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L'Angleterre, un pays féodal


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 Les Normands
 La société médiévale

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Enluminure du XIIIe siècle
La plus ancienne représentation connue de l'assassinat de Becket.

Les Normands

Les nouveaux souverains s'emploient à imposer partout leur autorité. La vieille aristocratie anglo-saxonne est expropriée et remplacée aux postes de commandement politique par la noblesse normande. Le roi mate les tentatives de résistance par des expéditions armées, qui frappent tout particulièrement le nord du pays.

Les Normands construisent d'immenses châteaux. Une fois la remise en ordre assurée, ils unifient progressivement le pays, le dotant d'une organisation et d'une administration nouvelles.

Sous leur impulsion, l'Angleterre devient un pays féodal, avec une société très hiérarchisée, où maîtres et serviteurs, suzerains et vassaux sont liés par une série de devoirs réciproques. A la tête de cette société pyramidale se trouve le roi, qui peut compter sur la fidélité de la grande aristocratie en échange de sa protection et de sa générosité en terres et en postes de pouvoir.

La capitale, Londres, est embellie et l'on y édifie les monuments abritant et symbolisant le pouvoir central, comme la Tour de Londres. Le roi gouverne avec l'aide de son Conseil, qui regroupe les grands barons et les plus hauts prélats. L'administration centrale se développe et se professionnalise, notamment sous les règnes de Henri II Plantagenêt (1154-1189) et d'Edouard I (1272-1307): un justicier remplace le roi en son absence; la chancellerie s'occupe des questions de justice. Le service de l'Echiquier est créé pour administrer les ressources de l'Etat, qui ne cessent de croître grâce à la levée des impôts, établis d'après le Domesday Book, véritable cadastre général, dressé en 1086.

L'administration locale gagne elle aussi en efficacité, notamment avec l'action des sheriffs, qui représentent l'autorité royale dans les comtés. La législation royale se développe: les coutumes judiciaires et les usages les plus répandus sont recueillis - avec l'aide d'érudits tel Glanvill - pour établir un code écrit plus homogène, la Common Law (littéralement: «la loi commune»).  

La consolidation de la monarchie anglaise suscite bien sûr des résistances, notamment de la part de l'Eglise, qui veut défendre sa prééminence: l'épisode le plus tragique de cette lutte d'influence est l'exécution, en 1170, de l'archevêque Thomas Becket, sur ordre du roi Henri II, exaspéré par les prétentions de la hiérarchie ecclésiastique. Résistance aussi des grands barons, toujours soucieux de garder une indépendance d'action et la possibilité d'infléchir les décisions du roi. Dès qu'un affaiblissement royal se fait sentir, à l'occasion d'une succession délicate, d'une crise avec l'Eglise, ou d'une guerre difficile, la fronde des barons éclate. C'est ainsi que l'aristocratie obtient des concessions et se fait accorder des chartes, que les rois respectent plus ou moins selon que leur position est plus ou moins forte.

En 1215, Jean sans Terre, qui a accumulé les déboires avec la France et la papauté, doit accorder aux barons, soulevés contre ses prétentions excessives, la Grande Charte, qui pose pour la première fois le principe d'une limite à l'arbitraire royal. Le développement du rôle du Parlement, qui regroupe les représentants de l'aristocratie et des grandes villes, va dans le même sens. C'est en 1265, au moment de la fronde des barons contre le roi Henri III, que leur chef, Simon de Monfort, obtient l'élargissement de la composition et du rôle du Parlement. Ce dernier, représentant les élites les plus actives de la société, devra désormais être plus souvent réuni et consulté par le roi, notamment pour toute levée de nouvel impôt - pouvoir décisif en cas de guerre, dévoreuse d'argent.  


La société médiévale
Entre le XIe et le XIIIe  siècle, la société, essentiellement rurale, est organisée en seigneuries, ou manoirs, regroupant des terres et des villages sous l'autorité d'un lord qui possède de larges pouvoirs juridiques et économiques sur ses paysans, lesquels sont assujettis à des impôts en nature ou en argent et à des corvées. Il existe aussi des petits propriétaires libres. L'activité agricole reste longtemps orientée, pour l'essentiel, vers la production de céréales et l'élevage de moutons, dont le développement permet bientôt à l'Angleterre de devenir le principal fournisseur de laine de l'Europe.  

A partir du XIIe siècle, les villes connaissent un bel essor. Les petits ateliers textiles ajoutent leur fiévreuse activité à celle du commerce. Les villes portuaires (Londres, Newcastle, Bristol) s'animent: les marchands, plus nombreux, font affaire avec les étrangers, hanséates ou italiens, venus jusqu'en Angleterre vendre leurs produits et acheter de la laine; commerçants et artisans s'organisent en guildes, destinées à défendre les intérêts des corps de métiers et qui finissent par jouer un rôle politique non négligeable. C'est ainsi toute une société urbaine qui se dessine progressivement après le XIIIe siècle, plus diversifiée, plus active, plus ouverte sur l'extérieur.  

Une culture nationale commence également à s'affirmer. Aux XIIe et XIIIe siècles, dans les universités d'Oxford et de Cambridge, John de Salisbury, John Duns Scot, Guillaume d'Occam renouvellent la réflexion théologique et scolastique, tandis que Roger Bacon essaie de développer une démarche scientifique. Le vieil anglais (langue germanique), qui n'était plus parlé par les élites - lesquelles parlaient français - depuis la conquête normande, s'affirme à nouveau comme langue de prestige à partir du XIVe siècle.  

La vie religieuse est tout aussi riche. Au XIe siècle, l'archevêque de Cantorbéry, Lanfranc, remet de l'ordre dans les diocèses et les paroisses et rehausse le prestige de l'Eglise en introduisant la réforme grégorienne. Les monastères sont des centres de vie culturelle: les bénédictins de Saint Albans, de Cantorbéry et de Winchester font un important travail de copistes et de chroniqueurs. Un peu plus tard, les franciscains et les dominicains apportent du continent une nouvelle sensibilité, s'attachant davantage aux besoins religieux du peuple. La splendeur de la vie religieuse se traduit par l'édification de grandes cathédrales, Cantorbéry et Winchester dans le style roman, puis Lincoln et Salisbury dans le style gothique (XIIIe siècle).  


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