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Henri VIII Il a été un roi à la fois humaniste et chevalier. Ses décisions en matière de politique, d'économie et de religion ont marqué l'histoire de son pays.
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Une période faste
Après les grandes secousses des XIVe et XVe siècles, et malgré la fragilité initiale de la dynastie, l'ère des Tudors constitue, jusqu'à la mort d'Elisabeth I, petite-fille de Henri VII, en 1603, une période faste pour la monarchie anglaise, par-delà les crises religieuses.
Le souverain s'appuie sur un Conseil privé doté de moyens administratifs accrus, et sur de grands commis dévoués: Thomas Wolsey et Thomas Cromwell sous Henri VIII, la famille Cecil sous Elisabeth. L'administration locale est renforcée: juges de paix, lords-lieutenants et shérifs tiennent le pays. Les tribunaux royaux, comme la Chambre étoilée et la Haute Commission, jugent sévèrement rebelles et réfractaires. Les révoltes féodales des grands barons sont définitivement matées. Le roi s'assure le contrôle du Parlement par un patronage des candidats «officiels» et un clientélisme actif. De plus, il évite de le réunir trop souvent.
L'ouverture vers le grand large
La dynastie sait tirer parti d'une période de grand dynamisme. La population, qui stagnait depuis la peste noire, double presque pendant le XVIe siècle, pour atteindre 4 millions en 1600. Le commerce se développe, les espèces monétaires affluent, grâce à la guerre de course et à une expansion maritime que l'Etat soutient par un mercantilisme actif: il appuie les explorations maritimes d'aventuriers intrépides comme sir Francis Drake, octroie des chartes aux compagnies de commerce, organise les premières colonies en Amérique du Nord. L'Angleterre affirme sa vocation de «maîtresse des mers» contre ses concurrents ibériques et hollandais.
Le temps des Réformes
La spécificité de la Réforme anglaise réside dans la manière dont le roi s'est emparé du courant humaniste de critique de l'Eglise pour défier l'autorité pontificale. La première Réforme anglaise, dans les années 1530, traite surtout des rapports entre l'Eglise et l'autorité civile, sans mettre en cause les principes de la religion catholique; la seconde, en 1559, opère une véritable rupture doctrinale.
Le bouleversement ecclésiastique de 1532-1534 n'est pas, en effet, le produit d'une révolution spirituelle; il tient aux préoccupations politiques d'un roi passablement mégalomane, obsédé par le souci de sa succession. Henri VIII n'est nullement partisan des thèses luthériennes, qu'il combat vigoureusement; mais il veut un fils, que n'arrive pas à lui donner sa femme, Catherine d'Aragon. Le divorce serait possible si Catherine n'était pas la fille du roi d'Espagne, et donc la tante de Charles Quint: opposé à ce divorce, l'empereur Charles, qui tient Rome sous sa coupe, interdit au pape de le prononcer.
Henri VIII décide de passer outre: en 1534, il obtient du Parlement qu'il le déclare seul chef de l'Eglise d'Angleterre (Acte de suprématie); son divorce est prononcé et il épouse Anne Boleyn, déjà enceinte. Les catholiques anglais ne sont plus dès lors sous la juridiction de Rome, mais sous celle de leur roi, excommunié par le pape. Le schisme est consommé. Henri VIII dissout les monastères romains, confisque leurs biens, qu'il distribue à bon prix à l'aristocratie et à la bourgeoisie marchande, dans un dessein clairement politique.
Mais les aventures matrimoniales de Henri VIII ne s'arrêtent pas là, entraînant de multiples difficultés dans la succession au trône, et des crises politico-religieuses en série. Sous Edouard VI, seul fils du roi, l'influence de conseillers protestants radicalise dans un sens calviniste les mutations amorcées, imposant notamment en 1552 le livre de prières de Thomas Cranmer (Book of Common Prayer). Inversement, sous le règne de Marie I re Tudor, fervente catholique et épouse du très catholique Philippe II d'Espagne, la foi et la liturgie protestantes sont condamnées. C'est un intermède, car Elisabeth Ire, fille de Henri VIII et d'Anne Boleyn - et donc «bâtarde» aux yeux des catholiques -, reçoit en 1559 le titre de «suprême gouverneur de l'Eglise d'Angleterre» par un nouvel Acte de suprématie du Parlement: plus question de réconciliation avec Rome.
Protestante modérée, et politique intelligente, Elisabeth cherche le compromis qui divisera le moins ses sujets. L'Eglise anglicane retrouve les statuts de Henri VIII, qui avaient été bien acceptés. La hiérarchie épiscopale est conservée, ainsi qu'une certaine pompe cérémonielle. Mais le livre de prières de 1552 est réintroduit, et les «trente-neuf articles de la foi», qui définissent le credo anglican en 1563, sont fortement marqués par le calvinisme (refus de la transsubstantiation du pain et du vin dans l'eucharistie; la Bible comme seule base de la foi; abolition de l'obligation de célibat pour le clergé). Ce compromis déçoit les plus farouches réformateurs: ceux qui, hostiles au pouvoir épiscopal, admirent l'Eglise presbytérienne organisée en Ecosse par John Knox, et les puritains, partisans de l'autonomie des congrégations par rapport à l'Etat. Ce compromis rejette en outre les catholiques fervents dans la dissidence «papiste», durement réprimée.
Devenue bastion du protestantisme européen, l'Angleterre ne connaît pourtant pas de guerre de religion dévastatrice, car le patriotisme et la profondeur du sentiment anti-espagnol, exacerbé par la tentative d'invasion de l'Invincible Armada, en 1588, ont soudé la nation derrière la reine. Cependant, les fractures que les Tudors ont imposées à la société fondent les déchirements du siècle suivant. De plus, les marges du pays demeurent incertaines: si le pays de Galles est formellement intégré en 1536, l'Ecosse reste indépendante, et l'Irlande irréductiblement catholique.
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