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Derrida, Jacques

El-Biar (Algérie), 15.07.1930 - Paris, 9.10.2004
© Hachette Livre et/ou Hachette Multimédia

Sommaire

 Un philosophe controversé
 Un «décryptage» philosophique
 Une philosophie en question
 Ses oeuvres

 



Jacques Derrida

Un philosophe controversé

Lorsqu'il fut question, en 1992, d'attribuer au philosophe francophone vivant le plus traduit en Europe le titre de docteur honoris causa de l'université de Cambridge, une véritable bataille d'Hernani secoua les milieux académiques britanniques. «Comment conférer une telle distinction à un «fumiste», un pseudo-philosophe voué à la célébrité par la mode et les médias ?», se récriaient les uns ; «Comment la refuser à l'un des penseurs les plus importants de la fin du siècle, au père de la «déconstruction» ?», s'indignaient les autres.

 

Au bout du compte, les «modernes» l'emportèrent sur les «anciens», et Derrida – qui ne fut jamais titulaire d'une chaire universitaire en France – fut, le 16 mai 1992, par 336 voix contre 204, couronné par la prestigieuse université.


Un «décryptage» philosophique

Fondateur en 1983 du Collège international de philosophie, directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales à partir de 1984, Jacques Derrida a attaché son nom au concept de «déconstruction», et sa réflexion a profondément transformé plusieurs champs du savoir, qu'il s'agisse de philosophie, sondée dans tous ses fondements, de philosophie politique, de l'éthique, du droit, de la littérature, de la psychanalyse, des médias ou des technologies..

 

Inspiré par l'œuvre de Martin Heidegger, il entreprend la critique d'une science déracinée du sens, pour réfléchir sur le langage, le texte, l'écriture. Penseur proche des sources de la mystique juive, il envisage à travers son œuvre le monde comme un manuscrit à déchiffrer où se cache une origine repliée sur son mystère, un «texte», une «écriture», qui ne promet rien, ni dévoilement d'un sens universel ni accès aux «arrière-mondes» (du Vrai, du Bon), mais ne s'impose pas moins comme le lieu dans lequel l'existence humaine doit sans cesse s'exercer à décrypter des significations, à retrouver les traces d'un héritage à commenter. Si le monde est, comme chez Kafka, ce «livre perdu», alors seuls importe les signes dispersés qui sont présence ouverte à la multiplicité des interprétations.

 

Une liberté de la déconstruction

Par-delà le cataclysme de la «perte d'origine» se dessine une nouvelle liberté, celle de la déconstruction, qui récuse toute notion de vérité singulière ou universelle d'un texte : il n'y a plus que le réseau foisonnant des interprétations qui s'entremêlent au texte lui-même. Ainsi se trouvent radicalement discréditées toutes les prétentions « scientifiques » ou canoniques de la critique littéraire professionnelle ou de la philosophie universitaire. Là est l'origine de la spectaculaire traversée de l'Atlantique par la philosophie derridienne : dans plus d'un département de littérature des universités américaines (Yale, par exemple), la déconstruction et les licences qu'elle offre au jeu infini de l'interprétation ont force de dogme.


Une philosophie en question

Chez Derrida, tout est texte où déambuler en quête de signes de reconnaissances ou d'actions partielles: ainsi le soutien apporté à la dissidence tchécoslovaque au début des années 1980. Les frontières s'abaissent entre philosophie, politique, littérature. L'œuvre de Derrida en porte la marque, qui oscille entre les genres les plus divers: traité, essai, autobiographie, fragment, «carte postale».

 

Comme le dit l'auteur de l'Ecriture et la Différence (1967), «la philosophie doit toujours être exposée au risque de se quitter, de partir d'elle-même. Le repli sur soi d'une philosophie qui, pour être assurée de son identité, redouterait toute question au sujet de son origine, de sa destination, de ses limites, signerait sa mort. Sa chance, sa liberté de tout interroger, est en même temps toujours une menace contre elle. Au cœur de la philosophie, il y a quelque chose qui doit continuer de l'inquiéter».

 


Ses oeuvres

Jacques Derrida a notamment publié : De la grammatologie (1967) ; l'Écriture et la différence (1967) ; la Voix et le phénomène (1967) ; la Dissémination (1972) ; Glas (1974) ; l'Archéologie du frivole (1976) ; la Carte postale. De Socrate à Freud et au-delà (1980) ; Passions (1993) ; Spectres de Marx (1993) ; Politiques de l'amitié (1994) ; Foi et savoir (1996) ; Demeure, Maurice Blanchot (1998).





 
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