L'époque d'Edo
Les Tokugawa réussissent à
gérer par la paix une société orientée vers la
guerre: les daimyos sont partagés en deux groupes, ceux de
l'intérieur, partisans de Ieyasu en 1600, fournissent
les cadres de l'administration, et ceux de
l'extérieur, ralliés postérieurement, se
retrouvent à la périphérie. Les fiefs des daimyos de
l'intérieur encerclent ceux des daimyos de
l'extérieur (stratégie du go).
Le domaine des Tokugawa regroupe les
deux pôles territoriaux du Japon, le Yamato et le Kanto. Le
système de résidence alternée, obligeant les
seigneurs à passer une année sur deux à Edo et
à y laisser leur famille, jugule toute velléité de
révolte. Cette réforme du féodalisme
s'accompagne d'une refonte administrative. Deux Conseils
de daimyos coiffent l'administration centrale: le Conseil des
anciens et le Conseil des jeunes anciens. Localement,
l'autorité des seigneurs est contrebalancée par
celle des gouverneurs civils.
L'idéologie
néoconfucéenne fonde une redéfinition de la
société en quatre échelons: nobles (bushi),
paysans, artisans et marchands, mais leurs devoirs sociaux (giri)
sont complémentaires. En marge se trouvent les hors-castes
(ronins, geishas). A cette rigidité politique correspond la
volonté de préserver le Japon d'une subversion
idéologique; c'est ainsi que, d'une part, les
persécutions contre les chrétiens reprennent au
début du XVII
e
siècle; les Espagnols puis
les Portugais sont expulsés, leurs émissaires sont
exécutés en 1640, et seuls les Hollandais sont
tolérés, mais ils sont confinés à
Deshima.
D'autre part, depuis 1636, les
Japonais se voient interdire de quitter le pays; le
développement des quartiers d'amusement sert
d'exutoire sensuel à l'élite, et la pratique des
formes poétiques conventionnelles jointe à
l'ouverture à la pensée occidentale (rangaku,
«le savoir hollandais») d'exutoire intellectuel, ce
qui contribue à garantir la stabilité du système.
La naissance d'une économie
La paix favorise la naissance d'une
économie nationale: la circulation des biens
s'accélère, et les marchands développent le
crédit pour financer le train de vie des seigneurs qui
résident en ville.
Les maisons de commerce (comme Mitsui)
font leur apparition. Les paysans acquièrent une plus grande
autonomie, les campagnes s'enrichissent, l'enseignement
se développe (45 % des hommes savent lire et
écrire).
La crise économique de la fin du
XVIII
e
siècle entraîne des
réformes; si celles des Tokugawa échouent, les
réformes des plus puissants fiefs de l'extérieur,
Satsuma et Choshu, réussissent. Il en résultera, au
milieu du XIX
e
siècle, une inversion du
rapport de forces entre les fiefs.
Un courant nationaliste se
développe
Face à la pression des Occidentaux,
un courant nationaliste se développe: «Révérons
l'empereur et repoussons les Barbares.» C'est alors
qu'a lieu, en 1853, l'irruption de la canonnière
de l'amiral américain Matthieu Perry, qui exige
l'ouverture commerciale; il obtient le libre accès aux
ports de Shimoda et de Hakodate pour les navires américains
en 1854. Le bakufu doit signer des accords semblables avec
l'Angleterre, la Russie et les Pays-Bas.
En 1858 sera signé le
traité des Cinq Nations, qui inclut la France. Face à
l'Occident, l'équilibre féodal se disloque: les
Tokugawa sont partagés en deux camps, certains fiefs de
l'intérieur s'opposant à Satsuma et à
Choshu, qui finissent par s'entendre pour éliminer le
bakufu, au nom de l'empereur, en 1868. C'est le coup
d'Etat de Meiji.
Les Tokugawa
Famille japonaise issue d'une branche
des Minamoto. Elle exerça le shogunat de 1603 à 1867.
Dès la fin du VI
e
siècle, les pouvoirs de
l'empereur, qui siégeait à Nara, puis à Kyoto,
furent limités par le développement de la
féodalité: un ou plusieurs chefs militaires
détenaient la réalité du pouvoir; leur autorité
étant déléguée en province à des
gouverneurs, les daïmios. Jusqu'au XVI
e
siècle, plusieurs grandes
familles se partagèrent ainsi le pouvoir: les Fujiwara, les
Taira et les Minamoto.
En 1600, le daïmio d'Edo
(aujourd'hui Tokyo), Tokugawa Ieyasu (1543-1616), défit
tous ses opposants à la bataille de Sekigahara, et prit pour
lui seul le titre de shogun (général en chef),
créé à la fin du XIIe siècle; il unifia
le Japon, sur lequel sa famille maintiendra sa domination
jusqu'à l'ère Meiji, l'empereur ne
conservant que ses fonctions spirituelles de grand prêtre du
shinto.
La dictature des shoguns Tokugawa fut
marquée par la stabilité du régime pendant deux
siècles et demi: gouvernement fort et centralisé à
Edo, hiérarchie sociale très rigide, fermeture du Japon
aux influences extérieures, après une sanglante
persécution des Japonais convertis au
christianisme;
la bourgeoisie commerçante prospérant, l'art se
développa en se dégageant de l'influence chinoise
(grande période des estampes).
Au XIX
e
siècle, cet isolationnisme se
heurta à la pression grandissante des Etats-Unis et des pays
européens, soucieux d'ouvrir le Japon à leur
commerce. En 1854, le commodore américain Perry, commandant
une escadre de la marine de guerre, fit ouvrir sous la menace
deux ports japonais. En quelques années, le Japon se trouva
ouvert à tous les pays étrangers; l'empereur
Mutsuhito (1867-1912) prit la tête d'un mouvement
national qui obligea le dernier shogun Tokugawa à se retirer
(9 novembre 1867). La monarchie absolue fut rétablie,
et la capitale Edo, rebaptisée Tokyo.
A partir de 1868, l'ère Meiji (des
Lumières) mit un terme à l'ère Edo (ou ère
Tokugawa) en abolissant la féodalité, à laquelle
succéda un Etat centralisateur, gouverné par une
monarchie constitutionnelle, qui ouvrit le Japon au monde moderne.
Les représentants les plus importants
de cette dynastie
Leyasu (1542 -1616)
Fondateur de la dynastie shogunale, il réussit, pour la
première fois de l'histoire du Japon, à unifier le
pays sous une même autorité.
Lemitsu (1604 -1651)
Troisième shogun Tokugawa, il assura la
pérennité du pouvoir en fermant le Japon à toute
influence étrangère et en établissant la capitale du
shogunat à Edo, tandis que la famille impériale
était reléguée à Kyoto dans des fonctions
purement honorifiques.
Lesada (1824 -1858)
Treizième shogun Tokugawa, il devra ouvrir le Japon
à l'Occident.
Yoshinobu (1837 -1913)
Quinzième et dernier shogun Tokugawa. Dès son
avènement, il dut faire face à la rébellion
nationaliste des clans Choshu et Tatsuma dont les samouraïs,
groupés autour du jeune empereur Mutsuhito, le contraignirent
finalement à donner sa démission (1867) pour fonder un
gouvernement collégial avec les daïmios.
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