Voyagez à travers l'Histoire

Rechercher  
Dossier(s) : Personnages > Personnages Epoque Contemporaine > Byron, George Gordon  > 

Byron, George Gordon

Londres, 1788 - Missolonghi (Grèce), 1824
© Hachette Multimédia/Hachette Livre

Sommaire

 De l'extravagance à l'engagement
 Un héritage aristocratique
 Une carrière de séducteur
 La cause grecque
 Poète mythique, écrivain lucide
 Lord Byron à Bologne

 



Lord Byron

Poète britannique.

 

Dans une liste postérieure à son poème les Phares, Baudelaire désigne précisément parmi les écrivains six de ces lumières exceptionnelles de l'humanité : Goethe, Shakespeare, Aristote, Dante, Virgile... et Byron. Et c'est à propos de Byron que Nietzsche utilise pour la première fois le terme de Übermensch («surhomme»). Ces témoignages exaltent les aspects divers du maître de Don Juan : le poète, le penseur, le chevalier de la liberté. Une œuvre flamboyante et féconde autant qu'un destin hors du commun ont fait du poète britannique George Gordon Byron le type même de l'écrivain et du héros romantiques. Mais au-delà de sa légende, son message est universel.


De l'extravagance à l'engagement

George Gordon Byron est né à Londres sous de tristes auspices : son pied gauche, disloqué au cours d'un accouchement pénible, restera déformé sa vie durant, cause de souffrances physiques et morales stoïquement endurées ; par ailleurs, il vient au monde dans un foyer brisé. Son père, le capitaine John Byron, personnage douteux dont les ancêtres s'illustrèrent dans les armes, a dilapidé la fortune de son épouse, Ecossaise de haut lignage. Il mourra en France en 1791, et George Gordon passera dans une quasi-misère une enfance taciturne, soumis à l'humeur instable d'une mère meurtrie, brutale et sotte, à Aberdeen, où il fréquente la grammar school.


Un héritage aristocratique

En 1798, son destin s'éclaire : d'un grand-oncle paternel, il hérite le titre de lord, le domaine de Newstead Abbey dans le Nottinghamshire et quelques minières. La demeure est en ruine et les biens hypothéqués, mais le roi accorde une petite pension à l'enfant, qui fera ses études à Dulwich, puis à la public school de Harrow, où règne une dure discipline. Byron y acquiert les bases d'une culture prodigieuse et noue de durables amitiés. Sa passion, méprisée, pour sa cousine Mary Chaworth, en 1803, le marque à jamais.

 

En 1805, il entre à l'université de Cambridge, où sa pauvreté, au contact d'une jeunesse dorée, l'incite à s'endetter sans mesure. Il mène une vie licencieuse – où l'homosexualité trouve sa place –, mais aussi studieuse : il approfondit ses connaissances littéraires et s'essaie à rimer. En 1807, il publie un recueil, les Heures d'oisiveté, qui lui vaut un cruel éreintement dans l'Edinburgh Review. Ulcéré, il prépare une riposte cinglante. En 1808, ses études terminées, il ne s'amende guère, continue d'amonceler des dettes, projette de faire le «Grand Tour» cher aux jeunes aristocrates, pour découvrir le monde, mais aussi pour échapper à ses créanciers.

 

En 1809, il prend son siège à la Chambre des lords, publie sa satire vengeresse, organise à Newstead d'extravagantes orgies estudiantines où il boit son vin dans un crâne. Puis il quitte l'Angleterre et, en pleines guerres napoléoniennes, traverse le Portugal et l'Espagne, gagne Malte, touche la Grèce, rend visite en Albanie à Ali Pacha, séjourne à Athènes, pousse jusqu'à Constantinople, traverse l'Hellespont à la nage, regagne Athènes et, en juin 1811, revient en Angleterre, rapportant les deux premiers chants de Childe Harold.

 

Sa mère meurt sans qu'il l'ait revue. En 1812, son premier discours à la Chambre des lords révèle son idéal humanitaire et ses dons oratoires, tandis que la publication de son poème lui assure une immédiate célébrité. Le voici lancé.


Une carrière de séducteur

Il a une liaison tumultueuse avec lady Caroline Lamb, une autre, plus paisible, avec lady Jane Elizabeth Oxford. Il exerce un ascendant magique sur son entourage. En 1813, il revoit sa demi-sœur Augusta Leigh, qu'il n'a jusqu'alors que très peu fréquentée, et conçoit pour elle un ardent amour, de brève durée dans les faits, mais dont l'obsession et la culpabilité incestueuses le poursuivront jusqu'à la mort. Medora Leigh, la fille d'Augusta, serait née de cette rencontre. Il publie deux contes turcs, suivis de deux autres en 1814, avec un immense succès.

 

En dépit de sa gloire, le poète ne peut faire face à l'accumulation de ses dettes et envisage d'épouser quelque riche héritière. Ce sera, en 1815, Annabella Milbanke, provinciale vertueuse et sèche avec laquelle il n'a aucune affinité et dont la dot est imbriquée dans des biens patrimoniaux. Son union est désagrégée quand sa fille Ada vient au monde, et, en 1816, une séparation légale est signée. Ada reste à la garde de sa mère. La situation financière de Byron s'aggrave. L'aristocratie le rejette. Il décide de fuir son pays natal.

 

Le voici bientôt à Genève, où il habite la villa Diodati. Il se lie avec Shelley, lequel est accompagné de sa maîtresse, Mary Godwin – future Mary Shelley –, et de Claire Clermont, avec qui Byron aura une liaison épisodique. Il en aura une fille, Allegra, qu'il élèvera. A Coppet, il fréquente Mme de Staël. Il ne cesse d'écrire, commence Manfred au retour d'une excursion dans les Alpes bernoises, puis se fixe à Venise. En 1817, il a une liaison avec Marianna Segati, une autre avec la pittoresque «Fornarina», compose Beppo, sur un ton nouveau. L'année suivante, il s'installe au palais Mocenigo, commence Don Juan, mène grand train, multiplie les conquêtes féminines. Son marasme financier va prendre fin avec la vente de Newstead.

 

L'année 1819 voit deux chants de Don Juan paraître anonymement, éditeur et amis les jugeant par trop sulfureux. C'est aussi celle du dernier amour du poète, qui s'éprend de la comtesse Teresa Guiccioli, non sans péripéties : le comte Guiccioli est ombrageux et Teresa n'entend pas renoncer à Byron. Celui-ci, excédé, envisage de regagner l'Angleterre, puis accepte de se fixer à Ravenne, en 1820, au palais du comte, et devient le «cavalier servente» de Teresa, à l'italienne. La situation évolue, le pape accorde la séparation des époux. Teresa quitte le palais Guiccioli, mais Byron, à l'aise pour composer, continue d'y résider. Il échappe à un attentat sans sourciller.


La cause grecque

En 1821, Byron quitte Ravenne et rejoint Teresa et ses amis Shelley à Pise. Au décès de sa belle-mère, en 1822, il hérite de la dot enfin monnayable d'Annabella, mais il perd sa fille Allegra et Shelley. Très atteint, il se réfugie dans son œuvre, avance Don Juan. Il ne cessera pas d'écrire durant l'année suivante, pendant laquelle il aura de nombreux entretiens avec lady Blessington. Mais l'Italie va s'estomper : Byron est élu au Comité grec de libération contre la domination turque, s'enflamme pour cette cause, part pour Argostoli. Consterné par la division des Grecs, il investit dans l'entreprise des fonds considérables, se dépense sans compter pour unifier contre les Turcs les factions rivales. Mais il a trop présumé de ses forces, trop pensé, trop vécu, trop souffert : usé à trente-cinq ans, il tombe gravement malade à Missolonghi. Ses médecins, dont les avis divergent, font de ses derniers jours un martyre. Il s'éteint le 19 avril 1824, pleuré comme un père, placé parmi les héros antiques par la Grèce tout entière qui décrète un deuil national. La nouvelle de sa mort est un coup de tonnerre sur l'Europe. Contre son vœu, son corps – après une autopsie sauvage – est ramené en Angleterre, où les honneurs de Westminster Abbey lui sont refusés. Il sera inhumé dans l'église de Hucknall, près de Newstead.


Poète mythique, écrivain lucide

Il est souvent difficile de ramener à l'unité la personnalité de Byron, romantique bien que fervent de Pope, cynique bien que serviteur d'une grande cause. Sa correspondance permet d'apprécier, plus aisément que son œuvre poétique peut-être, la cohérence puissante de ses vues. Byron, angoissé, ultrasensible, n'écrit que pour se libérer de ses tensions. Il déteste la fiction, ne traite que de ce qu'il a vu ou éprouvé, choisit ses personnages parmi son entourage, son héros central étant toujours lui-même, à travers les événements de son existence.

 

D'une culture immense, il cite beaucoup, de mémoire, et souvent Shakespeare, converse avec son lecteur, lui confie ses pensées, ses jugements. Peu lui importe de choquer ou de déplaire : il est vrai, sincère, abrupt. Il se plaît à user de mètres savants : strophe spensérienne, ottava rima. Il écrit rapidement, presque sans corriger, en un style absolument original plein de finesse et d'humour. Sceptique, a-t-on dit. Il a trouvé Dieu dans la beauté de la création et ne s'attarde pas à choisir parmi les Eglises. Pétri de spiritualité, il déplore que le destin de l'homme consiste à admirer des choses éternelles avec des yeux périssables, mais il sait que toute spéculation voguant sur l'océan de la vérité n'a jamais atteint l'autre rive, et se contente, à l'instar de Newton, de ramasser de jolis coquillages sur le sable.


Lord Byron à Bologne

© Commune de Bologne

 

Byron se rendit à Venise, suivant ainsi son amour pour l'Italie. Le 2 juin 1819, il commença un voyage de Venise jusqu'à Ravenne ; sur ce trajet il s'arrêta quelques jours à Bologne. Son arrivée fut remarquée à cause du carrosse blanc et luxueux qu'il avait fait. Il séjourna à l'Albergo del Pellegrino dans la Via de Vetturini (aujourd'hui n°7, Via Ugo Bassi). La chambre qui l'accueillit, avec une seule fenêtre qui donnait sur la Via Calvizzani, fut enrichie au début du XXe siècle par une épigraphe de Carducci, grand admirateur du poète anglais. Cette première visite fut de courte durée, il resta à Bologne seulement quelques jours avant de rejoindre à Ravenne Teresa Guiccioli, une jeune comtesse éperdument amoureuse du charmeur qu'était Byron.

 

Son premier séjour est également marqué par un grand intérêt pour les cimetières. La Chartreuse de Bologne fut l'objet de nombreuses excursions ; il discuta avec le gardien et visita le tombeau monumental de la princesse Barberini. Il apprécia particulièrement la Pinacothèque où il s'arrêta et où il prit plaisir à admirer les tableaux du Dominiquin et de Guido Reni. Le 18 juin 1819 au matin, Byron décida de partir pour Ravenne, interrompant ainsi sa première expérience bolonaise, qui fut bientôt suivie d'une autre.

 

Du 10 août au 15 septembre 1819, le poète retourna à Bologne. Il était accompagné par la Comtesse Guiccioli et de son époux. Au début, il logea à nouveau à l'Albergo del Pellegrino, mais la chaleur lourde était insupportable, et sur le conseil insistant de la famille Guiccioli, il loua un prestigieux appartement du palais Merendoni (à côté du palais Salvioli) dans la Via Galliera. Il fut observé par la police et même souvent par des passants, qui de loin le voyaient contempler un monument funèbre pendant des heures.

 

Petit à petit la situation avec Teresa Guiccioli se compliqua. Son mari qui avait découvert la liaison se montra jaloux. Byron tomba alors dans une mélancolie qui généra de nombreuses lettres passionnées de transport et d'amour, écrites à Bologne.

 

L'aventure de Byron à Bologne s'acheva par son départ en compagnie de la Comtesse pour Venise où ils vivront des moments de sérénité dans le rapport difficile qui les unissait.

 







 

 
Thèmes liés

Arts