 L'expansion japonaise (1875-1943) Carte Hachette Multimédia
Le terme «Meiji» désigne
l'«
ère du gouvernement
éclairé
», au cours de laquelle
l'empereur Mutsuhito accomplit des réformes profondes,
inspirées par les institutions et les mœurs
européennes. Soumis aux pressions du monde extérieur, le
Japon des shoguns (seigneurs qui gouvernaient depuis trois
siècles) doit se transformer. C'est l'empereur qui,
reprenant la réalité du pouvoir, va assurer cette
transformation.
L'ouverture du pays
En 1853, délégué par
les Etats-Unis, le commodore Perry, à la tête de ses
« bateaux noirs », pénètre dans la
baie de Tokyo. Il revient l'année suivante. Son chantage
à la guerre se solde par le traité commercial
de 1858, conclu par Townsend Harris à Kanagawa, qui
stipule l'ouverture aux vaisseaux américains des ports de
Hakodate et de Shimoda. Des accords commerciaux similaires sont
passés avec les Britanniques, les Russes, les
Néerlandais, les Français: le commerce extérieur
japonais est entièrement dominé. Un tel bouleversement
perturbe l'économie: fuite de l'or, raréfaction
de certains produits (coton, soie), envahissement du marché
par les tissus étrangers, hausse des prix.
Par contrecoup, le malaise social
s'accentue. L'étranger est rendu responsable de la
situation, mais deux courants se dessinent: l'un,
xénophobe, veut expulser les «barbares»; l'autre
accepte l'ouverture et cherche à tirer profit du commerce
extérieur. Le gouvernement shogunal envoie des missions
diplomatiques et techniques aux Etats-Unis, en Angleterre et en
France. En fait, les deux courants tendent au même but: tirer
profit de l'expérience de l'Occident tout en lui
résistant, pour affermir la puissance japonaise. Les
véritables divergences éclatent dans la lutte pour le
pouvoir.
La restauration Meiji de 1868
La fin du shógunat est dominée
par un jeu de rivalités au niveau du territoire entier
(divisé en hans que dirigent des féodaux, les
daïmio, lesquels s'appuient sur la caste militaire des
bushi) et au sein du gouvernement (établi à Edo, la
future Tokyo). Le pouvoir est toujours exercé par le shogun
Yoshinobu (du clan des Tokugawa, qui gouvernent depuis 1603),
mais l'agitation est telle qu'il doit y renoncer le
9 novembre 1867.
L'empereur Kômei, rétabli
dans ses droits, laisse, en fait, la direction des affaires aux
divers hans et le shogun continue de jouer un rôle de premier
plan. Sur ces entrefaites, l'empereur meurt. Le
3 janvier 1868, les troupes de deux grands hans (Choshu
et Satsuma), qui s'étaient manifestés par leur
désir d'«ouverture» (au commerce, à
l'Occident), s'emparent du palais impérial. Le
shógunat est définitivement aboli. Le règne de
l'empereur Mutsuhito, qui n'a que quinze ans, va commencer;
règne et empereur porteront le nom de Meiji
(éclairé).
Des réformes à tous les niveaux
Mutsuhito transforme le nom d'Edo en
Tokyo (la capitale de l'Est). La « Charte des cinq
articles » de 1868 promet la création
d'assemblées délibératives, le libre accès
de tous à tous les emplois, brisant ainsi l'ancien
système féodal. Les bushi perdent leurs privilèges;
les taxes prélevées sur les paysans sont
transformées en impôt d'Etat. Le gouvernement
impérial élargit la base du recrutement militaire en
adoptant la conscription en 1875. Le Japon se dote d'une
armée et d'une flotte sur le modèle européen,
qui seront l'instrument de son impérialisme.
Période de centralisation qui
aboutit, en 1871, à la suppression des hans et à
la création de préfectures, l'ère Meiji est
aussi une période de modernisation intense sur le plan
économique: progrès énormes de l'agriculture,
du commerce, de l'industrie, création de lignes de
chemins de fer, de lignes télégraphiques.
Sur le plan éducatif, un
enseignement d'Etat hautement compétitif forme une
nouvelle élite. Enfin, une Constitution est
élaborée en 1889, mais l'empereur
contrôle l'exécutif, et le gouvernement est
responsable devant lui.
Le Japon a réalisé en quelques
dizaines d'années ce que l'Europe avait fait en
plusieurs siècles. Le dernier article de la Charte:
« On ira chercher à travers le monde la
connaissance afin de renforcer les fondements de la règle
impériale » définit la politique
culturelle.
L'occidentalisation fait faire un bond
en avant à l'instruction; elle apporte un renouveau de la
littérature et ébranle même les bases
traditionnelles de l'éducation. En 1889, une
Constitution institue un régime représentatif qui
fonctionne encore: assemblée de deux Chambres sur le
modèle anglais. Les grandes lignes de politique
intérieure sont en place; le Japon est doté d'une
civilisation
matérielle européanisée. C'est un véritable
tournant: les objectifs de politique extérieure ne vont pas
tarder à venir au premier plan.
Egalité diplomatique
Avec l'abolition des traités
signés à partir de 1853, le Japon obtient
l'égalité diplomatique avec l'étranger.
Alors commence l'expansion territoriale. La guerre
sino-japonaise (1894-1895) est une victoire militaire
écrasante du Japon, qui gagne les îles Pescadores,
Formose, Port-Arthur, auquel une intervention de la Russie, de la
France et de l'Allemagne l'oblige à renoncer. A la
suite de la «guerre des Boxers» (1900), à laquelle
il participe du côté occidental, le Japon reçoit, de
la Grande-Bretagne, la licence d'agir à sa guise en
Mandchourie.
La Russie, qui convoite la Corée et
la Mandchourie, est battue par le Japon à Port-Arthur, à
Moukden et à Tsushima; par le traité de Portsmouth, qui
clôt cette guerre russo-japonaise (1904-1905), la Russie
abandonne Port-Arthur au Japon, ainsi que le sud de Sakhaline. Le
Japon établit son protectorat en Corée, qu'il
annexera en 1910. A la veille de la guerre de 1914-1918,
le Japon est une nation moderne, puissante. L'empereur Meiji
meurt en 1912. L'ère Taisho va commencer.
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