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Le pape Boniface VIII
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191e pape (1294-1303)
Benedetto Caetani, issu d'une grande famille romaine, reçut une formation de juriste dans les écoles italiennes, notamment à Bologne ; il entra au service du cardinal Simon de Brion - le futur Martin IV, pape de 1281 à 1285 -, devint cardinal en 1281, et fut le légat de Nicolas IV chargé de faire accepter par le clergé français sa contribution «extraordinaire» à une éventuelle croisade contre l'Aragon, en 1290.
A cette occasion, il rencontra le légiste Pierre Flote, qui devait par la suite jouer un rôle central dans le conflit entre Caetani, devenu pape, et Philippe le Bel.
De Nicolas IV à Boniface VIII
Le 4 avril 1292, le pape Nicolas IV mourut. Caetani était alors cardinal. Or, l'élection d'un nouveau pape fut quasi impossible du fait de l'opposition de deux factions, les Colonna et les Orsini. Finalement, au terme de plus de deux années de négociations et d'intrigues, les cardinaux se mirent d'accord pour élire, le 5 juillet 1294, un ermite, Pierre de Morone, qui régna sous le nom de Célestin V. Cependant, le nouveau pape se découvrit incapable d'assumer cette charge, et il finit par renoncer lui-même à son pontificat le 13 décembre 1294. Benoît Caetani fut alors élu pape le 24 décembre, et choisit de régner sous le nom de Boniface VIII.
La lutte contre le Capétien
Agé de presque soixante ans, ce qui était considérable pour l'époque, le nouveau pape était connu pour son caractère emporté. Il s'attaqua aussitôt au souverain le plus puissant de son époque, le roi de France Philippe le Bel, à propos des contributions financières du clergé, que le roi prétendait lever sans obtenir au préalable l'accord du pape. L'affaire Bernard Saisset, l'évêque de Pamiers qui avait cherché à détacher le comte de Foix de la mouvance capétienne, fournit à Boniface une nouvelle occasion de s'interposer entre le roi et ses sujets, en demandant — et en obtenant finalement — l'élargissement de l'évêque.
Puis, par la bulle Ausculta fili (5 décembre 1301), Boniface affirma que l'ordre hiérarchique des pouvoirs tels que Dieu les avait fixés sur terre donnait la prééminence au Saint-Siège, «qui tient sur terre la place de Celui qui est seul maître et seigneur». Jusqu'à la défaite des Français à Courtrai (11 juillet 1302), les prétentions du pape se limitèrent cependant à affirmer son droit à intervenir dans les affaires du royaume de France. Pierre Flote, qui avait mené la diplomatie du Capétien, étant mort à Courtrai, son successeur fut Guillaume de Nogaret, qui modifia la stratégie royale et remit ouvertement en cause la validité du renoncement du prédécesseur de Boniface VIII, affirmant que le nouveau pape n'était qu'un usurpateur, et qu'en outre il était hérétique et ne savait maintenir l'ordre dans l'Église dont il avait reçu la charge.
La bulle Unam sanctam
Le conflit s'envenima lorsque Boniface VIII répondit au roi, dont la politique hostile avait reçu l'assentiment de ses barons et de la plupart de ses clercs lors de l'assemblée de Notre-Dame de Paris en avril 1302, en approfondissant le différend : selon le pape, tant le spirituel que le temporel sont «au pouvoir de l'Église». Par la bulle Unam sanctam, il affirma que le roi de France n'est qu'une brebis parmi toutes celles que Dieu a confié à Pierre et à ses successeurs. Non seulement il affirmait son pouvoir de juger le roi en tant que pécheur, mais également en tant que roi abusant de son pouvoir et agissant ainsi contre «l'ordre universel voulu par Dieu». En 1303, le pape excommunia «de fait» Philippe le Bel, et envoya son légat Jean Le Moine pour le lui notifier.
L'attentat d'Anagni et la mort du pape
Le roi de France répliqua en demandant la condamnation du pape par un concile général. Lors d'une assemblée tenue au Louvre le 13 juin 1303, le roi en appela à un concile général. Une fois obtenu l'assentiment des principaux évêques du royaume, l'envoyé de Philippe le Bel, Guillaume de Nogaret, notifia la décision de son souverain au pape, qui se trouvait alors à Anagni. Le 7 septembre 1303 se produisit l'«attentat d'Anagni», affaire complexe menée à la fois par Nogaret et par Sciarra Colonna, qui tous deux s'introduisirent dans la chambre du pape, sans que l'on sache s'ils s'étaient entendus auparavant. Quoi qu'il en soit, Boniface VIII refusa de céder à la menace, et regagna Rome, où il mourut quelques jours plus tard, le 11 octobre 1303.
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