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L'ère des Tokugawa

1603 - 1868
© Hachette Livre et/ou Hachette Multimédia

Sommaire

 L'époque d'Edo
 La naissance d'une économie
 Un courant nationaliste se développe
 Les Tokugawa

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L'époque d'Edo
Les Tokugawa réussissent à gérer par la paix une société orientée vers la guerre: les daimyos sont partagés en deux groupes, ceux de l'intérieur, partisans de Ieyasu en 1600, fournissent les cadres de l'administration, et ceux de l'extérieur, ralliés postérieurement, se retrouvent à la périphérie. Les fiefs des daimyos de l'intérieur encerclent ceux des daimyos de l'extérieur (stratégie du go).

Le domaine des Tokugawa regroupe les deux pôles territoriaux du Japon, le Yamato et le Kanto. Le système de résidence alternée, obligeant les seigneurs à passer une année sur deux à Edo et à y laisser leur famille, jugule toute velléité de révolte. Cette réforme du féodalisme s'accompagne d'une refonte administrative. Deux Conseils de daimyos coiffent l'administration centrale: le Conseil des anciens et le Conseil des jeunes anciens. Localement, l'autorité des seigneurs est contrebalancée par celle des gouverneurs civils.

L'idéologie néoconfucéenne fonde une redéfinition de la société en quatre échelons: nobles (bushi), paysans, artisans et marchands, mais leurs devoirs sociaux (giri) sont complémentaires. En marge se trouvent les hors-castes (ronins, geishas). A cette rigidité politique correspond la volonté de préserver le Japon d'une subversion idéologique; c'est ainsi que, d'une part, les persécutions contre les chrétiens reprennent au début du XVII e  siècle; les Espagnols puis les Portugais sont expulsés, leurs émissaires sont exécutés en 1640, et seuls les Hollandais sont tolérés, mais ils sont confinés à Deshima.

D'autre part, depuis 1636, les Japonais se voient interdire de quitter le pays; le développement des quartiers d'amusement sert d'exutoire sensuel à l'élite, et la pratique des formes poétiques conventionnelles jointe à l'ouverture à la pensée occidentale (rangaku, «le savoir hollandais») d'exutoire intellectuel, ce qui contribue à garantir la stabilité du système.

La naissance d'une économie
La paix favorise la naissance d'une économie nationale: la circulation des biens s'accélère, et les marchands développent le crédit pour financer le train de vie des seigneurs qui résident en ville.

Les maisons de commerce (comme Mitsui) font leur apparition. Les paysans acquièrent une plus grande autonomie, les campagnes s'enrichissent, l'enseignement se développe (45 % des hommes savent lire et écrire).

La crise économique de la fin du XVIII e  siècle entraîne des réformes; si celles des Tokugawa échouent, les réformes des plus puissants fiefs de l'extérieur, Satsuma et Choshu, réussissent. Il en résultera, au milieu du XIX e  siècle, une inversion du rapport de forces entre les fiefs.

Un courant nationaliste se développe
Face à la pression des Occidentaux, un courant nationaliste se développe: «Révérons l'empereur et repoussons les Barbares.» C'est alors qu'a lieu, en 1853, l'irruption de la canonnière de l'amiral américain Matthieu Perry, qui exige l'ouverture commerciale; il obtient le libre accès aux ports de Shimoda et de Hakodate pour les navires américains en 1854. Le bakufu doit signer des accords semblables avec l'Angleterre, la Russie et les Pays-Bas.

En 1858 sera signé le traité des Cinq Nations, qui inclut la France. Face à l'Occident, l'équilibre féodal se disloque: les Tokugawa sont partagés en deux camps, certains fiefs de l'intérieur s'opposant à Satsuma et à Choshu, qui finissent par s'entendre pour éliminer le bakufu, au nom de l'empereur, en 1868. C'est le coup d'Etat de Meiji.

Les Tokugawa
Famille japonaise issue d'une branche des Minamoto. Elle exerça le shogunat de 1603 à 1867. Dès la fin du VI e  siècle, les pouvoirs de l'empereur, qui siégeait à Nara, puis à Kyoto, furent limités par le développement de la féodalité: un ou plusieurs chefs militaires détenaient la réalité du pouvoir; leur autorité étant déléguée en province à des gouverneurs, les daïmios. Jusqu'au XVI e  siècle, plusieurs grandes familles se partagèrent ainsi le pouvoir: les Fujiwara, les Taira et les Minamoto.    

En 1600, le daïmio d'Edo (aujourd'hui Tokyo), Tokugawa Ieyasu (1543-1616), défit tous ses opposants à la bataille de Sekigahara, et prit pour lui seul le titre de shogun (général en chef), créé à la fin du XIIe siècle; il unifia le Japon, sur lequel sa famille maintiendra sa domination jusqu'à l'ère Meiji, l'empereur ne conservant que ses fonctions spirituelles de grand prêtre du shinto.  

La dictature des shoguns Tokugawa fut marquée par la stabilité du régime pendant deux siècles et demi: gouvernement fort et centralisé à Edo, hiérarchie sociale très rigide, fermeture du Japon aux influences extérieures, après une sanglante persécution des Japonais convertis au christianisme; la bourgeoisie commerçante prospérant, l'art se développa en se dégageant de l'influence chinoise (grande période des estampes).  

Au XIX e  siècle, cet isolationnisme se heurta à la pression grandissante des Etats-Unis et des pays européens, soucieux d'ouvrir le Japon à leur commerce. En 1854, le commodore américain Perry, commandant une escadre de la marine de guerre, fit ouvrir sous la menace deux ports japonais. En quelques années, le Japon se trouva ouvert à tous les pays étrangers; l'empereur Mutsuhito (1867-1912) prit la tête d'un mouvement national qui obligea le dernier shogun Tokugawa à se retirer (9 novembre 1867). La monarchie absolue fut rétablie, et la capitale Edo, rebaptisée Tokyo.  

A partir de 1868, l'ère Meiji (des Lumières) mit un terme à l'ère Edo (ou ère Tokugawa) en abolissant la féodalité, à laquelle succéda un Etat centralisateur, gouverné par une monarchie constitutionnelle, qui ouvrit le Japon au monde moderne.  

Les représentants les plus importants de cette dynastie
Leyasu (1542 -1616)
Fondateur de la dynastie shogunale, il réussit, pour la première fois de l'histoire du Japon, à unifier le pays sous une même autorité.  

Lemitsu (1604 -1651)
Troisième shogun Tokugawa, il assura la pérennité du pouvoir en fermant le Japon à toute influence étrangère et en établissant la capitale du shogunat à Edo, tandis que la famille impériale était reléguée à Kyoto dans des fonctions purement honorifiques.  

Lesada (1824 -1858)
Treizième shogun Tokugawa, il devra ouvrir le Japon à l'Occident.  

Yoshinobu (1837 -1913)
Quinzième et dernier shogun Tokugawa. Dès son avènement, il dut faire face à la rébellion nationaliste des clans Choshu et Tatsuma dont les samouraïs, groupés autour du jeune empereur Mutsuhito, le contraignirent finalement à donner sa démission (1867) pour fonder un gouvernement collégial avec les daïmios.

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