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Saint-Just, Louis Antoine Léon

Decize, 1767 - Paris, 1794
Source Encyclopédie Wikipédia


 



Louis Antoine de Saint-Just


Sommaire

     Biographie
     Citations
     Œuvres
     Éditions récentes
     Bibliographie
     Représentations de Saint-Just au cinéma et à la télévision
     Source partielle

Louis Antoine Léon de Saint-Just est un homme politique français, né à Decize (Nièvre) le 25 août 1767 et mort guillotiné à Paris le 28 juillet 1794 (10 thermidor an II), à 26 ans, qui se distingua pour son intransigeance sous la Terreur. Il fut surnommé « l'archange de la Terreur » ou encore « l'archange de la Révolution ».

Biographie

La maison de Saint-Just à Blérancourt, actuellement office du tourisme et musée.
La maison de Saint-Just à Blérancourt, actuellement office du tourisme et musée.

Louis Antoine de Saint-Just est le fils aîné de Louis Jean de Saint-Just de Richebourg (8 novembre 1716 - 8 septembre 1777), un capitaine de cavalerie décoré de l'ordre de Saint-Louis, et de Marie-Anne Robinot (née à Decize le 8 juin 1734, morte en 1791), elle-même fille de Léonard Robinot, conseiller, notaire royal et grenetier au grenier à sel de Decize, et de Jeanne Houdry, mariés le 10 mai 1766. Ses parents ont deux autres enfants. Ses deux sœurs, Louise-Marie-Anne de Saint-Just de Richebourg et Marie-Françoise-Victoire de Saint-Just de Richebourg, voient le jour à Nampcel (Oise), le 12 septembre 1768 et le 10 novembre 1769.

Peu après leur mariage, les Saint-Just partent à Nampcel, d'où est originaire le père et où vit déjà Marie-Madeleine de Saint-Just, la sœur de celui-ci, avant de s'installer en octobre 1776 dans l'Aisne, à Blérancourt. Après avoir fréquenté l'école du village, Saint-Just est mis en pension de 1779 à 1785 au collège Saint-Nicolas des Oratoriens de Soissons (actuel collège Saint-Just), établissement coté où son oncle et son père avaient déjà étudié et où il côtoie les enfants de la classe aisée et dirigeante de la province. À la fin de 1785, au cours de ses vacances, il s'éprend de Louise-Thérèse Sigrade Gellé, fille de Louis-Antoine Gellé, notaire royal au bailliage de Coucy-le-Château, mais son père le dédaigne et marie, assez précipitamment, sa fille à François-Emmanuel Thorin, clerc de son étude, à Blérancourt le 25 juillet 1786 (elle fuira à Paris le 25 juillet 1793 pour rejoindre Saint-Just).

Buste en terre cuite au musée Lambinet à Versailles.
Buste en terre cuite au musée Lambinet à Versailles.

De septembre 1786 à mars 1787, Saint-Just est placé, à la demande de sa mère, dans une maison de correction à Paris, rue de Picpus, à la suite d'une fugue. Devenu ensuite clerc auprès de maître Dubois procureur de Soissons, il s'inscrit en octobre 1787 à la faculté de droit de Reims, qu'avaient déjà fréquentée Brissot et Danton, avant de rentrer l'année suivante à Blérancourt, où il séjourne jusqu'en septembre 1792.

L'épisode de la maison de correction a probablement eu une influence sur son poème Organt, critique de la monarchie absolue et de l'Église, au caractère parfois pornographique et dans la tradition cynique, publiée au printemps 1789. Il assiste aux débuts de la Révolution à Paris, puis part rejoindre sa famille à Blérancourt, où il devient lieutenant-colonel de la garde nationale en juillet 1789. C'est au contact de cette population rurale qu'il fera son apprentissage d'homme politique en s'impliquant fortement dans la vie locale. Révolutionnaire exalté, il participe à la Fête de la Fédération en 1790, fait partie du cortège qui escorte Louis XVI au retour de sa tentative de fuite. Il fait la connaissance de Robespierre, à qui il écrit une première lettre en  août 1790, et dont il devient un des proches. Comme ce dernier, il est fasciné par la culture gréco-romaine (d'où sont issues la démocratie et la République) et se compare volontiers à Brutus.

Député en 1791 à l'Assemblée législative, on lui refuse le droit de siéger en raison de son âge. Il est élu de l'Aisne le 5 septembre 1792, le 5 sur 12 avec 349 voix sur 600 votants, à la Convention dont il est le benjamin, et rejoint les Montagnards. Dès son premier discours du 13 octobre 1792, il y est un des principaux orateurs, aussi bien lors du procès de Louis XVI, lors duquel il prononce ces phrases, selon une rhétorique implacable inspirée de Rousseau : « On ne peut régner innocemment », « tout roi est un rebelle ou un usurpateur », que lors de la rédaction de la Constitution. Sa dureté et son incontestable talent rhétorique, qui en fera une des voix de la Montagne puis du Comité de salut public, se déchaîne contre ses adversaires girondins.

Le 9 mars 1793, il est envoyé par décret dans les Ardennes et l'Aisne avec Jean-Louis Deville, son ami dès avant la Révolution, pour la levée de 300'000 hommes. De retour dès le 31 mars à Paris, où il intervient aux Jacobins, sa mission prend officiellement fin par décret du 30 avril.

Adjoint au Comité de salut public le 31 mai 1793, puis élu le 10 juillet, lors de l'extension du comité, il est envoyé dans l'Aisne , l'Oise et la Somme par arrêté du comité du 18 juillet, mais ne remplit pas cette mission. Nommé ensuite par arrêté du comité du 17 octobre et décret du 22 octobre représentant aux armées avec son ami et conventionnel Philippe Le Bas, il rejoint l'armée du Rhin jusqu'au 25 pluviôse an II (6 janvier 1794), hormis un séjour à Paris du 14 au 20 frimaire an II (4-10 décembre 1793). Les deux représentants transforment le 5 brumaire (26 octobre 1793) le tribunal militaire en « commission spéciale et révolutionnaire » afin d'accélérer les procédures et de renforcer la sévérité contre les prévaricateurs et les «partisans de l'ennemi». Saint-Just fait prendre Bitche et délivrer Landau.

Envoyé ensuite à l'armée du Nord avec Le Bas par arrêté du Comité de salut public du 3 pluviôse an II (22 janvier 1794), il est de retour à Paris le 25 pluviôse (13 février). De retour à Paris, il est l'un des acteurs de la chute des hébertistes, puis des dantonistes.
La bataille de Fleurus, victoire française du général Jourdan, le 26/juin/1794, contre l armée autrichienne menée par les princes de Cobourg et d Orange (à droite de Jourdan, Saint-Just en mission, derrière lui Kléber, Championnet et Marceau), peinture à l huile de Jean-Baptiste Mauzaisse (1837), conservée au musée du château de Versailles.
La bataille de Fleurus, victoire française du général Jourdan, le 26/juin/1794, contre l'armée autrichienne menée par les princes de Cobourg et d'Orange (à droite de Jourdan, Saint-Just en mission, derrière lui Kléber, Championnet et Marceau), peinture à l'huile de Jean-Baptiste Mauzaisse (1837), conservée au musée du château de Versailles.


À la suite d'un arrêté du Comité de salut public du 10 floréal (29 avril), il repart en mission à l'armée du Nord avec Le Bas. Partisan de l'offensive à outrance, il dirige de facto les opérations, au début de mai, et, en dépit des vives réserves de plusieurs généraux comme Kléber ou Marceau, ordonne de lancer une offensive sur Charleroi qui échoue. Son action est en revanche couronnée par les victoires de Courtrai et de Fleurus. Se posant en spécialiste des questions militaires, du fait de ses diverses missions auprès des armées, il s'oppose à cette époque à Carnot.

Le Comité l'ayant rappelé par une lettre datée du 6 prairial (25 mai), il rentre à Paris le 12 (31 mai). Puis un arrêté du Comité en date du 18 prairial (6 juin) le charge d'une mission aux armées du Nord et de l'Est, « de la mer jusqu'au Rhin ». Il est de retour dans la capitale le 11 messidor (29 juin).

Lors de la crise de thermidor, il tente, avec Barère, de rétablir la concorde au sein des comités, organisant notamment la réunion du 5 thermidor. À cette occasion, il est chargé de lire un rapport devant la Convention sur les heurts qui ont secoué le gouvernement révolutionnaire. Mais le discours de Robespierre devant l'assemblée, le 8 thermidor accélère le dénouement de la crise. Pris à partie, dans la nuit, par Billaud-Varenne et Collot d'Herbois, il réoriente son discours dans un sens plus critique à l'égard de ces deux hommes, indiquant au cinquième paragraphe : « quelqu'un cette nuit a flétri mon cœur ».

Toutefois, bien loin de chercher à abattre ses ennemis, il espère, à travers cette intervention, rétablir l'entente parmi les membres du comité de salut public. En conclusion, il propose à la Convention un décret affirmant que les institutions républicaines, alors en préparation, « présenteront les moyens que le gouvernement, sans rien perdre de son ressort révolutionnaire, ne puisse tendre à l'arbitraire, favoriser l'ambition, et opprimer ou usurper la représentation nationale ».

Le lendemain, alors qu'il commence son discours, il est interrompu par Tallien et, plutôt que de se battre, se mure dans un silence énigmatique ; il est décrété d'accusation. Libéré par l'insurrection de la commune de Paris, il se laisse arrêter par les troupes fidèles à la Convention, silencieux, le matin du 10 thermidor, et est guillotiné, à l'âge de vingt-six ans, avec les principaux partisans de Robespierre dans l'après-midi.

Citations

 « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté. »
 « Je méprise la poussière qui me compose et qui vous parle. On pourra persécuter et faire mourir cette poussière ! Mais je défie qu'on m'arrache cette vie indépendante que je me suis donnée dans les siècles et dans les cieux. » (Fragments)
 « Il n'y a que ceux qui sont dans les batailles qui gagnent. »
 « L'ordre d'aujourd'hui est le désordre de demain. »
 « Au moins, on aura fait quelque chose. » dit-il en pointant les droits de l'homme et du citoyen peu avant de mourir.

Œuvres

 Organt, poème rédigé en 1787-1789, publié au printemps 1789.
 Arlequin-Diogène, pièce de théâtre rédigée en 1789.
 L'Esprit de la Révolution et de la Constitution de France, rédigé en 1790, publié par Beuvin en juin 1791. Saint-Just y expose ses réflexions sur la Révolution française. Soucieux de se faire mieux connaître en attendant d'être éligible, il y fait preuve d'une certaine modération en critiquant peu Louis XVI et Marie-Antoinette restant ainsi dans la ligne de pensée majoritaire, un an après la prise de la Bastille. On trouve dans cet ouvrage la base des idées constitutionnelles qu'il développera à partir de 1792. La lecture de cet ouvrage montre l'influence importante qu'ont eu Montesquieu et Rousseau sur les penseurs révolutionnaires.
 De la Nature, de l'état civil de la cité ou les règles de l'indépendance du gouvernement, texte inachevé, rédigé vraisemblablement entre septembre 1791 et septembre 1792, publié à titre posthume par Albert Soboul en 1951.
 Les Fragments d'institutions républicaines, texte fragmentaire et inachevé rédigé entre l'automne 1793 et juillet 1794, publié à titre posthume chez Fayolle en 1800 (édition incomplète) avec une introduction anonyme de Gateau, ami de Saint-Just. Cette première édition est réimprimée en 1831 chez Techener à l'initiative de Charles Nodier, puis fait l'objet de nombreuses rééditions, y compris dans les Œuvres complètes publiées en 1908 par Charles Vellay. Albert Soboul publie une première édition complète en 1948, puis une nouvelle version, recomposée en neuf fragments, chez Einaudi en 1952. Alain Liénard publie en 1976 sous le titre de Théorie politique une version qui suit scrupuleusement le texte et l'ordre des fragments et reproduit les passages biffés, en les signalant. En 1984, dans les Œuvres complètes parues chez Gérard Lebovici, Michèle Duval propose un fragment extrait des Papiers inédits trouvés chez Robespierre, Saint-Just, Payan, etc., supprimés ou omis par Courtois (1828) et un autre du Rapport Courtois fait au nom de la commission chargée de l'examen des papiers trouvés chez Robespierre et ses complices (nivôse an III), complétés par un fragment de l'édition de 1800 des Institutions républicaines, la réédition des textes édités en 1949 dans les Annales historiques de la Révolution française par Albert Soboul et extraits d'un carton des Archives nationales consacré à Robespierre, enfin un fragment et le passage d'un bref récit romanesque issus du carnet de Saint-Just. L'édition de 2004 des Œuvres complètes reproduit l'état actuel du manuscrit, comme Alain Liénard, ajoutant à la fin et de manière distincte le texte du carnet et les fragments parus dans l'édition de 1800 qui ne figurent pas dans le manuscrit dans son état actuel.

Éditions récentes

 Œuvres complètes, édition établie et présentée par Anne Kupiec et Miguel abensour, Gallimard, coll. Folio/histoire, 2004.
 Œuvres complètes, édition établie par Michèle Duval, volume relié, Champ libre, Paris, 1984. Réédité par les éditions Ivrea, Paris, 2003.
 On ne peut pas régner innocemment (Discours sur les Constitutions de la France) (avec une postface de Joël Gayraud), Mille et une Nuits, Paris, 1997.

Bibliographie

 Marc Eli Blanchard, Saint-Just et Cie, A.-G. Nizet, 1979, 111 pages.
 Madeleine-Anna Charmelot, Saint-Just ou le chevalier Organ, Éditions Sésame, 1957.
 Pierre Deroclès (pseudonyme d'Albert Soboul), Saint-Just, ses idées sociales et politiques, Éditions sociales internationales, 1937, 173 pages.
 Maurice Dommanget, Saint-Just, Éditions du Cercle, 1971, 200 pages.
 Édouard Fleury, Saint-Just et la Terreur, 2 vol., Divier, 1852,
 Jean-Pierre Gross, Saint-Just: sa politique et ses missions, Bibliothèque nationale, 1976, 570 pages ISBN|271771278X.
 Ernest Hamel, Histoire de Saint-Just, député à la Convention Nationale, Paris, 1859.
 Monique Ipotési, Saint-Just et l'antiquité, Schena, 1984, 135 pages.
 Ralph Korngold, Saint-Just, traduit de l'anglais par Albert Lehman, Bernard Grasset, 1937, 255 pages.
 Albert Ladret, Saint-Just, ou, Les vicissitudes de la vertu, Presses universitaires de Lyon, 1989, 326 pages ISBN|2729703454.
 Albert Ollivier, Saint-Just et la force des choses, Gallimard, 1954, 587 pages.
 Albert Soboul (dir.), Actes du Colloque Saint-Just: Sorbonne, 25 juin 1967, Société des études robespierristes, Paris, 1968, 466 pages.
 Albert Soboul, « Sur la mission de Saint-Just à l'armée du Rhin (brumaire an II) », Annales historiques de la Révolution française, 1954, p. 193-231 et 298-337.
 Bernard Vinot, Saint-Just, Fayard, 1985, 394 pages.
 Anatole Levandovski, Le Chevalier de Saint-Just, Editions du progrès, 1988, (traduit du russe par Geneviève Dupond), 446 pages.

Représentations de Saint-Just au cinéma et à la télévision

 1974 : Saint-Just et la force des choses, téléfilm en deux parties par Pierre Cardinal : Saint-Just est interprété par Patrice Alexsandre.
 1989 : La Révolution française, film de Robert Enrico et Richard T. Heffron : il est joué par Christopher Thompson.
 1964 : La terreur et la vertu (2 épisodes : « Danton » et « Robespierre »), téléfilm de Stellio Lorenzi, émission La caméra explore le temps : il est interprété par Denis Manuel.

Source partielle

 Adolphe Robert, Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889, Paris, Bourloton, tome 5,


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