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Dossier(s) : Personnages > Personnages Epoque Moderne > Rubens, Pierre Paul > 

Rubens, Pierre Paul

Siegen, Westphalie, 1577 - Anvers, 1640
© Hachette Multimédia/Hachette Livre

Sommaire

 Les années d'apprentissage
 Le voyage d'Italie
 Le maître d'Anvers
 L'intermède diplomatique
 Les dernières années

 



Pierre Paul Rubens (autoportrait)

Peintre flamand. Créateur de l'école d'Anvers et du baroque flamand, le maître de plusieurs générations de peintres, de Van Dyck à Renoir, mena une double carrière de diplomate et d'artiste. La vie et l'œuvre de cet héritier de la culture humaniste, «Homère de la peinture», ainsi que l'appellera Delacroix, sont un hymne à l'harmonie de l'homme et de la nature.

 

Les troubles politiques et religieux qui déchirent les Pays-Bas au XVIe siècle conduisent Jan Rubens, juriste anversois converti au calvinisme, à se réfugier avec sa famille à Cologne. Là, à la suite d'une intrigue amoureuse avec l'épouse de Guillaume le Taciturne, il sera condamné à mort, puis gracié et assigné à résidence dans la petite ville de Siegen, où naîtront Philip puis, en 1577, Pierre Paul.


Les années d'apprentissage

A la mort de Jan Rubens, sa veuve retourne à Anvers avec ses enfants, auxquels elle a donné une éducation catholique. À onze ans, Pierre Paul entre au collège de Rombaut Verdonck, où il étudie les littératures grecque et latine, et rencontre celui qui sera son ami fidèle, B. Moretus, imprimeur travaillant dans l'ancien atelier du célèbre Plantin et pour lequel Rubens illustrera un missel (1613) et un bréviaire romain (1614).

 

En 1590, il est placé comme page chez Marguerite de Ligne Arenberg. L'ennui règne sur cette cour de province, et, s'il apprend les rudiments de l'étiquette et de la diplomatie, l'adolescent s'occupe surtout à dessiner et à copier des gravures de Dürer et de Holbein. L'année suivante, il entre en apprentissage chez Tobias Verhaecht, peintre paysagiste, puis chez Adam Van Noort (le maître de Jordaens), chez qui il restera quatre ans avant de rejoindre l'atelier d'Otto Van Veen. Celui-ci, doyen de la guilde de Saint-Luc, est un homme cultivé, dont l'idéal humaniste s'ancre chez Michel-Ange, Raphaël et Barocci.

 

Les premières œuvres de Rubens que l'on connaisse sont un Portrait de jeune homme (1597) et un Adam et Ève au paradis, inspiré par une gravure de Raimondi et réalisé l'année suivante, au cours de laquelle le peintre est admis à la guilde de Saint-Luc.


Le voyage d'Italie

En mai 1600, Rubens part pour l'Italie avec son premier élève, Deodat Van der Mont, et arrive à Venise au mois de juillet. Présenté à Vincent Gonzague I, il rejoint la cour de Mantoue, où il se voit essentiellement confier des copies de tableaux, besogne dont il s'échappe par l'étude, dans la galerie du duc, des œuvres de Titien, de Andrea Mantegna, du Corrège et de Raphaël.

 

A la fin de l'année, il accompagne Gonzague à Florence pour assister au mariage par procuration de Marie de Médicis, scène qu'il recréera vingt ans plus tard. Il met probablement à profit ce séjour pour étudier la Bataille d'Anghiari de Vinci et le tombeau des Médicis de Michel-Ange, dont il s'inspirera pour son Samson et Dalila, de 1609.

 

En 1601, Rubens est à Rome, où règnent alors l'idéal naturaliste des Carrache et le clair-obscur dramatique du Caravage. Il se sent à l'aise dans l'atmosphère de spiritualité de la Contre-Réforme, et, s'il poursuit assidûment l'étude des maîtres - Michel-Ange, Raphaël -, il répond également à sa première commande, trois tableaux pour la chapelle Sainte-Hélène de l'église Santa Croce in Gerusalemme: le Christ couronné d'épines, le Crucifiement et Sainte Hélène à la vraie croix .

 

L'année suivante, ayant regagné Mantoue, il reçoit du duc sa première mission diplomatique: il part remettre à Philippe III d'Espagne un considérable ensemble de présents, parmi lesquels un carrosse, six chevaux et seize copies d'œuvres de Raphaël et de Titien. Cette première mission est une expérience amère mais aussi l'occasion de réaliser un portrait équestre du duc de Lerma, qui inaugure le thème du portrait équestre baroque, repris par Van Dyck et Vélasquez.

 

Rubens rentre à Mantoue, mais, las d'user son talent à des copies, il prie le duc de «l'employer sur place ou à l'étranger à des travaux plus adaptés à son talent». Il est chargé d'exécuter trois tableaux pour l'église des jésuites, le Baptême, la Transfiguration et la Famille des Gonzague adorant la Sainte Trinité. De retour à Rome en 1605, il retrouve son frère Philip, avec qui il approfondit sa connaissance de l'art et de la philosophie antiques. En 1608, Philip publiera Electorum Libri II , illustré par Pierre Paul, lui-même devenu ardent collectionneur d'antiques.

 

Entre-temps, Rubens a écrit au duc de Mantoue son intention de rester à Rome. Le duc, en effet, paie mal, et le peintre vient de recevoir une commande des pères de l'Oratoire. En peignant la marquise Brigida Spinola (1606), il donne au portrait aristocratique les nouveaux canons qui seront repris par Van Dyck puis, au siècle suivant, par Reynolds et Gainsborough. Le genre atteindra avec Hélène Fourment au carrosse, vers 1639, un dynamisme et une somptuosité qui le porteront au sommet d'une tradition issue de la Renaissance.

 

Admirateur du Caravage - il conseille au duc de Mantoue d'acquérir sa Mort de la Vierge, refusée par les jésuites, et copie sa Mise au tombeau -, Rubens s'en démarque toutefois par un traitement de l'espace moins stylisé et un refus du clair-obscur au profit d'une lumière plus intériorisée.


Le maître d'Anvers

A l'automne 1608, le peintre apprend que sa mère est mourante, et il décide de rentrer à Anvers, où, l'insistance et la générosité des régents aidant, il restera. En octobre 1609, il épouse Isabelle Brant, et peint à cette occasion leur double portrait sous un chèvrefeuille (emblème d'amour), se tenant par la main droite (symbole d'harmonie conjugale). Cette allégorie du mariage sera un thème récurrent dans son œuvre, du cycle de Marie de Médicis, avec Jupiter et Junon, au Jardin d'amour et à la Promenade dans le jardin.

 

D'Isabelle, avec qui il vivra dix-sept ans, il aura trois enfants. Grâce à son frère Philip, nommé secrétaire de la ville d'Anvers, et au bourgmestre, Rubens obtient de nombreuses et importantes commandes. C'est ainsi que, après le triptyque de l'Érection de la Croix, il réalise en 1611, pour la guilde des Arquebusiers, le retable de la Descente de Croix, qui renouvelle profondément l'iconographie élaborée par ses prédécesseurs Van Eyck, Memling et Van der Weyden: les deux panneaux latéraux ne sont plus une extension de la scène centrale mais sont unis par un thème iconographique, le portement du Christ.

 

En 1610, Rubens achète un terrain dans le meilleur quartier d'Anvers et, quelques années plus tard, y fait construire un vaste atelier et une villa à l'italienne, avec un jardin doté d'un pavillon et peuplé de statues de Bacchus, de Cérès et d'Hercule. De très nombreux assistants animent son atelier, et il écrit en 1611 devoir «repousser les demandes de plus de cent élèves». La parfaite organisation de cet atelier et le talent des meilleurs élèves permettent au maître de répondre à une très abondante demande de retables et de tableaux religieux. Il n'hésite pas, en cas de besoin, à confier certains détails des tableaux à des collaborateurs extérieurs, au paysagiste Jan Wildens, aux animaliers Paul De Vos et Frans Snyders ou encore au peintre de fleurs Jan Bruegel.

 

La passion de collectionneur de Rubens se trouve soudain ranimée par un Anglais, sir Dudley Carleton. Désireux d'acquérir des tableaux en les payant en nature, celui-ci se heurte au refus obstiné du peintre, qui finit par consentir à sa proposition à condition que Carleton lui cède sa collection d'antiques (qu'il revendra quinze ans plus tard au duc de Buckingham).

 

Malgré une lourde charge de travail, Rubens n'abandonne pas les sujets mythologiques: l'Enlèvement de Ganymède, Prométhée enchaîné, les Quatre Continents et Samson et Dalila témoignent de l'intérêt sans faiblesse qu'il porte à la littérature classique et à l'Antiquité. Conscient de son génie, il écrit en 1621 à l'agent du roi d'Angleterre Jacques Ier: «Aucune entreprise, pour vaste qu'elle soit dans son envergure et diversifiée dans son sujet, n'a surpassé mon courage.» Dix ans plus tard, il recevra la commande du décor de la salle des Banquets de Whitehall.

 

 

Alors que les Pays-Bas sont retombés dans l'incertitude politique après la mort de Philippe III d'Espagne, Marie de Médicis appelle Rubens à Paris pour décorer deux galeries du palais du Luxembourg. Il rencontre alors Peiresc – un grand collectionneur d'antiques avec lequel il entretiendra une correspondance amicale et régulière – et le duc de Buckingham, dont il brosse un superbe portrait équestre. C'est à Anvers, dans son atelier, qu'il réalise les panneaux commandés par Marie de Médicis, qu'il revient installer en 1625, alors qu'Anvers est ravagée par la peste. L'année suivante, Isabelle meurt: «Je pense, écrit Rubens, qu'un voyage serait conseillé pour m'éloigner un temps des nombreux objets qui renouvellent nécessairement ma peine.»


L'intermède diplomatique

Rubens accepte de nouvelles missions diplomatiques, et, devenu conseiller de l'infante Isabelle, dont il a fait le portrait en 1625, il part en 1628 pour Madrid. Pour échapper aux aléas des négociations qui traînent en longueur, Rubens ne cesse de peindre, et copie dans les collections royales des œuvres de Titien: Vénus et Adonis, l'Enlèvement d'Europe, Adam et Eve. Il rencontre et apprécie le jeune Vélasquez, à qui il conseille le voyage d'Italie.

 

En 1629, Philippe IV nomme Rubens «secrétaire du Conseil privé du roi pour les Affaires des Pays-Bas». En Angleterre, les négociations se révèlent épineuses: «Ils changent d'avis d'heure en heure et toujours de mal en pis.» La cour lui apparaît vénale, le roi sans pouvoir. Il finit toutefois par l'emporter; chargé d'honneurs et de commandes, Rubens est impatient de rentrer à Anvers.


Les dernières années

A la fin de l'année 1630, le peintre épouse Hélène Fourment, une jeune fille de seize ans, alors qu'il en a cinquante-trois. «J'ai décidé de me remarier, écrit-il à son ami Peiresc, car je n'ai jamais été porté à la vie abstinente du célibat. J'ai choisi une jeune fille de famille honnête mais bourgeoise bien que tout le monde voulût me persuader de faire un mariage de cour. J'ai choisi quelqu'un qui ne rougirait pas de me voir les pinceaux à la main.» Le couple aura cinq enfants. Quoique dégoûté de la diplomatie, par loyauté vis-à-vis de Marie de Médicis le peintre accepte encore d'intervenir auprès de l'infante, mais supplie peu après qu'on le dispense de nouvelles missions. Cela lui est accordé, avec de nouveaux honneurs: Philippe IV le fait chevalier.

 

À la mort de l'infante Isabelle, en 1633, le nouveau gouverneur, Ferdinand, annonce sa venue à Anvers pour 1635. Rubens est chargé de concevoir des arcs de triomphe pour la célébration de cet événement. Dès cette époque, il souffre de violentes crises de goutte. Il acquiert à la campagne une somptueuse demeure, le château de Steen, où il passe les mois d'été et où il peint ses plus beaux et plus vastes paysages: Paysage à l'arc-en-ciel, Paysage au château de Steen. Des commandes lui parviennent encore, notamment celle du décor du pavillon de chasse de Philippe IV à la Torre de la Parada. Les portraits de famille qu'il réalise alors mêlent avec harmonie les canons du portrait aristocratique à une intimité et une spontanéité pleines de vie. Rubens meurt le 30 mai 1640, huit mois avant la naissance de son dernier enfant.

 

L'héritage de Rubens, ce n'est pas seulement une nouvelle iconographie, un chromatisme lumineux, une technique audacieuse, c'est également une conception globale de l'art: pour lui, peinture, sculpture, architecture doivent s'allier dans une totale unité d'expression. Il triomphe enfin pleinement au terme de la «querelle du coloris», au cours de laquelle son traité sur la sculpture est publié par Roger de Piles.





 
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