|

Joseph Staline
|
Chef d'Etat soviétique. Joseph Staline né Iossif Vissarionovitch Djougachvili, il adopta, à partir de 1912, le pseudonyme de «l'homme d'acier» (du russe stal, «acier»).
Maître incontesté de l'Union soviétique, de 1929 à sa mort, Staline est l'un des personnages emblématiques du XX e siècle. Il symbolise à la fois la lutte du peuple soviétique contre le nazisme et apparaît en même temps comme le créateur d'un régime totalitaire qui n'avait rien à envier, en matière d'inhumanité, à celui mis en place par Hitler. Qu'on le considère comme l'héritier de la révolution d'Octobre ou, au contraire, comme son fossoyeur, Staline fut à la fois l'un des hommes les plus adulés et les plus honnis de son époque.
Le militant caucasien
Iossif Vissarionovitch Djougachvili est
né le 21 décembre 1879 à Gori, un gros bourg de
Géorgie; il est le fils unique d'un paysan qui
exerçait en même temps le métier de cordonnier. Il
restera profondément marqué par son enfance très
rude, du fait, surtout, de la brutalité de son père,
Vissarion, qu'il perd à l'âge de onze ans. Sa
mère, Ekaterina, une ancienne serve, travaille durement pour
lui assurer des études; elle le destine à la
prêtrise, l'une des rares voies de promotion sociale dont
puisse alors rêver une famille aussi pauvre en Géorgie.
«Sosso», ainsi que le
surnomment ses proches, fréquente une école paroissiale
jusqu'à l'âge de quatorze ans, puis entre au
séminaire de Tiflis en 1893, ce qui le coupe de son
milieu d'origine. Ses études coïncident avec une
période d'expansion de la propagande
révolutionnaire dans l'Empire russe. Djougachvili
apprend le russe, paraît influencé par le nationalisme
géorgien, ce qui lui vaut son premier pseudonyme,
«Koba», du nom d'un héros de roman
nationaliste. Son choix du
marxisme date au
moins de 1898, année de la création du parti
ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR). Koba, qui
participe à un cercle de lecture socialiste, est retiré
du séminaire l'année suivante par sa mère
- selon ses biographes officiels, il fut exclu du fait
de ses lectures scientifiques et sociales. Il devient alors un
«révolutionnaire professionnel». Ses
premières années de travail politique sont cependant
obscurcies par l'extrême rareté des documents le
concernant durant cette période.
Jusqu'en 1910, le champ de ses
activités se limite à la Transcaucasie, qu'il ne
quitte que pendant des périodes d'emprisonnement et
d'exil, suivies d'évasions, ou pour assister à
des réunions et à des congrès du POSDR. Il fait
ses premières armes dans les milieux ouvriers de Tiflis
- qu'il quitte brusquement en 1901, sans
doute exclu par ses propres camarades social-démocrates qui
lui reprochent de calomnier le dirigeant local -, puis
à Batoum, un port de la mer Noire par où transitait le
pétrole de Bakou - là, il est
arrêté et condamné à trois ans d'exil
administratif en Sibérie -, et enfin à
Bakou, dont il fait, avec Chaoumian (le «Lénine du
Caucase»), le centre des activités bolcheviques dans la
région, activités fortement stimulées par la
révolution de 1905
Cependant, Koba se heurte à Chaoumian
et cherche à l'évincer, au point que ses camarades le
soupçonnent de l'avoir dénoncé à la police
- dès cette époque, le caractère du futur
Staline est marqué par sa brutalité et sa facilité
à s'emporter. Arrêté en mars 1910, il est
emprisonné puis condamné à cinq ans d'exil. Mais
il s'évade au printemps de 1911 et se rend à
Saint-Pétersbourg où il est de nouveau arrêté
en septembre. Dans les controverses qui agitent le POSDR, Koba
choisit la fraction bolchevique, sans doute en raison de son
tempérament, de son fanatisme et de son sectarisme. Ce sont
peut-être ses violentes attaques contre les mencheviks qui lui
valent d'être remarqué par
Lénine,
à moins que ce ne soit l'efficacité avec laquelle il
remplissait ses tâches clandestines, et notamment les
nombreuses «expropriations» qui servent alors à
financer le parti, au grand scandale des mencheviks.
Le dirigeant du parti
En janvier-février 1912, la
conférence du POSDR se tient à Prague, mais Koba, qui
cette fois n'a pu s'évader, n'y assiste pas.
C'est cette conférence qui scelle la scission entre
mencheviks et bolcheviks, et réorganise le comité
central. Lénine estime imprudent d'y faire élire
Koba, qui est absent et inconnu de la plupart des
délégués, mais il use d'un droit de cooptation
pourtant tombé en désuétude depuis les années
1905-1906 pour y introduire le Géorgien, qui se retrouve ainsi
dirigeant sans jamais avoir été élu. Vers la
mi-mars, Koba s'évade et revient à
Saint-Pétersbourg, où il apporte son concours à la
parution d'un journal bolchevik quotidien, la Pravda. Mais,
alors qu'il se cachait chez le député Poletaïev,
il est de nouveau arrêté en avril. et
s'évade en septembre. Ses responsabilités le
conduisent en 1913 à Vienne, où il rédige son
premier article signé du nom de Staline («l'homme
d'acier»), le Marxisme et la question nationale, dans
lequel, tout en défendant le droit des peuples à disposer
d'eux-mêmes, il présente une vision très
centraliste du problème national dans l'Empire russe.
Surtout, il donne une définition restrictive de la nation,
qui, selon lui, ne peut exister sans territoire.
De retour à Saint-Pétersbourg,
Staline est chargé de maintenir les députés
bolcheviques dans la ligne léniniste, mais en février,
il est de nouveau arrêté sur dénonciation de
Malinovski, député bolchevique et, en même temps,
agent de l'Okhrana, la police politique du tsar. Staline est
exilé en Sibérie à Touroukhansk, d'où il
ne s'évadera plus. C'est la révolution de
février 1917 qui le ramène à Petrograd,
où il trouve le parti complètement
désorganisé et coupé de ses dirigeants en exil.
Avec Kamenev, il prend en main la Pravda et censure l'appel
de Lénine à la prise du pouvoir; il préconise
à l'inverse un rapprochement avec les mencheviks.
Après le retour de Lénine en avril, il adopte la
nouvelle ligne radicale de rupture avec le gouvernement
provisoire, tout en gardant une attitude plus ou moins
doctrinaire et toujours soucieuse de préserver
l'unité du parti. En août, lors du
VIe congrès du parti bolchevique, Staline est
confirmé comme membre du comité central; en octobre,
à la veille de l'insurrection, il entre au Politburo
- qui ne joue pas alors le rôle clé
qu'il aura par la suite - ainsi qu'au
comité militaire révolutionnaire chargé, sous les
ordres de Trotski, de préparer la prise du pouvoir.
Staline, cependant, ne joue pas de
rôle significatif dans les événements
d'octobre 1917, se contentant de suivre Lénine sans
enthousiasme. Il devient officiellement commissaire du peuple aux
Nationalités dans le nouveau gouvernement. La première
Constitution de la République socialiste fédérative
soviétique de Russie, adoptée en juillet 1918,
esquisse une structure fédérale de l'ancien Empire
russe, tandis que la sécession de certaines de ses anciennes
composantes n'est admise que sous la pression des circonstances
extérieures. En 1922, lorsque l'Ukraine, la
Transcaucasie, le Turkestan et la Sibérie auront été
reconquis, Staline proposera de les intégrer dans le moule
existant (mais, sur l'insistance de Lénine, le traité
de l'Union et la nouvelle Constitution, qui entrera en vigueur
en 1924, placeront formellement ces «républiques
socialistes soviétiques» sur un pied
d'égalité avec la république de Russie).
La guerre civile
De 1918 à 1921, durant les
années de la guerre civile, Staline se consacre presque
exclusivement au comité central et aux tâches militaires;
en effet, les dirigeants sur lesquels Lénine et Trotski
peuvent compter sont très peu nombreux, et Staline a fait la
preuve de son caractère inflexible. Les affaires militaires le
propulsent au tout premier plan parmi les dirigeants communistes:
membre du conseil du Travail et de la Défense, il est
envoyé sur différents fronts, notamment au sud, où
il se distingue par un autoritarisme, une méfiance et une
violence extrêmes, à tel point que l'arbitrage de
Lénine dans les conflits entre Trotski - chef de
l'Armée rouge - et Staline est souvent
nécessaire.
A Tsaritsyne, Staline s'entend avec
Vorochilov pour contrecarrer les ordres de Trotski; il accumule les
erreurs militaires, et met en œuvre une politique de
répression impitoyable contre les
socialistes-révolutionnaires et les anarchistes. Staline
écrit à Lénine: «Quant aux hystériques,
soyez persuadé que notre main ne tremblera pas; avec les
ennemis nous agirons en ennemis.» En octobre 1918,
Trotski obtient cependant de Lénine le rappel de Staline
à Moscou. En 1920, c'est l'armée
d'Egorov, par son indiscipline, qui sera responsable de la
défaite de l'Armée rouge en Pologne, et Staline, qui
en était le commissaire politique, en sera rendu largement
responsable par Trotski. C'est cependant au cours de cette
période que Staline se constitue un groupe de fidèles,
Caucasiens et Russes, qui l'accompagneront dans son ascension
au pouvoir.
Au début de 1918, Staline
s'oppose à Trotski et Lénine sur la question de la
révolution en Europe, et notamment en Allemagne
- Staline la juge improbable -, mais il se
retrouve d'accord avec Lénine contre Trotski pour accepter
la «paix infâme» de Brest-Litovsk. Cependant,
c'est d'abord Trotski qui l'emporte au sein du
comité central le 17 février, et il faut la reprise
de l'offensive allemande le lendemain et l'effondrement de
l'armée soviétique pour que, le 22 février,
le comité central adopte la position défendue par
Lénine et Staline, et renoue les pourparlers de paix.
Dès cette époque, c'est le comité central
qui concentre tous les pouvoirs. En mars 1919, le
VIIIe congrès du parti confirme Staline au comité
central; la mort de Sverdlov laissait un vide en ce qui concernait
les tâches administratives, et Staline parvient peu à peu
à récupérer toutes les responsabilités du
disparu. De plus, cinq membres sont chargés par le
congrès de prendre toutes les décisions urgentes:
Lénine, Trotski, Kamenev, Boukharine et Staline. Ainsi, le
Politburo est nommément constitué et Staline en reste
membre; il entre également à l'Orgburo, le
secrétariat du comité central. Administrateur efficace,
Staline remplace Molotov au poste de secrétaire
général du parti communiste en avril 1922. Cette
promotion consacre son ascension d'homme de l'appareil,
puisqu'il était en outre commissaire à
l'Inspection ouvrière et paysanne (Rabkrin), qui
supervisait l'ensemble de la vie économique du pays. Tous
ces postes le plaçaient au cœur de la nouvelle machinerie
bureaucratique, qu'il contrôle de mieux en mieux,
grâce au jeu des nominations.
Le successeur de Lénine
Lorsque se déclare la maladie de
Lénine, fin mai 1922, Staline est déjà
prêt à prendre sa succession. Il possède des atouts
décisifs, notamment un esprit pratique et une réelle
compréhension des mécanismes du pouvoir, à
l'heure où ses rivaux, Trotski en tête, croient
encore à la primauté de l'idée. Ni le tardif
sursaut de Lénine, à partir de décembre 1922,
ni les oppositions successives de l'élite bolchevique ne
peuvent contrer l'ascension de Staline. Lénine, en effet,
s'inquiète de la violence avec laquelle Staline,
Dzerjinski et Ordjonikidze ont rétabli l'ordre en
Géorgie, de la modification en cours du nom de Tsaritsyne en
Stalingrad que Staline a suscitée, et surtout de son
incompatibilité de caractère avec Trotski; il écrit,
le 25 décembre 1922, dans une note connue sous le nom de
«Testament de Lénine»: «Le camarade Staline, en
devenant secrétaire général, a concentré dans
ses mains un pouvoir immense et je ne suis pas convaincu qu'il
puisse toujours en user avec suffisamment de prudence.» Puis,
quelques jours plus tard: «. je propose aux camarades de
réfléchir au moyen de déplacer Staline de ce poste
et de nommer à sa place un homme qui, sous tous les rapports,
se distingue du camarade Staline par une supériorité,
c'est-à-dire qu'il soit plus patient, plus loyal, plus
poli et plus attentionné envers les camarades.»
Jusqu'à la mort de Lénine,
le 21 janvier 1924, les assauts de la
«troïka» - Staline, Zinoviev et
Kamenev - contre Trotski sont cependant relativement
modérés. D'autant que le pays est alors en crise:
grande famine de 1921, chute de moitié des superficies
cultivées entre 1913 et 1922, chute de la
production industrielle. Les attaques portent sur la politique
économique mais aussi sur les conceptions plus
générales du bolchevisme: Staline justifie sa politique
de répression menée au Caucase, attaque Trotski
qu'il accuse de mener une activité fractionnelle au sein
du parti, d'avoir des vues économiques erronées, et
critique ses Leçons d'Octobre parues en
octobre 1924. Il parvient peu à peu à
l'isoler, en envoyant ses partisans à
l'étranger (Rakovski, Krestinski.) ou dans des
régions reculées de l'URSS, ou en les
démettant simplement de leurs fonctions; Trotski,
condamné par une résolution du comité central de
janvier 1925, n'intervient pas en faveur de Kamenev et de
Zinoviev, attaqués par Staline lors du XIV
e
congrès du parti en
octobre 1925, mais accepte de s'allier à eux
l'année suivante, ce qui n'empêche pas Staline
de l'emporter: Trotski et Zinoviev sont exclus du parti le
15 novembre 1927, et leurs partisans ainsi que ceux de
Sapronov le sont lors du XV
e
congrès du Parti, le
18 décembre 1928.
Tout en jouant à certains moments la
modération, Staline met ses opposants dans la position
d'«aventuristes», de destructeurs de la cohésion
du parti, dont il se présente comme le seul garant. Son
entreprise est facilitée par le fait que ses opposants
eux-mêmes renoncent à utiliser toutes les armes à
leur disposition; ainsi, Trotski et Kroupskaïa vont
jusqu'à nier l'existence du «Testament» de
Lénine au nom de l'unité du Parti. En même
temps, dans ses articles, réunis plus tard sous les titres de
Questions du léninisme et De l'opposition, Staline se fait
le gardien d'une prétendue orthodoxie léniniste
- en contradiction formelle, cependant, avec les
conceptions de Lénine, sur des points aussi importants que la
construction du socialisme dans un seul pays, où il
s'oppose nettement à l'internationalisme
prôné par Lénine.
Grand Tournant et Grande Terreur
C'est au cours des
années 1930 que ce qu'on appellera bientôt
«le stalinisme» voit le jour. Il s'agit de la
conjugaison du pouvoir absolu de Staline, d'une série de
bouleversements sociaux qui transforment le visage du pays et
d'une modification profonde des mentalités et des
modèles politiques de l'élite communiste, qui coupe
définitivement le bolchevisme de ses racines
sociales-démocrates européennes.
Le «système» stalinien
naît véritablement après le Grand Tournant,
annoncé par Staline en novembre 1929 et achevé en
1932-1933, qui chasse du pouvoir les derniers compagnons de
Lénine (Boukharine et l'«opposition de
droite»); il s'agit d'abord de la collectivisation
ou plutôt de l'étatisation de l'agriculture,
véritable révolution qui se solde par une catastrophe
économique et sociale mais qui assure au pouvoir un certain
contrôle des campagnes. Il s'agit, en même temps,
de l'industrialisation du pays à marche forcée,
accompagnée d'une disparition de toute la sphère
privée, puis de l'embrigadement, voire de
l'asservissement, des classes laborieuses. Un mode de gestion
économique volontariste se met en place, renouant avec les
méthodes de la guerre civile et se fondant sur une
mobilisation permanente et une fuite en avant: les objectifs
initiaux du premier plan quinquennal sont doublés,
triplés, quintuplés selon les branches. La course
à la production se traduit aussi par les mouvements de
«compétition socialiste»: travailleurs de choc
à partir de 1929, puis stakhanovisme à partir
de 1935.
Sur le plan politique, le monolithisme
du parti communiste devient total après la chute de
Boukharine. Avec la vague de terreur qui se déclenche
après l'assassinat de Kirov le 1er décembre
1934 et qui se prolonge jusqu'en 1938 (poursuivant,
ensuite, un cours endémique), la dictature stalinienne prend
un tour paroxystique et fait planer une menace permanente,
même sur les fidèles du secrétaire
général. Cent dix-sept exécutions capitales sont
immédiatement ordonnées à la suite de cet
attentat, et, en 1937, Staline
«révélera» que le principal assassin de Kirov
était en fait Iagoda, pourtant l'un de ses plus proches
collaborateurs et l'instrument de sa politique terroriste en
tant que dirigeant de la Guépéou. La purge frappe avant
tout les responsables du parti, dont Staline soupçonne,
apparemment non sans raisons, un certain mécontentement
devant les résultats de sa politique, puis elle
s'étend rapidement à des centaines de milliers de
cadres dans les domaines administratif, militaire,
économique, culturel.
Les grands procès de Moscou de
1936-1938 - dont des prototypes plus modestes,
appliqués à des intellectuels et à des mencheviks,
furent déjà organisés au début des
années 1930 - sont de sinistres mises en
scène au cours desquelles les anciens dirigeants
bolcheviques confessent les pires crimes, et notamment
l'espionnage au profit de l'«impérialisme»
étranger. Ces années de terreur couvrent le pays
d'un vaste réseau pénitentiaire et consacrent la
prééminence de la police politique sur le parti. Ces
violences policières et les déportations dans les
goulag firent plusieurs millions de victimes.
Ces convulsions du régime
s'accompagnent du culte de Staline. Identifié aux
réalisations géantes de l'industrialisation, il avait
été glorifié dès son cinquantième
anniversaire, en 1929. Au XIV
e
congrès du parti, dit «des
vainqueurs», en février 1934, Staline était
devenu, dans la description de Kirov, «le plus grand homme de
tous les temps et de tous les pays». Cette déification
atteint son apogée en 1936 - année de
l'adoption de la nouvelle Constitution soviétique, dite
«stalinienne» -, puis lors du soixantième
et du soixante-dixième anniversaire de Staline.
Le Komintern
Staline avait été l'un des
huit délégués du Parti lors de la fondation de
l'Internationale communiste (Komintern), du 2 au 6 mars
1919. Plutôt effacé jusqu'à la mort de
Lénine, sans doute en partie du fait de son ignorance des
questions extérieures, il finit par y jouer un rôle
prépondérant. Il conseille, avec Radek et contre Trotski
et Zinoviev, de modérer les Allemands lors des
événements de 1923, ce qui contribua sans doute
à l'échec de cette révolution, et ce qui
l'entraîna à prôner désormais la
«construction du socialisme dans un seul pays». Staline
élimine Zinoviev de la direction du Komintern dès
octobre 1926. Malgré ses erreurs successives
- soutien en Chine de Jiang Jieshi qui massacre des
milliers de communistes, imposition de la ligne d'opposition
aux «social-fascistes» (les socialistes) symbolisée
en Allemagne par Thälmann jusqu'à la victoire des
nazis, et en France par Thorez jusqu'en juin 1934,
non-assistance aux républicains lors de la première phase
de la guerre civile espagnole, puis «épuration» des
milieux communistes espagnols et notamment du POUM -,
Staline dicte au Komintern, jusqu'à sa dissolution
en 1943, ses conceptions politiques et ses méthodes
policières à des hommes d'appareil qui lui sont
entièrement dévoués, ce qui contribue à la
perte totale de crédibilité de cette organisation.
Le nouvel autocrate
La Seconde Guerre
mondiale faillit d'abord provoquer l'effondrement du
régime stalinien, pour lui apporter finalement un second
souffle et une puissance accrue. En août 1939, Staline,
qui recherchait l'entente avec l'Allemagne nazie,
négocie personnellement avec les représentants de Hitler
un pacte de non-agression qui consacre le partage de l'Europe
de l'Est. Bien que très attaché à cette entente,
Staline prend des mesures qui pourraient traduire une certaine
défiance à l'égard de son récent
allié. En mai 1941, notamment, il devient chef du
gouvernement. Mais l'attaque allemande, en juin,
révèle l'impréparation des forces
soviétiques. Staline prend le commandement du Conseil de la
défense nationale, puis des forces armées; après une
première période de désarroi, il assure la direction
effective du pays et parvient à le mobiliser. Son image sort
grandie de la défense de Moscou, en octobre 1941, lors de
laquelle il prononce un discours qui en appelle ouvertement aux
sentiments patriotiques de ses sujets. Les succès militaires
soviétiques lui permettent de s'attribuer une stature de
grand capitaine. En 1943 il se fait maréchal,
en 1945 généralissime.
A Téhéran (1943), Yalta et Potsdam
(1945), Staline obtient de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis la
confirmation de ses acquisitions de 1939-1940, ainsi que
l'abandon de l'Europe orientale à
l'hégémonie soviétique; il déclare alors la
guerre au Japon (1945).
La Conférence de Yalta (extrait du
communiqué final)Après la victoire, Staline impose la
domination soviétique sur la majeure partie de l'Europe de
l'Est. Sans se désintéresser des partis communistes
étrangers, il subordonne encore plus qu'auparavant toute
visée internationaliste aux intérêts
soviétiques. Il crée alors le Kominform (1947), imposant
aux partis communistes (notamment après la rupture avec Tito
en 1949) le soutien inconditionnel de la politique
soviétique et l'adoption du dogmatisme diffusé par
Jdanov. La dernière période le voit régner sans
partage sur ce nouvel empire, dans un style ouvertement
autocratique, et le congrès du parti n'est plus réuni
avant 1952.
Sur le plan idéologique, le
régime devient de plus en plus nationaliste russe et
xénophobe, ce qui prend entre autres la forme d'une
campagne contre le «cosmopolitisme» à partir
de 1948. En janvier 1953, l'«affaire des blouses
blanches», prétendu complot monté par des
médecins juifs, doit donner le signal à la fois d'une
vaste purge et d'une répression antisémite.
Peut-être l'affaire est-elle fabriquée de toutes
pièces, ou, plus probablement, correspond-elle au complot
dirigé par Beria, Khrouchtchev et Molotov qui cherchent à
écarter Staline, y compris en l'assassinant. La mort de
Staline, que certains croient suspecte et qui survient le
5 mars, interrompt en tout cas l'engrenage d'une
nouvelle purge.
Le culte de la personnalité dont
Staline avait fait l'objet fut condamné lors du XX
e congrès du parti
communiste d'Union soviétique. Dans la nuit du 24 au
25 février 1956, lors d'une séance tenue à
huis clos,
Khrouchtchev
présenta un rapport secret, où il déclare: «Le
but du présent rapport n'est pas de procéder à
une critique approfondie de la vie de Staline et de ses
activités. (...) Ce qui nous intéresse, c'est de
savoir comment le culte de la personne de Staline n'a
cessé de croître, comment ce culte devint, à un
moment précis, la source de toute une série de
perversions graves et sans cesse plus sérieuses des principes
du Parti, de la démocratie du Parti, de la légalité
révolutionnaire.» Le rapport s'appuie sur des
documents de Lénine et de sa femme, Kroupskaïa, mettant
en évidence la grossièreté de Staline, puis montre
les méthodes de lutte que ce dernier employait contre les
opposants à travers le NKVD, critique son rôle durant la
Seconde Guerre mondiale, et enfin illustre sa paranoïa à
travers le complot des blouses blanches. Le but de Khrouchtchev est
de montrer que les succès obtenus par l'URSS sont dus pour
l'essentiel au Parti, et non à son défunt dirigeant.
Le rapport secret est donc plus une dénonciation de Staline
seul que des méthodes qu'il mit en œuvre, et
c'est pourquoi la déstalinisation amorcée lors du
XX
e
congrès s'est
révélée fort incomplète, comme devaient le
montrer les événements de Berlin ou de Prague quelques
années plus tard.
|