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Les reliques de saint Césaire


Texte de Jean-Maurice Rouquette


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Reliques de saint Césaire (470-543)


Si les dernières volontés que saint Césaire a confiées à son testament constituent un éclatant témoignage de sa sollicitude envers le monastère qu'il avait fondé, elles éclairent aussi un trait majeur de sa spiritualité, son détachement tout monastique face aux richesses du monde.

 

Pauvre parmi les pauvres, l’évêque d’Arles, après quarante années d'épiscopat, ne possède pour tout patrimoine que quelques vêtements personnels, dont plusieurs lui ont été offerts, qu’il lègue à son successeur et à de rares familiers, à l’exclusion des membres de sa famille.

 

Or curieusement les reliques que nous considérons comme les plus vénérables et les plus émouvantes, les vêtements de l'évêque et ses ornements sacerdotaux, ne figurent dans aucun des trois inventaires détaillés des reliquaires du Grand-Couvent, dressés en 1349, 1548 et 1626. N'étaient-elles pas exposées à la piété des fidèles ? Avaient-elles une valeur thaumaturgique moindre que celles attribuée aux ossements du saint ? Leur présence dans le trésor du monastère paraît pourtant hautement probable. En tout cas, après la Révolution, elles ont bien trouvé refuge à l'église de La Major, comme d’ailleurs le retable du maître-autel de l'église abbatiale, dédié à saint Jean l’Evangéliste, visible aujourd'hui dans la première travée du bascôté sud.

 

Les quatre reliquaires seront alors soumis à l'examen de la commission nommée en 1838 par le cardinal Bernet pour reconstituer les authentiques. Ils participeront à la procession solennelle organisée le 16 juin 1839 à travers la ville pavoisée en l'honneur de ses saints protecteurs.

 

A cette époque, les reliques étaient abritées dans quatre boîtes de tôle fermées par une vitre et désormais authentifiées par les cachets épiscopaux de 1839. Elles renfermaient respectivement des sandales de cuir, une tunique, une ceinture de cuir avec sa boucle d’ivoire et les pallia. Ce dernier reliquaire au moins a été déplié, puisque le peintre François Huard (1792-1856) conservateur du musée d’Arles, a alors exécuté deux magnifiques relevés à la gouache, en grandeur réelle, du décor de l’enveloppe hispano-mauresque. Fernand Benoît avait d’ailleurs signalé la présence de ces cachets épiscopaux de 1852, lorsqu’il avait à son tour ouvert les reliquaires à l’occasion du Triduum célébré du 23 au 25 octobre 1942, sous la présidence de Mgr du Bois de la Villerabel, pour commémorer le XIVe centenaire de la mort de saint Césaire. Il avait en effet obtenu l’autorisation de conduire la première étude scientifique des reliques, qui furent ensuite exposées pour la première fois au public, dans le Musée lapidaire d’art chrétien, rue Balze.

 

Pour des raisons de sécurité, la ceinture sera transférée, dès 1965 dans le coffre de la sacristie de Saint-Trophime, puis dans celui des musées d’Arles. En 1981, lorsque débuteront les travaux de restauration de l’église de La Major, entraînant sa fermeture au culte, le clergé transportera une dernière fois les trois autres reliquaires à l’église Saint-Césaire de la Roquette. Enfin le 11 septembre 1997, deux reliquaires seront ouverts à l’Institut de Formation des Restaurateurs d’Œuvre d’art, l’I.F.R.O.A., par Mgr Billé, alors archevêque d’Aix et d’Arles.

 

La Major conservait en outre «le bâton pastoral» de saint Césaire cette virga qu’un clerc avait la charge de porter lors des visites pastorales et qui était revêtu d’un puissant pouvoir surnaturel contre le feu et les esprits mauvais. Dans une paroisse rurale dépendant d’Arles, les fidèles s’étaient emparés du bâton oublié par le clerc et l’avaient suspendu dans les thermes, pour en chasser les démons qui pullulaient dans tous les monuments romains !

 

Après la Révolution, ce bâton avait appartenu à un prêtre de la nouvelle paroisse créée par le Concordat de 1802 au quartier de la Roquette, dans l’ancienne église des Augustins, désormais consacrée à saint Césaire. A sa mort en 1805, cet Antoine Gautier l’avait légué à ses héritiers habitant Saint-Chamas, dont le premier soin fut de le fractionner pour se le partager. En 1843, l’abbé Gaudion, curé de La Major, réussit à récupérer ce qui en restait : deux fragments non jointifs de 13,5 cm et 15 cm de long, d’une baguette de bois dur d’environ 1,5 cm de diamètre, de couleur noire, portant chacun trois petits trous alignés, témoignage de la fixation d’une feuille de métal qui devait recouvrir l’âme du bois. Dans le trésor de La Major, ils étaient renfermés dans un tube de carton de 41 cm de long, portant une étiquette du XIXe siècle : «bâton pastoral de saint Césère pour préserver du foeu». La ceinture est une lanière de cuir, écaillé, à gros grains plats, peut-être teintée de pourpre, de 4,8 cm de large, réduite à une extrémité afin de pouvoir pénétrer facilement dans 1'anneau de la boucle. Elle est bordée d'une piqûre de fil et décorée d'une croix monogrammatique piquée de 13 cm, dont la branche transversale, aux extrémités bifides développées en croix ancrée, supporte un alpha majuscule et un oméga minuscule suspendus par des chaînettes. L'extrémité supérieure de la haste verticale se retourne pour former un rhô barré, de forme latine. Ces particularités stylistiques qui se rencontrent sur d’autres inscriptions de la région – le chrisme brodé sur le pallium – semblent indiquer une influence orientale et particulièrement celle de l’art copte.

 

La boucle d'ivoire est composée d’une plaque rectangulaire et d’un anneau mobile articulé autour d'une charnière, dont la broche maintenait également 1'ardillon, qui a disparu. A l’intérieur d’un cadre orné d’une rangée d'oves, qui se répètent sur le talon de l’anneau, deux soldats armés de lances sont endormis, la tête appuyée sur leurs mains croisées, au pied de la rotonde du Saint-Sépulcre, flanquée d’un portique de deux arcades de plein cintre, représentant la ville de Jérusalem. Le monument est composé de deux étages : un socle cubique percé d’une porte à deux vantaux supportant une tholos, colonnade circulaire coiffée d’une coupole, selon le schéma du mausolée hellénistique, déjà utilisé au IVe siècle, pour illustrer la Passion du Christ sur le musée d'Arles. La plaque rectangulaire d’une remarquable facture classique est entièrement ajourée. La boucle, de style différent porte un décor de pampres de vigne et de grappes de raisin, courant en Syrie ou en Egypte.

 

Extrait de "D'un monde à l'autre : Naissance d'une chrétienté en Provence" (Musée de l'Arles antique, 2002)


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