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Thomas Hobbes
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Biographie
Philosophe anglais. Thomas Hobbes est l'un des fondateurs de la philosophie politique moderne, à qui on attribue à tort la formule «l'homme est un loup pour l'homme», Hobbes n'est pas seulement un théoricien du droit et du contrat social pour qui, en fait, «l'homme est un lien pour l'homme».
Ses ouvrages de physique, ses traités du corps humain précèdent ou accompagnent ses investigations sur la fondation de la cité et sur la religion.
Hobbes est né en 1588, à Westport, ville qu'il a quittée à l'âge de quinze ans pour poursuivre ses études à Oxford, où il découvre le nominalisme et la scolastique. Engagé comme précepteur de William Cavendish, duc de Newcastle, il accompagne en 1610 son élève en Italie et en France. A partir de 1620, Hobbes travaille avec le chancelier et philosophe Francis Bacon, pour lequel il manifeste peu d'estime, mais qui lui permet d'entrer en contact avec le milieu scientifique: il se familiarise alors avec la philosophie mécaniste et porte un grand intérêt aux anciens philosophes matérialistes ainsi qu'aux recherches physiques sur la conservation du mouvement. Auprès des défenseurs de l'orthodoxie théologique, il passe pour un imposteur et est victime de leurs attaques en 1624. Thucydide, dont il traduit en 1628 la Guerre du Péloponnèse, représente pour Hobbes un modèle de la connaissance, avant qu'il ne découvre, en 1629, à Paris, la méthode inspirée d' Euclide, qu'il commence à appliquer dans son Court Traité des premiers principes.
Un nouveau voyage sur le continent, en 1631, lui permet de rencontrer Mersenne et Galilée. En 1640, alors qu'éclate la révolution anglaise, Hobbes rédige les Eléments du droit naturel et politique. Par prudence, il va s'installer en France, où il fréquente, jusqu'en 1651, Mersenne et Gassendi, étudie l'anatomie chez Vésale et approfondit ses connaissances en chimie. Plus tard, il se liera d'amitié avec William Harvey, qui avait découvert la circulation du sang et avec qui il partagera les mêmes affinités méthodologiques. En 1660, les Stuarts sont restaurés et, bien que Charles II ne soit pas hostile à Hobbes, celui-ci devra se défendre contre de nombreuses accusations de trahison et d'athéisme. Le philosophe meurt à Hardwick Hall, le 4 décembre 1679. Le 21 juillet 1683, l'université d'Oxford condamnera De cive (paru en 1642) et le Léviathan (publié en 1651) en reprochant à ces œuvres d'attribuer à l'autorité civile une origine populaire et de prendre le «conatus» (l'effort pour se conserver soi-même) comme une loi fondamentale de la nature. Les étudiants dansèrent autour des bûchers où furent brûlés les livres condamnés dans l'allégresse générale.
Une philosophie inséparable de la science
Souvent méconnus, les travaux
scientifiques de Hobbes sont inséparables de sa théorie
politique, tout comme la physique des stoïciens, fort
négligée par les commentateurs, est indissociable de leur
philosophie morale. En publiant De corpore, Hobbes souligne que la
philosophie se divise en trois parties: la mathématique, la
physique, la philosophie de la société civile. La partie
la plus utile de la physique est la science du corps humain, dont
l'optique est un aspect important, lié à la
théorie du désir, du conatus.
Hobbes se proclame fondateur de la
philosophie civile alors que la nouveauté de sa pensée
éclate dans un ouvrage de physique: il puise dans la
physique, et plus particulièrement dans la science du corps
humain, de quoi fonder la science de la politique pour construire
le savoir le plus nécessaire, celui de l'Etat, dont
traitent les trois volumes des Eléments de philosophie (De
cive, De corpore, De homine). L'unité de la
réflexion de Hobbes naît de ce que l'homme, en tant
que citoyen, est l'objet d'une philosophie politique (ou
théorie de l'Etat) et, en tant que corps naturel, celui
d'une géométrie et d'une physique. Il
s'agit donc de cerner un paradoxe incontournable: l'homme
est un être naturel (De corpore) qui produit des effets
antinaturels (De cive).
S'il y a une révolution
scientifique dans la pensée de Hobbes, elle réside dans
l'affirmation que tout est corps, et que tous les
phénomènes s'expliquent par les mouvements des
corps. Sur ce qui n'est pas espace ou corps, il n'y a pas
de discours légitime. Dès lors, la principale question
à résoudre est de savoir comment l'homme, qui est
un corps comme tous les autres, produit des effets qu'aucun
autre corps ne produit, et comment, en particulier, il peut
constituer une antinature, c'est-à-dire l'Etat.
«La philosophie est la connaissance, acquise par un
raisonnement correct, des effets ou phénomènes,
d'après les causes ou les générations que
l'on conçoit, et, inversement, de leurs
générations possibles d'après les effets
connus.» La science, selon Hobbes, est à la fois
empiriste («la sensation est le principe de la connaissance
des principes eux-mêmes») et rationnelle, dans la
mesure où elle commence avec l'emploi des signes que
sont les mots du langage.
La mécanique de l'esprit
La physique doit expliquer comment les corps
extérieurs affectent mécaniquement le corps humain, et
comment ils y produisent les perceptions et les
phénomènes qui en dépendent. Selon la théorie
hobbesienne, les sens sont mis en mouvement à partir
d'une excitation extérieure, mouvement transmis au
cerveau et au cœur, d'où part un mouvement en sens
inverse, dont le début (conatus) est la sensation. Il
s'ensuit que les choses n'ont pas de
propriétés: c'est le sujet affecté qui subit
des modifications. Il en va de même de la mémoire, de
l'association des idées, du plaisir et de la douleur. La
physique hobbesienne est donc une théorie mécanique de
la perception et de l'esprit.
Le conatus
La notion centrale de la mécanique de l'esprit est
le conatus, «mouvement qui a lieu à travers la longueur
d'un point et en un instant ou point de temps». Ce
mouvement infinitésimal est une donnée essentielle du
politique, car c'est une «sollicitation ou provocation
pour se rapprocher de ce qui plaît et se retirer de ce qui
déplaît». La notion de conatus introduit partout
le mouvement, qui est communiqué à l'œil par
la lumière.
Alors que l'animal vit dans un
éternel présent, le temps de l'homme a un
commencement, notamment par le conatus, qui est le début de la
sensation. Dans ce commencement est enracinée la puissance
d'artifice, c'est-à-dire le langage par lequel
l'homme entretient un certain rapport avec le temps.
L'homme n'est donc pas défini comme l'être
qui parle ou qui pense, mais comme le corps qui accède au
temps (opposé à un présent perpétuel).
Philosophie politique
Quiconque observe comment il pense, opine,
raisonne, etc., lira et connaîtra par là même les
pensées et les passions des autres hommes en des occasions
semblables. Cependant, cette similitude des pensées et des
passions individuelles n'apparaît pas dans l'état
de nature, qui est le règne de la dissimulation, du mensonge,
de la feinte et de la lutte; on ne peut l'observer que dans
l'état civil, où «celui qui doit gouverner toute
une nation ne doit pas lire en lui-même tel ou tel individu
mais l'humanité».
Le désir de puissance
L'état de nature est affecté d'une
contradiction qui rend son développement nécessaire. Le
point de départ en est le conatus d'autoconservation,
dont la spécificité humaine est qu'il n'est pas
orienté vers la satisfaction du besoin ou la transformation
de la nature par le travail, mais vers le désir de
l'autre. En fait, le désir humain ne se satisfait pas
dans la simple reproduction du mouvement vital, il est désir
infini de puissance. Ainsi, il y a une «inclination
générale» de toute l'humanité, un
désir perpétuel et sans trêve d'acquérir
de plus en plus de pouvoir, désir qui ne cesse qu'à
la mort. Or il ne s'agit pas ici d'une simple
accumulation d'objets, parce que, d'une part, le
désir de puissance résulte de la relation à autrui
et que, d'autre part, le pouvoir sur autrui est le plus grand
des pouvoirs.
La «vraie valeur» de
l'homme
Dans sa relation à l'autre, chaque Moi individuel
tend à s'accorder à lui-même la plus haute
valeur possible et à se soumettre l'autre de gré ou
de force. L'analyse de la notion de valeur fournit la
clé de la contradiction propre au désir de puissance
dans le processus de la reconnaissance. En effet, ce que Hobbes
appelle la «vraie valeur» d'un homme ne correspond
ni à l'importance que cet homme s'accorde à
lui-même, ni à un absolu: elle se réduit, comme
toute chose, à son prix, «c'est-à-dire ce
qu'on donnerait pour disposer de son pouvoir». Pour
Hobbes, il ne s'agit pas seulement de réduire la valeur
de l'homme au prix de la chose, mais de montrer que sa valeur
réelle n'est pas celle que le Moi s'accorde dans son
affirmation de soi: elle dépend entièrement du besoin
et de l'opinion de l'autre. On comprend, dès lors,
la nécessité pour chaque individu d'accroître
sa puissance, et la contradiction dans laquelle est enfermé
le désir de puissance. En fait, l'affirmation du Moi est
constamment soumise au regard d'autrui: plus un homme
étend sa puissance sur les autres, plus il devient
dépendant d'eux; et plus sa puissance
s'accroît, plus elle devient fragile. Ainsi, la crainte
s'universalise et nul ne peut sortir vainqueur du conflit. Le
désir de puissance, qui a pour but la conservation et
l'affirmation du Moi, met en danger celui-ci et conduit,
à chaque instant, à une lutte à mort. Par
conséquent, quiconque soutient qu'il faut rester dans
l'état de nature, où toutes choses sont permises
à tous, se contredit lui-même.
De l'état de nature à
l'état civil
L'opposition entre l'état de nature et
l'état civil n'est donc pas une opposition simple de
la nature et de l'artifice. En effet, le premier comporte
déjà l'artifice du langage verbal, source de tous
les autres artifices, en particulier de l'Etat. C'est la
parole qui permet de prendre conscience de la contradiction du
désir de puissance et d'en sortir par l'acte verbal
du contrat. Il est légitime que les hommes obéissent
à l'Etat, à condition que celui-ci garantisse
l'ordre en exerçant une autorité et non une
domination.
Nature et fonction de
l'Etat
L'Etat est une «personne artificielle» dont
la nature est la représentation de l'ordre civil, et la
fonction la protection des citoyens. La réflexion entreprise
par Hobbes dans le Léviathan porte sur l'essence du
pouvoir d'Etat, et non sur une forme de gouvernement: le
Léviathan présente une théorie du pouvoir sous sa
forme pure. A l'état de nature, l'homme est
dénué de toute bonté, comme les animaux
livrés à la «loi de la jungle». Il y
règne la puissance anarchique de la multitude (potentia, en
latin): «Là où il n'est pas de pouvoir commun,
il n'est pas de loi, là où il n'est pas de loi,
il n'est pas d'injustice.»
La philosophie politique de Hobbes expose comment
cette multitude (potentia) se convertit en un pouvoir (potestas)
en remplissant ainsi les exigences d'une idéologie
sécuritaire. De ce processus naît plus qu'un
consensus ou une concorde: une unité réelle de tous en
une seule et même personne, que l'on appelle
«république» (civitas). La multitude se transforme
alors en peuple. Dès lors, Hobbes peut légitimement
récuser tout droit de révolte, car «celui qui se
plaint d'un tort commis par le souverain se plaint de ce dont
il est lui-même l'auteur». Prolongement logique de
la théorie du contrat, la théorie de la
souveraineté affirme que c'est bel et bien un pacte
social qui institue le monarque, ce qui signifie l'abandon de
toute théorie du droit divin.
Autorité civile et religion
L'histoire profane ne s'explique pas par
l'histoire sacrée, mais par le pouvoir du souverain, les
desseins de Dieu n'étant connus que par les livres dont
l'autorité dépend du politique. Hobbes refuse toute
conception providentialiste de l'histoire en affirmant que ce
n'est pas Dieu qui gouverne les actions des hommes pour les
porter vers l'avènement d'un monde nouveau à la
fin de l'histoire. Ainsi, la guerre ne peut être
pensée comme un moment d'un dessein universel de Dieu.
Certes, une interprétation correcte de l'Ecriture peut
mettre en évidence le destin historique du royaume de Dieu,
mais il s'agit là de foi et non de raison.
Le Léviathan
Le seul don divin qui puisse être affirmé par la
théologie, c'est la capacité de l'homme
d'utiliser des artifices qui font de lui un être unique;
grâce à ce don, il est le seul être qui puisse
construire et non pas recevoir cet autre être qui le
sauvera: le Léviathan.
La Bible, selon Hobbes, ne contient pas
les paroles de Dieu: c'est une parole sur Dieu. Dans la
tradition de l'exégèse et des théories de
l'interprétation de l'Ecriture, Hobbes fait figure
d'extrémiste, car, pour lui, l'Ecriture ne tire pas
son autorité d'elle-même et, pour être fiable,
elle a besoin d'une autorité externe: «Si les
chrétiens ne tiennent pas leur souverain pour le
prophète de Dieu, ils s'exposent à prendre leurs
songes pour une prophétie, ou à obéir à des
étrangers, ou à un autre sujet.» Il faut donc
s'en remettre au pouvoir du souverain.
Hobbes dénonce donc le recours à
la seule Ecriture et le magistère de l'Eglise: de
même qu'il attribue au souverain le droit exclusif de
déterminer le canon et d'interpréter la Bible, le
philosophe accorde à la seule autorité civile le pouvoir
de traduire le véritable sens des lois naturelles.
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