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Situé à l'extrême
nord-ouest du continent africain, cet Etat du
Maghreb est
limité à l'est et au sud-est par
l'Algérie,
au sud par la Mauritanie, à l'ouest par l'océan
Atlantique, au nord par
la mer
Méditerranée.
L'histoire du Maroc peut être
caractérisée par deux traits apparemment contradictoires.
D'un côté, nombre d'auteurs insistent sur son
«insularité» géographique - doublée
d'une histoire originale due à la persistance à
travers plusieurs millénaires de la culture et de la langue
berbères - et sur la continuité d'une monarchie
qui remonte au VIIIe siècle. D'un autre
côté, le Maroc apparaît comme le point de rencontre
des mondes africain, oriental et européen. Véritable
creuset de
civilisations, il
a réagi avec son caractère à la formation des
empires phénicien et romain. Il s'est islamisé
dès le VIII
e
siècle puis s'est peu
à peu arabisé. Au XIX
e
siècle et au début du
XX
e
siècle, il a été
l'objet des visées de l'impérialisme
européen, avant de recouvrer sa totale indépendance
en 1956.
Le Maroc antique
Les traditions rapportées par les
auteurs antiques font remonter au XII
e
siècle avant notre ère la
colonisation phénicienne, même si les témoignages
archéologiques ne donnent des datations assurées
qu'à partir du VIIe siècle av. J.-C.
Les
Phéniciens fondèrent des comptoirs sur les côtes
de la mer Méditerranée et de l'océan Atlantique.
Les principales cités phéniciennes étaient Lixus
(Larache), Mogador (Essaouira) et Sala (près de
Rabat).
Les Carthaginois s'y
installèrent à leur tour, au VI
e
siècle av. J.-C. Le
célèbre récit connu sous le nom de Périple
d'Hannon relate l'expédition maritime menée par
Carthage entre
475 et 450 av. J.-C., entreprise qui aurait
atteint le golfe de Guinée. La synthèse réussie de
l'antique civilisation berbère et de la civilisation
phénicienne donna naissance à la civilisation
mauritanienne, ou néopunique. Un important royaume
berbère se constitua dans l'ouest du Maghreb, qui vit un
essor notable des villes. Sala, en particulier, connut des
moments de splendeur sous les règnes de Juba II et de
Ptolémée,
son fils et successeur.
En contact avec Rome mais non sous sa domination, le
royaume perdit son indépendance lorsque
Caligula,
en 40 apr. J.-C., pour s'emparer de ses
richesses, fit assassiner Ptolémée à Rome.
Après une guerre très dure, la région devint une
province de
l'Empire
romain, la Maurétanie Tingitane, du nom de sa capitale,
Tingis (qui deviendra Tanger), mais seul le Nord de l'actuel
territoire marocain fut soumis. La prospérité de cette
province reposait sur l'exploitation des ressources
naturelles (produits de la mer, huile d'olive), le
développement du commerce et la construction de villes, dont
la plus célèbre, Volubilis, a livré des bronzes,
des décors sculptés, des mosaïques et des
peintures.
En 285, pour des raisons encore mal
définies, l'administration romaine abandonna la majeure
partie du territoire annexé. L'influence de Rome ne
modifia pas profondément le caractère de la population,
bien qu'on en trouve un certain nombre de marques, comme
l'usage dans les campagnes du calendrier julien pour les
travaux agricoles. En revanche,
la
christianisation, assez nette dans les villes aux III
e
et IV
e
siècles, ne laissera aucune
trace durable. La présence romaine se maintint seulement dans
la région de Tanger jusqu'à l'arrivée
des Vandales, en
429. Après la chute de Rome,
l'Empire
byzantin tenta en vain de contrôler durablement la
Maurétanie.
L'islamisation
L'événement qui marqua
jusqu'à nos jours l'histoire du Maroc se situe au
VII
e
siècle:
la conquête
arabe et
l'islamisation.
L'entrée des musulmans au Maghreb fut pourtant beaucoup
plus lente et difficile qu'ailleurs en raison de la vive
résistance des populations berbères. Mais la conversion
massive de ces derniers à l'islam est un fait (ce seront
d'ailleurs des troupes de Berbères convertis qui
franchiront le détroit de Gibraltar pour pénétrer en
Espagne).
Il ne s'écoula pourtant que
trente ans entre la première invasion arabe, dirigée par
Oqba ibn Nafaa, qui parvint au Maghreb extrême en 681, et
la conquête de
l'Espagne, en 711, par Tariq ibn Ziyad, Berbère
converti à l'islam. A plusieurs reprises les Berbères
se révoltent contre les gouverneurs arabes et le calife de
Bagdad, mais il est remarquable que ces nombreux soulèvements
berbères, tout au long de l'histoire, aient été
dirigés contre les Arabes, et non contre l'islamisation;
dans la plupart des cas, ces mouvements se firent même au nom
de l'islam. La révolte kharidjite, au milieu du
VIII
e
siècle, exprima dans le langage
de l'islam les aspirations égalitaires des Berbères
et leur hostilité envers les envahisseurs arabes, qui furent
alors chassés du Maghreb.
Les Idrisides: première dynastie
marocaine
Du VIII
e
au XVIII
e
siècle, plusieurs grandes
dynasties se succédèrent. Tandis que se consolidait en
Espagne le califat
de Cordoue, Moulay Idris, après avoir échappé au
massacre des descendants du Prophète par les
Abbassides, fonda
la dynastie des Idrisides (VIII
e
-IX
e
siècle) se réfugia au
Maroc et, en 786, s'installa à Oualili (près de
Volubilis) où il devint chef des Aouraba. Après son
assassinat, sur l'ordre du calife de Bagdad, son fils Moulay
Idris II lui succéda et élargit son domaine,
islamisant l'ensemble du pays et fondant la ville de Fès.
Première capitale du Maroc, cette cité devint un grand
centre économique, social, religieux et artistique. Assurant
une remarquable synthèse des influences orientales et
ibérique, le Maroc se dota alors de grandes réalisations
architecturales, telles la mosquée Qarawiyyin et celle des
Andalous à Fès. Ainsi le Maroc, dès le
IXe siècle, était-il bien individualisé. Mais,
à la mort de Mouhammad, fils de Moulay Idris II, le
Maghreb occidental se morcela en plusieurs petits royaumes rivaux.
Les dynasties berbères
L'empire des Almoravides
(XIe-XIIe siècle)
Il fallut attendre le XIe siècle pour qu'une
tribu de nomades du désert, réformateurs religieux et
grands guerriers, les Almoravides (al-Mourabitoun,
c'est-à-dire les gens des ribat, les couvents
fortifiés), se lancent à la conquête d'un vaste
empire. Venus du Sahara, ces moines guerriers appartenant à la
tribu berbère des Sanhadjas répandirent leur conception
d'une stricte foi islamique. En 1062, ils fondèrent une
nouvelle capitale, Marrakech. Youssef ben Tachifine réalisa
pour la première fois l'unification du Maroc (1083).
L'Espagne musulmane fut à son tour soumise, ainsi que le
Soudan, jusqu'au royaume du Ghana. A la mort de son fils Ali,
le royaume almoravide se disloqua et, en 1147, une nouvelle
dynastie, celle des Almohades, s'empara de Marrakech.
Les Almohades
(XIIe-XIIIe siècle)
Partis de Tinmel (Haut Atlas) sous l'impulsion d'un
grand réformateur religieux et censeur des mœurs,
Mouhammad ibn Toumart, les Almohades s'emparèrent de
Marrakech (où ils construisirent la mosquée de la
Koutoubia), firent élever les remparts de Rabat et
étendirent leur pouvoir à l'ensemble de
l'Afrique du Nord. Ils réalisèrent ainsi
l'unité d'un immense empire englobant l'ensemble
de l'Occident musulman, c'est-à-dire toute la
Berbérie, de l'Atlantique à Gabès, et
l'Espagne musulmane autour de l'amir al-mouminin (le
«Commandeur des croyants»), titre pris par Abou Yousouf
Yaqoub al-Mansour.
Cette réalisation de l'unité
du Maghreb, qui sera éphémère, devait jouer un
rôle très fort dans l'imaginaire maghrébin; on
peut même y voir les prémices de ce que représentera
la création de l'Union du Maghreb arabe (UMA)
en 1989. Au bout d'un siècle, les Almohades connurent
à leur tour le déclin et, au début du XIII
e
siècle, leur royaume connut des
défaites en Espagne et dans le Maghreb oriental. Meknès,
Fès, Rabat et Marrakech tombèrent tour à tour. Les
Hafsides de Tunis, le royaume de Tlemcen (à l'ouest de
l'Algérie), les Mérinides, installés à
Fès, et la Reconquista chrétienne en Espagne firent
à nouveau éclater, et de manière durable,
l'Occident musulman.
Les Mérinides et les Ouattassides
(XIIIe-XVIe siècle)
Les Mérinides, nomades zénètes originaires
des hauts plateaux du Maroc oriental, se donnèrent une
nouvelle capitale, Fès Djedid («Fès la
Neuve»), fondée en 1276 par Abou Youssef Yacoub.
Grand défenseur de l'orthodoxie religieuse, ce dernier
entreprit à son tour la construction de nombreuses
mosquées et médersas. Le voyageur Ibn Battouta et
l'historien Ibn Khaldoun sont les grandes figures de
cette brillante période. Le pouvoir, victime de luttes
sanglantes, s'affaiblit après la mort d'Abou Inan
en 1358.
Les siècles qui suivirent furent
une période de repli relatif du Maroc sur lui-même. Au
XV
e
siècle, la dynastie des
Ouattasides, après avoir régenté les
Mérinides (1420), finit par les supplanter (1472). A la
même époque se précisaient les visées
impérialistes de l'Europe. Les Portugais
s'emparaient de Ceuta (1415) et de Tanger (1471), puis
créaient des comptoirs sur toute la côte atlantique; de
leur côté, les Espagnols, après avoir reconquis le
dernier royaume maure d'Espagne, celui de Grenade (1492),
traversèrent à leur tour le détroit de Gibraltar
et s'installèrent à Melilla (1497). La domination
ibérique suscita un mouvement de résistance nationale,
cimenté par l'idéal de la guerre sainte et
appuyé par les chefs des confréries religieuses.
L'émergence d'un pouvoir chérifien, celui des
Saadiens (1572-1603), se fit jour.
Les Saadiens
(XVIe-XVIIe siècle)
Originaires de la vallée du Draa, les Saadiens
après avoir éliminé les Ouattassides, parvinrent
à préserver une indépendance que menaçaient
à la fois les Européens et les Turcs. Partis de leur
capitale, Taroudannt, ils occupèrent le Sous, Marrakech,
Fès, reprirent certains comptoirs aux Portugais, conquirent
Tombouctou. A Marrakech, où ils établirent leur
nouvelle capitale, leur cour était brillante et riche de
créations artistiques, comme en témoigne le palais
el-Badi. Mais, en 1603, au lendemain de la mort d'Ahmed
al-Mansour, dit «le Doré» en raison de sa
fabuleuse richesse, le chaos s'installa et les
confréries devinrent de plus en plus influentes. A nouveau,
le pays fut divisé en plusieurs principautés qui
rivalisèrent entre elles jusqu'à
l'avènement de la dynastie des chérifs alaouites,
au milieu du XVII
e
siècle.
Les Alaouites
Originaires du Tafilalet et descendants d'Ali, les
Alaouites fondèrent au XVII
e
siècle la dynastie qui
règne encore aujourd'hui. Le plus célèbre des
souverains, Moulay Ismaïl, gouverna le pays pendant
cinquante-cinq ans (1672-1727). Il réorganisa le Maroc et en
assura la pacification, après avoir mené une série
d'expéditions militaires contre les tribus insoumises,
les Turcs et les chrétiens. Il affermit ainsi la domination
du pouvoir central, le makhzen (mot arabe signifiant
«trésor, grenier», à l'origine du mot
français «magasin»), sur les pouvoirs locaux des
tribus, jalouses de leur indépendance. Roi bâtisseur,
il fonda Meknès et y installa sa capitale.
Sa mort marque l'entrée dans
une période troublée: les révoltes montagnardes,
l'opposition religieuse des confréries, les années
de sécheresse et de famine, les épidémies
(notamment la peste en 1797-1800) provoquèrent un
effondrement démographique, la montée des caïds et
le repli du Maroc sur lui-même. Le règne de
Mohammed II ben Abdallah (1757 - 1790) vit les
débuts du commerce avec l'Europe.
Au XIX
e
siècle, l'économie
entra en crise et le désordre règna. Les Français
pénètrèrent au Maroc, en 1844, et gagnèrent la
bataille d'Isly alors que les Espagnols s'emparaient de
Tétouan en 1860. Moulay Hassan (Hassan Ier, 1873-1894)
réussit cependant à maintenir l'indépendance
politique du pays, mais l'affaiblissement du pouvoir central,
l'entrée en dissidence de nombreuses tribus et les effets
de la crise financière obligèrent l'Etat marocain
à contracter des emprunts de plus en plus coûteux; celui
de 1904 entraîna l'installation dans les ports
marocains de contrôleurs français.
Le protectorat français
La conférence d'Algésiras
(1906), qui entérinait l'intervention des puissances
occidentales au Maroc, reconnut à l'Espagne et à
la France des
droits particuliers. De 1907 à 1912, une série
d'incidents provoqua l'intervention de l'armée
française; en août 1907, les Français
débarquèrent à Casablanca, puis occupèrent
Oujda, Casablanca et Fès. En dépit de l'opposition de
l'Allemagne, le traité de protectorat, finalement
imposé au sultan du Maroc, fut signé à Fès le
30 mars 1912. (Par ailleurs, en novembre 1912, la
convention de Madrid plaçait le nord du pays sous protectorat
espagnol.) Le général Lyautey fut nommé premier
résident général de la France.
La résistance marocaine fut vive,
et les révoltes berbères nombreuses. Après la
reddition d'Abd el-Krim, qui souleva les masses paysannes
dans le Rif (1919-1926), la France mena une campagne de
«pacification» qui ne prit fin qu'en 1934; le
protectorat fut remplacé par l'administration directe.
La France encouragea la colonisation rurale avec
l'installation d'Européens, qui, par ailleurs,
introduisirent de nouvelles cultures et commencèrent
l'exploitation des phosphates. Elle entretint également
l'opposition entre Arabes et Berbères : un dahir
de 1930 retira la juridiction des populations berbères
au sultan, responsable de la loi musulmane, et leur établit
des tribunaux propres appliquant le droit coutumier.
Ce fut l'occasion d'un
réveil de l'opposition. Allal al-Fasi et un groupe de
jeunes lettrés fondèrent à Fès le parti
national, avec pour revendication essentielle l'abrogation du
dahir. Mais, alors que s'achevait la pacification
française, les prémices du mouvement pour
l'indépendance se faisaient déjà sentir. Le
mouvement nationaliste fut influencé par les doctrines
réformistes et le panarabisme qui agitaient alors toutes les
sociétés musulmanes. Un Comité d'action
marocain pour la réforme, créé en 1934,
réclama l'application stricte du traité de
protectorat. En 1937, le Comité se sépara entre
l'Istiqlal (1943) et le Parti démocratique de
l'indépendance (1946).
La défaite de 1940 devant les
Allemands affaiblit encore la position de la France.
L'Espagne occupa Tanger de 1940 à 1945. Pendant
la Seconde Guerre
mondiale, les troupes marocaines combattirent aux
côtés de la France libre, mais la rencontre entre le
sultan Mohammed V ben Youssef et le président
américain Roosevelt à Anfa, en juin 1943, accentua
les revendications nationalistes. En 1944, Mohammed V refusa
de ratifier les décisions du résident général
et, dans un discours prononcé à Tanger, en avril 1947,
commença à réclamer l'indépendance.
Au lendemain de la guerre, la
pénurie alimentaire provoqua une grande misère et une
forte émigration rurale. La résistance au protectorat
prit alors un caractère plus urbain. Oppositions rurale et
urbaine se rejoignirent après 1950, au moment où
le sultan prenait une part prépondérante dans la lutte
pour l'indépendance. Le gouvernement français nomma
des résidents généraux intransigeants: les
généraux Juin (1947-1951) et Guillaume
(1951-1954).
En 1951, sous la pression des
autorités françaises, soutenues par le pacha de
Marrakech, Al-Hadj Thami al-Glaoui, surnommé le Glaoui, le
sultan fut contraint de renvoyer ses collaborateurs membres de
l'Istiqlal. Après avoir tenté, en vain, de
négocier avec la France, Mohammed V prononça, en
novembre 1952, un discours exigeant l'émancipation
politique totale et immédiate du Maroc. Appuyé par la
France, des notables et des chefs de confrérie, avec à
leur tête le Glaoui, entrèrent alors dans un complot
visant à renverser le sultan: le 20 août 1953, la
France déposa Mohammed V, qui fut exilé en Corse,
puis à
Madagascar, avec
ses fils, dont le futur roi Hassan II.
Une rupture totale s'instaura dès
lors entre le nouveau régime et la population, qui ne reconnut
pas la légitimité du sultan mis en place par la France,
Mohammed ibn Arafa, un autre membre de la famille alaouite. Ce
refus revêtait un caractère politique, religieux et
économique (boycott des produits français); il
s'accompagna d'une vague d'agitation et de la
constitution d'une armée de libération.
Le Maroc indépendant
La conjonction des insurrections marocaine
et algérienne contraignit Paris, qui choisit de consacrer
l'essentiel de son effort militaire à l'Algérie,
à engager des négociations avec le sultan
Mohammed V. En 1955, à la suite d'actes terroristes,
la France se résigna finalement à accepter le retour du
sultan au Maroc. Le 2 mars 1956 fut signée une
convention qui abolit le traité de Fès et reconnut
l'indépendance du Maroc. Le statut de Tanger fut aboli (29
octobre 1956). L'ampleur des manifestations populaires obligea
également l'Espagne à mettre fin à son
protectorat, le 7 avril 1956. Après quarante-quatre
ans de tutelle étrangère, le Maroc retrouvait son
indépendance et son unité. Mohammed V rentra dans
son pays, acclamé comme le libérateur de la nation
marocaine. Dès 1958, il annonça des réformes
économiques, sociales et politiques, et s'engageait à
doter le Maroc, érigé en royaume, d'institutions
permettant une participation directe du peuple à la gestion
des affaires publiques.
Le règne de Hassan II
Mohammed V mourut le 26 février 1961.
Son fils Hassan II lui succéda. Respectant la promesse
qu'il avait faite à son père d'établir un
régime démocratique dans le cadre d'une monarchie
constitutionnelle, il fit approuver par référendum, le
7 décembre 1962, une Constitution qui instituait
le multipartisme et la séparation des pouvoirs. Le rôle
du Parlement était toutefois relativement limité. Celui
du roi, en revanche, était très étendu: le
monarque nommait le Premier ministre et les ministres, qu'il
pouvait révoquer à son gré. Chef des forces
armées, il avait le pouvoir de proclamer l'état
d'exception si le pays venait à être
menacé.
En tant que «Commandeur des
croyants», il était le chef religieux suprême et
veillait au respect de
l'islam. Les
années qui suivirent l'investiture d'Hassan II
virent éclater des émeutes populaires à
Casablanca, Rabat et Fès. Le Front de défense des
institutions constitutionnelles, formation progouvernementale, ne
put obtenir la majorité aux premières
législatives. Dans l'incapacité de former un
gouvernement, le leader de l'Istiqlal, Allal al-Fasi, passa
à l'opposition en janvier 1963. En juillet 1963, le
gouvernement fit arrêter des militants de l'UNFP (Union
nationale des forces populaires), parti d'opposition
dirigé par Al-Mahdi Ben Barka, lequel dut fuir à
l'étranger. En mars 1965, des manifestations
d'étudiants furent sévèrement
réprimées par le général Oufkir, ministre de
l'Intérieur. En juin, l'état d'exception
fut institué, la Chambre fut dissoute et le roi prit les
pleins pouvoirs. En octobre 1965, Ben Barka, condamné
à mort par contumace pour complot contre le régime,
était enlevé à Paris et secrètement
assassiné.
Une nouvelle Constitution fut
adoptée par référendum, en juillet 1971,
malgré l'hostilité de l'Istiqlal et de
l'UNFP qui se regroupèrent en un Front de
l'opposition et refusèrent de participer aux
élections législatives. La découverte d'un
complot contre le roi en mars 1971 donna lieu à
180 arrestations. Deux nouvelles tentatives d'assassinat
de Hassan II devaient provoquer une sévère
répression : le 10 juillet 1971, les cadets de
l'Ecole militaire tentèrent de renverser le roi lors
d'une réception dans sa résidence de Skirat ; le
16 août 1972, l'avion ramenant de France le roi
échappa de justesse aux tirs de l'aviation de chasse
marocaine. Compromis dans l'attentat, le général
Oufkir fut trouvé mort le lendemain.
A partir de 1973, le roi, en habile
politique, comprit la nécessité d'assouplir son
pouvoir. La «marocanisation» des terres reprises aux
étrangers lui redonna l'adhésion populaire, et la
question du Sahara espagnol lui permit de ressouder autour de sa
personne l'ensemble de la population.
Le Front Polisario avait entamé sa lutte
armée en 1973 (Madrid envisageait alors d'accorder
l'indépendance à ce territoire, que le Maroc
revendiquait). A l'automne de 1975, Hassan II
organisa la «Marche verte»: environ 350 000
Marocains répondirent à son appel et, «drapeau en
tête et Coran à la main», marchèrent
pacifiquement jusqu'au Sahara occidental. Cette marche eut un
impact extrêmement fort à l'intérieur du pays,
dans la mesure où toutes les forces politiques, y compris
celles de l'opposition, hormis l'UNFP, se placèrent
aux côtés du monarque. Par contre, cette question
entraîna une crise profonde entre le Maroc et
l'Algérie, qui apporta son soutien au mouvement
sahraoui.
L'admission, en 1982, de la
République arabe sahraouie au sein de l'OUA constitua un
revers diplomatique pour le Maroc. Les difficultés
économiques et les mesures de redressement
préconisées par le FMI provoquèrent de nouveau, en
mai et juin 1981 puis en janvier 1984, des
manifestations à Casablanca qui furent sévèrement
réprimées. Les années 1990 furent toutefois
marquées par la reprise du dialogue avec l'opposition
parlementaire, une certaine diminution des tensions sociales et
un début de règlement de l'affaire du Sahara
occidental. Le 6 septembre 1991, le Maroc, ayant
maîtrisé la «guerre des sables», signa avec
le Front Polisario un cessez-le-feu dont l'entrée en
vigueur devrait permettre la tenue d'un référendum
d'autodétermination - proposé par l'ONU
et l'OUA depuis 1988 - qui décidera de
l'avenir des populations du Sahara occidental.
Sur le plan intérieur, la monarchie
marocaine, qui se trouvait également confrontée à
un islamisme en expansion depuis les années 1970,
chercha un modèle original de démocratisation.
Hassan II, désireux de moderniser son pays,
s'efforça d'ailleurs de prolonger le climat
d'union nationale qu'avait suscité la «Marche
verte» : libération de prisonniers politiques,
levées de la censure, élections, reconnaissance des
partis d'opposition, dont l'Istiqlal, et
légalisation des mouvements de défense des droits de
l'homme.
Sous la pression conjointe de la
contestation intérieure et de la volonté du roi, une
nouvelle Constitution, approuvée par référendum en
septembre 1992, élargit le rôle du Parlement et
affirmé plus nettement la séparation des pouvoirs.
Ainsi, en novembre 1997, les premières élections
législatives au scrutin universel donnèrent la
majorité des sièges à l'Union socialiste des
forces populaires (USFP), tandis que le Mouvement populaire
constitutionnel démocratique (islamiste) obtenait six
sièges dans la nouvelle Assemblée. Nommé Premier
ministre par le roi Hassan II, le socialiste Abderahmane
Youssoufi fut chargé de former le gouvernement de coalition.
En juillet 1999, le prince Sidi Mohammed, fut intronisé sous
le nom de Mohammed VI, après la mort de son père,
Hassan II, roi du Maroc depuis 37 ans
Sur le plan international, le Maroc, qui a
adhéré au GATT (c'est à Marrakech que fut
signé le 15 avril 1994 l'accord final de
l'Uruguay Round), a activement participé à la
création, le 17 février 1989, de l'Union du
Maghreb arabe (UMA) avec l'Algérie, la Libye, la
Mauritanie et la Tunisie. Par ailleurs, entre grogne sociale et
agitation islamiste, l'ancrage à l'Europe semble
revêtir une importance stratégique : en 1987, le
Maroc - dont la diplomatie joue un rôle actif dans la
recherche de la paix au Moyen-Orient - a fait acte de
candidature pour rejoindre la Communauté européenne.
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