Histoire

Voyage

Espace ludique  
Accueil
 
 



 

Histoire

Dossier(s) : Pays > Europe > Suisse > Suisse - L'époque moderne > 

La Réforme en Suisse


© Jean-Jacques BOUQUET, historien

Sommaire

 Etat de l'Eglise
 Les disputes

article précédent article suivant

 


Etat de l'Eglise
Si la Suisse fut, après l'Allemagne, le deuxième foyer de la Réforme, ce n'est pas que la situation y fût pire qu'ailleurs. Certains des maux dont souffrait l'Eglise catholique, tels le cumul des bénéfices ou l'absentéisme des prélats, étaient plus sensibles dans la future Suisse romande (Jules II fut évêque de Lausanne, mais il n'y vint jamais) que dans la Confédération. Mais la superstition était répandue, la piété devenait « quantitative », les curés étaient souvent ignorants ou adonnés à une conduite « indécente et déshonnête ». Berne fut le théâtre, en 1507, d'un scandale retentissant : un frère lai du couvent des dominicains prétendit recevoir des apparitions et mit en scène des supercheries ; démasqué, il dénonça ses supérieurs ; le prieur et trois autres moines expièrent leur crédulité sur le bûcher.

Ulrich Zwingli
Ce qui fut déterminant, c'est l'influence de l'humanisme dont les réformateurs étaient nourris, la lecture des textes sacrés dans la langue originale et surtout la personnalité d' Ulrich Zwingli. Né sur les terres de l'abbé de Saint-Gall, cet homme ardent fut curé de Glaris, puis de Zurich. Dès 1521, il prêcha l'Evangile, et rien que l'Evangile, systématiquement ; il dépouilla ses convictions de toutes les « inventions humaines » : le culte de la Vierge et des saints, la communion sous une seule espèce, l'autorité du pape, le purgatoire,le célibat des prêtres, la messe. Les autorités le suivirent : en 1525 la messe fut supprimée.

La Suisse divisée
Plus radical que Luther, notamment sur la signification de la Cène - les deux réformateurs ne s'entendirent jamais -, Zwingli voulait aussi un retour aux mœurs pures et saines du passé et combattit le service mercenaire. Il entraîna les intellectuels et les bourgeois des villes. Berne, Bâle, Schaffhouse, Mulhouse, Bienne, Saint-Gall, une partie de Glaris, d'Appenzell et des Grisons (où chaque paroisse pouvait se déterminer librement) adhérèrent à la Réforme. Celle-ci ne rencontra en revanche aucun succès en Suisse centrale. Dans ces régions conservatrices, si le clergé était ignorant, les laïcs l'étaient encore davantage et il se trouvait peu de personnes pour reprocher à leur curé de ne pas savoir son latin ; les prêtres étaient des gens du pays, leur conduite laissait moins à désirer qu'ailleurs. En outre, la sourde hostilité que les Waldstätten ressentaient à l'égard de Zurich les empêchait de suivre Zwingli ; enfin, la suppression du service mercenaire aurait entraîné une catastrophe économique. Parmi les villes du Plateau, Soleure, un instant ébranlée, resta finalement catholique. A Fribourg, où le clergé était en bonne partie gagné aux idées nouvelles, ce furent les autorités laïques qui réagirent vigoureusement pour le maintien de l'ancienne foi.

Si, selon l'esprit de l'époque, la notion d'hérésie est fortement, tragiquement ancrée dans les mentalités (celui qui est dans l'erreur est voué à la damnation), la souveraineté cantonale ne fut jamais mise en question ; même après leur victoire de 1531, les catholiques ne cherchèrent pas à contraindre les Zurichois à l'abjuration. Mais les deux confessions s'affrontaient à propos des bailliages communs, des alliances étrangères, des minorités que chacun entendait soutenir dans l'autre camp.

Les guerres
On recourut aux armes. Un premier conflit, en 1529, fut évité de justesse grâce à la médiation du landammann de Glaris. En 1531, les cinq cantons centraux (Lucerne, Zoug et les Waldstätten) battirent les Zurichois - les Bernois arrivèrent trop tard ; Zwingli fut tué, son corps écartelé et brûlé. Les six autres cantons ne participèrent pas aux batailles, Glaris et Appenzell en raison de leur mixité, Fribourg, Soleure, Bâle et Schaffhouse parce que le pacte qui les avait admis leur imposait une obligation de neutralité. Les progrès de la Réforme furent arrêtés dans les bailliages communs, où seuls la majorité des Thurgoviens restèrent protestants ; quelques familles de Locarno gagnées à la Réforme, les Pestalozzi par exemple, se réfugièrent à Zurich.

De la reconquête catholique ...
A la fin du siècle, la Contre-Réforme porte ses fruits. L'évêque de Bâle réussit à regagner une partie de ses sujets ; le jésuite néerlandais Pierre Canisius fonde le collège de Fribourg ; l'archevêque de Milan Charles Borromée installe dans sa ville un Collegium helveticum et intervient dans la Valteline contre les « hérétiques » : onze d'entre eux sont brûlés.

Dès lors, la situation se figea. Les catholiques, majoritaires à la Diète, se savaient plus faibles sur les plans démographique et économique ; c'est ce qui les retint d'exploiter à fond leur victoire assez chanceuse. Mais l'unité du pays est brisée, on peut presque dire qu'il existe deux Confédérations.

... à la parité
Les Suisses surent éviter la catastrophe qu'aurait constituée une participation aux conflits européens, en particulier à la guerre de Trente ans, qui ravagea les régions situées à la lisière du pays : Grisons ou évêché de Bâle. L'antagonisme confessionnel a, peu à peu, conduit la Suisse à la neutralité.

Il y eut encore deux guerres de religion. En 1656, Berne et Zurich sont à nouveau battues par les cinq catholiques qui gardent leur prédominance politique. En 1712, les réformés prennent leur revanche : les catholiques perdent leur part de certains bailliages argoviens - mais il n'est plus question de contraindre les habitants à la conversion. Petit à petit, les idées de parité et de tolérance font leur chemin.


Les disputes
Les protestants, qui n'admettent pas au départ la notion d'autorité de l'Eglise en matière de dogme et entendent faire dépendre les articles de foi des textes sacrés, proposèrent à plusieurs reprises des disputes où pourraient s'affronter partisans des idées nouvelles et tenants de l'ancienne foi.

Zurich
La première eut lieu à Zurich en 1523 ; Zwingli l'avait demandée aux autorités civiles et le bourgmestre la présida. Le réformateur fit valoir des arguments tirés de l'Ecriture, son contradicteur, le vicaire général de Constance Jean Faber lui opposa le magistère de l'Eglise ; le Conseil se prononça pour la Réforme.

Baden
Sur le plan intercantonal, c'est du côté des catholiques, par Faber et Jean Eck, d'Ingolstadt, que vint l'initiative du débat qui se tint à Baden en 1526. Tous les cantons et alliés devaient y assister, évêques et universités des environs étaient invités. La dispute n'avait pas à s'occuper d'innovations ou de modifications, mais à soumettre des vœux éventuels au prochain concile, dont toute l'Europe parlait et qui ne s'ouvrit finalement qu'en 1545 à Trente. Elle tourna à l'avantage des catholiques - le franciscain lucernois Thomas Murner, qui en publia les Actes, s'y montra particulièrement mordant ; les protestants, minoritaires, furent défendus par Oecolampade, plus timide que Zwingli (celui-ci avait refusé sa participation). « Er hat gebadet », diront ironiquement de lui les Bernois au moment de « leur » dispute.

Berne
Celle-ci eut lieu en janvier 1528, après que les protestants eurent obtenu la majorité dans la ville. Cette fois, c'étaient deux ministres réformés qui avaient rédigé les thèses mises en discussion. Les protestants vinrent en force : Zwingli de Zurich, Oecolampade de Bâle, Capiton de Strasbourg, Vadian de Saint-Gall animaient la dispute en allemand, Farel le débat secondaire, pour les francophones, en latin. Le côté catholique était peu et mal représenté : l'évêque de Lausanne invoqua la saison défavorable et le délai trop court pour permettre à ses théologiens d'étudier Ancien et Nouveau Testaments ; il n'envoya que quatre délégués qui firent pâle figure et disparurent avant la fin de la session. Le lendemain de la clôture, le Grand Conseil décréta la suppression de la messe.

Lausanne
En 1536, la dispute de Lausanne, du premier au 8 octobre, suivit de quelques mois la conquête du Pays de Vaud (janvier à mars), la convocation et la publication des 10 thèses (juillet) et précéda de quelques semaines l'Edit de Réformation (décembre). Le lieu choisi fut la cathédrale Notre-Dame, « haut lieu de la piété mariale ». Encore plus qu'à Berne, les conditions du débat donnaient d'avance la victoire aux protestants : on avait stipulé que seuls les arguments tirés de l'Ecriture seraient pris en considération ; c'est ce qui avait permis à Farel, à Genève en 1533, de «confondre» le dominicain Guy Furbity. Les protestants envoyèrent six de leurs meilleurs orateurs : le réformateur « local » Pierre Viret, Christophe Fabri qui venait de Thonon, Antoine Marcourt et Pierre Caroli de Neuchâtel et les Français Guillaume Farel et le jeune Calvin ; celui-ci prononça son premier grand discours public et fut si convaincant que, à peine s'était-il tu, le cordelier Jean Candy prit la parole et par une déclaration, accompagnée d'un geste spectaculaire, se rangea dans le camp des réformés.

La délégation catholique fut faible, l'Eglise interdisant aux théologiens de disputer avec des « hérétiques » en dehors du concile tant attendu ; cette position était aussi celle de Charles-Quint, qui écrivit dans ce sens aux Bernois et aux Lausannois. L'ancienne foi ne fut guère défendue que par un laïc, le médecin Claude Blancherose ; il s'appuyait sur les écrits d'autres médecins, médiévaux ou contemporains, pour soutenir la théorie des trois monarchies, correspondant aux trois personnes de La Trinité : celles de la puissance civile (le Père ou, sur terre, l'empereur), de l'Eglise (le Fils, représenté par le pape), de la Charité (le Saint-Esprit), qui est encore à venir, et où les médecins auront leur rôle à jouer. Un observateur catholique, Pierrefleur, qualifie Blancherose d' « homme tenant de la lune et prêtant à rire ». De la sorte, on aboutissait fatalement à l'Edit de Réformation.

En tout état de cause, les disputes ne pouvaient convaincre que ceux qui demandaient à l'être. En fixant les règles du jeu, tant à Baden qu'à Berne ou Lausanne, on en déterminait déjà le résultat.

Bibliographie
- Henri Vuilleumier, Histoire de l'Eglise réformée du Pays de Vaud, Lausanne 1937
- La dispute de Lausanne (1536), Lausanne 1988


article précédent article suivant
 
Pour en savoir plus
Suisse - L'époque moderne
La Réforme
La guerre de Trente Ans
Le protestantisme
La Réforme, bouillon de culture
La guerre de Trente Ans
La Réforme en Valais




 
Lieux à visiter



 

 

 
Périodes liées

Epoque moderne
La Réforme


 
Accueil   |   Copyright   |   Contact   |   Réalisation Media Welcome