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Etat du Croissant fertile, la
République arabe syrienne (185'180 km
2
), est limitée à l'ouest par
la Méditerranée, au sud-ouest par le
Liban et
Israël, au
sud par la
Jordanie, à
l'est par
l'Iraq et au
nord par la
Turquie.
Voie de passage majeure depuis la plus
haute Antiquité, la Syrie commande les routes qui, par la
vallée de l'Euphrate ou à travers le désert,
conduisent vers l'Iraq et les pays du Golfe.
Issu du dépeçage de
l'Empire
ottoman au lendemain de la
Première Guerre
mondiale, le tracé frontalier, artificiel, suit la voie
ferrée du Taurus (limite avec la Turquie), la frontière
jordanienne étant une simple ligne sectionnant les terrains de
parcours d'anciennes tribus nomades.
La Syrie antique
Cadre naturel dans lequel
s'épanouit la civilisation
mésopotamienne
aux IV
e
et III
e
millénaires av. J.-C., la
vallée de l'Euphrate vit la naissance des premières
civilisations
urbaines et constructions étatiques par des populations
maîtrisant
l'écriture.
Les vestiges de Mari apportent la preuve
que la Syrie du II
e
millénaire fut un carrefour
politique, économique et culturel renommé, et donc aussi
convoité. Morcelée et divisée en une multitude de
petites principautés soumises aux alliances conclues avec de
puissants voisins, la Syrie va subir plusieurs dominations:
Phéniciens et
Araméens,
Egyptiens,
Assyriens,
Chaldéens et
Perses laissent
à des degrés divers leur empreinte.
Alexandre le Grand
, victorieux des Perses
(331 av. J.-C.), soumet la Syrie et encourage
l'hellénisation, fondant notamment de nombreuses
cités. Antioche devient la capitale de cette Syrie
mésopotamienne; Damas et Tadmor (Palmyre, la «ville des
palmiers»), à l'intérieur, s'imposent comme
de grands centres. Séleucos (général
d'Alexandre, futur Séleucos Ier Nikatôr), fonde
dans la vallée de l'Oronte un Etat qui a Antioche pour
capitale (le royaume de Syrie) et qui, par étapes successives,
s'étendra de la Méditerranée à l'Inde.
En 64 av. J.-C.,
Rome soumet la
Syrie, qui, partagée en cinq provinces, devient une riche
contrée agricole. Le blé et l'olivier assurent
l'extension du commerce en direction de la
Méditerranée. Les villes, soumises à l'influence
romaine, ne cessent de se développer. Jouant un rôle dans
l'évolution de l'Empire romain, la Syrie fournit une
dynastie d'empereurs, dont Septime Sévère,
Caracalla et
Philippe l'Arabe. A Palmyre, Zénobie fonde un
éphémère empire syrien (257-272), dont Aurélien
viendra facilement à bout. Mais Rome contient de plus en plus
difficilement l'assaut de ses voisins. Les Perses menacent
à plusieurs reprises la Syrie, qui, à partir de 395, est
englobée dans l'Empire d'Orient et tombe sous la
férule de Constantinople. La faiblesse de l'administration
byzantine,
uniquement préoccupée de lever l'impôt, et les
atermoiements des empereurs facilitent la conquête arabe.
La Syrie arabe
Affaiblis par les luttes qui les opposent,
Byzantins et Perses ne peuvent résister à
l'expansion
arabe. Damas tombe en 635. La victoire du Yarmouk (636)
sur les troupes d'Héraclius Ier permet aux Arabes de
s'assurer le contrôle de la Syrie. La
dynastie omeyyade
(661-750), fondée par Moawiyya, exerce son rayonnement depuis
Damas, sa capitale. La marine du calife s'empare des îles
de la Méditerranée orientale (Chypre,
Crète,
Rhodes), tandis que les troupes terrestres viennent camper sous les
murs de Constantinople. L'administration est
réorganisée, les sciences se développent, les
mosquées et les palais se multiplient.
Pourtant, les Omeyyades tombent sous les
coups des
Abbassides, qui
font de Bagdad la capitale de leur nouvel Empire (750-1258), dont
la Syrie devient une simple province. Le pays connaît une
période troublée au moment où l'Empire
commence à se démembrer.
A partir du XI
e
siècle,
les croisades
modifient les structures territoriales. Le «royaume
latin» créé par les croisés est une
fédération de quatre Etats féodaux qui ne purent
jamais dominer l'intérieur du pays, Damas et Homs
restant des citadelles musulmanes. D'importantes colonies
marchandes établies sur le littoral assurent la circulation
des produits venus d'Asie vers l'Europe.
Après que Salah al-Din (
Saladin) eut
écrasé
les Francs
en 1187, la Syrie devient une province de l'
Egypte des
Mamelouks. L'Orient arabe est ensuite menacé à
plusieurs reprises par les envahisseurs
mongols, surtout
par
Tamerlan (mise
à sac d'Alep et de Damas en 1400-1401).
La Syrie ottomane
Après avoir pris Constantinople,
les Ottomans
défont les Mamelouks en 1516, annexent la Syrie à
leur nouvel empire et la divisent en trois puis en quatre pachaliks
(Damas, Tripoli, Alep et Saïda). Toutefois, la domination
turque se fait principalement sentir dans les villes, les
émirs locaux exerçant partout ailleurs leur propre
pouvoir. Méhémet-Ali profite un temps de la faiblesse de
la Sublime Porte pour contrôler le pays (1832-1840).
L'arrivée des Jeunes-Turcs au pouvoir n'améliore
pas la situation. Leurs tentatives d'assimilation renforcent au
contraire le sentiment national.
La Première
Guerre mondiale donne à de nombreux Syriens l'occasion
de s'opposer à la tutelle ottomane. Alliés des
Allemands, les Turcs, vaincus par les Anglais et les armées
arabes de l'émir Fayçal, sont définitivement
chassés de Syrie en octobre 1918.
Le mandat français (1920-1941)
Les nationalistes souhaitent rassembler
autour de Damas les terres arabes autrefois placées sous
contrôle ottoman. L'émir Fayçal se rend en
Europe pour revendiquer une complète indépendance
arabe.
Un congrès national syrien,
réuni à Damas en mars 1920, proclame
l'indépendance de la «Grande Syrie». En avril,
la conférence de San Remo confirme les accords Sykes-Picot
et donne à la France mandat sur le Liban et la Syrie:
c'est l'effondrement du grand projet arabe. Les troupes
françaises, après avoir défait les
chérifiens, entrent à Damas en juillet 1920. La
déception est immense parmi les nationalistes
damascènes, lesquels n'admettront jamais la
création du Liban.
La France, qui se donne pour mission de
remettre en état le pays et de le conduire vers
l'indépendance, se heurte à leur hostilité.
En 1925 éclate la révolte du djebel Druze, qui
sera très durement réprimée. L'ordre
rétabli, l'affrontement avec les nationalistes se situe
sur le plan politique. L'arrivée au pouvoir du Front
populaire en 1936 suscite des espoirs. Mais le traité
franco-syrien prévoyant l'indépendance de la Syrie
dans un délai de trois ans, approuvé par le Parlement
syrien, ne sera jamais soumis à la ratification du Parlement
français.
A la veille de l
a Seconde Guerre
mondiale, la France accepte de céder à la Turquie le
sandjak d'Alexandrette, provoquant à nouveau le
mécontentement des Syriens. Proclamés en
septembre 1941, la fin du mandat et l'indépendance
interviennent effectivement à l'issue de la Seconde Guerre
mondiale.
La Syrie indépendante
Dans un premier temps, les hommes
politiques qui ont contribué à négocier
l'indépendance se révèlent peu aptes à
conduire les affaires. De 1949 à 1954, le pays
connaît une succession de coups d'Etat militaires, tandis
que s'accomplissent des progrès en faveur de
l'édification d'un Etat unitaire et que, sur le plan
extérieur, le pays souligne son indépendance en refusant
l'aide américaine.
Le retour des militaires dans leurs
casernes ouvre la voie à un régime parlementaire,
conformément à la Constitution de 1950. Mais la
vie politique reste heurtée: des tendances pro-irakiennes et
pro-égyptiennes s'affrontent, et le parti Baas,
socialiste arabe, étend son influence. Sur le plan
extérieur, l'hostilité à l'égard des
Etats-Unis se confirme, tandis que se dessine un rapprochement
avec l'URSS. L'influence égyptienne grandit et,
en 1958, l'union syro-égyptienne aboutit à la
création de la République arabe unie (RAU), dissoute
en 1961. Le fonctionnement d'un Etat unitaire semble
difficile.
En 1961, un coup d'Etat
fomenté par des officiers, avec l'appui de la
bourgeoisie conservatrice, y met un terme. A compter
de 1963, le parti Baas accède au pouvoir et
élimine la tendance pronassérienne. Les tentatives de
rapprochement avec l'Iraq, où domine également le
parti Baas, n'aboutissent pas. En 1964, une nouvelle
constitution fait de la Syrie une république
démocratique et socialiste, partie intégrante de la
nation arabe. Les luttes et rivalités internes sont
très vives à l'intérieur du parti.
En 1970, le général Hafez
al-Assad, un alaouite appuyé par l'armée, prend en
main la destinée de la Syrie. Sur le plan extérieur, sa
politique est marquée par son contrôle du Liban et le
problème du Golan, occupé par Israël
depuis 1967. Le 11 mars 1999, le général
al-Assad, dont le parti, le Front national progressiste, avait
remporté largement en novembre 1998 les élections
organisées pour désigner les 250 représentants du
Conseil du peuple, est reconduit à la tête de
l'Etat.
Seul candidat à se présenter,
sa réélection a lieu dans un climat de morosité
économique, marquée par une croissance insuffisamment
élevée (2 % en 1998) pour compenser la forte
expansion démographique, par la chute du prix du
pétrole - dont les recettes assurent près de
70 % de la valeur des exportations et 40 % du budget de
l'Etat -, et par la frilosité des
investisseurs étrangers, rebutés par
l'archaïsme du système étatique et
juridique.
En mars 2000, Hafez al-Assad nomme
Mohammad Moustapha Miro à la direction du gouvernement, en
remplacement de Mahmoud al-Zou'Bi, Premier ministre depuis
treize ans. Le choix du gouverneur d'Alep, présenté
comme un réformateur, pour diriger une équipe largement
remaniée, semble indiquer une volonté d'ouvrir
davantage à la modernité un pays touché par la
récession économique depuis deux ans.
Sur le plan diplomatique, les pourparlers
de paix avec
Israël, qui
ont connu une certaine avancée à la suite du retrait
effectif des troupes israéliennes du Liban-Sud en mai,
demeurent toujours bloqués sur la question de l'occupation
israélienne du Golan. Contre toute attente, le décès
brutal, le 10 juin, du chef de l'Etat et
l'arrivée attendue de son successeur désigné,
son fils Bachar, largement plébiscité par le parti Baas,
inaugurent une nouvelle ère politique.
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