La Pologne des premiers Piast
(966-1138)
En 966, en épousant la princesse
Dubravka , sœur du duc de Bohême
Boleslav I
er
, et en se convertissant à la foi
chrétienne, Mieszko I
er
, prince des Polanes (963-992), entrave la
poussée germanique et évite que
l'évangélisation des Slaves païens se fasse sous
l'autorité du Saint Empire. A long terme, il incorpore la
Pologne, pays isolé et perpétuellement voué à
la défensive, à l'Europe.
Il entreprend en 983 de parachever la conquête,
commencée au début de son règne, de la
Poméranie occidentale avec le castrum de Stettin et le
littoral de la Baltique. Après la mort de Dubravka, il
épouse Oda, fille du duc de la marche du Nord Brandebourg,
rompt son alliance avec la Bohême, et se lance dans la
conquête de la Petite Pologne de Cracovie et de la
Silésie. Vers 990, dans le souci de protéger
l'indépendance de son Etat et d'obtenir pour son fils
une couronne royale, Mieszko I
er
fait don de son royaume au
Saint-Siège.
Le fils de Mieszko, Boleslas Ier
Chobry («le Vaillant», 992-1025), étend les
frontières de l'Etat tout en ménageant de bonnes
relations avec l'empereur Oton III (983-1002);
toutefois, lorsqu'il tente de soumettre les Vélètes
(Wendes) de la Lusace, il se heurte à leur protecteur,
l'empereur Henri II de Bavière. En revanche, en
1003-1004, il conquiert la Bohême, la Moravie, la Lusace et
le pays de Milsko (Milzenland). Mais la Bohême est reprise
par Henri II en 1018 ; la paix conclue à Budisyn laisse
au duc de Pologne le Milzenland, la Lusace et la Moravie. Il
s'empare ensuite des territoires du Bog et du San avec les
places fortes de Czerwien et de Przemysl. Boleslav, qui
entretient des relations épistolaires avec les empereurs de
Byzance et avec le pape, obtient de ce dernier, en 1000, la
création de l'archevêché de Gniezno, qui fait
de la Pologne une province ecclésiastique dépendant
directement de Rome. En 1025, il se fait couronner roi avec le
consentement du pape.
Avec ses successeurs, Mieszko II,
Casimir Ier le Rénovateur, Boleslas II le Hardi et
Boleslas III Bouche-Torse (1102-1138), s'ouvre une
période de crise (1034-1040) puis de relèvement de la
monarchie. Débauché et ivrogne, Mieszko II (1025-1034)
compromet l'œuvre de son père : son règne est
marqué par de nombreuses révoltes et il doit finalement
reconnaître la suzeraineté de l'empereur
Conrad II. Confronté aux appétits du Saint Empire,
aux révoltes des nobles et aux invasions des Mongols et des
Lituaniens païens en Grande Pologne et en Mazovie, le pays
se disloque en duchés indépendants, même s'ils
restent liés encore par le sentiment d'appartenance
à une langue, à une religion et à une culture
commune.
En 1037, Casimir I
er
le Rénovateur (1038-1058) est
chassé par ses sujets révoltés et ce n'est
qu'avec l'aide de l'empereur Henri III qu'il
parvient à rétablir son autorité, l'année
suivante. Boleslas II le Hardi, qui lui succède
(1058-1079), mène des guerres victorieuses et prend la
couronne royale en 1076, mais, après une expédition
malheureuse contre Kiev, il se heurte à une rebellion des
barons et des prélats, adversaires d'un pouvoir
monarchique fort; excommunié après avoir fait
exécuter l'évêque Stanislas de Cracovie, il doit
s'exiler. Sorti vainqueur d'une lutte contre son frère
Zbigniew qui lui disputait la succession, Boleslas III
Bouche-Torse (1102-1138) parvient à réunifier la Pologne
et recouvre la Poméranie occidentale perdue par ses
prédécesseurs (1135), mais il procède au partage de
la Pologne entre ses fils, dont l'aîné portera le
titre de prince suzerain.
Morcellement et réunification de
la Pologne (1138-1370)
La rivalité des prétendants au
trône du prince suzerain établi à Cracovie
entraîne de nombreuses guerres civiles. Le morcellement de la
Pologne s'aggrave par la création de nouvelles
principautés qui se rendent indépendantes,
entraînant un affaiblissement de plus en plus marqué de
l'autorité des princes suzerains en faveur du grands
seigneurs ecclésiastiques et laïcs qui les déposent
à leur gré. Ainsi, après Boleslas IV
(1146-1173), Mieszko III (1173-1177) est renversé par les
aristocrates, qui le remplacent par son frère Casimir II
(1177-1194).
De nombreux colons allemands
s'établissent en Poméranie occidentale et en
Basse-Silésie, ce qui amène une germanisation de ces
provinces. La marche du Brandebourg s'empare d'une partie
des provinces occidentales de la Pologne. La situation
s'aggrave en 1226, lorsque les chevaliers Teutoniques,
venus évangéliser les Prussiens, se retournent contre
leurs hôtes polonais, conquièrent la Prusse et fondent
un Etat indépendant. Le 14 novembre 1308, les
Teutoniques entrent dans Gda4sk, dont ils massacrent la
population, et s'emparent de la Poméranie orientale.
S'ajoutent aussi, depuis 1241, les ravages récurrents
des invasions mongoles, qui dévastent le pays. Cependant, la
conscience des dangers politiques, renforcée par une forte
identité linguistique, culturelle et religieuse
(métropole ecclésiastique de Gniezno) suscite une
tendance à la réunification du pays.
Après un morcellement de deux
siècles, où les duchés étaient divisés en
châtellenies autour d'un château tenu par un baron
féodal, un souverain énergique Ladislas I
er
le Court (Wladislaw Lokietek, 1260-1333)
parvient à reconstituer un royaume amputé en
réunissant la Grande et la Petite Pologne ainsi que la
province de Kujawie (ou Cujavie, région située entre la
Grande Pologne et le duché des chevaliers Teutoniques). En
1320, il consacre la réunification du pays en recevant à
Cracovie la couronne royale que porteront désormais tous ses
successeurs.
Son fils, Casimir III le Grand
(1333-1370), rétablit l'Etat, et son règne est une
ère de prospérité et d'épanouissement
(selon l'expression polonaise, Casimir le Grand trouva une
Pologne en bois et laissa à sa mort une Pologne en briques).
Ce «roi de paysans», protecteur des Juifs (il accueille
ainsi 300 communautés ashkénazes fuyant les
pogroms d'Allemagne, et une «ville juive» se forme
à Cracovie), réforme l'Etat, instaure la monnaie,
codifie les lois, encourage le commerce et favorise
l'émergence des villes en Petite et Grande Pologne; il
fonde l'université de Cracovie en 1364. Il sait aussi
conclure la paix avec Jean de Luxembourg en persuadant
celui-ci de renoncer au trône de Pologne, et négocier
par le traité de Kalisz avec les chevaliers Teutoniques la
réincorporation dans son royaume de la Kujawie et de la
terre de Dobrzyn en acceptant de perdre la Poméranie de
Gdacsk. Il rencontre cependant un échec en 1348 avec les
deux ducs Piast de Silésie, qui préfèrent rester
sous la suzeraineté de la Bohême ; la région la
plus riche et la plus peuplée du royaume échappe ainsi
définitivement à la Pologne.
Par une longue guerre qui dure de 1348
à sa mort, Casimir III poursuit une politique de
conquêtes en direction de l'Est. Il obtient ainsi les
territoires de Halicz, de Przemysl et de Lvov. Il s'emploie
à poloniser les Slaves orthodoxes qui peuplent ces
régions, créant notamment à Lvov un
archevêché catholique. Avec lui s'achève la
dynastie des Piast. N'ayant pas de fils, il désigne son
neveu, l'Angevin Louis I
er
le Grand, roi de Hongrie, pour lui
succéder (1370).
La dynastie hongroise (1370-1386)
Louis I
er
le Grand, n'ayant pas
d'héritier mâle, accorda de nombreux privilèges
aux nobles afin d'assurer à sa mort (1382), le trône
à sa fille, Hedwidge d'Anjou, âgée de treize
ans; devenue reine de Pologne (1384), Hedwige épouse en 1386
le grand-duc de Lituanie, Ladislas (Wladislaw) Jagellon; celui-ci
se convertit pour l'occasion au
christianisme, et
évangélise son pays. De ce mariage date l'union
- personnelle au commencement -, de la Lituanie et
de la Pologne, événement capital dans l'histoire de
la Pologne.
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