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La dislocation de l'empire carolingien


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Sommaire

 L'empire assiégé et partagé
 La remise en cause du principe monarchique
 Le phénomène de militarisation
 Vers un renouveau

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Le traité de Verdun (août 843)
Traité conclu entre les trois fils de Louis le Pieux et qui consacra le partage de l'Empire carolingien. A Louis le Germanique échurent la Bavière et les pays à l'est du Rhin. Charles le Chauve reçut la Francia occidentalis (territoires de langue romane situés à l'ouest de l'Escaut, de la Meuse, de la Saône et du Rhône). Lothaire, l'aîné, conservait, avec le titre impérial, le reste de l'héritage de Charlemagne, soit l'Italie et des territoires allant de la Provence à la Frise (la Lotharingie).
Carte Alain Houot

Les conquêtes et la prospérité ont longtemps masqué les problèmes posés par une gestion centralisée appliquée à un empire de grande taille. Les guerres offensives avaient rassemblé autour du souverain conquérant les élites associées aux profits de la victoire. L'aristocratie impériale soutenait un régime qui lui procurait richesses et puissance.

L'empire assiégé et partagé
Les menaces extérieures
A partir de 840, les menaces extérieures deviennent un véritable fléau. L'empire conquérant devient alors un empire agressé. Lourde à mobiliser et à manier, l'armée franque s'avère incapable de faire face aux incursions rapides et dévastatrices des agresseurs scandinaves, hongrois (898) ou musulmans, attirés par les richesses carolingiennes.  

Les luttes fratricides
Les guerres civiles qui ont opposé Louis le Pieux et ses fils, les multiples redécoupages qui en résultent, perturbent les liens de fidélité liant les grands aux souverains. Les difficultés économiques aiguisent les appétits des grands.  

Bien formés, les successeurs de Louis le Pieux ne sont en outre dépourvus ni de qualités ni de courage. Mais les difficultés grandissantes lézardent chaque jour davantage un édifice fragile, ce qui entraîne de profondes mutations politiques et sociales. La réponse à ces problèmes aurait dû passer par une décentralisation contrôlée du pouvoir: Charlemagne l'avait pressenti lorsqu'il avait élevé l'Italie et l'Aquitaine au rang de royaumes.

Louis le Pieux taille à son tour des royaumes pour ses fils, tout en s'efforçant par l'Ordinatio imperii (817) de maintenir l'unité impériale. Mais les guerres fratricides autour de sa succession aboutissent en 843 au traité de Verdun, qui met fin à l'empire unitaire, alors partagé en trois royaumes distincts. A la mort de l'empereur Lothaire I en 855, le nombre des royaumes est même porté à six, tandis que progressivement le titre impérial, devenu personnel et nominal, se vide de toute signification avant de disparaître provisoirement en 924 jusqu'à sa restauration, en 962, par Otton I.


La remise en cause du principe monarchique
Face aux difficultés extérieures qui redoublent dans la seconde moitié du IXe siècle, le cadre du royaume s'avère encore trop vaste pour assurer une défense efficace contre les envahisseurs. Les rois confient donc à de puissants aristocrates de grands commandements militaires qui sont à l'origine de principautés territoriales en Francie occidentale, de duchés en Germanie et en Italie.  

Princes et rois
Dans les années 860, Robert le Fort, l'ancêtre de Hugues Capet, se voit ainsi chargé par Charles le Chauve de la défense de la Neustrie, entre Seine et Loire, tandis que Liudolf, le grand-père de Henri I
er de Germanie, reçoit de Louis le Germanique le duché de Saxe, dans l'orbite duquel son fils Otton attirera la Thuringe.  

Le poids de la haute aristocratie se renforce ainsi face aux rois. Les liens vassaliques créent désormais un écran entre le roi et les fidèles des grands. Ducs et comtes parviennent à imposer l'hérédité de leurs charges en ligne directe et ils médiatisent l'autorité publique. Le seul lien qui les relie encore au roi est ce serment de fidélité que les princes du Midi négligent même de venir prêter. L'élection royale prend alors une importance grandissante.  

Ottoniens, Robertiens et Carolingiens
A partir des années 880, les grands estiment avoir le droit de choisir le meilleur roi possible, fût-il d'une autre famille que celle de Charlemagne. En 919, l'élection du duc de Saxe Henri I
er comme roi de Germanie fonde la dynastie ottonienne. Vainqueur des Hongrois au Lechfeld en 955, Otton, le fils de Henri, peut rétablir l'empire en 962. En Francie occidentale, au contraire, la puissance royale ne cesse de reculer face à celles des princes. De 888 (élection d'Eudes, fils de Robert le Fort) à 936 (élection du Carolingien Louis IV), Robertiens et Carolingiens alternent sur le trône comme s'il y avait déjà deux dynasties légitimes.  

L'aboutissement du processus de décentralisation
Durant le demi-siècle de restauration carolingienne qui suit (936-987), les rois perdent toute autorité sur la partie méridionale du royaume, tandis qu'au nord ils doivent compter avec la puissance du Robertien, désormais duc des Francs, avec celles du comte de Flandre, du duc de Normandie, du duc de Bourgogne ou du comte d'Anjou. Pourtant le processus de décentralisation du pouvoir apparu à la fin du IX
e  siècle n'est pas encore parvenu à son terme. Dans la seconde moitié du X e  siècle, les principautés territoriales sont à leur tour soumises à des forces centrifuges qui les ébranlent. Des comtes réussissent à se rendre autonomes. Bientôt vont apparaître les premières seigneuries châtelaines. L'autorité de Hugues Capet, lorsqu'il est élu roi en 987, ne s'étend guère au-delà de l'Île-de-France: à l'intérieur même de son domaine, il doit compter avec de puissants seigneurs qui lui mesurent leur fidélité.  

Le phénomène de militarisation
Cette décentralisation du pouvoir va de pair avec une militarisation grandissante. Pour résister aux invasions, les détenteurs de la puissance publique ont construit des fortifications: le moine de Saint-Germain-des-Prés Abbon rapporte dans un poème qu'en 885 le comte Eudes fit élever une tour pour défendre Paris contre les Normands. Au X e  siècle, alors que les menaces extérieures sont moins vives (en 911, au traité de Saint-Clair-sur-Epte, on concède aux Normands des comtés autour de Rouen), comtes et seigneurs continuent d'en construire, cette fois pour tenir le pays et pour prévenir les attaques de leurs rivaux. Les guerres privées se multiplient autour de ces points forts. Les populations sont alors contraintes de chercher refuge à l'ombre des châteaux de bois, construits sur des mottes de terre rapportée. Ces châteaux sont gardés par des équipes de vassaux à cheval, les milites, sous l'autorité des maîtres détenteurs du ban.

Vers un renouveau
A l'aube de l'an mille, le cadre seigneurial se met en place. Les seigneurs commencent à faire payer cher leur protection, par des prélèvements massifs sur les productions paysannes.  

C'est dans ce climat de profondes mutations sociales et politiques que progressivement, après le milieu du X e  siècle, l'Occident commence à renaître. Tandis que des monastères réformés par les moines clunisiens montent des prières et des exhortations à la paix, les hommes deviennent plus nombreux, les productions augmentent et les circuits commerciaux se remettent en place.

Après plus d'un siècle de repli sur lui-même, l'Occident s'ouvre de nouveau à la conquête de nouveaux horizons. L'héritage carolingien peut alors être redécouvert sur des bases nouvelles: bien que la chrétienté ne soit plus un ensemble politique, princes et rois affirment qu'ils ont pour mission sacrée de faire régner la justice et de défendre l'Eglise de Dieu.

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