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Dioclétien

Près de Salone, aujourd'hui Split, 245 - id., 313
© Hachette Livre et/ou Hachette Multimédia

Sommaire

 La tétrarchie
 Le renforcement du pouvoir impérial
 L'organisation de la défense de l'empire
 Les édits contre les chrétiens
 L'abdication et l'écroulement du système

 






Empereur romain (284-305). En latin Caius Aurelius Valerius Diocles Diocletianus. D'origine illyrienne, né près de Salone, en Dalmatie, d'un esclave affranchi, Dioclès s'éleva dans l'armée jusqu'au commandement de la garde. Il fut proclamé empereur par ses soldats le 20 novembre 284, et, sous son nouveau nom impérial de Dioclétien, dut alors affronter l'armée de l'empereur Carin ; celui-ci fut tué par ses propres soldats, qui se rallièrent à Dioclétien (bataille du Margus, 285).

Son règne, placé sous le patronage de Jupiter Conservateur, fut marqué par d'importants changements dans l'organisation de l'Empire et le caractère du pouvoir impérial.


La tétrarchie
De nouvelles menaces des Barbares sur la frontière du Rhin, l'usurpation de Carausius en Britannia et l'éclatement de la révolte des Bagaudes en Gaule amenèrent Dioclétien, probablement dès décembre 285, à partager le gouvernement, d'abord avec un césar, puis entre deux augustes assistés de deux césars.  

La dyarchie
Dioclétien choisit l'un de ses compagnons d'armes, Maximien, d'origine illyrienne comme lui, et qui reçut d'abord le titre de césar. Dioclétien se chargea de la défense de l'Orient et fixa sa résidence à Nicomédie, en Asie Mineure. Maximien, chargé de la Gaule, de la Germanie, de l'Espagne et de l'Afrique, s'établit à Milan ; il soumit les Bagaudes, et reçut alors le titre d'auguste au début d'avril 286, avec la charge d'assurer désormais la défense de l'Occident, et notamment d'en finir avec la menace que faisaient peser sur la Gaule les Germains du Rhin, avant de chercher à réduire Carausius.  

La dyarchie ainsi constituée, tout en partageant les tâches entre les deux princes, maintenait cependant une différence entre eux. Dès 287, en effet, une sorte de théologie politique se mettait en place : Dioclétien, proclamé descendant de Jupiter (Jovius), conservait le premier rang, tandis que Maximien se rattachait à la lignée d'Hercule (Herculius), les deux empereurs étant comme frères dans leur lignée divine dont ils manifestaient sur terre les vertus de sagesse et de force. Dans cette conception, fortement influencée par l'idéologie des Perses sassanides, l'empereur, divinisé, est dieu de naissance et créateur de dieux. Le rituel de cour qui se mit en place était étranger à la tradition romaine : ainsi, le cérémonial de l'adoration de la pourpre impériale, par lequel les privilégiés, admis en présence de l'empereur, devaient se présenter à lui en silence, les mains voilées, se prosterner (proskynèse) et baiser le bord de son vêtement.  

L'instauration des tétrarques
Les circonstances amenèrent Dioclétien à compléter cet édifice et à transformer la dyarchie en une tétrarchie, soit un gouvernement à quatre : le 1
er  mars 293, chacun des deux augustes s'adjoignit un second, qui porta le titre de césar et qui fut à la fois son subordonné et son successeur désigné.  

Pour mener la lutte contre l'usurpation de Carausius, qui s'était renforcée pendant qu'il réorganisait la défense du Rhin, Maximien proclama césar Constance Chlore ; celui-ci fut chargé de la Germanie et de la Gaule et s'établit à Trèves. En Orient, pour contenir le front de l'Euphrate soumis à la poussée des Perses tandis que Dioclétien se consacrait à la mise en place des réformes du système de gouvernement, Galère fut nommé césar, avec la mission de réduire les soulèvements égyptiens et de contenir les Perses.  

Les quatre empereurs étaient tous des officiers natifs des régions illyriennes : «Ils eurent tous pour patrie l'Illyricum ; compensant leur manque de culture par leur connaissance profonde des duretés de la vie militaire en campagne, ce furent à suffisance de parfaits chefs d'Etat», ainsi que l'écrit Aurelius Victor (De Caesaribus).  
 


Le renforcement du pouvoir impérial
L'empereur, jusqu'alors, avait été considéré comme un magistrat, héritier des magistrats de l'ère républicaine ; dès lors il devint un souverain, un despote, à la manière des souverains orientaux. Dioclétien tenta d'instaurer un régime de promotion par le mérite, en neutralisant le jeu traditionnel des privilèges et des rentes de situation ; mettant son activité administrative au service du bien public, il redonna son essor à la construction des monuments, emblèmes du pouvoir de l'empereur.  

A partir de 298, les césars, moins requis par les opérations militaires, se consacrèrent davantage à l'administration civile : lorsqu'il n'était pas auprès de Dioclétien, qui, depuis Nicomédie, se chargeait de l'Asie et de l'Egypte, Galère, depuis Thessalonique, s'occupait de l'Illyricum ; Maximien régnait sur l'Italie, l'Afrique et l'Espagne, abandonnant à Constance Chlore la responsabilité impériale sur les Gaules et la Bretagne.  

Le 20 novembre 303 furent solennellement célébrées les vicennales des augustes : réunion à Rome du collège impérial au complet - la seule qu'il y eut jamais.  

Réforme du système fiscal
Dioclétien réorganisa radicalement le système fiscal : l'assiette de l'impôt foncier fut profondément modifiée par l'institution de nouvelles unités de compte ; à cet effet, il fit entreprendre de gigantesques opérations de recensement des populations et d'arpentage des terres. Enfin, le système de perception fut renforcé de manière autoritaire.  

Réforme juridique
Les usages locaux, et notamment le droit de la famille, furent réintégrés dans le droit romain, qui fut révisé - les coutumes locales avaient conservé longtemps force de loi en vertu du principe de la longa consuetudo, soit la légitimation d'un usage par son ancienneté. Ainsi, en 295, les mariages consanguins furent interdits dans les termes les plus énergiques : «Dorénavant, nous voulons que la morale et la religion soient respectées par tous dans la contraction du mariage, de sorte qu'on se souvienne qu'il relève de la doctrine juridique et des lois romaines, et que seules sont licites les unions qu'autorise le droit romain.»  

Réforme monétaire (294-302)
Dioclétien tenta de redonner vigueur à l'économie monétaire dans les transactions privées en faisant frapper en grande quantité une nouvelle pièce d'or, l'aureus (294), amorçant ainsi l'évolution vers le monométallisme que parachèvera le solidus d'or de Constantin en 312 ; cependant, les monnaies de cuivre et de bronze de deux et cinq deniers demeuraient les plus utilisées dans les transactions privées. On ouvrit en même temps de nouveaux ateliers monétaires ; cette décentralisation visait à émettre et à répandre plus aisément les nouvelles espèces et permettait à chaque auguste et à chaque césar de disposer d'un nombre suffisant de centres d'émission.  

Cette réforme fut suivie d'une hausse brutale des prix, due à la mauvaise qualité de la petite pièce de bronze, surévaluée et émise en trop grande quantité. La crise accrut les différences entre les classes riches, notamment les potentes, puissants propriétaires fonciers, et les humiles, petits producteurs ruraux et artisans des cités. Dioclétien entreprit de lutter contre la paupérisation par un édit du maximum (novembre 301), qui fixait le prix plafond des objets de consommation et les salaires des ouvriers. On cessa de frapper la pièce de bronze.  

Réforme administrative
Dioclétien multiplia, par morcellement, le nombre des provinces, qui passa de quarante-sept à plus de cent, toutes dépendantes des princes seuls (provinces impériales). Dans le même temps, il entreprit de regrouper ces provinces en des unités plus vastes appelées diocèses - une douzaine pour tout l'empire -, ayant chacune à leur tête un vicaire des préfets du prétoire, chef hiérarchique des gouverneurs de province. Le fractionnement des provinces permit de regrouper le personnel administratif et les fonctions judiciaires qui lui étaient confiées dans les bureaux des chefs-lieux provinciaux ; cette division avait également été rendue nécessaire par la réorganisation de la défense de l'empire.  

Un corps de fonctionnaires spéciaux (agentes in rebus), chargé de la surveillance et du contrôle de l'administration et de l'application des lois, fut institué. Les terres et les biens vacants, repérés grâce à un recours systématique à la délation fiscale, furent confisqués. Les autorités territoriales furent militarisées : le nouveau découpage territorial accentuant les responsabilités militaires des gouverneurs de province, un corps de hauts fonctionnaires militaires se substitua aux gouverneurs ordinaires, ou les coiffa lorsque ces derniers étaient maintenus.  

Enfin, le Sénat perdit le peu de pouvoir qui lui restait et n'eut plus guère d'autre rôle que d'administrer la ville de Rome, laquelle cessa dès lors d'être la véritable capitale de l'empire.  
 

L'organisation de la défense de l'empire
Sous Dioclétien fut réorganisé le système de défense contre les Barbares ; ce système ne faisait souvent que reprendre les mesures empiriques déjà mises en œuvre dans les moments les plus critiques de l'histoire de Rome. Les efforts nécessaires furent financés par l'impôt de capitation, qui frappait désormais tous les citoyens.  

Une armée plus efficace
Auparavant, les Barbares, lorsqu'ils réussissaient à percer le limes alors défendu par des armées de frontières, ne rencontraient plus aucune résistance vers l'intérieur de l'empire. Le nouveau dispositif ne maintint que de médiocres troupes de couverture sur les frontières, les limitanei, sortes de soldats-paysans, tandis que les meilleurs soldats, les comitatensis, étaient reportés en arrière, autour des nouvelles capitales de chacun des tétrarques, et formaient une armée de manœuvre prête à agir sur les points menacés.  

Les villes de l'intérieur, comme les villes frontières, furent fortifiées en même temps qu'elles reçurent des garnisons. L'effectif de l'armée fut fortement augmenté, passant de 350'000 à 435'000 hommes environ, et le nombre des légions augmenté, en général par dédoublement, de trente-quatre à une soixantaine ; elles furent flanquées d'auxiliaires de cavalerie, rendus nécessaires par les affrontements de plus en plus fréquents avec les guerriers des steppes - Alains, Goths, Sarmates - qui contraignirent l'armée romaine à repenser ses méthodes de combat. Des fortins furent bâtis et des routes stratégiques furent aménagées. Le limes fortifié se transforma de fait en une bande de territoire militarisé découpée en tronçons confiés à un dux («duc»), lequel commandait à la fois les troupes frontalières de garnison et des forces mobiles. A chaque province nouvellement créée par la réforme administrative étaient destinées, en théorie, deux légions.  

Les victoires des tétrarques
L'empire fut vigoureusement défendu, tout à la fois contre les ennemis du dehors et du dedans : la révolte des Bagaudes, on l'a vu, fut durement réprimée dès 286 ; les Francs de la région du Rhin furent soumis entre 286 et 289 ; la Britannia fut reconquise sur l'usurpateur Carausius au terme d'une longue lutte, commencée en 289 et qui ne s'acheva qu'en 296 par la victoire de Constance Chlore sur Allectus, meurtrier et successeur de Carausius ; les Sarmates et les Marcomans furent vaincus sur la frontière danubienne (293-295) ; l'usurpateur Domitianus fut vaincu en Egypte par Dioclétien (297-298) ; Maximien rétabli l'ordre en Afrique (Maurétanie) entre 297 et 298 ; les Alamans, qui avaient envahi la Gaule, furent repoussés entre 302 et 305 ; les Parthes, perpétuels ennemis de Rome en Orient, furent vaincus et obligés de restituer la Mésopotamie.

Les édits contre les chrétiens
Dioclétien voulait maintenir le cadre de la politique traditionnelle, liée au paganisme ; il considérait les chrétiens comme des adversaires et des traîtres à la cause romaine. En 303 et 304, il promulgua des édits qui déchaînèrent contre les chrétiens une persécution, la dernière et la plus violente de toutes, qui se prolongea jusqu'en 311. Les martyrs furent particulièrement nombreux en Orient, où Galère, césar puis auguste, et Dioclétien étaient particulièrement hostiles aux chrétiens.

En Occident, au contraire, Constance Chlore se montra tolérant et évita d'appliquer les édits. Dans le domaine de Maximien, la persécution cessa en 306, mais reprit deux ans plus tard sous Maxence, jusqu'à la promulgation de l'édit de tolérance et de restitution de 311. Enfin, les manichéens fut également persécutés en 297.

L'abdication et l'écroulement du système
Le 1 er  mai 305, après vingt ans de règne, Dioclétien abdiqua et obligea Maximien à faire de même. Les deux césars devinrent alors automatiquement augustes et, à leur tour, s'adjoignirent chacun un césar. Mais, alors que la personnalité dominante de Dioclétien avait maintenu l'union entre les augustes et les césars, la tétrarchie se trouva bientôt ruinée par les discordes, et Dioclétien vécut assez longtemps pour assister à la faillite du système de gouvernement qu'il avait institué. Il mourut huit ans plus tard, à Salone, où il s'était fait bâtir un immense palais fortifié et où il s'était retiré après son abdication.

 
Pour en savoir plus
Troisième période intermédiaire
L'apparition du christianisme en Suisse
Les Romains en Gaule
Les Germains
Les Alamans
Les Francs
Les Goths
Les empereurs romains




 
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