Les premiers symptômes
La première moitié du IIe s. est l'âge d'or de l'Helvétie romaine. A partir de 150, des difficultés se font jour ; un incendie ravage Baden ; on a retrouvé des trésors monétaires enfouis à Lausanne, Avenches et Winterthur, où l'on voit également des traces de destruction.
Sous le règne de Marc-Aurèle (161-180), la guerre aux frontières reprend ; une épidémie (« peste », disait-on, petite vérole ou typhus plus vraisemblablement) est ramenée d'Orient par les troupes. A la fin du siècle, des troubles civils (la « guerre des déserteurs ») éclatent ; la création d'un poste de préfet préposé à la lutte contre les bandes de brigands, est révélatrice. Dans les villes, on remarque la fin du bénévolat pour l'exercice des magistratures, et du mécénat pratiqué par les citoyens fortunés.
Le danger alaman A partir de 233, profitant de ce que l'Empire était en lutte contre les Perses, les Alamans lancèrent des attaques ; en 254, on enterra de nouveaux trésors ; on reconstruisit les murailles de Vindonissa abattues au II e s. L'invasion principale eut lieu en 260 : le limes, ligne défensive des Romains, fut percé. Il semble que le flot principal se dirigea, par la trouée de Belfort, vers la Saône et le Rhône. Mais, par les cols du Jura, les Alamans revinrent sur l'Helvétie pour franchir le Saint-Bernard.
Avenches fut ravagée et le buste de Marc-Aurèle probablement enfoui à ce moment-là ; au siècle suivant, Ammien Marcellin parle d'une « ville déserte » et précise que la cité « était jadis fort illustre, comme l'attestent aujourd'hui ses édifices à demi ruinés ». Selon une inscription, un combat arrêta les Alamans à Saint-Maurice et empêcha l'invasion du Valais ; en aval, en revanche, on voit que les bornes milliaires élevées après 260 sont réalisées à partir de colonnes de portiques de villae détruites.
La fin de la présence romaine
Le déclin romain
L'Empire rétablit partiellement la situation. Mais
les Champs Décumates ne sont pas reconquis,
l'Helvétie est redevenue une province frontière.
Surtout, la population gallo-romaine a été
traumatisée, et ce d'autant plus que, jusqu'à
la fin du troisième siècle, des incursions se
poursuivent. Des combats de rue, dus peut-être à des
troubles civils, se produisent à Augst. On remarque une baisse
de la qualité de la production artisanale, de la poterie en
particulier ; elle résulte moins d'un appauvrissement de
la production que d'un affaiblissement de la demande de la
part de la clientèle aisée. De nombreuses villae sont
désertées, surtout dans le nord du pays. Quant aux
villes, certaines sont abandonnées, comme Augst ou Nyon, dont
les pierres serviront à l'édification des murailles
de Genève, ou se replient sur des sites plus faciles à
défendre, comme Lausanne ; mais le phénomène se fait
progressivement.
Le système défensif est
modifié. Le camp de Vindonissa, réactivé
après 260, ne reste en fonction que jusque vers 275 ; car on
construit désormais une ligne de fortifications continue,
dont le Castrum rauracense est le meilleur exemple. A
l'intérieur du pays, les villes sont également
fortifiées.
La première moitié du IV
e
s. marque une accalmie. En 297, les
provinces sont remodelées, l'Helvétie se rattache
désormais à la Maxima Sequanorum, dont la capitale est
Besançon.
Le Bas-Empire prend des mesures coercitives sur les plans
économique et administratif.
La fin de la présence romaine
Dès 352, les frontières sont à nouveau
franchies. On ne peut évidemment pas donner de date pour la
fin de l'Helvétie romaine ; c'est vers 455 que
Rome perdit
définitivement le contrôle des provinces au nord des
Alpes.
Bâle et Augst
Dès la préhistoire, il y a un habitat dans la région du coude du Rhin mais, durant les 450 ans de présence romaine, le centre d'activité oscille entre Bâle, Augst et Kaiseraugst.
De Bâle à Augst Même si les vestiges sont peu nombreux, le Petit-Bâle, de même que la colline de la cathédrale - ceinte au I er s. av. J.-C. d'un mur gaulois et d'un fossé - et, plus en aval, le site de l'ancienne usine à gaz (non fortifié, il comprenait des ateliers, une nécropole), étaient occupés aux âges du Bronze et du Fer. A la Tène finale, les habitants sont des Rauraques, qui doivent avoir accompagné les Helvètes en 58. En 44 av.J.-C., L.Munatius Plancus fonde la Colonia raurica, sans doute sur l'oppidum de la cathédrale. Mais le centre se déplace bientôt vers Augst, dont la construction commence en 15 ou 10 av.J.-C. A la fin du règne d'Auguste, la localité prend le nom d'Augusta Raurica. Il s'agit d'une véritable refondation ; entre 40 et 70, les habitations sont refaites en pierre ; le premier théâtre, le temple, le forum de pierre sont construits vers 60-70.
Une ère de prospérité économique s'étendit de la fin du I er au début du III e s. ; à son apogée, vers 200, la colonie pouvait compter 20'000 habitants. La ville en avait toutes les infrastructures : à l'extrémité du forum s'élevait la curie semi-circulaire, siège du Conseil municipal ; à l'autre extrémité se trouvait, surélevé, le temple consacré à la déesse Roma et au divin Auguste. Un forum secondaire abritait aussi des boutiques. Le théâtre se trouvait près du forum, l'amphithéâtre à la périphérie. La ville comprenait trois établissement de bains, dont un destiné aux femmes. Un deuxième temple, dédié au culte d'une divinité inconnue, s'élevait sur la colline du Schönbühl, au milieu d'un petit bois sacré. Plusieurs maisons contenaient de riches mosaïques.
Si les bâtiments publics se trouvaient dans la ville haute, la partie située au bord du Rhin, à l'embouchure de l'Ergolz, constituait le port, les quartiers commerçants et artisanaux. Un pont et temporairement un bac permettaient de franchir le Rhin. Entre 20 et 50, des troupes furent cantonnées dans un fortin de bois. L'insécurité revint vers 253-260, avec les incursions des Alamans et les guerres civiles. On décida en 273-274 de fortifier la colline du Kastelen.
Bâle reprend alors de l'importance. A la fin du III e s., on établit un castrum sur la colline de la cathédrale, englobant une surface de 6 ha. En 374, Valentinien I er fait construire, sur la rive droite du Rhin, une forteresse, édifice flanqué de quatre tours d'angle, « que les habitants du lieu appellent Robur », mentionne Ammien Marcellin.
Kaiseraugst Mais, dans le cadre de la construction du limes (ligne de fortifications) entre Strasbourg et l'embouchure de l'Aar, le Castrum rauracense (Kaiseraugst), à un km d'Augusta Raurica, est autrement plus imposant. Construit vers 320 - on abandonne alors la petite forteresse du Kastelen et l'on réemploie des pierres des édifices d'Augusta Raurica - le castrum circonscrivait un espace de 3,6 ha. De forme trapézoïdale, d'un périmètre de 860 m ( 284 m sur environ 140) de murailles épaisses de 4 m et hautes de 8, on y pénétrait par trois portes, au sud, à l'est et à l'ouest ; au nord se trouvait le pont sur le Rhin. L'ouvrage renfermait un établissement de bains, des greniers et, à la fin du IV e s., une église dotée d'un grand chœur en forme d'abside - au même endroit que l'église actuelle.
En 352, les Alamans franchirent le Rhin et détruisirent, semble-t-il, le castrum. C'est à cette occasion qu'on enfouit - soigneusement - les deux trésors découverts en 1962 et 1965 : celui-ci comprend des lingots d'argent, celui-là une très riche collection de vaisselle, plats, couverts, gobelets, du même métal. La situation fut rétablie en 357 et la forteresse reconstruite ; c'est de là qu'en 361 Julien, proclamé empereur par ses troupes, partit en campagne. On édifia encore en 370, sur la rive opposée du fleuve, un avant-poste muni de six tours. L'ouvrage fut, comme le reste de l'Helvétie, dégarni de ses troupes en 401.
La réorganisation administrative de la Gaule, entre 383 et 388, transféra le centre de la colonie du Castrum à Bâle, qui devint la capitale d'une nouvelle circonscription, la Civitas Basiliensium. Le premier évêque mentionné, en 343 et 346, Justinien, résidait à Kaiseraugst ; dans la première moitié du VII e , Ragnachaire est évêque d'Augst et de Bâle ; au VIII e , le siège de Bâle est seul mentionné.
Bibliographie - Dictionnaire historique de la Suisse, articles Augst et Bâle, Bâle 2002 - Rudolf Fellmann, La Suisse gallo-romaine, Lausanne 1992 - Rudolf Laur-Belart, Castrum rauracense, Basel 1967
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