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Indonésie


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Sommaire

 De la Préhistoire au Moyen Age
 La colonisation européenne
 L'Indonésie indépendante

 




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L'Indonésie s'étend sur 1'904'340 km 2 . Rassemblant des paysages, des peuples et des coutumes d'une infinie diversité, la République d'Indonésie, premier pays musulman au monde, pèse d'un poids considérable en Asie du Sud-Est.

De la Préhistoire au Moyen Age
Le peuplement de l'Indonésie a été précoce ( pithécanthrope du nord-est de Sumatra: 500'000 ans) et s'est fait par vagues successives. Les Malais, qui pratiquaient la culture sur brûlis (ladang), ont repoussé dans les montagnes les groupes négroïdes au Néolithique (début du II e millénaire av. J.-C.) avant d'être, à leur tour, submergés par d'autres vagues de Malais qui maîtrisaient les techniques de la rizière irriguée, du fer et de la navigation.

Le Moyen Age indonésien (du V e  au XIII e  siècle) est marqué par l'influence de l'Inde, et notamment par l'hindouisme et le bouddhisme. En effet, deux royaumes indo-malais issus de la dynastie des Çailendra dominent l'archipel: à Java, le royaume du Centre et, à Sumatra, le royaume de Çrivijaya, qui s'étend un moment peut-être jusqu'au Cambodge, au Siam, à Ceylan et aux Philippines. Lorsque le royaume de Çrivijaya est à son apogée, du X e  au XIII e  siècle, les relations maritimes sont en plein essor; les navires, qui font escale dans les ports d'Asie, viennent chercher l'étain, l'ivoire, les épices, le camphre, etc.

Au XIV e  siècle, le royaume féodal de Majapahit constitue un véritable empire maritime qui s'étend sur toutes les îles de l'archipel. Bien que la flotte chinoise de Khoubilaï ait été vaincue, les Chinois s'implantent à Java et, par métissage, forment un groupe à part, grossi progressivement par l'arrivée d'immigrants. Par l'intermédiaire des princes musulmans de Malacca, et des princes de Java devenus musulmans au XV e  siècle, l'islam pénètre en Indonésie (1520). Il active les relations commerciales de l'Indonésie; égalitaire et tolérant, il interdit tout cloisonnement par les castes, à la différence de l' hindouisme indien.  

La colonisation européenne
Intéressés par le commerce des épices, les Portugais puis les Espagnols sont les premiers, au XVI e  siècle, à passer des accords commerciaux avec les princes indigènes indonésiens. Mais ce sont les derniers venus, les Hollandais, dont la première expédition a lieu en 1595-1596, qui, pour trois siècles et demi, vont organiser la colonisation de l'archipel.

Pour contenir la concurrence hispano-portugaise, ils doivent adopter une politique d'ensemble; c'est ainsi que des villes néerlandaises créent en 1602 la Compagnie hollandaise des Indes orientales, qui a la charge de négocier et de coloniser. La Compagnie impose telle ou telle culture selon les besoins du commerce: épices au XVII e  siècle, café au XVIII e , puis canne à sucre, thé, tabac, coton, hévéa, etc. Cette exploitation ne va pas sans révoltes locales, toujours réprimées. Batavia, aujourd'hui Jakarta, devient une grande ville commerciale. Pendant les guerres napoléoniennes, les Britanniques s'acharnent sur les colonies de la République batave, lesquelles ne reviendront totalement sous la dépendance néerlandaise qu'en 1824.  

Au XIX
e  siècle, l'exploitation devient plus stricte: on adopte le système introduit par le gouverneur Van den Bosch en 1830, qui impose l'abandon, au profit de l'Etat colonial, du cinquième des terres du village et du cinquième du travail de chaque homme (au moins 60 journées par an). Ce système, très avantageux pour la métropole, qui régit ainsi toute la vie agricole, orientée vers l'exportation des cultures commerciales, fait apparaître de graves inconvénients pour les populations locales: les cultures vivrières sont négligées et les différences s'accroissent entre les autres îles et Java, joyau colonial des Hollandais.  

A partir de 1870, une nouvelle évolution se fait sentir: une loi agraire favorise la mise en culture des terres incultes.  Ainsi, de grandes sociétés à capitaux néerlandais ou étrangers (surtout britanniques) se développent pour exploiter les richesses nouvelles: l'hévéa et le palmier à huile; les produits miniers sont systématiquement exploités. Dans le pays, où la population augmente rapidement et où l'industrie demeure peu développée, le mécontentement va grandissant, d'autant que la crise de 1929 entraîne l'effondrement de la culture de la canne à sucre: les Indonésiens connaissent alors chômage et émeutes. Les réformes introduites aux Indes néerlandaises (représentation assurée par un Conseil du peuple, participation de l'élite indigène, statut de territoire d'outre-mer, en 1922) sont insuffisantes et n'empêchent pas la création de mouvements nationalistes ou révolutionnaires: Union sociale indonésienne, Parti communiste indonésien, Parti national indonésien de Sukarno, créés respectivement en 1914, 1920 et 1927.

En août 1940, le gouvernement néerlandais en exil reporte à la fin de la guerre le problème de l'autonomie, réclamée en 1939 par le Congrès du peuple, que convoquèrent les mouvements nationalistes. Les Japonais occupent les Indes néerlandaises de 1941 à 1945.

L'Indonésie indépendante
Après la formation d'une République indonésienne, favorisée par les Japonais en 1945 et dirigée par Sukarno, les rapports sont restés très tendus avec les Pays-Bas. Ceux-ci sont intervenus militairement à plusieurs reprises avant que n'aboutisse la conférence de La Haye, en 1949, qui reconnaît la création des Etats-Unis d'Indonésie. Provisoirement maintenue, l'union avec les Pays-Bas est dénoncée par le nouvel Etat en 1954.  

L'Indonésie a connu une existence difficile sur le plan économique et politique. Les troubles n'ont guère cessé, liés à l'éviction des ressortissants néerlandais ou aux révoltes, aux Moluques (1955), à Sumatra et aux Célèbes (1958), à Sulawesi, à Bornéo ou en Nouvelle-Guinée, contre le centralisme de Java. Tout en gardant les faveurs de Moscou et de Washington, Sukarno s'est fait le champion du non-alignement (conférence de Bandung, 1955); il a favorisé le nationalisme indonésien et l'influence de Pékin. En 1963, l'Irian, laissée d'abord aux Néerlandais, fut réunie à l'Indonésie.  

Une tentative de coup d'Etat communiste entraîna une réaction très dure de l'armée, conduite par le général Suharto (1965-1966), qui élimina progressivement Sukarno. Maître du pouvoir, le général Suharto s'est rapproché des Etats-Unis et a vigoureusement sévi contre les communistes. Elu pour la première fois président en 1968, réélu en 1973, puis en 1978, 1983, 1988, 1993 et 1998, il bénéficie d'une large majorité au Parlement.

Les tentatives de guérilla dans les provinces les plus récemment annexées (Irian Jaya, Timor oriental) sont sévèrement réprimées par l'armée. Ainsi, en juillet 1996, de violentes émeutes éclatent à Jakarta, provoquées par les partisans de Megawati, la fille de l'ancien président Sukarno, qui cristallise autour d'elle les forces d'opposition. La répression perdure dans l'île de Timor, conquise en 1975 et annexée en 1976, au prix de massacres, et Sumatra connaît une agitation islamique. Malgré la victoire massive du parti gouvernemental le Golkar, les dernières élections législatives du 29 mai 1997, furent le théâtre de violentes émeutes traduisant le malaise croissant provoqué par des inégalités de revenus de plus-en-plus importantes et la rigidité du régime.

Au début de l'année 1998, la situation économique de l'Indonésie se dégrade et une hausse des prix, sans précédent (30 à 50 %), provoque de nouvelles émeutes dans tout le pays. Le président Suharto est contraint de faire appel à l'armée. Parallèlement, le FMI, considérant que les conditions macroéconomiques fixées, ne sont pas respectées par le gouvernement de Djakarta, retarde son programme d'aide économique. Cette situation de crise n'empêche pas le président de voir son mandat reconduit par l'Assemblée consultative du peuple (le 10 mars). En mai, les dernières mesures d'austérité exigées par le FMI provoquent de nouvelles manifestations durement réprimées par l'armée. Sous la pression du Parlement et du gouvernement américain, le président Suharto est contraint de donner sa démission et nomme le vice-président, Bacharuddin Yousouf Habibie, à la tête du pays. Ce dernier ramène provisoirement le calme en annonçant une libéralisation du système politique et le démantèlement des sociétés et cartels de la famille Suharto. Au même moment, il fait libérer les prisonniers politiques et promet d'organiser de nouvelles élections législatives.

Au début de l'année 1999, le pays subit toujours les contrecoups de l'effondrement brutal de son économie et de la politique menée par l'ancien président Suharto. Le taux de chômage élevé (évalué à 40 % de la population active en 1998) et l'inflation galopante (70 %), combinés à une dette globale écrasante (plus de 130 milliards de dollars), attisent le mécontentement d'une population dont près de la moitié des individus vivent en dessous du seuil de pauvreté. Par ailleurs, les hésitations du pouvoir à mettre en œuvre les mesures économiques et politiques annoncées, jettent un voile de scepticisme sur sa légimité, notamment en raison de ses liens étroits avec le régime précédent. Devenus frileux, les organismes internationaux d'aide, qui toutefois ont accordé un nouveau prêt de 1,1 milliard de dollars, contre la promesse que les fonds ne soient pas utilisés avant les élections générales, demeurent dans l'expectative, de même que les investisseurs étrangers, qui, pour la plupart, ont conclu des accords avec l'ancien régime et tout perdu lors de son effondrement.

Enfin, le réveil des séparatismes à Ambon (archipel des Moluques), où les affrontements meurtriers entre chrétiens et musulmans sont durement réprimés par l'armée, ainsi que dans le Kalimantan occidental (Bornéo) et en Irian Jaya, mais aussi la question lancinante de l'indépendance du Timor oriental, placent le président Habibie dans une position inconfortable aux yeux de la population et de l'opinion internationale. Signe du changement amorcé, la campagne pour les élections générales qui débute en mai, est marquée, dans la capitale, par des manifestations de soutien au Parti démocratique indonésien de lutte (PDIP) de Megawati Soekanoputri (fille de l'ancien président Sukarno), rival direct du parti au pouvoir, le Golkar.

Parallèlement, le 5 mai, les gouvernements indonésien et portugais signent un accord par lequel ils s'engagent à organiser un référendum auprès de la population du Timor-Oriental, lui permettant de se prononcer pour l'autonomie au sein de la république indonésienne ou en faveur de l'indépendance. Organisé sous la surveillance d'agents civils mandatés par l'ONU, le référendum, qui se déroule dans un climat de violence extrême (de nombreuses personnes sont assassinées par les milices anti-indépendantistes pro-indonésiennes, dont trois membres de l'ONU), débouche sur le rejet de l'autonomie par 78,5 % des votants. Ce plébiscite en faveur de l'indépendance déclenche une nouvelle vague de violence, qui contraint le président Habibie à décréter la loi martiale dans la province. Peu après, le Conseil de sécurité de l'ONU décide d'envoyer une force multinationale (Interfet), placée sous le commandement de l'Australie et chargée de «restaurer la paix et la sécurité».

Parallèlement, la formation d'une commission d'enquête internationale chargée de faire la lumière sur les crimes et exactions perpétrés au Timor-Oriental est approuvée par l'ONU. Rapidement, l'Interfet subit des pertes parmi ses troupes, harcelées par les miliciens pro-indonésiens et doit procéder à l'évacuation des populations et des visiteurs étrangers menacés.

En octobre, l'ONU est chargée, sur décision du Conseil de sécurité, de l'administration civile et militaire de la province et de veiller au respect du processus permettant à cette dernière d'accéder à l'indépendance. Sergio Vieira de Mello, sous-secrétaire général aux Affaires humanitaires, prend en charge la nouvelle Administration transitoire des Nations unies au Timor-Oriental (Untaet). Disposant de larges pouvoirs, y compris judiciaires, l'Untaet est appuyée par 9000 Casques bleus, chargés de remplacer les forces de l'Interfet dès le début de l'an 2000.

Outre le retour du chef historique de la résistance est-timoraise, José Alexandre «Xanana» Gusmao, cette fin d'année voit ainsi le départ des derniers soldats indonésiens, après vingt-quatre années d'occupation. Enfin, le 20 octobre, Abdurrahman Wahid dit «Gus Dur», considéré comme le représentant d'un islam modéré et ouvert, est élu président de la République par l'Assemblée consultative du peuple et Megawati Sukarnoputri, fille du fondateur de l'Indonésie indépendante et populaire, dirigeante du Parti démocratique indonésien (PDI-P), premier parti du pays, est nommée à la vice-présidence.

Dès leur arrivée au pouvoir, les nouveaux dirigeants sont confrontés à une nouvelle flambée de violence attisée par les indépendantistes, notamment dans la province d'Atjeh (nord de Sumatra) et en Irian Jaya. Considérant que ces actions de rébellion menacent l'unité indonésienne et constituent un défi à son autorité, le gouvernement charge les forces de police de rétablir l'ordre dans les provinces. Si les pourparlers engagés avec les séparatistes musulmans du Front de libération d'Atjeh aboutissent, le 12 mai 2000, après deux décennies de lutte armée et plus de cinq mille victimes, à la signature d'un accord de cessez-le-feu avec le gouvernement indonésien, l'élan indépendantiste habite toujours les mentalités, à l'image des Papous de l'Irian Jaya qui proclament leur indépendance à l'égard de Djakarta le 4 juin et organisent une nouvelle administration de leur province.  

 
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