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George Berkeley
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Homme d'Eglise et philosophe
Philosophe irlandais. George Berkeley naît dans une famille aisée, d'origine anglaise. Il accomplit ses études à Dublin; homme de foi, de confession anglicane, il acquiert la conviction que, si la science et la philosophie s'épuraient chacune de son côté, il en résulterait une sagesse tout à fait conforme au christianisme. Il entre dans les ordres et enseigne le grec, l'hébreu et la théologie.
De 1713 à 1720, il voyage à travers l'Europe (France, Italie, Espagne) puis, de retour en Irlande, il devient doyen de Derry (1721-1727), pensant consacrer sa vie à cette charge. C'est seulement après ses publications philosophiques importantes qu'il voyage en Amérique: Berkeley entreprend d'aller propager la foi chrétienne; il part pour Rhode Island en 1728 mais, faute de fonds, il doit rentrer en Grande-Bretagne dès 1731. Il est nommé évêque de Cloyne, en 1734, dans le sud de l'Irlande.
Tout au long de son œuvre, George Berkeley combattra le matérialisme et l'incroyance; il fut un excellent prélat, fort compréhensif pour les catholiques irlandais, qui représentaient les cinq sixièmes de la population de son évêché. Il passa ses dernières années à Oxford, où il est mort.
La philosophie de Berkeley
Il est remarquable qu'à
l'âge de vingt-deux ans Berkeley ait publié un des
ouvrages philosophiques les plus subtils qui aient jamais
été rédigés: sa Théorie de la vision,
où il s'essaie à expliquer l'élaboration de
la notion d'espace.
Une théorie idéaliste
L'année suivante, dans ses Principes de la
connaissance humaine, il développe l'essentiel de sa
philosophie. Il s'en prend à l'empirisme de
Locke, lequel
lui paraît faire trop confiance aux vieilles théories
de l'abstraction. En particulier, l'idée d'une
matière existant en soi - et qui fonderait la
réalité de nos perceptions - est une abstraction
indémontrable.
La théorie idéaliste de
Berkeley, qu'il propose avec beaucoup de netteté et de
vigueur, est fondée sur le principe que «l'essence
des objets consiste en ce qu'ils sont perçus». Les
choses sont connues comme idées. Elles ne peuvent être
qu'idées, car les sensations sont de pures idées.
En Dieu même, qui les crée, elles sont idées. Le
monde est la pensée de Dieu. La matière n'existe
pas, en dehors de l'idée que nous en avons. On compare
des idées particulières pour faire une idée
générale et c'est le fait de l'abstraction.
Un monde divin
Toute la valeur de la science, débarrassée des
fausses abstractions, repose donc sur la certitude sensible, sur
laquelle Berkeley fonde une preuve originale de l'existence
de Dieu. «Il est évident pour moi, écrit-il, que
les choses sensibles ne peuvent exister autre part que dans un
entendement ou un esprit, et je conclus de là, non point
qu'elles n'ont pas une existence réelle, mais
qu'attendu qu'elles ne dépendent pas de ma
pensée ou qu'elles ont une existence distincte de la
qualité d'être aperçues par moi, il faut
qu'il y ait quelque esprit dans lequel elles existent. Ainsi,
autant il est certain que le monde sensible existe
réellement, autant l'est-il qu'il existe un esprit
infini et présent partout qui les contient et qui les
soutient.»
Le monde est donc, pour Berkeley,
l'ensemble des idées que Dieu suggère aux esprits
humains. Et si Dieu communique ainsi sa pensée ou quelque
chose de sa pensée aux hommes, c'est pour s'attirer
leur cœur. Le monde qui proclame Dieu n'est donc, en fait,
que le langage de Dieu, pensé par Dieu, s'adressant aux
hommes sous les modalités idéales qu'ils prennent
pour la matière.
L'immatérialisme berkeleyen
La formule esse est percipi
(«être c'est être perçu») fonde
l'idéalisme ou plutôt l'immatérialisme
berkeleyen: le monde corporel n'existe que comme objet de
perception; Berkeley part des sensations pour démontrer
qu'au moyen des sens nous ne connaissons que nos perceptions;
le monde matériel n'est que le monde des
phénomènes. Il n'y a pas d'au-delà des
choses perçues, de substance, de permanence; il n'y a que
des esprits et les idées de ces esprits. Esse est percipi vel
percipire: tout l'être des corps réside dans le fait
qu'on les perçoit ou qu'ils sont perçus. La cause
des modifications sensibles est en Dieu et ce dernier nous parle et
dirige notre volonté à travers la nature, dont les
phénomènes constituent.
La distinction établie par Locke
entre «qualités premières et qualités
secondes» est refusée par Berkeley qui affirme que
toutes les qualités sont des sensations subjectives.
Cette conception permet d'échapper au
scepticisme né de l'interrogation sur les
arrière-mondes (Traité sur les principes des
connaissances humaines, 1710). Dans son Essai sur une
nouvelle théorie de la vision (1709), Berkeley détache
la psychologie de l'optique géométrique, en posant
la question de ce qu'est la perception de l'espace. Ce
philosophe a également écrit: Dialogues entre Hylas et
Philonoüs (1713); Alciphron (1732); Querist (1733-1737);
Siris (1744).
Historiquement, l'importance de
Berkeley tient en ceci qu'il a critiqué la notion de
matière dont l'évidence n'avait jamais
été mise en cause par ses contemporains. En affirmant que
l'objet, tel qu'il est perçu, n'existe pas
indépendamment de l'entendement, Berkeley ouvre la voie
royale de la philosophie idéaliste, pour laquelle la
matière n'existe pas de manière complètement
indépendante de l'esprit.
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