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Empereur romain (284-305). En latin Caius Aurelius Valerius Diocles Diocletianus. D'origine illyrienne, né près de Salone, en Dalmatie, d'un esclave affranchi, Dioclès s'éleva dans l'armée jusqu'au commandement de la garde. Il fut proclamé empereur par ses soldats le 20 novembre 284, et, sous son nouveau nom impérial de Dioclétien, dut alors affronter l'armée de l'empereur Carin ; celui-ci fut tué par ses propres soldats, qui se rallièrent à Dioclétien (bataille du Margus, 285).
Son règne, placé sous le patronage de Jupiter Conservateur, fut marqué par d'importants changements dans l'organisation de l'Empire et le caractère du pouvoir impérial.
La tétrarchie
De nouvelles menaces des Barbares sur la frontière du Rhin, l'usurpation de Carausius en Britannia et l'éclatement de la révolte des Bagaudes en Gaule amenèrent Dioclétien, probablement dès décembre 285, à partager le gouvernement, d'abord avec un césar, puis entre deux augustes assistés de deux césars.
La dyarchie Dioclétien choisit l'un de ses compagnons d'armes, Maximien, d'origine illyrienne comme lui, et qui reçut d'abord le titre de césar. Dioclétien se chargea de la défense de l'Orient et fixa sa résidence à Nicomédie, en Asie Mineure. Maximien, chargé de la Gaule, de la Germanie, de l'Espagne et de l'Afrique, s'établit à Milan ; il soumit les Bagaudes, et reçut alors le titre d'auguste au début d'avril 286, avec la charge d'assurer désormais la défense de l'Occident, et notamment d'en finir avec la menace que faisaient peser sur la Gaule les Germains du Rhin, avant de chercher à réduire Carausius.
La dyarchie ainsi constituée, tout en partageant les tâches entre les deux princes, maintenait cependant une différence entre eux. Dès 287, en effet, une sorte de théologie politique se mettait en place : Dioclétien, proclamé descendant de Jupiter (Jovius), conservait le premier rang, tandis que Maximien se rattachait à la lignée d'Hercule (Herculius), les deux empereurs étant comme frères dans leur lignée divine dont ils manifestaient sur terre les vertus de sagesse et de force. Dans cette conception, fortement influencée par l'idéologie des Perses sassanides, l'empereur, divinisé, est dieu de naissance et créateur de dieux. Le rituel de cour qui se mit en place était étranger à la tradition romaine : ainsi, le cérémonial de l'adoration de la pourpre impériale, par lequel les privilégiés, admis en présence de l'empereur, devaient se présenter à lui en silence, les mains voilées, se prosterner (proskynèse) et baiser le bord de son vêtement.
L'instauration des tétrarques Les circonstances amenèrent Dioclétien à compléter cet édifice et à transformer la dyarchie en une tétrarchie, soit un gouvernement à quatre : le 1 er mars 293, chacun des deux augustes s'adjoignit un second, qui porta le titre de césar et qui fut à la fois son subordonné et son successeur désigné.
Pour mener la lutte contre l'usurpation de Carausius, qui s'était renforcée pendant qu'il réorganisait la défense du Rhin, Maximien proclama césar Constance Chlore ; celui-ci fut chargé de la Germanie et de la Gaule et s'établit à Trèves. En Orient, pour contenir le front de l'Euphrate soumis à la poussée des Perses tandis que Dioclétien se consacrait à la mise en place des réformes du système de gouvernement, Galère fut nommé césar, avec la mission de réduire les soulèvements égyptiens et de contenir les Perses.
Les quatre empereurs étaient tous des officiers natifs des régions illyriennes : «Ils eurent tous pour patrie l'Illyricum ; compensant leur manque de culture par leur connaissance profonde des duretés de la vie militaire en campagne, ce furent à suffisance de parfaits chefs d'Etat», ainsi que l'écrit Aurelius Victor (De Caesaribus).
Le renforcement du pouvoir impérial
L'empereur, jusqu'alors, avait
été considéré comme un magistrat, héritier
des magistrats de l'ère républicaine ; dès lors
il devint un souverain, un despote, à la manière des
souverains orientaux. Dioclétien tenta d'instaurer un
régime de promotion par le mérite, en neutralisant le jeu
traditionnel des privilèges et des rentes de situation ;
mettant son activité administrative au service du bien public,
il redonna son essor à la construction des monuments,
emblèmes du pouvoir de l'empereur.
A partir de 298, les césars, moins
requis par les opérations militaires, se consacrèrent
davantage à l'administration civile : lorsqu'il
n'était pas auprès de Dioclétien, qui, depuis
Nicomédie, se chargeait de l'Asie et de
l'Egypte,
Galère, depuis Thessalonique, s'occupait de
l'Illyricum ; Maximien régnait sur l'Italie,
l'Afrique et l'Espagne, abandonnant à Constance
Chlore la responsabilité impériale sur les Gaules et la
Bretagne.
Le 20 novembre 303 furent
solennellement célébrées les vicennales des
augustes : réunion à Rome du collège impérial
au complet - la seule qu'il y eut jamais.
Réforme du système
fiscal
Dioclétien réorganisa radicalement le
système fiscal : l'assiette de l'impôt foncier
fut profondément modifiée par l'institution de
nouvelles unités de compte ; à cet effet, il fit
entreprendre de gigantesques opérations de recensement des
populations et d'arpentage des terres. Enfin, le système
de perception fut renforcé de manière autoritaire.
Réforme juridique
Les usages locaux, et notamment le droit de la famille,
furent réintégrés dans le droit romain, qui fut
révisé - les coutumes locales avaient conservé
longtemps force de loi en vertu du principe de la longa
consuetudo, soit la légitimation d'un usage par son
ancienneté. Ainsi, en 295, les mariages consanguins furent
interdits dans les termes les plus énergiques :
«Dorénavant, nous voulons que la morale et la religion
soient respectées par tous dans la contraction du mariage,
de sorte qu'on se souvienne qu'il relève de la
doctrine juridique et des lois romaines, et que seules sont
licites les unions qu'autorise le droit romain.»
Réforme monétaire
(294-302)
Dioclétien tenta de redonner vigueur à
l'économie monétaire dans les transactions
privées en faisant frapper en grande quantité une
nouvelle pièce d'or, l'aureus (294), amorçant
ainsi l'évolution vers le monométallisme que
parachèvera le solidus d'or de
Constantin en
312 ; cependant, les monnaies de cuivre et de bronze de deux et
cinq deniers demeuraient les plus utilisées dans les
transactions privées. On ouvrit en même temps de
nouveaux ateliers monétaires ; cette décentralisation
visait à émettre et à répandre plus
aisément les nouvelles espèces et permettait à
chaque auguste et à chaque césar de disposer d'un
nombre suffisant de centres d'émission.
Cette réforme fut suivie d'une
hausse brutale des prix, due à la mauvaise qualité de
la petite pièce de bronze, surévaluée et
émise en trop grande quantité. La crise accrut les
différences entre les classes riches, notamment les
potentes, puissants propriétaires fonciers, et les humiles,
petits producteurs ruraux et artisans des cités.
Dioclétien entreprit de lutter contre la paupérisation
par un édit du maximum (novembre 301), qui fixait le
prix plafond des objets de consommation et les salaires des
ouvriers. On cessa de frapper la pièce de bronze.
Réforme administrative
Dioclétien multiplia, par morcellement, le nombre des
provinces, qui passa de quarante-sept à plus de cent, toutes
dépendantes des princes seuls (provinces impériales).
Dans le même temps, il entreprit de regrouper ces provinces
en des unités plus vastes appelées diocèses - une
douzaine pour tout l'empire -, ayant chacune à leur
tête un vicaire des préfets du prétoire, chef
hiérarchique des gouverneurs de province. Le fractionnement
des provinces permit de regrouper le personnel administratif et
les fonctions judiciaires qui lui étaient confiées dans
les bureaux des chefs-lieux provinciaux ; cette division avait
également été rendue nécessaire par la
réorganisation de la défense de l'empire.
Un corps de fonctionnaires spéciaux
(agentes in rebus), chargé de la surveillance et du
contrôle de l'administration et de l'application des
lois, fut institué. Les terres et les biens vacants,
repérés grâce à un recours systématique
à la délation fiscale, furent confisqués. Les
autorités territoriales furent militarisées : le
nouveau découpage territorial accentuant les
responsabilités militaires des gouverneurs de province, un
corps de hauts fonctionnaires militaires se substitua aux
gouverneurs ordinaires, ou les coiffa lorsque ces derniers
étaient maintenus.
Enfin, le Sénat perdit le peu de
pouvoir qui lui restait et n'eut plus guère d'autre
rôle que d'administrer la ville de Rome, laquelle cessa
dès lors d'être la véritable capitale de
l'empire.
L'organisation de la défense de l'empire
Sous Dioclétien fut
réorganisé le système de défense contre les
Barbares ; ce système ne faisait souvent que reprendre les
mesures empiriques déjà mises en œuvre dans les
moments les plus critiques de l'histoire de Rome. Les efforts
nécessaires furent financés par l'impôt de
capitation, qui frappait désormais tous les citoyens.
Une armée plus efficace
Auparavant, les Barbares, lorsqu'ils réussissaient
à percer le limes alors défendu par des armées de
frontières, ne rencontraient plus aucune résistance
vers l'intérieur de l'empire. Le nouveau dispositif
ne maintint que de médiocres troupes de couverture sur les
frontières, les limitanei, sortes de soldats-paysans, tandis
que les meilleurs soldats, les comitatensis, étaient
reportés en arrière, autour des nouvelles capitales de
chacun des tétrarques, et formaient une armée de
manœuvre prête à agir sur les points menacés.
Les villes de l'intérieur,
comme les villes frontières, furent fortifiées en
même temps qu'elles reçurent des garnisons.
L'effectif de l'armée fut fortement augmenté,
passant de 350'000 à 435'000 hommes environ, et le
nombre des légions augmenté, en général par
dédoublement, de trente-quatre à une soixantaine ;
elles furent flanquées d'auxiliaires de cavalerie,
rendus nécessaires par les affrontements de plus en plus
fréquents avec les guerriers des steppes - Alains,
Goths, Sarmates
- qui contraignirent l'armée romaine à repenser ses
méthodes de combat. Des fortins furent bâtis et des
routes stratégiques furent aménagées. Le limes
fortifié se transforma de fait en une bande de territoire
militarisé découpée en tronçons confiés
à un dux («duc»), lequel commandait à la fois
les troupes frontalières de garnison et des forces mobiles.
A chaque province nouvellement créée par la
réforme administrative étaient destinées, en
théorie, deux légions.
Les victoires des tétrarques
L'empire fut vigoureusement défendu, tout à la
fois contre les ennemis du dehors et du dedans : la révolte
des Bagaudes, on l'a vu, fut durement réprimée
dès 286 ; les
Francs de la
région du Rhin furent soumis entre 286 et 289 ; la Britannia
fut reconquise sur l'usurpateur Carausius au terme d'une
longue lutte, commencée en 289 et qui ne s'acheva
qu'en 296 par la victoire de Constance Chlore sur Allectus,
meurtrier et successeur de Carausius ; les Sarmates et les
Marcomans furent vaincus sur la frontière danubienne (293-295)
; l'usurpateur Domitianus fut vaincu en Egypte par
Dioclétien (297-298) ; Maximien rétabli l'ordre en
Afrique (Maurétanie) entre 297 et 298 ; les
Alamans, qui
avaient envahi la Gaule, furent repoussés entre 302 et 305 ;
les Parthes,
perpétuels ennemis de Rome en Orient, furent vaincus et
obligés de restituer la
Mésopotamie.
Les édits contre les chrétiens
Dioclétien voulait maintenir le cadre
de la politique traditionnelle, liée au paganisme ; il
considérait les chrétiens comme des adversaires et des
traîtres à la cause romaine. En 303 et 304, il promulgua
des édits qui déchaînèrent contre les
chrétiens une persécution, la dernière et la plus
violente de toutes, qui se prolongea jusqu'en 311. Les martyrs
furent particulièrement nombreux en Orient, où
Galère, césar puis auguste, et Dioclétien
étaient particulièrement hostiles aux
chrétiens.
En Occident, au contraire, Constance
Chlore se montra tolérant et évita d'appliquer les
édits. Dans le domaine de Maximien, la persécution cessa
en 306, mais reprit deux ans plus tard sous Maxence,
jusqu'à la promulgation de l'édit de
tolérance et de restitution de 311. Enfin, les manichéens
fut également persécutés en 297.
L'abdication et l'écroulement du système
Le 1
er
mai 305, après vingt ans de
règne, Dioclétien abdiqua et obligea Maximien à
faire de même. Les deux césars devinrent alors
automatiquement augustes et, à leur tour, s'adjoignirent
chacun un césar. Mais, alors que la personnalité
dominante de Dioclétien avait maintenu l'union entre les
augustes et les césars, la tétrarchie se trouva
bientôt ruinée par les discordes, et Dioclétien
vécut assez longtemps pour assister à la faillite du
système de gouvernement qu'il avait institué. Il
mourut huit ans plus tard, à Salone, où il
s'était fait bâtir un immense palais fortifié et
où il s'était retiré après son abdication.
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