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Etat enclavé
(1'240'000 km
2
) de l'Afrique sahélienne,
limité à l'ouest par le Sénégal, au nord
par la Mauritanie, au nord-est par l'Algérie, à
l'est par le Niger, au sud-est par le Burkina Faso, au sud par
la Côte-d'Ivoire et au sud-ouest par la
Guinée.
Zone de contact entre l'Afrique noire
et l'Afrique du Nord, le Mali, qui a fait l'objet de
récits de voyages à partir du VIII
e
siècle, a vu très tôt
émerger sur son territoire des Etats structurés,
étendus et hiérarchisés, qui ont fait sa
renommée au-delà du continent: le royaume du
Ghana,
l'empire du Mali et
l'Empire
songhaï. L'histoire de ces royaumes est bien connue
grâce aux traditions orales mais également par les
récits des voyageurs arabes qui ont témoigné de la
richesse de ces Etats et du faste qui régnait à la cour
de leurs souverains. Mais la substitution de l'Atlantique aux
routes transsahariennes, due au redéploiement du commerce
mondial, amorça le déclin de ces grandes constructions
politiques de l'intérieur du Sahel.
L'émergence précoce des Etats dans la boucle du
Niger s'explique par la prospérité économique
qui reposait sur une conjugaison de facteurs bénéfiques:
la douceur et l'humidité du climat, favorable aussi bien
à l'élevage qu'à l'agriculture; la
proximité de nombreuses mines d'or qui alimentèrent
pendant longtemps le Moyen-Orient et l'Europe, en particulier
pour la frappe de leurs monnaies; et surtout, à partir du
VIII
e
siècle, l'expansion du
commerce transsaharien auquel les Etats successifs, idéalement
situés au croisement des principales routes,
participèrent activement. Les échanges commerciaux
favorisèrent la diffusion de l'islam dans la région,
à partir du VIIIe siècle: celui-ci
bénéficia à la fois du prosélytisme des
musulmans mais surtout du prestige de leurs marchands, tout à
la fois riches et lettrés.
Les grands empires
Le royaume de Ouagadougou
(littéralement «pays des troupeaux»), plus connu
sous le nom de Ghana, est le premier Etat d'Afrique noire selon
les historiens: il aurait été créé vers le
IV
e
siècle et se serait étendu
au VIII
e
siècle. A son apogée, au
IX
e
siècle, le Ghana
s'étendait du Tagant au Haut Niger et du Sénégal
à Tombouctou, sur une grande partie du Mali et de la
Mauritanie actuels, peut-être au-delà. Sa capitale,
Koumbi-Saleh (localité située dans l'actuelle
Mauritanie), était édifiée près des grands
centres aurifères du Bambouk et du Bouré. Sa
prospérité était associée à celle de
grands centres urbains, tels Aoudaghost et Oualata.
A la même période, des axes
commerciaux transsahariens se mettaient en place; or et esclaves
s'échangaient contre du sel. Au XI
e
siècle, les Almoravides venus
du
Maroc, à la
fois dans l'espoir de prendre le contrôle du commerce et
d'étendre l'islam, envahirent le Ghana (prise de la
capitale en 1076). Le royaume entra alors dans une phase de
déclin. En 1203, il tomba sous la coupe de son ancien
vassal, le royaume sousou (dans la Guinée actuelle).
Profitant de l'effritement du Ghana au XII
e
siècle et du
déplacement des centres économiques vers Tombouctou et
Gao, le royaume du Mali s'est constitué au XIII
e
siècle: sous la direction de
Soundiata Keita, les populations du plateau Manding
écrasèrent le royaume sousou à la bataille de
Kirina en 1235 et se libérèrent de sa tutelle. Les
Mandings s'unirent pour former le royaume du Mali et
choisirent Soundiata pour souverain. L'armée poursuivit
son avancée et conquit un vaste territoire qui
s'étendait de Gao à l'océan: le royaume
devint alors un puissant empire. Il atteignit son apogée
sous le règne de Kankan Moussa (1312-1337), rendu
célèbre par son pèlerinage à La Mecque, au
cours duquel il frappa l'imagination de ses hôtes par
ses richesses. Kankan Moussa fit du Mali un haut lieu de
rencontres entre lettrés musulmans, mais n'en respectait
pas moins ses sujets non convertis à l'islam. Au
XIV
e
siècle, des querelles de
succession et des velléités indépendantistes
fragilisèrent le Mali qui devint une proie tentante pour son
voisin en plein essor,
le Songhaï.
Créé sans doute au VII
e
siècle et d'abord vassal
de l'empire du Mali, le royaume songhaï prit son essor
sous la dynastie des Sonni, arrivée au pouvoir au XIV
e
siècle. Après
s'être libéré de la tutelle du Mali, le
Songhaï se lança à son tour dans des guerres de
conquête. Deux empereurs se distinguèrent
particulièrement dans la grande épopée
guerrière de l'Empire songhaï: Sonni Ali Ber et
l'Askia Mohammed. Sonni Ali Ber (Sonni Ali «le
Grand») qui régna de 1464 à 1492, conquit
Tombouctou, alors aux mains des Touareg, et intégra le
Macina à son territoire; l'Askia Mohammed, qui vainquit
Sonni Ali Ber en 1492 et substitua au titre de sonni celui
d'askia, consolida l'Empire songhaï et lui donna une
organisation encore plus élaborée que celle de
l'empire du Mali.
Les grandes villes - Tombouctou (qui
abritait alors près de 100'000 habitants),
Djenné, Gao et Oualata - étaient d'importants
centres économiques et religieux. Leurs mosquées,
écoles coraniques et universités, où
séjournaient des savants du
Maghreb, comme
Ahmed Baba, jouissaient d'une très grande renommée.
Les routes commerciales transsahariennes passaient par Taoudenni,
site stratégique pour ses mines de sel. A la fin du règne
de l'Askia Mohammed, en 1528, l'Empire songhaï
étendait sa puissance sur la majeure partie du Mali, du Niger
et sur le Sénégal. Mais, en 1591, Djouder,
général de l'armée
marocaine, mena un
bataillon à travers le désert et, grâce à la
puissance de ses armes à feu, défit le Songhaï.
Déclin et renouveau, du XVIIe au XIXe siècle
Aux XVII
e
et XVIII
e
siècles, les équilibres
géopolitiques subirent une radicale mutation :
l'arrivée des Européens entraîna un renversement
des flux d'échanges commerciaux au profit de la côte
atlantique et l'effondrement progressif du commerce
transsaharien; ces changements, avec le «commerce
triangulaire» (l'esclavage), amenèrent un déclin
général de la région et furent à l'origine
de profonds bouleversements politiques. Cette période fut
également marquée par l'expansion, tantôt
pacifique tantôt guerrière, de
l'islam.
Sur le plan politique, la chute de
l'Empire songhaï amorça une phase de profond
désordre qui permit l'émergence de nouveaux Etats,
parfois éphémères. A l'est, des factions
touareg constituèrent au XVIIe siècle un royaume
nomade qui prit le contrôle de la boucle du Niger.
Au XVI
e
siècle, au sud-ouest, les
Bambaras organisèrent leur société en Ton Dyon
(«esclaves de l'association»), y remplissant des
obligations collectives. Biton Koulibaly transforma le Ton Dyon en
une armée de métier. Le fleuve Niger redevint alors
l'axe stratégique de la région, où les Bambaras
fondèrent deux royaumes rivaux, en amont de la confluence
Niger-Bani : le royaume de Ségou, qui s'étendait du
haut Niger à la région de Djenné et qui atteignit
son plein essor sous le règne de Biton (1712-1755) puis sous
celui de Ngolo (1790-1808); et le royaume du Kaarta, à son
apogée à la fin du XVII
e
siècle. Sous l'impulsion de
Cheikhou Amadou (1775-1844), marabout nommé cheikh par Ousmane
dan Fodio, les Peuls du Macina lancèrent un vaste jihad et
fondèrent un Etat théocratique, l'empire (ou Dina) du
Macina, avec Hamdallaye (littéralement «Louange à
Dieu») pour capitale.
Le jihad proclamé dans tout le Sahel
par El Hadj Omar, membre de la Tidjaniyya, déboucha sur
l'annexion par l'Empire toucouleur des royaumes bambaras
dans les années 1850, puis de l'empire du Macina en 1862.
La colonisation
Au XV
e
siècle, le Français
Anselme d'Isalguier prétendit avoir atteint la ville de
Gao et avoir épousé une princesse songhaï, mais les
véritables explorations ne commençèrent
qu'à la fin du XVIIIe siècle (l'Ecossais
Mungo Park alla jusqu'à Ségou) et au début du
XIXe siècle: l'Anglais Gordon Laing en 1826, puis le
Français René Caillié en 1828 atteignirent
Tombouctou.
Les
Français firent du fleuve Sénégal leur axe de
pénétration vers le Niger. Leur progression depuis la
côte, à partir de 1857, puis leur conquête
militaire se heurtèrent alors à la résistance de
trois forces: l'Empire toucouleur, qui fut vaincu en 1893;
celui de Samory Touré, qui dut migrer en 1892 vers la
Côte-d'Ivoire; le royaume de Sikasso, ville qui ne tomba
héroïquement qu'en 1898.
Ce fut au moment où la
présence française commençait à devenir
effective que s'affirma le pouvoir de Samory Touré.
Celui-ci, aidé par les commerçants dioulas, organisa,
à la croisée des chemins de l'or, le commerce du
sel, des esclaves, des chevaux et des produits manufacturés,
en particulier des armes à feu. Etendant son pouvoir sur un
vaste territoire, Samory se heurta vaillamment, et plus d'une
fois victorieusement, aux troupes coloniales.
Le Mali (sous le nom de
Haut-Sénégal-Niger puis de Soudan) devint, en 1895, une
colonie française intégrée à l'A-OF, avec
Kayes puis, en 1907, Bamako pour chef-lieu. Durant la période
coloniale, ses frontières furent plusieurs fois
modifiées. Les Français mirent peu en valeur
l'économie du Mali, éloigné des côtes. En
1904, ils inaugurèrent la ligne de chemin de fer reliant les
fleuves Sénégal et Niger. L'expansion coloniale
française se fit rapidement, avec le contrôle de la
production et la mise en place des infrastructures, comme la voie
ferrée Dakar-Niger, inaugurée en 1923. De 1925 à
1939, l'Office du Niger tenta un projet irréaliste
d'irrigation dans la boucle du Niger.
Du Soudan français à la république du Mali
Après
la Seconde Guerre
mondiale, les revendications en faveur de
l'indépendance s'intensifièrent. En 1945, le
Soudan (c'est-à-dire le Mali actuel) envoya son premier
député au Parlement français: Fily Dabo Sissoko. En
octobre 1946 fut créé à Bamako le parti du
Rassemblement démocratique africain (RDA), parti
fédératif qui possédait une représentation dans
la plupart des colonies françaises et qui prônait
l'indépendance immédiate de l'Afrique
française. Au Soudan, ce fut l'Union soudanaise (US-RDA),
dirigée par Modibo Keita et Mamadou Konaté. La loi-cadre
de 1956 accorda aux colonies françaises une certaine
autonomie.
En 1958, interrogées par
référendum, les populations du Soudan votèrent
massivement en faveur de la Communauté française qui
recueillit 97 % de «oui». En septembre 1959 naquit
la fédération du Mali, regroupant l'ex-Soudan
français et le Sénégal, et qui accéda à
l'indépendance le 20 juin 1960. Mais dès le
20 août, des dissensions firent éclater la
Fédération et, le 22 septembre, le Soudan proclama
son indépendance et devint la république du Mali.
Modibo Keita en fut le premier président.
Prônée par Modibo Keita, la
doctrine socialiste du Mali naissant mit l'accent sur le
rôle de l'Etat dans le développement: le parti-Etat
vit le jour et, jetant les bases d'une gestion socialiste de
l'économie en créant des sociétés
d'Etat et des coopératives agricoles, l'US-RDA
étendit rapidement sa mainmise à de nombreux secteurs
de l'économie. Ces orientations politiques, ainsi que la
sortie de la zone franc en 1962 lors de la création du franc
malien, provoquèrent un froid dans les relations avec la
France jusqu'en 1967. Ce faisant, le pays resta longtemps
dépendant de
l'Union
soviétique.
En 1967 et en 1968, des querelles au sein
de son entourage amenèrent Modibo Keita à suspendre
l'Assemblée nationale. Le 19 novembre 1968, le
président fut renversé par un groupe de jeunes officiers:
il mourut en prison en 1977. La Constitution fut abrogée, les
partis politiques interdits et le pouvoir confisqué par un
Comité militaire pour la libération nationale (CMLN),
dirigé par le lieutenant Moussa Traoré.
De Traoré à Konaré
Malgré la promesse de faire revenir les civils à la tête de l'Etat, le régime se durcit. En 1976, l'UDPM (Union démocratique du peuple malien) devint le parti unique. Dans les années 1980, aggravées par la sécheresse, les difficultés économiques du Mali s'accrurent : endettement chronique, dépérissement des ressources publiques. Pour satisfaire les bailleurs de fonds et pour revenir dans la zone franc (1984), le Mali se devait d'apporter des changements profonds à sa politique.
Le gouvernement encouragea les investissements privés, libéralisa le marché des grains et assouplit le contrôle des prix. Les monopoles d'Etat furent abolis, la pression fiscale atténuée. Le programme d'ajustement structurel de 1988 permit la libération des prix agricoles et l'organisation des privatisations.
Mais, hostile à toute ouverture démocratique, Moussa Traoré répondit par les armes aux multiples grèves qui émaillèrent son gouvernement. A partir de 1990, le régime, accusé d'autocratie et de détournement des fonds publics, vit la contestation s'accroître au sein de la population. Lorsque, en mars 1991, l'ordre fut donné à l'armée de tirer sur les manifestants (106 morts et 708 blessés), la colère atteignit son paroxysme. Un groupe de militaires dirigés par le lieutenant-colonel Amadou Toumani Touré arrêta Moussa Traoré et mit en place un Comité de transition pour le salut du peuple (CTSP), chargé de préparer le retour au multipartisme et à la démocratie. Le respect scrupuleux des engagements pris par le CTSP aboutit à la mise en place de nouvelles institutions et à la transmission du pouvoir à un président démocratiquement élu en 1992: Alpha Oumar Konaré. Une Conférence nationale réunie en 1992 élabora de nouvelles institutions. Les élections de 1992 furent remportées par Alpha Oumar Konaré, qui devint chef de l'Etat, et par son parti, l'Adema (Alliance pour la démocratie au Mali). Le 13 avril 1993, l'ancien président Moussa Traoré fut condamné à mort, mais cette sentence n'a pas été exécutée. En mai 1995, Konaré a été réélu à la tête de l'Etat.
La permanence des problèmes aux frontières (ainsi, la détérioration des relations avec le Burkina Faso avait entraîné un conflit frontalier en décembre 1984) contraint le Mali à affronter souvent ses voisins, et les dépenses militaires ont sensiblement augmenté dans les années 1980. En outre, Bamako s'expose aux velléités d'autonomie d'une partie de certains groupes ethniques qui trouvent souvent des appuis auprès des pays limitrophes.
En particulier, l'un des problèmes essentiels auxquels le Mali a dû faire face depuis son indépendance demeure la question touareg. La première révolte des Touareg éclata en 1962. La grande sécheresse des années 1970 et 1980 accrut les difficultés de l'économie pastorale et élargit le problème à toute la sous-région. Rébellions et répression se succédèrent jusqu'au début des années 1990. Plusieurs accords ont été signés, au niveau national et au niveau régional, pour trouver des solutions. Malgré le pacte national d'avril 1992 qui prétendit répondre à l'une des revendications du mouvement touareg (statut particulier pour les trois régions du Nord, l'Azawad), les affrontements culminèrent cependant de juin 1994 à janvier 1995. L'armée prit alors la base principale des rebelles, et la paix semble depuis s'être rétablie.
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