Histoire

Voyage

Espace ludique  
Accueil
 
 



 

Histoire

Dossier(s) : Pays > Europe > Suisse > Suisse - Le Moyen Age > 

Burgondes et Alamans


© Jean-Jacques BOUQUET, historien

Sommaire

 Le royaume burgonde
 Les bandes d'Alamans
 La frontière des langues

article précédent article suivant

 



Carte de la Sapaudia
La Sapaudia région attribuée par les Romains aux Burgondes, formait un vaste territoire dont Genève était la capitale.
© INCOPROM, d'après Justin Favrod, "Les Burgondes".

En 401, la frontière du Rhin fut dégarnie de ses troupes : l'Empire en avait besoin pour lutter en Italie contre les Wisigoths. La porte était ouverte aux Barbares. Il faut placer ces « invasions germaniques» dans leur époque : ce sont des peuples entiers (guerriers, femmes, enfants, bétail, chariots), mais pas très nombreux (quelques dizaines de milliers) qui errent pendant des siècles, vainquent ou sont battus, absorbent ou se dissolvent. Les Burgondes du V e s. ne sont, génétiquement, guère les descendants de ceux du premier ; en revanche, ils gardent une langue et une culture propres.

Le royaume burgonde
Originaires de Bornholm, on trouve les Burgondes au I er siècle sur l'Oder, au III e sur le Main ; vers 411-413, convertis à l'arianisme - forme du christianisme qui était celle de la plupart des Germains, et que les romano-catholiques considéraient comme hérétique -, ils s'installent sur le Rhin moyen, dans la région de Worms. Les Romains, aidés des Huns, les battent en 436 - c'est la base de l'épopée des Nibelungen - et établissent les débris de leur peuple dans la Sapaudia - le pays des sapins -, soit en gros l'Helvétie occidentale et centrale ainsi que le Valais ; on leur attribue, dit la chronique, les deux tiers des terres et un tiers des esclaves ; il faut interpréter ces proportions comme étant celles de l'impôt foncier et de la taxe sur les esclaves. Ils sont en effet très minoritaires (peut-être 25'000) et ce sont eux qui adoptent la langue des Gallo-Romains, et non l'inverse.

L'effacement de l'Empire à partir de 454 permet à leurs rois d'étendre leurs possessions sur l'ensemble du bassin du Rhône - Genève et Lyon seront leurs deux capitales - et leur assure une indépendance de fait. Si l'un d'eux reçoit encore de l'empereur d'Orient le titre de patrice, ils s'attribuent de leur propre chef des adjectifs jusqu'alors réservés à la famille impériale. Le plus remarquable d'entre eux, Gondebaud (477-516), accéléra le processus de fusion entre Burgondes et Gallo-Romains. Il a laissé la Loi gombette, intéressant témoignage du droit germanique, dans lequel droits civil et pénal sont confondus (une peine, c'est en fait une indemnité) ; en outre, la responsabilité était collective et non individuelle ; mais, plus que les autres rois barbares, Gondebaud chercha à réduire les disparités entre les statuts juridiques burgonde et romain.

L'arien Gondebaud avait été tolérant envers la majorité catholique de la population. Son fils Sigismond fit un pas de plus en se convertissant ; c'est lui qui fonda le couvent de Saint-Maurice ; mais, impulsif, peu politique, il se brouilla avec tous. Battu par les Francs, il fut emmené en captivité et « jeté dans un puits avec sa femme et ses enfants », dit la chronique de l'évêque Marius d'Avenches. Son frère lui succéda, mais une nouvelle attaque franque mit fin au royaume burgonde en 534.

Les bandes d'Alamans
Les Alamans ne constituaient pas une nation homogène, mais «un agrégat de peuplades en état de migration», des hordes nées du hasard. Installés au III e s. dans les Champs Décumates que l'Empire a dû abandonner, ils reçoivent en 378 le statut de fédérés, confirmé à plusieurs reprises jusqu'au V e s. Ils entreprennent encore quelques expéditions, en 430, en 457 - l'empereur Majorien les arrête alors près de Bellinzone ; mais il leur manque une structure suffisamment ferme pour « profiter » de la désagrégation de l'Empire et s'approprier un royaume. C'est à la suite d'une défaite contre les Francs, en 496-497, qu'ils s'implantent au sud du Rhin ; non plus sous forme d'un raid dévastateur comme en 260, mais par une infiltration discrète, continue, presque «furtive» d'agriculteurs-éleveurs en voie de sédentarisation et donc en quête de terres et de pâturages. Les campagnes, peu peuplées, deviennent alémanes, les Romans se blottissent au pied des castels et sont finalement assimilés par les Alamans, plus nombreux, dans un paysage de forêts dont les lieux habités occupent les clairières.

Politiquement, ce qui reste de leurs chefs se place en 506 sous la protection des Ostrogoths ; une Alémanie se forme en Rhétie (Thurgovie, Rheintal) au sein du royaume ostrogoth ; en 536, elle est cédée aux Francs, en même temps que la Provence.

La frontière des langues
Il n'est pas aisé de dresser une carte des langues pour des époques où les témoignages écrits sont quasi inexistants - lorsque document il y a, il est en latin -, et où l'habitat est très clairsemé. Les sources dont on dispose - tombes, toponymes -, doivent être utilisées avec prudence : il peut y avoir interpénétration ou interaction de deux cultures ; ainsi les Gallo-romains de l'Helvétie occidentale adoptent la coutume burgonde d'enterrer les défunts avec leurs habits ; des toponymes de la région lémanique en -ens ou - ence, d'origine incontestablement germanique, peuvent être le résultat de pointes alémanes poussées jusqu'en pays vaudois, et non celui de l'occupation burgonde durable. L'examen des restes de costumes, féminins surtout, dans les tombes, permettra de parler de région «à costume roman» ou «à costume alémanique», sans aller plus loin.

Chez les Burgondes
Les Burgondes portaient des noms germaniques et désignaient un domaine agricole du nom de son propriétaire auquel ils ajoutaient le suffixe - ingos. Pour le reste, lorsqu'ils arrivèrent en Helvétie en 443, beaucoup devaient être bilingues et parler le bas-latin ; il est peu probable qu'une barrière linguistique ait séparé les Burgondes des Gallo-romains ; aucune source ne mentionne l'existence de traducteurs.

Du côté des Alamans
Les Alamans n'imposent pas leur langue, ils s'implantent peu à peu dans des régions où la population romane, dans un premier temps, se maintient à l'abri des murailles de l'Antiquité tardive, constituant donc des enclaves, des îlots linguistiques ; on ne trouve ainsi pas de cimetières alémans, aux V
e et VI e s. dans les zones de Bâle-Kaiseraugst et Zurzach-Vindonissa ; la construction d'une église à Windisch, vers 600, indique une présence romano-chrétienne encore significative. Au VII e s. les Alamans recouvrent le Plateau jusqu'à l'Aar et aux lacs subjurassiens, où ils rencontrent Burgondes et Gallo-Romains. Ces derniers reculent lentement, mais alors qu'à l'Est ils sont réduits à leur faible nombre, à l'Ouest leur reflux, moins accentué - ils se maintiennent fermement dans la région de Morat - croise le flux burgonde qui se dirige en sens inverse, du Sud-Ouest au Nord-Est. La délimitation des diocèses de Lausanne et de Constance peut avoir romanisé des Alamans établis en pays aujourd'hui fribourgeois ou vaudois. Une poussée ultérieure attribue toutefois au domaine alémanique la zone, jusqu'alors mixte, entre Soleure-Berne et la Sarine.

Dès lors, la frontière des langues est à peu près fixée dans l'Helvétie occidentale. Des événements politiques peuvent la modifier quelque peu : l'insertion dans le Saint-Empire, en 1032, puis la politique des Zähringen, qui fondent Fribourg, favorisent l'allemand ; au XIII e s., le parler roman reprend du terrain sur le cours moyen de la Sarine, vers La Roche et Praroman. Les guerres de Bourgogne (Anet, Cerlier) renforcent à nouveau l'allemand ; Morat bascule à la Réforme, Gléresse et Douane aux XVII e et XVIII e . En sens inverse, l'industrialisation du XIX e s. a rendu Bienne bilingue ; le Dictionnaire géographique de la Suisse mentionne en 1905 que 1900 habitants de Moutier parlent français et 1079 allemand, mais que « toutes les écoles étant françaises, les Allemands finissent par se franciser ».

Il n'en va pas de même dans les Alpes centrales et orientales, où le recul du roman est constant. Au X e s., il est encore en usage à Einsiedeln, Glaris paraît avoir été bilingue au XI e s. Dans le Nord des Grisons, la classe dirigeante, autour de l'évêque, parle allemand ; la germanisation va être accrue par l'immigration des Walser.

Les Walser
C'est par les cols alpins que les Alamans entrent, aux IX
e et X e s., dans un Haut-Valais très peu peuplé. Leurs descendants, dès la fin du XII e , vont émigrer à leur tour, à Urseren, au centre des Grisons et jusqu'au Vorarlberg et au sud des Alpes : Bosco-Gurin au Tessin, Pomat et la vallée de Gressoney en Italie. Dans le Valais, la frontière fixée au moyen âge sur la Lonza - Loèche était francophone - se déplace vers l'ouest lorsque les Haut-Valaisans défont la Savoie. L'allemand devient la langue dominante jusqu'à la Révolution et la domination française ; au XIX e s., Sion et Bramois constituent des îlots germaniques.

Traduire les toponymes ?
On remarquera enfin un appauvrissement dans la traduction des toponymes : indicateurs de chemins de fer, annuaires téléphoniques et cartes routières ont souvent imposé la dénomination unique ; les Alémaniques disent Vivis pour Vevey, mais ont oublié Tscherlitz (Echallens) ou Peterlingen (Payerne) ; ou aussi Lauis (Lugano) ou Luggarus (Locarno). Et si les Romands désignent encore Erlach par Cerlier, Ins par Anet, plus rarement Saanen par Gessenay, qui sait aujourd'hui qu'au moyen âge Praborgne désignait Zermatt ?

Bibliographie
- Guy P. Marchal, Les racines de l'indépendance, in Nouvelle Histoire de la Suisse et des Suisses,
Lausanne 1982
- Rudolf Moosbrugger-Leu, Die Schweiz zur Merowinger Zeit, Bern 1971
- Les pays romands au Moyen Age, Lausanne 1997
- Justin Favrod, Les Burgondes, Lausanne 2002
- Hanni Schwab, Alemannen und Burgunder und deutsch-französische Sprachgrenze, in Revue suisse d'Histoire, 1971

article précédent article suivant
 
Pour en savoir plus
Suisse - Le Moyen Age
Les Burgondes
Les Burgondes
Les Francs
Les Germains
Les Alamans
Les Ostrogoths
Les Huns
Genève, capitale burgonde




 
Lieux à visiter





 

 
Périodes liées

Moyen Age


 
Accueil   |   Copyright   |   Contact   |   Réalisation Media Welcome