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Berkeley, George

Kilkrin, Irlande, 1685 - Oxford, 1753
© Hachette Livre et/ou Hachette Multimédia

Sommaire

 Homme d'Eglise et philosophe
 La philosophie de Berkeley
 L'immatérialisme berkeleyen

 



George Berkeley

Homme d'Eglise et philosophe


Philosophe irlandais. George Berkeley naît dans une famille aisée, d'origine anglaise. Il accomplit ses études à Dublin; homme de foi, de confession anglicane, il acquiert la conviction que, si la science et la philosophie s'épuraient chacune de son côté, il en résulterait une sagesse tout à fait conforme au christianisme. Il entre dans les ordres et enseigne le grec, l'hébreu et la théologie.

De 1713 à 1720, il voyage à travers l'Europe (France, Italie, Espagne) puis, de retour en Irlande, il devient doyen de Derry (1721-1727), pensant consacrer sa vie à cette charge. C'est seulement après ses publications philosophiques importantes qu'il voyage en Amérique: Berkeley entreprend d'aller propager la foi chrétienne; il part pour Rhode Island en 1728 mais, faute de fonds, il doit rentrer en Grande-Bretagne dès 1731. Il est nommé évêque de Cloyne, en 1734, dans le sud de l'Irlande.  

Tout au long de son œuvre, George Berkeley combattra le matérialisme et l'incroyance; il fut un excellent prélat, fort compréhensif pour les catholiques irlandais, qui représentaient les cinq sixièmes de la population de son évêché. Il passa ses dernières années à Oxford, où il est mort.


La philosophie de Berkeley
Il est remarquable qu'à l'âge de vingt-deux ans Berkeley ait publié un des ouvrages philosophiques les plus subtils qui aient jamais été rédigés: sa Théorie de la vision, où il s'essaie à expliquer l'élaboration de la notion d'espace.  

Une théorie idéaliste
L'année suivante, dans ses Principes de la connaissance humaine, il développe l'essentiel de sa philosophie. Il s'en prend à l'empirisme de Locke, lequel lui paraît faire trop confiance aux vieilles théories de l'abstraction. En particulier, l'idée d'une matière existant en soi - et qui fonderait la réalité de nos perceptions - est une abstraction indémontrable.

La théorie idéaliste de Berkeley, qu'il propose avec beaucoup de netteté et de vigueur, est fondée sur le principe que «l'essence des objets consiste en ce qu'ils sont perçus». Les choses sont connues comme idées. Elles ne peuvent être qu'idées, car les sensations sont de pures idées. En Dieu même, qui les crée, elles sont idées. Le monde est la pensée de Dieu. La matière n'existe pas, en dehors de l'idée que nous en avons. On compare des idées particulières pour faire une idée générale et c'est le fait de l'abstraction.  

Un monde divin
Toute la valeur de la science, débarrassée des fausses abstractions, repose donc sur la certitude sensible, sur laquelle Berkeley fonde une preuve originale de l'existence de Dieu. «Il est évident pour moi, écrit-il, que les choses sensibles ne peuvent exister autre part que dans un entendement ou un esprit, et je conclus de là, non point qu'elles n'ont pas une existence réelle, mais qu'attendu qu'elles ne dépendent pas de ma pensée ou qu'elles ont une existence distincte de la qualité d'être aperçues par moi, il faut qu'il y ait quelque esprit dans lequel elles existent. Ainsi, autant il est certain que le monde sensible existe réellement, autant l'est-il qu'il existe un esprit infini et présent partout qui les contient et qui les soutient.»  

Le monde est donc, pour Berkeley, l'ensemble des idées que Dieu suggère aux esprits humains. Et si Dieu communique ainsi sa pensée ou quelque chose de sa pensée aux hommes, c'est pour s'attirer leur cœur. Le monde qui proclame Dieu n'est donc, en fait, que le langage de Dieu, pensé par Dieu, s'adressant aux hommes sous les modalités idéales qu'ils prennent pour la matière.  
 

L'immatérialisme berkeleyen
La formule esse est percipi («être c'est être perçu») fonde l'idéalisme ou plutôt l'immatérialisme berkeleyen: le monde corporel n'existe que comme objet de perception; Berkeley part des sensations pour démontrer qu'au moyen des sens nous ne connaissons que nos perceptions; le monde matériel n'est que le monde des phénomènes. Il n'y a pas d'au-delà des choses perçues, de substance, de permanence; il n'y a que des esprits et les idées de ces esprits. Esse est percipi vel percipire: tout l'être des corps réside dans le fait qu'on les perçoit ou qu'ils sont perçus. La cause des modifications sensibles est en Dieu et ce dernier nous parle et dirige notre volonté à travers la nature, dont les phénomènes constituent.

La distinction établie par Locke entre «qualités premières et qualités secondes» est refusée par Berkeley qui affirme que toutes les qualités sont des sensations subjectives.  
 Cette conception permet d'échapper au scepticisme né de l'interrogation sur les arrière-mondes (Traité sur les principes des connaissances humaines, 1710). Dans son Essai sur une nouvelle théorie de la vision (1709), Berkeley détache la psychologie de l'optique géométrique, en posant la question de ce qu'est la perception de l'espace. Ce philosophe a également écrit: Dialogues entre Hylas et Philonoüs (1713); Alciphron (1732); Querist (1733-1737); Siris (1744).  

Historiquement, l'importance de Berkeley tient en ceci qu'il a critiqué la notion de matière dont l'évidence n'avait jamais été mise en cause par ses contemporains. En affirmant que l'objet, tel qu'il est perçu, n'existe pas indépendamment de l'entendement, Berkeley ouvre la voie royale de la philosophie idéaliste, pour laquelle la matière n'existe pas de manière complètement indépendante de l'esprit.




 
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