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Louis XI
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Roi de France (1461-1483).
Louis XI, «l'universelle araigne», est souvent présenté comme un monarque cruel, mais il faut pourtant remarquer qu'à l'inverse de la plupart des souverains qui le précédèrent et de ceux qui le suivirent, il fut économe du sang de ses sujets, cherchant toujours à résoudre les conflits par la voie diplomatique plutôt que par les armes, préférant acheter le départ de l'ennemi plutôt que de le combattre.
Sa ruse, sa «cautele» comme on disait alors, par laquelle il parvint à se défaire des Bourguignons et à éloigner la menace anglaise, est aussi célèbre que son goût immodéré pour la chasse ou pour les pèlerinages à la Vierge Marie.
En vingt-deux années de règne, au cours desquelles il profita d'une conjoncture économique favorable, il parvint à faire oublier les ravages de la guerre de Cent Ans. Il accomplit alors une œuvre fondamentale en accroissant les territoires de la couronne et en donnant à l'Etat royal les bases administratives que développeront ses successeurs.
Un dauphin rebelle
Fils de Charles VII et de Marie
d'Anjou, le futur Louis XI naquit le 3 juillet 1423,
dans le palais épiscopal de Bourges. Par le traité de
Troyes (1420), son grand-père, Charles VI, frappé
par la démence, avait déshérité son fils
aîné, Charles VII, au profit du roi
d'Angleterre,
Henri V. Au
moment où Louis vit le jour, Charles VII était donc
en train de lutter pour reconquérir son royaume, et la
naissance d'un héritier du trône de France
représentait un atout important pour le «roi de
Bourges».
Une enfance studieuse
La situation militaire étant très instable, il
fut décidé vers 1426 d'éloigner de Bourges
l'héritier du trône afin de veiller à sa
protection, et Louis passa ses années d'enfance au
château de Loches, puissante forteresse où il fut
confié aux soins de sa marraine, Catherine de L'Isle
Bouchard, l'une des têtes du parti bourguignon. A partir
de 1429, Louis fut placé sous la conduite d'un
précepteur, Jean Majoris, proche de Jean Gerson ; outre le
latin, il apprit l'art d'écrire, dans lequel il
allait bientôt s'illustrer - dès qu'il prit
possession du Dauphiné, puis durant tout son règne, il
donna chaque jour des instructions écrites à ses
officiers, en des termes d'une remarquable précision. Il
reçut son éducation militaire de Guillaume
d'Avaugour, qui en fit un cavalier chevronné -
Louis XI fut l'un des rois qui sillonna le plus
son royaume à cheval.
En 1429, Charles VII fut sacré
à Reims grâce à l'intervention de
Jeanne
d'Arc, et la situation des Valois s'améliora.
Après l'éviction de La Trémoille par le
connétable de Richemont, Louis quitta Loches, en 1433, pour
Amboise où il retrouva sa mère, ce qui correspondait
à une victoire du parti angevin sur le parti bourguignon.
En 1435, l'évacuation de Paris
par les Anglais et la paix d'Arras entre Charles VII et
le duc de Bourgogne,
Philippe le Bon,
permit de desserrer l'étau ennemi ; la guerre de Cent
Ans n'était cependant pas finie, et le règne de
Charles VII restait marqué par l'indécision du
souverain, les disputes de ses favoris, l'emprise
grandissante que ses maîtresses exercèrent sur lui
- Agnès Sorel, puis, après la mort de celle-ci, en
1450, sa cousine Antoinette de Maignelais.
Les premières responsabilités
(1436-1439)
Le 25 juin 1436, à Tours, Louis épousa
Marguerite d'Ecosse, fille du roi Jacques Ier, alors
âgée de onze ans ; cette union visait à rapprocher
la France de l'Ecosse, son alliée traditionnelle contre
l'Angleterre. En 1436-1437, Louis accompagna son père en
Dauphiné, en Auvergne, ainsi qu'en Languedoc, que
Charles VII voulait pacifier et ramener à
l'obéissance. En juillet 1437, Louis se distingua en
prenant Château-Landon, qui était tenu par une garnison
anglaise, ainsi que Montereau, puis le 12 novembre suivant,
il fit son entrée dans Paris aux côtés du roi.
Afin de parachever la pacification du sud du royaume,
Charles VII nomma son fils gouverneur général du
Languedoc en mai 1439 ; Louis fit son entrée à Toulouse
le 25 mai. Après avoir choisi ses propres conseillers,
il restaura les finances royales dans la province et
négocia, grâce aux subsides obtenus, le départ des
écorcheurs, compagnies de soldats licenciés qui
mettaient la région à feu et à sang.
Son père se refusa pourtant à
lui confier de nouvelles responsabilités, une fois le
Languedoc pacifié, et lui retira cette charge dès le
mois de novembre pour lui confier la lieutenance
général du Poitou, Aunis et Saintonge, mais cette fois
sous tutelle des conseillers royaux.
La Praguerie
Revenu à la cour en 1440, Louis prit part à la
révolte des seigneurs emmenés par les ducs
d'Alençon et de Bourbon, qui critiquaient les
conseillers du roi et la passivité de celui-ci. Le dauphin
avait déjà dépassé la majorité royale
(treize ans), et les rebelles le jugeaient plus apte que son
père à assumer le destin du royaume - sans doute
espéraient-ils également pouvoir le manœuvrer
facilement selon leurs propres intérêts. Les ligueurs
prévoyaient de s'emparer de Charles VII, mais ils
furent rapidement défaits par les troupes royales. Le
15 juillet 1440, Louis dut faire sa soumission à
Cusset, et obtint le gouvernement du Dauphiné, mais le roi
refusa de pardonner les seigneurs rebelles, ainsi que le dauphin
le lui demandait - Louis révélait là l'un
des traits constants de son comportement en politique, la
fidélité aux alliés. Cette révolte fut
nommée «Praguerie», par analogie avec le
soulèvement hussite de Bohême.
Le chef militaire (1441-1447)
En 1441, Louis participa aux campagnes du roi pour
reprendre Creil et Pontoise aux Anglais. Puis, le
14 août 1443, il commanda l'attaque qui permit de
reprendre Dieppe. A l'automne suivant, il se dirigea vers le
sud et soumit le comte Jean IV d'Armagnac, qui refusait
de reconnaître le roi de France comme son suzerain ; vaincu
à L'Isle-Jourdain, en janvier 1444, le comte
d'Armagnac fut aussitôt emprisonné à
Carcassonne.
Les écorcheurs
En 1444, le dauphin se vit assigner une nouvelle mission.
Les bandes d'écorcheurs, désœuvrées -
l'Angleterre et la France avaient conclu une trêve le
28 mai 1444 -, semaient la terreur dans les campagnes. Or,
Frédéric III d'Autriche, en difficulté
face à la plupart des cantons suisses, avait demandé au
roi de France de lui venir en aide en août 1443.
Charles VII vit là l'occasion d'aider un
allié tout en soulageant le royaume des bandes de pillards
qui l'infestaient : il confia à son fils le soin de
mener les écorcheurs contre les Suisses. Louis fit
réunir les bandes de routiers le 28 juillet 1444 à
Langres, et le 5 août, il se mit en marche avec les
écorcheurs, accompagnés d'une armée royale.
Pillant tout sur leur passage et détruisant les
récoltes, ses routiers se dirigèrent vers la Suisse. Le
26 août, à Saint-Jacques, près de Bâle,
les Suisses subirent une défaite décisive, tandis que
quelque quatre mille écorcheurs étaient tués.
Puis, dans les semaines qui suivirent, Louis répartit ses
compagnies en Alsace, Frédéric III ayant
refusé de livrer les villes qu'il avait promises en
échange de l'aide des Français.
Le bannissement
Le 16 août 1445, la mort de Marguerite
d'Ecosse, dont il n'avait pas eu d'enfant, lui ouvrit
la perspective d'un mariage plus conforme à ses propres
vœux. Le 28 décembre 1446, la reine eut un second
fils de Charles VII, prénommé Charles ; à ce
moment, Louis était âgé de vingt-trois ans, et
s'il n'avait pas d'enfant, ce serait son jeune
frère qui hériterait un jour de la couronne de France
- sa position politique s'en trouva affaiblie. En
1446, Louis fut banni du royaume pour quatre mois, et
autorisé à se rendre en Dauphiné, qui
n'était pas rattaché au royaume de France tout en
étant dévolu à l'héritier de la couronne,
appelé pour cette raison «dauphin de Viennois».
Louis quitta la cour de Charles VII au tout début de
l'année 1447.
L'exil en Dauphiné
(1447-1456)
Dans le Dauphiné, Louis fit preuve de ses grandes
capacités d'homme d'Etat ; il fut le premier dauphin
à s'y installer et à en assumer réellement le
gouvernement. Dès son arrivée, le futur roi réunit
les états généraux. Il simplifia
l'administration, fonda une université à Valence en
1452, encouragea l'agriculture et le commerce par diverses
mesures fiscales. Parallèlement, il invita les artisans
étrangers à s'installer dans le Dauphiné,
soumit les grands féodaux à son autorité, nomma
aux divers bénéfices ses proches et alliés,
parfois contre les candidats de son père, et organisa une
armée. Ces innovations, qui furent reprises plus tard à
l'échelle du royaume, suscitèrent déjà de
multiples éloges.
Louis montra son indépendance par
rapport à son père en épousant, contre l'avis
de celui-ci, Charlotte de Savoie, alors âgée de douze
ans, d'abord par procuration le 2 avril 1450, à
Grenoble ; la cérémonie fut célébrée le
9 mars 1451 à Chambéry - l'envoyé du
roi y arriva trop tard pour l'empêcher. Louis
renforçait ainsi l'alliance avec son voisin, un duc aux
velléités d'indépendance qui déplaisait
à Charles VII. Le roi, furieux de la
désobéissance de son fils, lui supprima sa pension, le
coupa de ses alliés et le menaça de ses troupes, ce qui
convainquit le duc de Savoie de faire sa soumission en octobre
1452.
Dans le même temps, la position de
Louis à la cour de France s'était trouvée
affaiblie avec l'arrestation de Jacques Cœur
(31 juillet 1450), dont le dauphin était un proche -
après la condamnation de l'argentier, Louis garda sa
faveur à ses fils. Il ne fut pas autorisé par son
père à se joindre aux entreprises de reconquête de
la Normandie (de 1449 à 1450), et de la Guyenne (bataille de
Castillon, le 17 juillet 1453, qui mit fin à la guerre
de Cent Ans), bien qu'à plusieurs reprises il eût
envoyé des ambassades auprès de lui pour lui demander
d'y participer. Aussi son père, face aux refus
successifs de Louis de venir faire sa soumission, finit par
décider d'envahir le Dauphiné, tâche qu'il
confia à Antoine de Chabannes, ancien capitaine
d'écorcheurs, qui avait accompagné le dauphin en
1444 dans son entreprise contre
les Suisses,
et était resté fidèle à Charles VII.
Auprès de Philippe de Bourgogne
(1456-1461)
Dès que Louis apprit l'invasion du Dauphiné
par les troupes royales, le 30 août 1456, il choisit de
s'enfuir. Il prétexta vouloir apporter à son oncle
Philippe de Bourgogne son soutien dans la croisade à
laquelle le duc avait fait vœu de partir en 1454 lors du
«banquet du Faisan». Louis écrivit alors à
son père : "Comme vous savez, bel oncle de Bourgogne
a intention de brièvement
aller sur le Turc à la défense de la foi catholique, et
que ma volonté serait bien d'y aller (...) attendu que
notre saint père le pape m'en a requis" (lettre du
31 août 1456 adressée à Charles VII). Le
roi, en réponse, fit savoir au royaume que son fils
était «soudainement party et absenté du pays de
Dauphiné où il estoit, dont nous avons été
bien émerveillez <étonné> et desplaisants
» (14 septembre 1456) ;
Charles VII termina la conquête du Dauphiné,
auquel il imposa son administration.
Après un bref séjour dans le
Jura, à Saint-Claude, le dauphin se réfugia à
Genappe, en Brabant, sous la protection de Philippe le Bon. Louis
étant dépourvu d'argent, le duc de Bourgogne lui
assigna une importante pension. Le dauphin fit venir sa femme
auprès de lui, de laquelle il eut un garçon en 1459, qui
mourut presque aussitôt. Les relations entre Louis et le duc
se détériorèrent peu à peu, tandis qu'il
construisait son propre réseau d'alliances avec
François Sforza, duc de Milan, et avec Warwick, chef du parti
yorkiste en Angleterre. Il resta à la cour de Bourgogne
jusqu'à la mort de son père, nouvelle qu'il
reçut vers la fin de juillet 1461 - Charles VII
était mort le 22 juillet à Mehun-sur-Yèvre,
près de Bourges.
Le roi cauteleux (1461-1483)
Louis rentra aussitôt en France et
fut sacré à Reims, le 15 août de la même
année. Il fit son entrée solennelle dans Paris le
31 août, mais repartit bientôt pour la Loire et
établit son gouvernement à Tours, où il arriva le
9 octobre. Louis avait été un dauphin rebelle, et il
avait attendu longtemps de pouvoir monter sur le trône
- il avait alors trente-huit ans. «Je puis faire ce
qu'il me plaît», déclara-t-il alors. Il mena une
politique hardie et cependant empreinte de prudence,
préférant toujours la diplomatie à la guerre, et
s'assura bientôt la réputation d'être un roi
particulièrement rusé.
La politique religieuse
Le 27 novembre 1461, Louis XI abolit la pragmatique
sanction de Bourges, que Charles VII avait promulguée
pour limiter les pouvoirs du pape sur le clergé de son
royaume. Le nouveau roi, en abandonnant le gallicanisme
intransigeant, cherchait à limiter les prérogatives
acquises par les grands vassaux de la couronne, notamment dans
l'élection des évêques. Pourtant, confronté
aux abus de pouvoir du Saint-Siège, il remit cet édit en
vigueur dès 1463-1464, avant de négocier de nouveaux
concordats.
A la fin de son règne,
Louis XI entra en conflit avec le pape, Sixte IV,
à propos de la politique que ce dernier menait contre
Florence et Laurent de Médicis, alliés de la France.
La politique intérieure
Dès son arrivée au pouvoir, Louis XI chercha
à limiter l'influence des grands vassaux ; il ôta le
gouvernement de la Guyenne au duc de Bourbon, le plus puissant des
grands seigneurs après le duc de Bourgogne. Sa politique
brutale à l'égard des conseillers de son père
inquiéta les grands du royaume et provoqua bientôt une
révolte de la noblesse. En luttant contre les grandes
enclaves, Louis XI contribua notablement à
l'œuvre de centralisation monarchique des Capétiens.
La montée des périls
(1461-1465)
Le principal ennemi de Louis XI fut le puissant
Charles, comte de Charolais, qui devint duc de Bourgogne à
la mort de son père Philippe le Bon, en 1467, et que
l'on devait bientôt appeler le Téméraire en
raison de la démesure de ses ambitions. Riche et bien
administrée, la Bourgogne dominait la Flandre, aux opulentes
villes drapières, et constituait une menace pour les
frontières nord et est du royaume. D'autres seigneurs
possédaient d'immenses domaines, notamment le duc de
Bourbon et celui de Bretagne. Enfin, le frère cadet de Louis
fut manœuvré par les grands et desservit la politique
du roi.
En octobre 1463, Louis XI, soucieux
d'éloigner les possessions bourguignonnes de la
capitale, fit valoir l'une des clauses du traité
d'Arras, que Charles VII avait signé en 1435 avec
Philippe le Bon et par lequel il lui avait cédé les
villes de la Somme ; Louis XI racheta ces villes pour
400 000 écus, ainsi qu'il en avait la
possibilité, bien que le comte de Charolais eût
tenté de dissuader son père d'en accepter la
restitution. Ce faisant, le roi s'attira l'hostilité
durable du comte de Charolais.
Louis se heurta au duc de Bretagne, qui avait
refusé la nomination par le roi de deux hauts prélats,
qu'il affirmait être de son ressort. L'affaire
s'envenima, au point que le duc de Bretagne décida de
s'allier au roi d'Angleterre dans une éventuelle
expédition contre le roi de France. Le roi tenta de se
réconcilier avec les princes lors de l'assemblée de
Tours, en décembre 1464, en accusant le duc de Bretagne de
semer le trouble par ses relations avec l'Angleterre.
Cependant, son appel à la fidélité de ses vassaux
resta sans effet durable.
La ligue du Bien public (1465)
Le 4 mars 1465, le frère du roi, Charles, quitta
la cour, et rejoignit le duc de Bretagne. Le duc de Bourbon
lança aussitôt une proclamation, dans laquelle il
présentait les doléances des nobles et demandait, au
nom du bien public, un allégement des impôts.
Louis XI entra en campagne contre le duc de Bourbon, qui fit
sa soumission après que le roi eut pris Moulins. Mais
l'approche des Bourguignons vers Paris, où ils
arrivèrent le 5 juillet, conduisit le roi à
ramener le plus rapidement possible ses armées, depuis
Montluçon jusque vers la capitale.
Charles le
Téméraire ne réussit pas à prendre Paris
et décida de contourner la ville. L'affrontement avec
les troupes royales eut lieu au sud de la capitale, à
Monthléry.
La bataille de Monthléry
(16 juillet 1465)
Le comte de Charolais espérait recevoir entre-temps
l'appui du duc de Bretagne, mais celui-ci ne parvint pas
à temps sur le champ de bataille, l'armée de
Louis XI ayant progressé vers le nord plus rapidement
que la sienne, qui venait de la Loire. Affrontement
particulièrement meurtrier, la bataille de Montlhéry
fut d'abord favorable à Louis XI, dont les troupes,
fort aguerries, bousculèrent les Bourguignons, pourtant
supérieurs en nombre. Cependant, la trahison de Charles du
Maine, qui s'enfuit de l'armée royale en
entraînant toute son aile gauche au cours même de
l'engagement, permit aux Bourguignons de revenir sur le champ
de bataille, et d'empêcher le roi de remporter une
victoire décisive.
Le siège de Paris et les
traités de paix
Louis décida de quitter promptement Monthléry et
entra dans la capitale le 18 juillet ; il en organisa
aussitôt la défense. Puis, le 10 août, il en
sortit et se dirigea vers Rouen, afin de rallier le royaume
à sa cause. Il était de retour le 28 août,
à la tête d'une forte armée et avec un
chargement de provisions. Les ligueurs ne tardèrent pas
à entrer en négociation avec lui, concluant une
première trêve dès le 3 septembre -
l'approche de la mauvaise saison devait empêcher
le siège de se prolonger, même si les conjurés
obtinrent de nouveaux succès en prenant Pontoise et Rouen.
Par le traité de Conflans
(5 octobre), signé avec Charles le Téméraire,
il restitua les villes de la Somme, rachetées en 1463, et
finit par céder le très riche duché de Normandie
en apanage à son frère Charles, tandis que le
traité de Saint-Maur-des-Fossés (29 octobre)
accordait divers avantages aux autres princes de la ligue. Le
traité de Caen (28 décembre), avec
François II de Bretagne, semblait achever la
pacification du royaume.
Cependant, Louis XI chercha
aussitôt à reprendre la Normandie, que Charles, aux
prises avec les Bretons qui refusaient de le laisser maître
en sa province, ne parvenait pas à gouverner. Dès mars
1466, les armées royales reprirent le duché, qui revint
à la couronne, tandis que Charles de France fuyait en
Bretagne, après s'être réconcilié avec
François II.
Charles le Téméraire, fort du
soutien d'Edouard IV d'Angleterre, s'employa
aussitôt à susciter une nouvelle ligue contre
Louis XI. Il réunit Charles de France, Jean
d'Alençon et François II de Bretagne. Au
printemps 1468, Louis XI réunit les états
généraux à Tours - ce fut leur seule
réunion de tout son règne - dans le but
d'obtenir l'appui du royaume contre les princes rebelles.
Le 10 septembre 1468, il put ainsi signer le traité
d'Ancenis avec son frère Charles et
François II par lequel ces deux vassaux promirent de ne
plus s'associer au Téméraire ; d'autre part, il
fut convenu que l'on trouverait un apanage pour
Charles.
L'entrevue de Péronne
(9-14 octobre 1468)
Charles le Téméraire proposa alors à
Louis XI de conclure un accord, et il invita le roi à
se rendre à Péronne. Louis y fut bien accueilli mais se
rendit bientôt compte qu'il était entouré
d'ennemis ; d'autre part, les discussions avec le
Téméraire ne permettaient pas d'envisager la paix.
C'est alors que parvint la nouvelle de la révolte des
Liégeois, qui avaient, disait-on, massacré leur
évêque - ce qui se révéla faux.
Charles le Téméraire, convaincu que le roi, dont
certains agents avaient participé à la rébellion,
se jouait de lui, décida de l'humilier. Louis, cherchant
à apaiser le duc de Bourgogne, accepta de céder la
Champagne en apanage à son frère Charles
- ce qui renforçait la position du
Téméraire en France. Cela ne suffit cependant pas, et
Louis XI dut accompagner le Téméraire en Flandre
pour châtier Liège, ville pourtant placée sous la
protection de la France. Liège fut prise d'assaut le
30 octobre, et subit une terrible répression.
En 1469, craignant l'influence de
son cadet et afin d'éviter de lui donner la Champagne,
le roi lui offrit la Guyenne. La naissance du dauphin, le futur
Charles VIII,
le 30 juin 1470, en donnant enfin à Louis XI un
héritier, atténuait sensiblement la menace
représentée par son frère. Enfin, la mort du duc
de Guyenne, le 24 mai 1472, élimina tout danger de
reconstitution d'une vaste principauté dans le sud du
royaume.
L'apogée de la lutte contre la
Bourgogne
Louis XI était décidé à ne pas
laisser impuni l'affront de Péronne. Mais, pour vaincre la
maison de Bourgogne, il devait compter avec la situation en
Angleterre. Charles le Téméraire avait en effet pour
allié Edouard IV d'York, dont il avait
épousé la sœur Marguerite le 3 juillet 1468.
Louis XI, pour sa part, comptait sur le comte de Warwick, le
«Faiseur de rois», pour rétablir le Lancastre
Henri VI, à la chute duquel Warwick avait pourtant
contribué de façon décisive. En 1470, Warwick,
chassé par Edouard IV, vint proposer ses services à
Louis XI, qui, grâce à ses talents diplomatiques,
parvint à convaincre les Lancastre d'utiliser les services
de Warwick ; ce dernier vint à Angers, le 24 juillet
1470, demander son pardon à Marguerite d'Anjou,
épouse d'Henri VI. Après avoir chassé
Edouard IV du trône et rétablit Henri VI,
Warwick trouva la mort à la bataille de Barnet (14 avril
1471), ce qui entraîna la défaite des Lancastre et
modifia définitivement l'équilibre en faveur de la
Bourgogne, qui pouvait de nouveau compter sur l'Angleterre
yorkiste.
Les échecs du Téméraire
devant Beauvais et Neuss
Charles le Téméraire, désormais certain de ne
pas être pris à revers par les Anglais, lança son
offensive contre le nord du royaume durant l'été
1472. Il prit Nesle mais échoua à prendre Beauvais,
défendu courageusement par ses habitants, notamment ses femmes
parmi lesquelles s'illustra Jeanne Hachette ; il abandonna le
siège de la ville le 22 juillet. Il se dirigea ensuite
vers la Normandie et ravagea le pays de Caux. Le 3 novembre
1472, Louis XI parvint à convaincre le
Téméraire de signer une trêve, qui dura de fait
jusqu'en mai 1475.
Durant ces deux années, le duc tourna
ses ambitions vers l'est, et épuisa ses troupes lors du
siège de Neuss (30 juillet 1474 - 13 juin 1475),
qu'il ne réussit pas à prendre. Pour sa part,
Louis XI mit à profit la trêve pour s'assurer du
soutien des cantons suisses (traité du 28 octobre 1474)
et convaincre les Autrichiens de s'allier à leurs anciens
ennemis suisses afin de faire pièce aux ambitions du duc de
Bourgogne en Alsace et dans le Jura (traité d'Andernach,
en décembre). Il sut déployer à cette occasion
toutes ses facultés de persuasion, d'autant qu'il ne
promit à l'empereur comme aux Suisses que de l'argent
et ne s'était pas engagé à les soutenir
militairement contre le duc de Bourgogne.
L'alliance anglaise
Le 25 juillet 1474, par le traité de Londres, les
Anglais s'engageaient envers les Bourguignons à
débarquer en France et à attaquer Louis XI.
Edouard IV débarqua à Calais le 4 juillet 1475,
à la tête d'une armée puissante et nombreuse
- plus de vingt mille hommes, soit à peine moins
que l'armée française -, que Louis XI
chercha aussitôt à faire repasser la Manche. Pour cela,
après avoir pris soin d'empêcher les Anglais de se
ravitailler sur le continent, il convainquit Edouard IV de
négocier. L'entrevue entre les deux souverains se
déroula le 29 août 1475, sur un pont construit tout
exprès sur la Somme, à Picquigny. Le roi de France
proposa 75 000 écus d'or à l'Anglais, et une
rente annuelle de 50 000 écus, qu'Edouard IV
accepta en échange de son retrait. En outre, le roi de France
invita les soldats anglais à un immense banquet dans la ville
d'Amiens, où l'armée anglaise, venue pour
combattre, se contenta de festoyer, ce qui fut ressenti à
l'époque comme une humiliation.
Charles le Téméraire,
abandonné par son allié, dut alors faire face aux
armées de Louis XI, qui entrèrent en Bourgogne et
s'avancèrent jusque vers Dijon, d'une part,
menacèrent Château-Chinon et Autun d'autre part. Le
duc de Bourgogne conclut aussitôt une nouvelle trêve avec
le roi de France (traité de Soleuvre, 13 septembre 1475).
Le Téméraire fut ensuite vaincu par les Suisses à
Grandson (2 mars 1476) et à Morat (20 juin 1476),
où périt une grande part de l'armée
bourguignonne, puis, avec les restes de son armée, il fut
écrasé devant Nancy, où il trouva la mort
(5 janvier 1477).
L'héritage du
Téméraire
Louis XI avait ruiné la maison de Bourgogne. Les
états de Bourgogne, réunis à Dijon, se soumirent
le 25 janvier 1477, mais une révolte réclamant le
retour de
Marie de
Bourgogne éclata à Dijon (26-30 juin), la
«mutemaque», que Louis fit réprimer par La
Trémoille. De février à septembre de la même
année, l'armée royale soumit la Picardie,
l'Artois et le Hainaut (prise d'Arras, 4 mai 1477).
En mai 1479, Arras fut rebaptisée Franchise, et ses
habitants furent déportés et remplacés par des
artisans venus de toutes les provinces du royaume ; Louis XI
voulait ainsi punir les bourgeois d'Arras, qu'il accusait
de vouloir livrer la ville à
Maximilien I.
Le 18 août 1477, le mariage de
Marie de Bourgogne, l'héritière du
Téméraire, avec Maximilien de Habsbourg était
annonciateur d'un nouveau conflit. Une trêve d'un an
fut signée entre Louis XI et Maximilien
(11 juillet 1478). A la reprise des hostilités, le roi
de France fut vaincu à Guinegate (7 août 1479). En
août 1480, Maximilien signa un traité d'alliance
avec Edouard IV, mais Louis XI parvint à
convaincre le roi d'Angleterre de retourner à la paix
avec la France en juin 1481. Par le traité d'Arras
(23 décembre 1482), Maximilien laissait à
Louis XI l'Artois et la Bourgogne ducale, et recevait la
Flandre, le comté de Bourgogne devant revenir en dot à
la fille de Maximilien, Marguerite, promise au dauphin.
La soumission du duc de
Bretagne
François II, le duc de Bretagne, menait une
politique d'alliance indépendante, qui ne pouvait
qu'inquiéter le roi, même si l'armée de
Bretagne était de très loin inférieure à
celle du roi de France. François II fut l'un des
principaux rebelles de la ligue du Bien public, y jouant plus un
rôle diplomatique que militaire - il arriva trop tard
lors de la bataille de Monthléry. Il chercha d'abord
à utiliser contre Louis XI son frère Charles,
puis, après la mort de celui-ci, il prétexta qu'il
avait été empoisonné par des fidèles du roi
et chercha à poursuivre sa politique hostile. Il noua des
alliances tour à tour avec les Anglais et les Bourguignons,
jusqu'à ce que le Téméraire signât le
traité de Soleuvre ; jugeant alors sa position plus
précaire, il finit par abandonner toute idée de
rébellion - du moins jusqu'à la fin du
règne de Louis XI - et signa un traité avec
le roi le 29 septembre 1475. Il fallut attendre le
règne de François Ier et son mariage avec Claude
de France, petite-fille de François II, pour que le
duché de Bretagne revînt définitivement à la
France (18 mai 1514).
En Armagnac, Louis XI fut servi par
les circonstances : la mort du comte Jean au siège de
Lectoure, sa capitale, et l'emprisonnement de son fils
Charles à la Bastille (1473) permirent de faire passer ce
comté, autrefois redoutable, dans le giron de la Couronne
(1481).
Les relations extérieures
L'Aragon
Par le traité de Bayonne (9 mai 1462),
Louis XI accordait son aide à Jean II d'Aragon
contre Henri IV de Castille. En échange, il demanda
200 000 écus, avec pour garantie le Roussillon et la
Cerdagne. Le roi d'Aragon fut incapable de payer cette somme
et, de juillet 1462 à juin 1463, il mena à bien la
conquête du Roussillon et de la Cerdagne. Il perdit cependant
ces territoires en 1473 avant de les regagner en 1475.
La succession d'Anjou et de
Provence
La question de l'Anjou fut réglée lors
d'une série de conférences qui se tinrent à
Lyon du 4 mai au 9 juin 1476. René d'Anjou,
qui n'avait pas d'héritier, laissa l'Anjou au
roi à sa mort (10 juillet 1480), tandis que son
frère, Charles du Maine, hérita de la Provence. Puis,
à la mort de celui-ci (11 décembre 1481), la
Provence, à son tour, devint propriété de la
couronne de France.
L'Italie
La politique la plus ambitieuse et la plus originale du
monarque fut celle qu'il mena vis-à-vis de l'Italie,
inaugurée dès la période dauphinoise. Soutenant
d'abord l'alliance milano-florentine, il renonça, en
1463, aux droits français sur Gênes. Tout au long de
son règne, Louis XI se posa en protecteur de la
péninsule italienne contre les convoitises extérieures.
Il fut l'ami du duc de Milan, Francesco Sforza, comme de
Laurent de Médicis, qu'il sut convaincre de ne plus
prêter d'argent aux Bourguignons ni aux Anglais.
La politique économique
Le règne de Louis XI coïncida avec un contexte
économique favorable dont le roi entendit bien profiter. Il
mit sur pied une audacieuse politique de développement,
déjà éprouvée en Dauphiné mais nouvelle
par ses ambitions et son ampleur. Homme éclairé, il fut
l'un des premiers monarques à considérer que la
prospérité des affaires relevait de l'Etat et
qu'il fallait encourager toute initiative dans ce domaine. A ce
titre, il se montra soucieux de favoriser le développement des
provinces.
La relance du commerce
Persuadé que le commerce était essentiel au royaume
par la richesse qu'il lui apportait, Louis XI essaya de
convaincre les nobles, les ecclésiastiques et les officiers
que l'on pouvait commercer sans déroger
- déchoir de son statut de noble. En 1475, il fit frapper
une pièce d'or (l'écu au soleil) et suscita la
création de foires - à Lyon notamment -, ce qui
relança l'activité commerciale, longtemps interrompue
par les guerres.
Le roi accueillit des artisans, des
ouvriers spécialisés natifs de pays voisins (une des
clauses du traité de Picquigny prévoyait ainsi la venue
d'artisans anglais). Il développa le commerce de draps
et de vins de Bordeaux avec l'Angleterre (en 1469, une
ordonnance royale réglementa l'industrie de la
draperie), installa à Lyon et à Tours une industrie de
la soie, protégea
l'imprimerie,
stimula les activités industrielles, créant, par
exemple, la charge de maître général des mines
(1471).
Parallèlement, il tenta de
développer l'activité portuaire du royaume, en
particulier le commerce des épices, sans résultat
notable dans ce dernier cas. D'une manière
générale, cette politique profita aux villes qui,
croissance et stabilité aidant, purent entreprendre de
vastes travaux.
Louis dut faire face à diverses
insurrections populaires : Tricoterie d'Angers (septembre
1462), Miquemaque de Reims au moment de la ligue du Bien public,
entre autres.
Les dernières années
Louis XI sentit ses forces décliner vers la fin
des années 1470. Il chercha alors le secours de la religion
- il fit venir vers lui le saint ermite François
de Paule- et des médecins. En 1481, il
s'installa aux Forges, près de Chinon, où il eut
une première attaque ; par la suite, il se rétablit
cependant et put effectuer, en 1482, un pèlerinage à
Saint-Claude, dans le Jura. La même année, il composa
des instructions sur le gouvernement de l'Etat,
destinées à son fils et intitulées Rosier des
guerres. Au début de l'été 1483, il
s'installa au Plessis-lès-Tours ; il y eut une nouvelle
attaque et mourut dans la soirée du 30 août 1483.
Il fut enseveli, selon ses vœux, non à Saint-Denis, la
nécropole royale, mais à Notre-Dame de Cléry,
près d'Orléans. Sa femme, Charlotte de Savoie,
mourut le 1er décembre suivant. Ainsi qu'il
l'avait souhaité, ce fut sa fille aîné, Anne
de Beaujeu, «seule femme de tête de tout le
royaume» selon lui, qui assuma la régence pour son
jeune frère Charles VIII.
Afin d'affaiblir le lignage des
Valois-Orléans, Louis XI avait pris soin de marier sa
fille Jeanne de Valois, difforme et que l'on jugeait
stérile, à Louis d'Orléans (1476). Cependant,
la mort de Charles VIII sans héritier fit de Louis
d'Orléans le successeur des Valois directs, sous le nom
de Louis XII.
Le sens de l'Etat
Louis XI fut un modernisateur de l'Etat. Il
réorganisa le système des postes, déjà vieux
d'un siècle. Son action en matière fiscale fut
brillante : le revenu des impôts doubla entre 1443 et 1483,
certes en raison d'une richesse accrue, mais aussi grâce
aux efforts intenses d'une administration plus efficace. Par
ailleurs, Louis XI décida de faire rédiger les
coutumes afin de les uniformiser dans l'ensemble du royaume
(ordonnance de Montils-lès-Tours, 1454). Cette dernière
entreprise resta néanmoins en suspens, et l'essentiel de
la rédaction ne fut achevé que dans les années
1505-1510. Ce demi-échec est dû principalement aux
particularismes encore très vivaces, avec lesquels le roi
avait néanmoins réussi à composer.
En 1469, Louis créa l'ordre de
«Monseigneur Saint-Michel», auquel il nomma trente-six
chevaliers, au premier rang desquels son frère, Charles de
Guyenne. Il visait ainsi à se constituer un groupe de grands
vassaux fidèles.
L'image de Louis XI dans l'historiographie
Les goûts du monarque furent
critiqués par nombre d'historiens ; il avait la passion
des animaux - notamment des lévriers - et de la chasse à
courre, mais on a sans doute exagéré son dédain pour
le luxe, même s'il est certain qu'il n'avait pas
le train de vie que ses sujets attendaient de leur roi. Quant
à son image de souverain inquiétant, elle provient pour
l'essentiel d'une interprétation de sa politique qui
veut faire du roi un précurseur du cynisme théorisé
par
Machiavel.
De ces vingt ans de règne pourtant
réparateur, l'histoire retient des jugements
contrastés. Le chroniqueur Thomas Basin vit en Louis un roi
fourbe, ami des gens de peu, tel Olivier Le Daim, son barbier.
Les sentences sévères qu'il prononça à
l'encontre des opposants (arrestation du cardinal Balue en
1469 ; exécutions du connétable de Saint-Pol en 1475 et
du duc de Nemours en 1477) alimentèrent la légende
d'un roi cruel, que
Voltaire,
Diderot ou
Victor Hugo
entretinrent en dépeignant un souverain diabolique, qui
enferme ses ennemis dans des cages de fer, les fameuses
«fillettes». Le témoignage de Philippe de Commynes
(1447-1511), conseiller du roi, est plus favorable ; il ne cache
pas pour autant les défauts du roi, sa méfiance
excessive et ses colères violentes.
C'est Michelet qui, le premier, a
souligné la modernité du roi, son sens du
développement de l'Etat et son souci d'encourager
cette classe dynamique qu'était la bourgeoisie. A sa
suite, les historiens ont insisté sur l'affirmation
autoritaire de la monarchie contre les états
généraux et sur le contexte économique favorable
dont profita le règne.
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