Catherine Cheynel est née à Lyon entre 1540 et 1545. Elle épouse avant 1563 Pierre Royaume, potier d'étain, également lyonnais.
Fêté chaque 12 décembre par une marmite en chocolat aux cris de "Qu'ainsi périssent les ennemis de la République !", son acte héroïque demeure l'un des plus célèbre de la nuit de l'Escalade. Chacun a en mémoire l'épisode de la marmite où Catherine Royaume, depuis sa fenêtre du passage de la Monnaie, jeta sur l'assaillant une marmite de soupe chaude, tuant sur le coup un Savoyard. Toute la difficulté réside dans le fait que le mythe et le fait historique ont tendance à se confondre.
A Genève, Pierre Royaume devient graveur de la monnaie. A ce titre, la famille Royaume réside au-dessus de la Porte de la Monnaie, en bas de la rue de la Corraterie. Pierre est le second époux de Catherine Cheynel qui fut d'abord mariée à un maître d'armes. Les Royaume eurent, semble-t-il, quatorze enfants dont plusieurs moururent en bas-âge. Le père de Catherine, Claude Cheynel, exerçait également la profession de potier d'étain. Il fut même garde de la corporation à deux reprises en 1556 et 1562.
Les Royaume quittent Lyon et effectuent un premier séjour à Genève en 1569 pour fuir les persécutions contre les Huguenots. L'installation définitive des Royaume à Genève date de septembre 1572. Le 16 septembre, Pierre Royaume est admis comme habitant de Genève, trois semaines après le massacre de la Saint-Barthélemy (24 août 1572) qui eut des répercussions à Lyon. La bourgeoisie genevoise fut accordée aux Royaume le 17 janvier 1598.
La légende veut que Dame Royaume faisait mijoter une soupe au riz et aux légumes la nuit du 11 au 12 décembre 1602. Le terme de "pot " était donné à l'époque pour les marmites servant à la préparation des repas. Le pot qu'employa cette nuit-là Dame Royaume ne pouvait être en étain, puisque l'étain de peut être mis sur le feu. Il semble plus probable que le pot employé était bien en étain et qu'aucune soupe n'était en préparation. Dame Royaume se serait simplement saisie d'un pot en étain confectionné par son époux et l'aurait lancé de sa fenêtre. Il paraît également évident que Dame Royaume ne fut pas la seule cette nuit-là à lancer depuis sa fenêtre des objets aux assaillants savoyards. Tables, chaises et ustensiles de cuisine devaient en effet allégrement voler dans les rues de notre cité !
L'Escalade compte d'ailleurs une autre héroïne de cette nuit froide et sombre de décembre : Dame Piaget. L'acte de bravoure de Dame Julien Piaget, née Jeanne Baud, est d'avoir jeté, également du haut de sa fenêtre, aux défenseurs de la cité, la clé de la porte de l'allée traversière, après avoir poussé contre sa porte un meuble extrêmement lourd.
C'est pourtant Dame Royaume qui est restée célèbre.
L'acte de la Mère Royaume n'est pourtant pas relaté dans les premiers compte-rendus de l'Escalade du XVIIe siècle, ainsi que dans la version du "Cé qu'è lainô" de 1620. Le plus ancien texte citant l'anecdote date de 1606. Nulle allusion n'y est toutefois faite au passage de la Monnaie, à un pot ou à une Dame Royaume. On y relate l'action d'une femme qui jeta, du haut de sa fenêtre, des pierres et un fond de tonneau sur la tête d'un Savoyard.
C'est au XVIIIe siècle que le nom de la Mère Royaume commence à apparaître dans des récits de l'Escalade. Un fait historique vient à cette époque étayer la thèse du pot de l'Escalade.
Le petit-fils de Catherine et Pierre Royaume, également prénommé Pierre, dans son testament de 1676, lègue à ses descendants différents objets en étain dont un "pot dit de l'Escalade (…) le tout d'estain gravé et de la façon de Pierre Royaume, mon aïeul". Ce pot fut ensuite conservé à l'Arsenal où il fut dérobé durant l'occupation française. Nul ne peut cependant confirmer qu'il s'agit bien du fameux pot de Dame Royaume.
Quant à la vingt-neuvième strophe du "Cé qu'è lainô", elle relate l'épisode de la marmite sans toutefois citer la Mère Royaume :
« On Savoyar uprè de la Mounia,
Y fu tüa d'on gran cou de marmita
Qu'onna fenna li accouilla dessu ;
I tomba mour, frai et rai eitandu ».
Catherine Royaume décéda quelques années après l'Escalade vraisemblablement avant 1605.
L'acte héroïque de la Mère Royaume qui nous est parvenu ne fut certainement pas unique. Peu importe finalement s'il tient plus de la légende que des faits historiques. Chaque cité se nourrit de ses mythes et de ses figures historiques et Dame Royaume est l'une d'elles.
Bibliographie :
WALKER Corinne, La Mère royaume, Georg, Genève, 2002.
GALLAND Jean-Paul, Dictionnaire des rues de Genève, Promoédition, Genève, 1982.
FIDECARO Agnese, Lectures de la Mère Royaume, in Le guide des femmes disparues, Metropolis, Genève, 1993.
CHAIX Benjamin, Dame Royaume. Une héroïne malgré elle, in Tribune de Genève, 8 décembre 2001.
BERTOSSA Monique, Ceux de 1602, Edité par le Service philatélique de la Compagnie de 1602, Genève, 1977.
MONIER-VINARD Patrick, La Mère Royaume à Lyon, Bulletin de la Compagnie de 1602, Recueil du 380e anniversaire, 55ème brochure d'Escalade, 1982.