 L'Empire des Habsbourg en 1600 Carte Luc Rehmet
A peine Charles I venait-il de fouler le sol de ses nouveaux royaumes qu'il fut élu empereur du Saint Empire romain germanique sous le nom de Charles Quint et partit pour l'Allemagne. Pendant deux siècles, le destin de l'Espagne sera ainsi lié à celui de la maison de Habsbourg.
Le Siècle d'or
Charles Quint
Charles Quint
consacra le plus clair de son temps à la défense de ses
possessions contre les attaques des Français, des Turcs et des
princes protestants. Au début de son règne, le
caractère étranger de son éducation, ses conseillers
flamands et sa
politique à la dimension de l'Europe le rendirent
impopulaire en Espagne (révolte des
comuneros, 1520-1521).
Toutefois, il parvint à gagner la
loyauté de ses sujets en dépit de ses longues absences,
dues aux nombreuses expéditions militaires qu'il
commanda en personne (prise de Tunis, assaut d'Alger,
bataille de Mühlberg, etc.) et à ses multiples voyages
diplomatiques.
Il fit également siens les
idéaux de ses grands-parents: l'unité du monde
catholique et la
conquête d'un empire, qu'il finança au moyen
des richesses provenant du
Nouveau Monde (
le Mexique est
conquis par Cortés en 1519-1521,
le Pérou
par Pizarre en 1531-1533). Il était assisté dans
son entreprise par l'ordre des Jésuites, fondé
en 1540 par Ignace de Loyola.
En 1556, Charles Quint abdiqua,
laissant l'Espagne à son fils
Philippe II
et ses possessions germaniques à son frère, qui devait
devenir empereur sous le nom de Ferdinand I.
Philippe II
Philippe II
fut aussi sédentaire que son père avait été
nomade, aussi bureaucrate qu'il avait été guerrier.
De son palais-couvent de l'Escurial (qui commémore la
victoire de Saint-Quentin en 1557 sur les troupes
françaises), Philippe II gouverna un empire «sur
lequel le soleil ne se couchait jamais» et conquit
l'affection de ses sujets. En 1580, il acquit
le Portugal et
toutes ses possessions. Loin de renforcer l'Empire, cette
union ne fit qu'exposer les routes maritimes et les colonies
portugaises aux attaques des Néerlandais et des Anglais, et
accroître l'hostilité des Portugais à
l'encontre des Espagnols.
Le règne de Philippe II fut
celui des saints et des grands mystiques (de François Borgia
à Jean de la Croix et Thérèse d'Avila) et fut
profondément marqué par la défense de la religion
catholique. Il reste aussi célèbre pour deux grands
affrontements navals: après un siècle de conquêtes,
l'Empire
ottoman fut arrêté dans sa progression par don Juan
d'Autriche, demi-frère de Philippe II, en 1571,
à la bataille de Lépante; en représailles contre une
intervention des Anglais
aux Pays-Bas,
Philippe II lança, en 1588, à l'assaut de
l'Angleterre son «Invincible Armada» (130 vaisseaux,
30'000 hommes), qui fut détruite par la tempête et
les feux des navires anglais. Cette ambitieuse politique
impériale dépassa les ressources des mines d'or et
d'argent américaines: Philippe II fit plusieurs fois
banqueroute à partir de 1575.
Le déclin
Les monarques qui succédèrent
à Philippe II ne s'identifièrent pas au destin
de l'Espagne et laissèrent le pouvoir à des favoris,
les válidos. Philippe III (1598-1621) abandonna ainsi le
gouvernement au duc de Lerma, grand organisateur de courses de
taureaux, qui manipula la monnaie et chassa les morisques
(1609).
Sous le règne de Philippe IV
(1621-1665), passionné de théâtre et de chasse, le
brillant mais peu diplomate comte-duc d'Olivares
entraîna l'Espagne dans
la guerre de Trente
Ans: après des victoires éclatantes, les
armées françaises consacrèrent le déclin
militaire de l'Espagne à Rocroi (1643), puis à Lens
(1648).
Pendant ce temps, les menées
centralisatrices d'Olivares suscitèrent en 1640 des
révoltes au Portugal et en Catalogne: le Portugal recouvra son
indépendance, et la Catalogne passa sous domination
française jusqu'en 1652. Le dernier roi de la maison
de Habsbourg fut Charles II, dont le règne (1665-1700)
fut marqué par des intrigues, tant à l'intérieur
qu'à l'extérieur, ainsi que par
l'effondrement de l'économie.
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