligea une sévère défaite dans défilé de la Macta le 28 juin 1835. .

La France décida de renvoyer le général Clauzel en Algérie car « l’honneur national était atteint ». La guerre était donc relancée. De cela suivit deux victoires mais également deux défaites (la prise de Mascara et l'occupation de Tlemcen, suivi de l'échec de Sidi-Yacoub et du siège de Rachgoun). L'émir Abd El Kader adopta des méthodes de combat assez révolutionnaires mais qui n'avaient point changé depuis deux mille ans : l'extrême mobilité face à une armée lourde habituée aux campagne d'Europe finit par exaspérer les généraux français. Ces derniers furent contraint d'adopter alors une politique « d’occupation restreinte ». Pour cela, on demanda au général Bugeaud d’aller parlementer avec l’ennemi : Abd el-Kader. Ils réussirent à trouver un terrain d’entente et ainsi, le 30 mai 1837, le Traité de Tafna (région d’Algérie) est signé. Grâce à cela, on reconnut Abd-el-Kader comme souverain de l’Algérie. Ce traité permit aussi une trêve entre la France et les troupes régulières de l'émir. Durant cette période de trêve, chacun de son côté prit le temps d’organiser son « royaume » mais aussi de l’agrandir. Aux alentours d’octobre 1837, le général Damrémont (tué aux débuts des combats), suivi du général Valée lancèrent un second assaut généralisé sur la ville fortifiée de Constantine du Bey Haj Ahmed devant laquelle avait échoué une première tentative l'année précédente et purent crier victoire.

De l'expédition des Portes de Fer à la reddition d'Abd-el-Kader (1839-1847)

Prise de la smala d Abd El Kader par le duc d Aumale : le colonel Morris chargeant à la tête du 4 régiment de chasseurs d Afrique.
Prise de la smala d'Abd El Kader par le duc d'Aumale : le colonel Morris chargeant à la tête du 4 régiment de chasseurs d'Afrique.

Ensuite, en août 1839, Abd-el-Kader qui s'efforçait de construire un État avec l'aide de conseillers anglais, prussiens et polonais, se décida à reprendre la guerre sainte. Il commença par mettre au tapis la vallée de la Mitidja. Le général Valée ne put pas faire grand chose car il prétexta qu'il n’avait que 40000 hommes pour faire face à 3000 hommes. Il est vrai que les soldats de l'armée d'Afrique étaient peu habitués à ce nouveau type de guerre. Il demanda des renforts mais on le remplaça par le général Bugeaud. En 1843, ils remportent une grande victoire. Une sorte de guérilla se met en place, pour finalement être lentement refoulée vers le Maroc par la défection successive des tribus. Une intervention française dans ce pays lui fera perdre ce soutien, Abd El-Kader, faisant face à l'empire du Maroc, aux tribus algériennes qui se sont retournés contre lui et à plus de 100000 soldats de l'armée française à ses trousses, doit donc se rendre. Il choisit de le faire sur ses terres. L’armée française d’Afrique contrôle alors tout le nord-ouest de l’Algérie.

Abd-el-Kader se rend au duc d'Aumale le 23/décembre/1843, le cérémonial est basé sur la remise de la jument de l'émir aux autorités françaises en signe de soumission. Abd-el-Kader est emprisonné en France métropolitaine pour cinq ans, Napoléon III lui rend la liberté au château d'Amboise, le 16/octobre/1852.

Campagnes de pacification (1830-1871)

Début de la colonisation européenne

Les premiers colons  pieds-noirs  sont les enfants des soldats français de l armée d expédition qui devient armée d occupation. 1905
Les premiers colons "pieds-noirs" sont les enfants des soldats français de l'armée d'expédition qui devient armée d'occupation. 1905

L'autorité de l'Empire ottoman sur le territoire de l'ex-régence d'Alger est transférée au Royaume de France après la capitulation du Dey d'Alger le 5/juillet/1830. Ces « possessions françaises sur la côte septentrionale de l'Afrique » voient débuter la colonisation européenne (italienne, espagnole, maltaise et corse en majorité complétés par des alsaciens-lorrains déportés) alors que des campagnes de pacification contre les mouvements de révolte locale sont toujours en cours.

La campagne de Djurdjura et la Reddition de Lalla Fatma N'Soumer (1857)

Lalla Fatma N Soumer, figure de la résistance algérienne contre l Armée Francaise.
Lalla Fatma N'Soumer, figure de la résistance algérienne contre l'Armée Francaise.

En juillet 1857, des tribus de Kabylie se rendent, la capture de la Maraboute Lalla Fatma N'Soumer met un terme à la résistance mais les kabyles se soulèveront plusieurs fois encore jusqu’au début des années 1870.

Pacification du centre du pays (1870-1871)

Les années 1870-1871, ont vu la révolution d'El-Mokrani, dont les troupes servaient la France. Il fut suivi avec autant d'ardeur que l'insurrection était dirigée par un dévot, le Cheikh Haddad. Tout le centre et l'Est du pays était à feu et à sang. Beaucoup d'historiens s'interrogent sur les raisons véritables de cette insurrection mais s'accordent à dire qu'elle fut déclenchée par le Décret Crémieux qui accorda la nationalité française aux juifs Algériens. El=Mokrani, grand seigneur féodal, ami de l'empereur Napoléon III, ayant droit de vie et de mort sur un vaste territoire s'irrita au plus haut point de voir ses esclaves obtenir la nationalité française.

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Campagnes du Sahara (1882-1902)

Le lieutenant-colonel Paul Flatters est tué par les touaregs du Sahara durant le massacre de la mission Flatters en 1881.
Le lieutenant-colonel Paul Flatters est tué par les touaregs du Sahara durant le massacre de la mission Flatters en 1881.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la conquête ne s’est pas faite du nord au sud, puisque les montagnes ont encore une fois été le dernier refuge de l’indépendance. Dans le sud, la prise sanglante de Laghouat et de Touggourt, la soumission des Beni-M’zab du Mzab (1852) et celle du Souf, reculent les limites de l’Algérie jusqu’au grand désert. Mais un chef de tribu du Sud-Ouest (Cheikh Bouamama) continue de résister avec succès de 1882 jusqu'en 1902.

Bilan

Le bilan démographique

Les estimations contemporaines de la population algérienne avant la conquête française de 1830 oscillent entre 3 et 5 millions d'habitants. La population connaîtra un recul quasiment constant durant la période de conquête jusqu'à son étiage en 1872, ne retrouvant finalement un niveau de trois millions d'habitants qu'en 1890. On peut découper cette période de l'évolution démographique algérienne en trois phases. De 1830 à 1856, sa population tombe de 3 à moins de 2,5 millions. Elle remonte ensuite jusqu'à 2,7 millions en 1861 avant de connaître sa chute la plus brutale à 2,1 millions en 1871.

La diminution observée lors de la première phase de conquête tient pour une grande part dans la violence des méthodes utilisées par l'armée française, attestée par de nombreux témoignages. De retour d'un voyage d'enquête en Algérie, Tocqueville écrit que « nous faisons la guerre de façon beaucoup plus barbare que les Arabes eux-mêmes <...> c'est quant à présent de leur côté que se situe la civilisation. » L'objectif de la « pacification » est comme le déclare le colonel de Montagnac d'« anéantir tout ce qui ne rampera à nos pieds comme des chiens ». La politique de la terre brûlée, décidée par le gouverneur général Bugeaud, a des effets dévastateurs sur les équilibres socio-économique et alimentaire du pays : « nous tirons peu de coup de fusil, nous brûlons tous les douars, tous les villages, toutes les cahutes ; l'ennemi fuit partout en emmenant ses troupeaux ». Selon Olivier Le Cour Grandmaison, la colonisation de l'Algérie se serait ainsi traduite par l'extermination du tiers de la population, dont les causes multiples (massacres, déportations, famines ou encore épidémies) seraient étroitement liées entre elles.

Après l'accalmie consécutive à la fin de la première phase de conquête, la période 1866-1872 voit à nouveau se creuser le déficit démographique algérien. En raison d'un cycle de six années où se mêlent les répressions de l'armée française, un tremblement de terre, le développement d'une épidémie de choléra et de la famine qui sévit en 1868, la population diminue de plus de 500000 personnes. Selon Augustin Bernard la famine de 1868 serait responsable à elle seule de 300000 à 500000 morts.

Les déportations massives: Des tribus entières ont fait l'objet de déportations et de bannissement. Les grandes familles Maures (d'origine espagnole) de Tlemcen s'exilent en Orient (au Levant) tandis que d'autres émigrent ailleurs. Les tribus jugées trop turbulentes sont bannies et certaines se réfugient en Tunisie et au Maroc, voire en Syrie. D'autres tribus sont déportées en Nouvelle Calédonie ou en Guyane.

La crise démographique est telle que, dans une étude démographique de plus de trois cent pages sur l'Algérie, le Docteur René Ricoux, chef des travaux de la statistique démographique et médicale au bureau de statistique du gouvernement général de l'Algérie, prévoit tout simplement la disparition des «indigènes» algériens. Le phénomène est interprété comme une conséquence des opérations militaires françaises mais aussi des conditions nouvelles imposées aux indigènes dont les caractéristiques les condamnent « à une lente mais inéluctable disparition ». Pour le professeur Ricoux comme pour nombre de ses contemporains des milieux scientifiques, une loi de la sélection naturelle voue les races les « plus faibles » à disparaître devant les races « supérieures ».

Les prévisions du démographe Ricoux n'advinrent jamais : une fois terminée la phase de conquête du pays, la population algérienne connut une croissance continue. La fréquence, la virulence et l’extension géographique des épidémies, reculèrent peu à peu à partir de 1880 ou 1890, avec l'installation de l'administration civile, la fin des opérations de « pacification » et des déplacement de populations, l'amélioration de l'alimentation et, après la Première Guerre mondiale, la généralisation des contrôles sanitaires ou l’amélioration progressive de l’hygiène dans les villes. Il faudra néanmoins attendre la fin des années 1940 pour les voir disparaitre de la région.

Victor Hugo et la conquête de l'Algérie

Bibliographie

(sur la période précédant la colonisation)
 Jacques Philippe Laugier de Tassy, Histoire du royaume d'Alger, Du Sauzet, Amsterdam, 1775.
 William Shaler (Consul des États-Unis à Alger), Esquisse de l'État d'Alger considéré sous le rapport politique, historique et civil(Rapport officiel de 1825), Ladvocat, Paris, 1825.
 Professeur Jacques Heers, Les Négriers en terre d'Islam, Perrin Ed., Paris 2008.


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