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Raphaël (autoportrait)
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Peintre et architecte italien.
En italien Raffaello Santi , ou Raffaello Sanzio. Aucune autre figure n'incarne mieux le classicisme de la haute Renaissance que celle de Raphaël, qui, à côté de Léonard de Vinci et de Michel-Ange, occupe une position exceptionnelle, à la confluence de multiples écoles et tendances; même si son génie a pu pâtir de la morbidezza du premier et de la terribilità du second, son génie tend en effet à éviter la démesure de ses rivaux.
Au-delà d'un engouement très démonstratif qui remonte au vivant de l'artiste, il n'est pas facile d'interroger la production de Raphaël - laquelle nous est parvenue sans manque majeur -, œuvre que la sensibilité contemporaine a pu qualifier de froide, voire d'académique, et qui s'impose en fait par son immédiateté.
Une brève carrière
Raphaël est né à Urbino, en
Ombrie, en 1483. Son père, Giovanni di Sante di Pietro,
ou Giovanni Santi, est peintre. Ce dernier disparaît
en 1494, quand Raffaello Santi, ou Sanzio, n'a encore que
onze ans. L'enseignement reçu par le jeune garçon
demeure fort imprécis. Nombreux sont les historiens à
estimer qu'il a été l'élève du
Pérugin, à Pérouse, sans doute vers 1499-1500.
C'est précisément en cette année 1500
- il a alors dix-sept ans - qu'il peint avec
Evangelista di Pian di Meleto (qui fut assistant de Giovanni Santi)
un tableau d'autel pour l'église Sant'Agostino de
Città di Castello, le Couronnement de saint Nicolas.
En 1501-1503, l'abbesse des clarisses de Monteluce lui
commande le Couronnement de la Vierge. Et lorsqu'il
exécute le Mariage de la Vierge, en 1504, le peintre est
en pleine possession de ses moyens.
Florence
L'installation de Raphaël à Florence va
déterminer l'affirmation de son art. Arrivé dans la
cité toscane à la fin de l'année 1504, il
y séjournera jusqu'en 1508. Les commandes
strictement florentines ne l'empêchent cependant pas
d'œuvrer aussi à Pérouse. Mais, à
Florence, il acquiert sa maîtrise classique, qui
s'exprime au plus haut niveau dans une douzaine de madones,
de la Vierge dans la prairie (1506) à la Vierge au
chardonneret (1507) et à la Belle Jardinière (1507).
Dans ce dernier tableau, la Vierge est représentée
assise, tenant tendrement l'Enfant Jésus debout,
contemplé affectueusement par un autre enfant, saint
Jean-Baptiste. Unis par le geste et le regard, les trois
personnages se laissent aller à un innocent abandon, auquel
répond la sérénité du paysage.
Rome
C'est en fait à Rome que le génie de
Raphaël va s'épanouir dans toute sa plénitude.
A la demande de Jules II, Raphaël se rend dans la Ville
éternelle dès la fin de 1508. Il répond avec
la plus grande efficacité à l'effervescence
provoquée par le mécénat pontifical autour de la
reconstruction de la basilique Saint-Pierre, d'abord sous le
règne de Jules II (1503-1513), puis sous celui de
Léon X (1513-1521). Il fonde un des ateliers parmi les
plus féconds de toute l'histoire de l'art, riche
à la fois par le nombre d'élèves et par la
qualité.
Les grands cycles de fresques pour les
Chambres du palais du Vatican requièrent l'essentiel de
son activité: chambre de la Signature (1508-1511), chambre
d'Héliodore (1511-1514), chambre de l'Incendie du
bourg (1514-1517), cartons de tapisseries pour la chapelle
Sixtine (d'après les Actes des Apôtres), les Loges
du Vatican (1517-1519), décoration de la chambre de
Constantin (1520-1524), achevée après la mort du
maître par les élèves de l'atelier, dont Jules
Romain (Giulio Romano). Raphaël répond aussi aux
nombreuses commandes d'autres mécènes, en
particulier à celle du banquier siennois Agostino Chigi.
C'est à la demande de celui-ci qu'il peint le
Triomphe de Galatée, pour la villa Chigi, dite la
Farnésine, résidence romaine du banquier. Pour le
même mécène, il œuvre à la
réalisation de deux chapelles, la première à Santa
Maria della Pace et l'autre, la chapelle funéraire des
Chigi, à Santa Maria del Popolo.
Agostino Chigi suscite en outre la
décoration de la loggia de Psyché, à la
Farnésine. Les activités architecturales de
Raphaël sont loin d'être négligeables et
témoignent de la diversité de son génie. C'est
d'ailleurs en tant qu'architecte qu'il prend la
succession de son ami Bramante, en 1514, à la
reconstruction de la basilique Saint-Pierre. Sa contribution aux
plans de la villa Madama le situe parmi les innovateurs les plus
doués de sa génération, et non comme un simple
continuateur de Bramante. Enfin, en 1515, il est chargé
de la conservation des monuments antiques de Rome, travail
qu'il prend très au sérieux et qui fera l'objet
d'un mémoire rédigé par l'auteur du
Courtisan, son ami le diplomate Baldassare Castiglione, dont il
fait à la même époque le portrait.
D'autres commandes particulières
le sollicitent de plus en plus. Le grand style
expérimenté dans les fresques trouve un indéniable
écho dans les tableaux, où la participation de
l'atelier a été longtemps surestimée, presque
uniquement des compositions religieuses et des portraits: de la
Madone Sixtine (1513-1514) au Portement de Croix (1517), de la
Vierge du duc d'Albe (1511) à la Vierge à la chaise
(1514), du portrait de jeune femme dit La donna velata (1516)
à Léon X et Deux Cardinaux (1518-1519), et à
l'un de ses portraits les plus fameux, celui de sa
maîtresse, Margherita Luti, ou la Fornarina (1519). La mort le
surprend en pleine activité, le vendredi saint de
l'année 1520. On expose au-dessus de son lit de mort
la Transfiguration, commencée en 1517, et qu'il vient
pratiquement d'achever.
La constitution d'un langage classique
Deux faits s'imposent
d'emblée: Raphaël est d'une extrême
perméabilité aux multiples influences qu'il
reçoit, tout en procédant chaque fois à de
magistrales synthèses. Du suave Pérugin aux Florentins
classicisants réunis autour de Fra Bartolomeo, il se forge peu
à peu un style qui sera l'archétype du classicisme.
Les madones de la période florentine témoignent de cet
équilibre suprême, de cette tension harmonieuse -
unique dans la peinture occidentale, sauf peut-être chez
Poussin - entre le réel et l'idéal. La forme,
née de la perception empirique, est transfigurée par les
exigences d'une vision supérieure qui débarrasse
l'apport sensoriel de ses scories et semble l'inscrire dans
un univers qui transcende le temps: le naturel tend vers le divin,
et ce dernier s'incarne dans une forme sensible. D'où
un équilibre entre statisme et dynamisme, dessin et couleur,
sobriété et efficacité narrative, grâce et
puissance.
Les grands cycles à la fresque
apparaissent alors comme le véritable manifeste du
classicisme raphaélesque, des modèles insurpassables
pour ce qui sera la tradition classique, et ce tant par le projet
esthétique que par les riches contenus philosophiques et
théologiques, au service d'une Eglise qui se veut
triomphante. L'Ecole d'Athènes (1508-1511) et le
Parnasse (1510-1511), en particulier, sont la
matérialisation de l'universalisme humaniste de
la Renaissance,
en accord avec le souhait d'unir en un même mouvement
l'héritage païen et la révélation
judéo-chrétienne, un rêve qui sera bien vite
balayé avec
la Réforme
et
la
Contre-Réforme.
Enfin, tant par ses œuvres que par
son enseignement actif, Raphaël est le père de la
longue tradition académique, au sens le plus noblement
platonicien du
terme, une tradition qui conjugue la leçon des Anciens
- l'antique - et celle du réel; le dessin y
joue un rôle fondamental, principalement en ce qui concerne
l'étude précise de l'anatomie.
Chez Raphaël, la conquête du
style exige d'une part une construction de plus en plus
complexe - issue d'un regard attentif sur Léonard et
Michel-Ange -, d'autre part l'utilisation d'une
gamme chromatique de plus en plus riche et intense - signe
d'une sensibilité particulière à la peinture
vénitienne, peut-être à travers l'exemple de
Sebastiano del Piombo, artiste vénitien qui œuvre à
Rome, où il s'affirme comme un rival du peintre
d'Urbino.
Vers un dépassement du classicisme
Perméabilité et invention sont
donc deux caractéristiques qui, chez Raphaël, loin
d'être antinomiques, génèrent un riche parcours,
malheureusement trop tôt interrompu. Son ultime œuvre, la
Transfiguration, est en cela hautement emblématique. On a
longtemps pensé que seule la partie supérieure du tableau
- souverainement «classique» et
équilibrée - était due au maître, alors
que la partie inférieure, avec sa véhémente
scène d'exorcisme, serait due aux élèves,
probablement à Jules Romain. En effet, la rhétorique
émotionnelle et la complexité de la composition semblent
fort éloignées de l'esprit classique du
maître.
Or des études récentes, portant
à la fois sur l'analyse stylistique et sur l'examen
scientifique de la peinture elle-même, ont prouvé sa
quasi totale paternité. La Transfiguration est donc un jalon
essentiel vers des innovations que la mort a empêché son
auteur de mettre en œuvre. L'extraordinaire partie
inférieure de l'œuvre anticipe pratiquement un
siècle de peinture italienne et offre en un même
élan la puissante réalité
«idéalisée» d'Annibale Carrache et des
Bolonais et le naturalisme tragique du Caravage, dont Raphaël
préfigure aussi le violent clair-obscur. En fait, au-delà
du maniérisme, l'artiste semble annoncer les deux courants
fondamentaux qui, autour de 1600, vont
régénérer la peinture en terre italienne.
La postérité de Raphaël
Dans l'atelier de Raphaël ont
brillé de remarquables personnalités, qui ne sont pas
seulement des épigones du maître: Jules Romain, Perin del
Vaga, Polidoro da Caravaggio, Gianfrancesco Penni. La mort de
Raphaël et, plus encore, le sac de Rome en 1527
désorganisent ce lieu actif: Jules Romain quitte Rome
en 1524, Polidoro en 1527, et Perin l'année
suivante. Tous vont participer à leur façon à
l'aventure du maniérisme, gérant le riche et complexe
héritage que le maître leur a laissé en partage,
héritage que les gravures de Marcantonio Raimondi - lui
aussi issu de l'atelier de Raphaël - diffusent
à l'échelle de l'Europe.
L'ombre de Raphaël
s'étend fort loin dans la peinture occidentale, tant
à travers la stricte tradition classique, voire
académique - de Poussin à David et à Ingres,
de Le Brun aux Nazaréens - et à
l'interprétation qu'en donne la culture humaniste et
la littérature, de l'Arioste à Balzac, qu'à
travers des figures moins assujetties à cette tradition
- tels Delacroix et Renoir. Ce dernier écrit dans sa
Correspondance (1881-1882): «J'étais allé voir
ce tableau pour m'en passer
l'envie: et voilà que je me trouve devant la peinture la
plus libre, la plus solide, la plus merveilleusement simple et vive
que l'on puisse imaginer.»
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