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Johannes Kepler
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L'éducation de Kepler
Astronome allemand. A
l'aube de
la Renaissance, au
milieu du bouillonnement des idées d'où va sortir la
science moderne, bâtir une théorie fondée sur des
faits devient une nécessité pour pouvoir prédire les
phénomènes naturels. L'œuvre de Kepler, qui
débarrasse l'astronomie des mouvements circulaires
uniformes, ouvre la voie à
Newton et à
l'astronomie moderne.
Johannes Kepler naît le
27 décembre 1571 près de Weil (Wurtemberg),
dans le sud de l'Allemagne, à l'ouest de Stuttgart.
Il y reste peu, sa famille s'installant en 1575 à
Leonberg (ville située un peu plus au nord). Les Kepler sont
protestants et se targuent de noblesse, mais d'une noblesse
assez lointaine puisque le père de Johannes n'est
qu'un mercenaire - il disparaîtra au cours d'une
campagne militaire - et que sa mère, Catherine, orpheline,
fut élevée par une tante qui fut brûlée vive
comme sorcière.
Johannes Kepler exerce divers métiers
modestes: il est notamment serveur dans une auberge, puis ouvrier
agricole, avant de commencer ses études, à l'âge
de douze ans, au petit séminaire d'Adelberg. Son
travail et son intelligence lui permettent d'obtenir une bourse
des ducs de Wurtemberg pour continuer ses études à
l'université de Tübingen, où il est admis
en 1589. Cette université (ainsi que celle de Wittenberg)
fut créée par les ducs pour former les futures
élites protestantes. On y enseigne la théologie, le
latin, la musique, les mathématiques; en l'occurrence,
pour cette dernière discipline, la géométrie et
l'astronomie. Le jeune Kepler a comme professeur l'un des
meilleurs astronomes de son temps, Michael Maestlin. Ce dernier
enseigne sans équivoque le système de
Copernic, qui
place le Soleil au centre de la ronde des planètes, y compris
la Terre. Maestlin, par ses observations, a permis de faire
évoluer la conception de l'Univers; ainsi
démontra-t-il que la nova de 1572 est une
«nouvelle» étoile, ce qui contredit le dogme
aristotélicien de l'immuabilité des cieux.
Les premiers travaux de Kepler
Kepler se destinait à la
carrière ecclésiastique quand, en 1594,
l'école protestante de Graz demande à
l'université de Tübingen un professeur de
mathématiques. Il est choisi pour cette charge, qui lui laisse
suffisamment de temps pour ses travaux personnels. Graz est une
ville tolérante, pour l'époque, et s'y
côtoient encore une école protestante et une
université catholique. Il se convertira au
calvinisme,
abandonnant le luthéranisme, ce qui lui attirera plus tard des
ennuis avec les autorités religieuses et sera cause de son
excommunication. Il publie régulièrement des calendriers
et des prédictions astrologiques qui se réalisent, ce qui
assure sa réputation.
Kepler astrologue
La plupart des réflexions de Kepler sur l'astrologie
se trouvent éparses dans ses différents ouvrages, mais il
publie aussi De fundamentis astrologiae, en 1601, et
Astrologicus, en 1620.
Il peut paraître curieux qu'un
astronome puisse s'occuper d'astrologie, tissu de croyances
sans aucune base scientifique; mais, du temps de Kepler, la
distinction actuelle entre science et croyance (ou religion)
n'existait pas encore. Il est difficile d'imaginer
l'opinion qu'un «scientifique» pouvait alors
avoir de l'astrologie.
Pour Kepler, cette discipline est
«une fille dévergondée qui nourrit sa mère
pauvre, l'astronomie». C'est pourquoi il
n'hésite pas à publier, en même temps que ses
almanachs, des horoscopes et des prédictions astrologiques.
Toutefois, fidèle à ses idées, Kepler cherche
à donner des bases rigoureuses à l'astrologie, ce
qui le conduit à rejeter certaines parties de ce qui
s'enseignait alors (et qu'il considère comme des
balivernes), à en retenir d'autres et, finalement,
à en ajouter en se fondant sur des raisonnements physiques
ou qu'il tient pour tels (croyance en une lumière propre
des planètes, âme du monde située dans le Soleil
et entretenant le mouvement des planètes). En revanche, il
refuse tout rapport symbolique entre mot et chose: il sait que le
nom des constellations est arbitraire et que la division du
zodiaque n'est qu'une commodité mathématique,
aussi finit-il par rejeter toutes les théories relatives
à la «maison» principale d'une planète
ainsi qu'aux douze maisons astrologiques. Il trouve
d'ailleurs dans ces croyances un relent de paganisme, voire
de satanisme, de mauvais aloi.
Le «Mysterium
cosmographicum»
Mais c'est surtout la parution en 1596 -
parution à laquelle contribua Maestlin - du Mysterium
cosmographicum, fruit de ses premières méditations sur
la structure de l'Univers, qui établit la
notoriété de Kepler. L'ouvrage est connu pour avoir
introduit l'idée (qui paraît fantaisiste
aujourd'hui) de la théorie des polyèdres
réguliers. Kepler associe les cinq polyèdres
réguliers convexes de la géométrie au système
solaire en s'appuyant sur les idées, en vigueur à
la fin du XVI
e
siècle, selon lesquelles les
orbites des six planètes connues alors sont des sphères
plus ou moins matérielles; Kepler explique les distances
relatives des planètes en inscrivant les divers
polyèdres les uns dans les autres: chaque sphère
circonscrite à un polyèdre et inscrite dans le suivant
correspond à «l'orbe» d'une planète.
Cet ouvrage permet de découvrir un foisonnement
d'idées tantôt exactes, tantôt fausses, des
calculs laborieux et ennuyeux entrecoupés d'éclairs
fulgurants d'imagination, un état d'esprit empirique
et, chose précieuse pour nous, le récit par Kepler
lui-même de sa démarche intellectuelle, de ses
tâtonnements, de ses méthodes.
Malgré les errements de sa
théorie, l'ouvrage assura la renommée de Kepler et
lui ouvrit bien des portes; c'est ainsi qu'il
correspondit avec l'astronome danois Tycho Brahe, qu'il
rencontra en février 1600 au château de
Benatek, près de Prague.
La rencontre de Kepler avec Tycho
Brahe
L'association entre le puissant et ombrageux Tycho
Brahe et le susceptible Johannes Kepler sera brève. Leurs
rapports sont tendus; entre autres, Brahe ne croit pas à
l'héliocentrisme de Copernic, et Kepler ne croit pas au
système hybride de Tycho Brahe. Kepler se voit confier
l'étude de l'orbite de Mars qu'il se vante de
pouvoir déterminer en huit jours: il y travaillera huit
années. Le choix de Mars se révélera être le
bon, car excepté Mercure, difficilement observable,
c'est l'une des planètes alors connues dont
l'orbite a la plus forte excentricité.
En octobre 1601, Tycho Brahe meurt,
et Kepler lui succède dans la charge de mathématicien
impérial. Bénéficiant des excellentes observations
astronomiques de Tycho Brahe (précises à 1 minute
d'arc près; les précédentes avaient une marge
d'erreur supérieure à 10 minutes d'arc), Kepler,
qui est un médiocre observateur en raison de sa myopie et de
sa mauvaise santé, va résoudre successivement les
différents paramètres de l'orbite de Mars,
énonçant ainsi les deux premières lois des
mouvements planétaires qui seront publiées dans
Astronomia nova, en 1609, à Prague.
L'œuvre de Kepler
Kepler est à la fois témoin et
acteur de la transition entre le
Moyen Age et la
Renaissance. Ses travaux, dans lesquels il donne la primauté
à l'observation, marquent le début de la méthode
scientifique. Mais ses idées en astrologie ou en dynamique
montrent ce qui reste à parcourir pour aboutir aux idées
de Newton.
L'«Astronomia nova» de
Kepler
L'accueil fait à cet ouvrage n'est pas aussi
enthousiaste que celui réservé à Mysterium
cosmographicum, car Kepler bouleverse alors les dogmes de son
temps. Ainsi écrit-il: «Si on place deux pierres
quelque part dans l'espace, loin de tout autre corps, alors
elles se rapprochent comme des aimants, chacune parcourant une
distance proportionnelle à la masse de l'autre.»
L'ouvrage constitue aussi un témoignage de la difficile
naissance de la démarche scientifique, c'est-à-dire
de la reconnaissance de la primauté de l'expérience
et du fait sur les idées. On y voit en effet Kepler faire
diverses hypothèses, les confronter aux observations et les
rejeter si elles ne s'y adaptent pas avec précision. La
découverte de la trajectoire elliptique de l'orbite de
Mars est typique de cette démarche: en accord avec les
idées d'
Aristote en
vigueur à cette époque et qui font du cercle la figure
la plus parfaite et la seule possible pour régenter les
cieux, Kepler cherchera pendant longtemps à ajuster un
cercle aux mesures des positions de Mars. Il y parviendra
presque, mais il reste un écart de 8' (supérieur
aux erreurs d'observation) pour deux positions; et ce fait le
conduira à abandonner l'hypothèse du cercle pour
celle d'un ovale, plus exactement d'une ellipse, et ce
sera ce qu'on appelle aujourd'hui la première loi:
«Les orbites des planètes sont des ellipses dont le
Soleil occupe l'un des foyers.»
Cet abandon du dogme aristotélicien
se confirme quand Kepler abandonne également les mouvements
uniformes avec l'énoncé de la deuxième loi:
«Dans le mouvement d'une planète, le rayon vecteur
balaie des aires égales en des temps égaux.» La
planète a donc un mouvement plus rapide quand elle est
proche du Soleil que quand elle en est éloignée.
Les ouvrages d'optique de
Kepler
L'astronome et physicien allemand laissa deux ouvrages
importants sur l'optique. Ad vitellionem, publié à
Francfort en 1604, donne des tables de la réfraction
atmosphérique, des moyens de calcul de la longitude et de la
loi d'affaiblissement de la lumière en 1/r2, des
réflexions sur le mode de vision et sur l'usage des
humeurs de l'œil. Dans Dioptrice, publié à
Augsbourg en 1611, Kepler cherche à expliquer le
principe de la lunette astronomique que vient d'inventer
Galilée, avec qui il a une correspondance enthousiaste.
«Harmonices mundi»
En 1612, Kepler est nommé à Linz (en
Haute-Autriche), où il découvrira la troisième
loi, qui sera publiée dans Harmonices mundi en 1619.
Cette loi montre que les mouvements des différentes
planètes ne sont pas indépendants les uns des autres,
puisque les dimensions des orbites sont liées aux
durées de révolution (c'est-à-dire au temps
nécessaire pour faire un tour autour du Soleil), très
exactement: «Les carrés des périodes de
révolution sont proportionnels aux cubes des distances
moyennes au Soleil.»
Les tables numériques
Publier des tables de nombres est une tâche ingrate
bien qu'indispensable; elle occupera bien des scientifiques.
Pour tous ses calculs, Kepler bénéficia de la
découverte des logarithmes par Napier (découverte
publiée en 1614), mais il améliora cette invention
et, de façon indépendante de Briggs, il construisit
dans Chilias logarithmorum («les Mille Logarithmes»),
publiés à Marburg en 1624, une table de
logarithmes beaucoup plus pratique: pour une même
précision décimale, Kepler n'effectue qu'une
trentaine d'extractions de racines carrées, au lieu de
54 chez Briggs, et les calculs ultérieurs se font de
façon beaucoup plus directe et simple.
Les «Tables rudolphines»
La table de logarithme qu'il a contribué à
améliorer lui sera d'un grand secours pour la mise au
point en 1627 de son catalogue d'étoiles, connu
sous le nom de Tables rudolphines, qui réexprime dans le
système de Copernic, c'est-à-dire dans le
système héliocentrique, les données des
observations (géocentriques par la force des choses) de
Tycho Brahe. Ce catalogue donne, entre autres, la position de
1'005 étoiles.
Kepler quitte alors Linz et s'installe
à Sagan (ville située actuellement en Pologne),
auprès du duc de Wallenstein. Il s'ennuie et cherche une
situation plus intéressante, mais meurt au cours d'un
voyage à Ratisbonne, le 15 novembre 1630.
La postérité de l'œuvre de Kepler
Il reste, pour les astronomes en
particulier, l'auteur de trois lois fondamentales. Si, telles
qu'il les a énoncées, ces lois ne correspondent
qu'aux mesures accessibles à son époque, on peut
actuellement les déduire des lois de
Newton. On montre
qu'elles correspondent au cas où la planète serait
seule face au Soleil et de masse négligeable devant celle de
ce dernier. C'est pourquoi, pour plus de précision, la
troisième loi est habituellement modifiée en
écrivant que a3/P2 (où a est la distance moyenne au
Soleil, et P la période de révolution) est proportionnel
à la somme des masses du Soleil et de la planète (or la
plus grosse planète, Jupiter, a une masse de l'ordre du
millième de celle du Soleil, ce qui explique la bonne
approximation de l'énoncé de Kepler).
Pour les deux premières lois,
c'est le centre de gravité du système solaire,
plutôt que le Soleil lui-même, qui est pris comme
foyer.
Les orbites définies par Kepler sont
toujours utilisées aujourd'hui pour décrire les
trajectoires sur un court laps de temps, ce qu'on appelle une
orbite osculatrice: on considère que les paramètres de
l'orbite (excentricité, inclinaison...) varient très
lentement; c'est la théorie des perturbations (le
mouvement purement elliptique est perturbé par la
présence des autres corps célestes). Cette théorie,
issue des travaux de Kepler et de Newton, permet le guidage
précis des sondes interplanétaires, mais aussi la mesure
des masses des étoiles doubles ainsi que de leur distance au
Soleil, étape nécessaire pour évaluer les dimensions
de l'Univers.
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