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Les mutations de la population


© Jean-Jacques BOUQUET, historien

Sommaire

 Plus de 7 millions
 Etrangers
 Religions
 Femmes
 Jeunes
 Langues
 Crises dans l'Eglise catholique

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Monseigneur Wolfang Haas
© Edipresse (Lausanne)

Plus de 7 millions
De 1941 à 2001, la population résidente en Suisse passa de 4,265 à 7,418 millions d'habitants, la densité par km2 de 103 à 179 ; si on enlève les lacs et les glaciers, c'est beaucoup ; d'autant plus que l'inégalité dans la répartition s'accroît : les vallées des Alpes se dépeuplent, sauf dans les communes promues stations touristiques, de même que le centre urbain des grandes agglomérations, où les logements deviennent bureaux. Les banlieues s'enflent - Bâle Ville, qui comptait presque le double de la population de la «campagne», a été dépassée par celle-ci ; de 1990 à 2000, les cantons qui accusent le plus fort accroissement sont Zoug, Schwyz (région zurichoise résidentielle à fiscalité modérée), Fribourg (industrialisation rapide).

La mobilité augmente : grâce à l'autoroute, des personnes domiciliées dans la région d'Yverdon vont travailler à Genève ; en sens inverse, les citadins vont souvent faire leurs emplettes dans des centres commerciaux sis à l'extérieur. Les fusions de communes restent rares et concernent plutôt les très petits villages, à Fribourg ou au Tessin ; dans les grandes agglomérations, il y a collaboration entre la ville et les communes suburbaines, au niveau des écoles, des transports, de la vie culturelle.


Etrangers
La proportion d'étrangers ne cesse d'augmenter. Réduit à 355'000 en 1930 -8,3 % du total -, leur nombre atteint en 2004 1'500'000, soit 20,2 %, sans compter saisonniers, fonctionnaires internationaux et «sans-papiers» ; 75 % ont un permis d'établissement, 25 % une autorisation annuelle.

Les Italiens, suivis des Espagnols ont constitué, de loin, les groupes les plus nombreux, alors que la première place serait occupée aujourd'hui par les ressortissants de l'ancienne Yougoslavie.


Religions
Grâce à l'immigration et à une natalité plus forte, ou moins faible, la proportion des catholiques (42 %) a dépassé celle des protestants (33 %) ; aucune des deux confessions n'est majoritaire, car les migrations ont amené des orthodoxes et des musulmans (4,3 %), et un certain nombre de citoyens se déclarent «sans confession» lors des recensements ; à Bâle-Ville, les «autres et sans confession» constituent le groupe le plus nombreux.

Femmes
La place de la femme dans le droit et la société évolue ; après l'adoption du suffrage féminin, le peuple a admis en 1981 le principe de l'égalité des sexes, qui s'est concrétisée par la révision du droit de la famille et qui devrait l'être par l'égalisation totale des salaires.

Quant à l'avortement, une longue bataille a abouti, en 2002, à l'adoption de la solution des délais : l'interruption de grossesse est autorisée sans autre pendant les 12 premières semaines.

Jeunes
Le problème de société le plus grave est celui de la drogue : Zurich est devenue un des centres européens du trafic et du « tourisme » dans ce domaine ; à l'attitude « libérale » qui prévaut en Suisse allemande - la Confédération y procède à des essais de distribution d'héroïne sous contrôle médical - s'oppose la politique plus répressive des cantons romands.

La Suisse a aussi connu ses mouvements contestataires de jeunesse après 1968 et dans les années 80. L'abaissement de la majorité de 20 à 18 ans a été introduit progressivement : politiquement d'abord par plusieurs cantons puis, en 1991, sur le plan fédéral ; en 1996 dans le droit civil.

Langues
Sur le front des langues, le français a longtemps bénéficié d'une position privilégiée par rapport à son importance numérique : dans les réunions confédérales, les Alémaniques préféraient son emploi à celui du hochdeustch. La situation a évolué : il y a une forte pression pour que l'anglais soit substitué au français comme première langue étrangère ; le suisse-allemand s'emploie de plus en plus, à la télévision ou dans les discours politiques.

Quant au romanche, un savant « inventa » en 1984 une langue écrite, synthèse des cinq idiomes parlés ; le romantsch-grischun a ainsi pu devenir une vraie langue officielle.


Crises dans l'Eglise catholique
Evolution ...
Depuis 1815, la Suisse ne fait plus partie d'aucun archevêché. Jusqu'alors, ses évêchés dépendaient de métropoles dont le siège se situait à l'étranger, comme Mayence ou Besançon ; les diocèses virent désormais - sauf au Tessin pendant la majeure partie du XIX
e s. - leurs frontières coïncider avec celles du pays, et furent directement rattachés au Saint-Siège. La Conférence épiscopale suisse revêtait donc une certaine importance ; l'esprit nouveau qui souffla après le deuxième Concile du Vatican (1962-1965) l'accrut encore, ainsi que celle des Synodes diocésains.

... et réaction
La réaction qui se fit jour dès 1965 provoqua un malaise chez de nombreux catholiques. L'encyclique Humanae vitae de Paul VI qui, en 1968, condamnait l'usage des moyens contraceptifs, illustra le fossé qui s'ouvrait entre la vie des hommes et des femmes du XX
e s. et les valeurs réaffirmées par le chef de l'Eglise. En 1971, le dominicain allemand Pfürtner, professeur de théologie morale à l'université de Fribourg, défendit des thèses d'éthique sexuelle contraires au magistère de Rome qui entraînèrent sa démission. Le cas se répéta en 1979 avec l'affaire Hans Küng. Cette fois, ce furent des questions de théologie qui conduisirent la Congrégation de la Foi, à Rome, à retirer à ce professeur suisse de Tübingen l'autorisation d'enseigner. La mesure n'en suscita pas moins une avalanche de protestations et de manifestations.

La volonté de Jean-Paul II d'imposer davantage d'autorité dans la conduite de l'Eglise et de l'infléchir dans une direction plus conservatrice, sur les plans moral et théologique - par exemple en réaffirmant, en 2003, son opposition à l'intercommunion entre chrétiens de confessions différentes - accentuèrent le malaise. Il alla jusqu'à la crise ouverte - et fortement médiatisée - dans « l'affaire Haas ».

L'affaire Haas
Le chapitre cathédral de Coire possède le droit de choisir son évêque sur une liste de trois noms proposés par Rome. Or en 1988 le pape nomma en qualité d'évêque auxiliaire coadjuteur, avec droit à la succession, le prêtre proposé par l'évêque titulaire. Le chapitre, indirectement dépossédé du droit de désigner le prochain prélat, éleva une vigoureuse protestation contre ce « coup de force ». Mais, parmi les fidèles et la population en général, c'est surtout la personnalité du coadjuteur qui suscita des réserves et bientôt une opposition décidée. Originaire du Liechtenstein, Wolfang Haas était ouvertement traditionaliste. Après sa prise de fonction effective en 1990, lors de la retraite de son prédécesseur, il mit de l'huile sur le feu par la nomination de collaborateurs de sa mouvance et son refus du dialogue.

Zurich, le canton du diocèse qui compte le plus grand nombre de catholiques, mais aussi la Suisse centrale, Schwyz en particulier, se livrèrent à une véritable résistance en suspendant leur appui financier au séminaire et à la Faculté de théologie de Coire et en priant le Conseil fédéral d'intervenir. A Zurich, des voix s'élevaient pour demander l'érection d'un évêché indépendant. Même des dignitaires de l'Eglise prirent leurs distances : en 1996, le nonce apostolique affirma qu'il fallait trouver une solution pour le « cas Haas » ; la Conférence épiscopale se prononça pour sa démission, ce à quoi l'intéressé se refusa. C'est finalement de Rome que vint la solution. En 1993 déjà, le pape avait désigné deux nouveaux coadjuteurs, considérés comme plus « ouverts ».

En 1997 enfin, après qu'un envoyé spécial du Conseil fédéral auprès du Saint-Siège eut fait part des préoccupations des cantons du diocèse, Jean-Paul II « promut » Mgr Haas au poste, nouvellement créé, d'archevêque.du Liechtenstein. La crise était dénouée.

Ecône
Dans le sens opposé, les autorités ecclésiastiques, évêque de Sion tout d'abord , puis Saint-Siège, intervinrent contre un prélat intégriste, le Français Marcel Lefebvre (1905 -1991). Il avait été archevêque de Dakar et possédait de ce fait le pouvoir d'ordonner des prêtres. Adversaire farouche de tout changement lors du Concile, il fonda en 1969 un séminaire à Ecône (VS). Sa défense de l'usage du latin lui valut des sympathies, mais son rejet de la liberté de conscience et de la liberté tout court l'identifia avec les idéologies d'extrême-droite. En 1976, Rome lui interdit tout acte sacerdotal. Lefebvre passa outre, mais lorsqu'il consacra en 1988 quatre évêques aux fins d'assurer sa succession, il fut excommunié.

Bibliographie
Histoire du christianisme en Suisse, Genève et Fribourg 1995


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Pour en savoir plus
Suisse - L'époque contemporaine
Le dernier demi-siècle
La population mondiale






 
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