Le limogeage de
Khrouchtchev en octobre 1964, décidé à
l'unanimité du présidium du Soviet suprême,
marque l'abandon progressif des réformes et le retour au
pouvoir des conservateurs.
La volonté de normaliser la vie
politique se traduit par l'extrême stabilité du
personnel dirigeant qui est mis en place ou confirmé dans la
seconde moitié des années 1960. La permanence des
cadres entraîne la consolidation d'une véritable
caste de privilégiés, la nomenklatura, qui garantit,
par sa fidélité à la direction brejnévienne,
la stabilité du régime. Cette pratique accrue du
clientélisme, qui conforte le pouvoir et fait primer
l'assujettissement sur la compétence, favorise un climat
d'inertie, dont rend compte, à partir des
années 1972-1973, l'absence de réels choix
économiques. Les bénéfices de la réforme
de 1965 sur l'autonomie partielle des entreprises sont
peu à peu annulés par l'accroissement
parallèle de la centralisation économique.
Le plaidoyer de Kossyguine,
président du Conseil des ministres de 1964
à 1980, pour le développement de l'industrie
légère est battu en brèche par Brejnev, qui
redonne priorité à la croissance de l'industrie
lourde et du complexe militaro-industriel. Continuité
idéologique et conservatisme politique se manifestent par le
renforcement du rôle du parti sur la vie publique.
Annulant les pronostics de Khrouchtchev
sur l'avènement du communisme, les dirigeants
prônent une attitude réaliste et promeuvent le concept
inédit de «socialisme développé»,
censé caractériser la situation de l'URSS. En fait,
l'ère de la «stagnation» - ainsi les
Soviétiques désignent-ils les dix-huit années de
pouvoir brejnévien - marque le début d'une
opposition ouverte au régime. La dissidence, bien que
minoritaire, révèle le fossé croissant entre
l'Etat et la société. Le culte dévolu à
Brejnev, qui, à partir de 1972, cumule titres et
décorations, offre du pouvoir une image dérisoire qui
prête à la satire, dernière arme d'une
population muselée.
A l'extérieur, la détente
Est-Ouest se poursuit et culmine en 1975, lors de la
signature des accords d'Helsinki. Mais elle se trouve à
nouveau compromise par les menées de l'URSS en Afrique
et l'intervention soviétique en Afghanistan qui conduit,
en 1979, à un nouveau durcissement des relations
internationales.
L'«oligarchie des
gérontes» survit pendant deux ans après la
disparition de Brejnev, survenue le 10 novembre 1982.
L'élection d'Andropov (ancien chef du KGB, Comité
pour la sécurité de l'Etat) puis celle de Tchernenko
au secrétariat général du parti n'apportent pas
de modifications politiques notables. En vérité, la
nomination (février 1984) de Tchernenko, dont la
santé est chancelante, apparaît vite comme une solution
transitoire. Derrière le siège souvent vacant du
secrétaire général se profile Gorbatchev, dont les
prérogatives s'accroissent avant même la disparition
du dernier des gérontes, le 10 mars 1985.
|