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Auguste Comte
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Biographie
Philosophe français. Auguste Comte est admis en 1814 à l'Ecole polytechnique; mais celle-ci est fermée deux ans plus tard par le gouvernement, en raison d'une agitation républicaine dont l'un des principaux meneurs est précisément le jeune Comte. Celui-ci devient alors le secrétaire et l'ami du libéral comte de Saint-Simon, avec qui il rompra en 1824, après avoir publié ses premiers opuscules politiques et philosophiques.
En 1825, il épouse Caroline Massin, femme galante et sans fortune qu'il a connue dans les galeries du Palais-Royal et à qui il a donné des leçons d'algèbre.
Il inaugure en 1826 son Cours de philosophie positive (1830-1842). Cette œuvre immense est d'abord interrompue par une dépression et une tentative de suicide (s'étant jeté dans la Seine du haut du pont des Arts, Comte est repêché par un garde royal) provoquées tout à la fois par le surmenage intellectuel et l'inconduite de sa femme.
S'il ouvre en 1830 un cours public et gratuit d'astronomie populaire, science qu'il professera pendant dix-sept ans, il cherche à gagner sa vie comme répétiteur d'analyse et de mécanique, puis comme examinateur à l'Ecole polytechnique jusqu'en 1844. Au cours d'une «année sans pareille» (1845), il fait la connaissance d'une jeune femme, sœur de l'un de ses élèves, Clotilde de Vaux, qui lui inspire, un an avant sa mort, une passion mystique: elle formera, avec la mère du philosophe, Rosalie Boyer, et sa servante, Sophie, qu'il adoptera, la trinité de ses «anges gardiens». Comte, qui survivra désormais grâce aux subsides de ses disciples et admirateurs (Stuart Mill et Littré, entre autres), publie de 1851 à 1854 son Système de politique positive. Selon ses propres dispositions, sa tombe, au cimetière parisien du Père-Lachaise, porte la «formule sacrée» du positivisme: «L'amour pour principe et l'ordre pour base; le progrès pour but.»
La doctrine positiviste
Souvent pris à contresens, les termes
«esprit positif», «philosophie positive»,
«positivisme» ont été définis avec
précision par Auguste Comte, pour qui «positif»
signifie avant tout relatif, mais aussi réel, utile, certain,
précis, organique, par opposition à absolu,
chimérique, vague, indécis, négatif.
La loi des trois états
Selon la doctrine positiviste, la nature humaine, qui
constitue l'un de ses principaux sujets d'investigation, se
découvre progressivement dans l'histoire des hommes,
qu'il convient de déchiffrer, car «les morts
gouvernent les vivants». Reconnaissant par cette formule sa
dette envers ses précurseurs, Comte affirme aussi par là
son attachement à l'idée de continuité, rejetant
la notion révolutionnaire de «table rase», de
rupture absolue.
Selon lui, l'adulte ne cessera
jamais tout à fait d'être un enfant, et
l'enfant est un petit animal doublé d'un
théologien. L'histoire, elle aussi, est soumise à
la succession des âges ou «loi des trois
états» (théologique, métaphysique, positif),
qui est susceptible d'être prouvée par la raison et
vérifiée par les faits historiques.
L'état
théologique
Qu'il s'agisse de l'enfance de
l'humanité ou de celle d'un individu, ce premier
âge se caractérise par une prédilection
spéculative pour «les questions les plus
insolubles». En l'absence de toute connaissance,
l'esprit est nécessairement enclin à se projeter
sur le monde, à «transporter partout le type humain et
à concevoir les phénomènes naturels sur le
modèle de ceux que nous produisons nous-mêmes».
L'état théologique, au cours duquel le
fétichisme peuple la nature de divinités, se prolonge
d'abord en polythéisme, puis en monothéisme.
Essentiellement dogmatique et conservatrice, la théologie
est incapable de progrès.
L'état
métaphysique
La transition de l'état théologique à
l'état positif est assurée par un état que
Comte qualifie de métaphysique, ce qui signifie pour lui:
abstrait, négatif. Très proche de la théologie,
dont elle n'est d'ailleurs qu'une forme
abâtardie et impuissante, la métaphysique substitue aux
divinités surnaturelles des entités (ou abstractions
personnifiées telles que la Nature). Essentiellement
critique, l'état métaphysique est incapable de
construire un système cohérent et durable.
L'état positif
Le seul état pleinement normal constitue, au terme de
ce préambule théologico-métaphysique, le
«régime définitif de la raison humaine», qui
réconcilie l'ordre et le progrès. Dépassant
l'âge des divinités et celui des entités,
l'état positif est l'âge des
réalités, où l'absolu ne trouve aucune place.
C'est l'âge viril de l'intelligence humaine, qui
renonce à l'inaccessible détermination des
«causes» des phénomènes, pour rechercher
simplement leurs «lois», c'est-à-dire, à
l'aide des sciences, les relations constantes qu'ils
entretiennent entre eux.
La classification des sciences
Etablissant l'ordre de fondation et la subordination
des six sciences fondamentales (mathématique, astronomie,
physique, chimie, biologie, sociologie), la classification par
Auguste Comte des différentes branches du savoir est
d'une grande fertilité pédagogique. Elle
représente à la fois la marche historique des sciences
(de la mathématique à la sociologie) et la
hiérarchie des connaissances, notamment depuis les faits
humains (objets de la sociologie) jusqu'aux simples relations
abstraites (objets des mathématiques). La connaissance des
lois des phénomènes ouvre la voie à
l'intervention humaine, car aux six sciences fondamentales
correspondent des phénomènes de plus en plus complexes,
par conséquent de plus en plus modifiables.
«Science, d'où
prévoyance; prévoyance, d'où action»,
telle est la devise de Comte, pour qui connaître n'a de
sens qu'en vue d'intervenir. La conception positive de la
science s'oppose à la fiction d'une connaissance
désintéressée, qui se contenterait de «savoir
pour savoir». Elle s'oppose également à la
prétention d'un savoir absolu: une «explication
universelle» de la nature n'est qu'une «absurde
utopie». Car les différents ordres de
phénomènes sont irréductibles les uns aux autres.
Par exemple, la géométrie analytique cartésienne
permet de traduire la qualité sous la forme de la
quantité, mais non de réduire la première à
la seconde. De même, un phénomène physique ne peut
se réduire à un rapport géométrique, ni un
être vivant à un simple composé chimique, ni un
fait social à un phénomène biologique. Chaque
ordre de phénomènes a ses lois propres, par
conséquent l'objectivité scientifique, fondée
essentiellement sur l'analyse, est elle-même
opposée à l'indispensable synthèse du savoir.
La science ne peut donc réaliser l'unité des
esprits, puisqu'elle ne peut même pas atteindre
l'unité des choses. Ainsi, le positivisme n'est pas
un scientisme.
L'évolution de
l'humanité
Désignant à la fois «l'ensemble des
hommes» (par opposition au reste de la nature) et «le
caractère de ce qui est humain» (par opposition à
ce qui est «animal»), l'humanité est
composée non seulement de plus de morts que de vivants, mais
encore de la société future tout autant que des
sociétés passées. Or, tiraillée entre son
passé (théologico-métaphysique) et son futur
(positif), l'humanité est en crise. Elle n'est pas
encore sortie de cette phase critique - marquée en
Europe occidentale par
la Révolution
française -, à laquelle il convient de mettre
fin. Ainsi, 1789 deviendra l'an 1 du calendrier
positiviste, minutieusement établi par Comte. Ce calendrier
de treize mois restitue les phases de l'évolution
humaine, de la théocratie initiale à la science
moderne, c'est-à-dire de Moïse à Bichat, en
passant par
Homère,
Aristote,
Archimède, César, saint Paul, Charlemagne, Dante,
Gutenberg, Shakespeare,
Descartes et
Frédéric le Grand. Chaque jour de l'année
positiviste honore, en outre, la mémoire d'un grand
représentant historique de l'espèce humaine.
L'ensemble préfigure ainsi une humanité
réconciliée avec elle-même.
Ordre et progrès
Pour le moment, deux tendances s'affrontent dans une
lutte qui retarde l'organisation positive de la
société humaine: l'une,
«théologique» et réactionnaire, férue
d'ordre, est incapable de progresser; l'autre,
«métaphysique» et révolutionnaire, ivre de
progrès, n'est capable que de détruire. Ces deux
aberrations confondent respectivement l'ordre avec la
rétrogradation et le progrès avec l'anarchie.
Le «progrès dans
l'ordre» est pourtant désormais possible, pourvu
que l'ordre ne soit que la condition du progrès, et le
progrès le développement de l'ordre; c'est
ainsi que les deux termes sont entendus dans la première
devise du positivisme: «Ordre et progrès».
L'ordre positif, dont il s'agit ici, n'a pas à
être «rétabli» ni même
«maintenu», car c'est lui - l'ordre
extérieur, l'ordre objectif, dont la connaissance
scientifique est la première condition nécessaire mais
non suffisante de tout progrès - qui nous maintient. La
science, aujourd'hui parvenue à sa maturité,
justifie enfin les rêves qui l'ont vu naître, ainsi
que les inquiétudes qu'elle engendre. Car la science,
maîtresse des techniques, confie désormais à
l'humanité le soin d'«être à
elle-même sa propre Providence». Il ne s'agit donc
plus simplement, comme en un premier temps, de «nous rendre
comme maîtres et possesseurs de la nature». Il faut que
soient satisfaites non seulement les exigences de l'esprit,
mais encore celles du cœur et du caractère. Seule une
nouvelle religion (au sens étymologique du mot: «qui
relie») peut effectivement remplir ce rôle.
La religion de l'humanité
Auguste Comte se voulut le chef spirituel de la
«religion de l'humanité», que le Système
de politique positive a précisément pour but
d'instituer. Le positivisme s'annonce ainsi comme
l'édifice culturel œcuménique, comme la
demeure définitive qui doit accueillir l'humanité
au terme de tant d'errances spirituelles. Fondateur d'une
science qu'il nomme «sociologie», appelée
à recueillir le fruit de toute l'histoire de la
connaissance, Comte est en même temps le grand prêtre
d'une religion qui se veut universelle et scientifiquement
conçue.
Cette religion accueille en son sein
tous ceux qui contribuent au progrès de l'humanité,
et ne prononce finalement l'incorporation ou l'exclusion
que d'après les mérites personnels. Quant au culte
positiviste, il emprunte ses symboles aussi bien à
l'Orient qu'à l'Occident, pour bien manifester
l'avènement de l'universalité à laquelle
ils aspirent l'un et l'autre depuis tant de siècles.
Cette religion universelle a pour déesse l'Humanité
(ou Grand-Être), constituée par «l'ensemble
des êtres passés, futurs et présents qui
concourent librement à perfectionner l'ordre
universel», et pour grand fétiche notre planète,
la Terre. Car le fétichisme initial, spontané et
historiquement inévitable, qui témoignait seulement
d'un excès de subjectivité, occupera enfin sa place
positive dans la religion universelle.
Pour que la religion positive soit
pleinement instituée, il faut qu'elle concilie la
culture du sentiment avec le développement de
l'intelligence et celui de l'activité, ce qui ne
pourra se faire que grâce à la «coalition
décisive» des femmes (pour le sentiment), des
philosophes (pour l'intelligence) et des prolétaires
(pour l'activité). Quant au Grand-Être, ce
n'est pas une entité de plus, ni un nouveau Dieu qui
viendrait s'ajouter à la liste des créatures
provisoires qui, sous le nom de Créateur, ont jalonné
l'histoire de l'humanité et nourri les grands
monothéismes concurrents.
L'altruisme
Le positivisme, que Comte espérait prêcher
«avant l'année 1860, à Notre-Dame»,
sera donc une religion sans Dieu (si l'on entend par là un
Être absolu et, par conséquent, fictif), mais elle
inclura un dogme (pour la vie spéculative), un régime
(pour la vie active) et un culte (pour la vie affective). Il faut
enfin que cette religion offre au sentiment une direction assez
puissante pour avoir autorité sur l'ensemble de la vie
humaine, individuelle et collective: or, seul
«l'intérêt général de la race
humaine» offre au devoir moral un emploi qui puisse être
réellement universel. Ainsi, dans la religion positive, la
morale et
l'éducation
ont un seul et même objet, qui est de faire prévaloir
l'humanité sur l'animalité, c'est-à-dire
l'«altruisme» (mot forgé par Auguste Comte) sur
l'égoïsme, qui jusqu'à présent a
été considéré à tort comme «le seul
mobile assez énergique pour diriger l'existence
active». D'où la deuxième devise du positivisme:
«Vivre pour autrui», que Comte avait prévu
d'expliciter dans un Traité de l'éducation
universelle que la mort ne lui permit pas de rédiger.
Le matérialisme selon Auguste Comte
La doctrine de Comte congédie à
la fois le matérialisme et le spiritualisme, fondés,
selon lui, sur l'opposition absolue et par conséquent
«oiseuse» entre matière et esprit: «On voit
souvent des corps sans âme, écrit Comte, mais on ne voit
aucune âme sans corps.» Il y a, en revanche, entre les
différents ordres de phénomènes, une hiérarchie
selon laquelle l'inférieur porte le supérieur, tandis
que celui-ci informe celui-là. Chaque ordre inférieur,
comme l'enseignait déjà Aristote, est pour
l'ordre supérieur une matière à laquelle
celui-ci donne une forme. Par conséquent, ramener, pour en
rendre compte, une réalité d'un certain ordre (par
exemple, biologique) à une réalité d'un ordre
inférieur (physico-chimique) revient à expliquer une
forme par sa matière. Comte appelle
«matérialisme» cette explication du supérieur
par l'inférieur: une méthode qui inverse le mouvement
réel de la connaissance des choses et des êtres, dont
«le moins fictif et le plus réel» est
l'humanité.
L'oeuvre
On peut distinguer parmi les ouvrages
d'Auguste Comte les écrits de jeunesse et les écrits
de la maturité.
1819 Séparation générale entre les
opinions et les désirs
1820 Sommaire appréciation de l'ensemble du
passé moderne
1822 Plan des travaux scientifiques nécessaires
pour réorganiser la société
1825 Considérations sur les sciences et les
savants
1826 Considérations sur le pouvoir spirituel
Ouvres majeures
1830-1842 Cours de philosophie positive
1844 Discours sur l'esprit positif
1851-1854 Système de politique positive
1852 Catéchisme positiviste
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