 Reconstitution d'une scène de charognage Reconstitution d'une scène de charognage dans la savane ouverte. Homo habilis est capable de mettre en fuite les hyènes et de prélever sa part sur une carcasse tuée par un grand félin. (Texte Alain Gallay, professeur à l’université de Genève). © Dessin André Houot. Edition Errance
L'hominisation correspond en fait
à une spéciation, car elle regroupe l'ensemble des
modifications qui ont abouti à la formation d'une
espèce nouvelle. Ces modifications se résument à
cinq caractères biologiques primordiaux: la station debout
permanente, le développement de l'encéphale, la
réduction de la face, la non-spécialisation de la denture
et la libération de la main. Parmi ceux-ci, la bipédie
est sans doute l'acquisition primordiale, car elle a rendu
possible toutes les autres, y compris la céphalisation, qui
préside à l'avènement de la pensée.
Les primates
L'amorce de l'hominisation par un
certain nombre de Primates débuta au Miocène et se
manifesta en divers points de l'Ancien Monde. Les restes de
mâchoires et de dents de Kenyapithecus africanus (de -20
à -15 Ma) découverts au
Kenya, de
Ramapithecus punjabicus (de -14 à -10 Ma) en Inde, de
Gigantopithecus blacki (de -10 à -8 Ma) en
Chine, notamment,
révèlent des modifications poussées vers le type
humanoïde, qui permettent déjà de classer ces
espèces dans une sous-famille de la famille des
Hominidés. De même, le squelette d'Oreopithecus,
découvert en Toscane, en 1958, montre une nette tendance
à la bipédie et une boîte crânienne
relativement développée; en revanche, les membres
supérieurs, plus longs que les inférieurs, laissent
supposer un mode de déplacement par brachiation.
Ces Primates fossiles ne peuvent cependant
être considérés comme des ancêtres directs de
l'homme, mais plutôt comme les représentants de
branches latérales de la souche commune sur laquelle
s'individualisa le rameau humain. Ils sont la conséquence
(ainsi que les grands singes anthropomorphes d'Afrique)
d'un phénomène de convergence lié à des
transformations écologiques. On sait qu'au cours du
Miocène la sécheresse s'installa en certains points
du globe; la forêt y régressa au profit de la savane. Les
Primates arboricoles furent contraints d'adopter un mode de vie
terrestre. Ne trouvant plus leur nourriture habituelle (fruits et
feuilles), ils durent chasser, et certains d'entre eux
devinrent typiquement omnivores. Ceux qui n'eurent plus
l'occasion de pratiquer la brachiation trouvèrent dans la
position debout de nombreux avantages.
Australopithèques
De tous les groupes de Primates qui
manifestèrent ces modifications adaptatives convergentes, un
seul s'engagea véritablement dans la voie de
l'hominisation: celui des Hominidés, dont le plus ancien
représentant connu serait Homo habilis (-3 Ma), découvert
en Afrique orientale. Toutefois, entre ce dernier et les Primates
du Miocène (Ramapithécinés,
Oréopithécinés) se situe le groupe fort important
des
Australopithèques,
rattaché par certains paléontologues au rameau humain et
considéré par d'autres comme un phylum autonome ayant
manifesté une spécialisation précoce qui
l'aurait entraîné dans un cul-de-sac évolutif.
Les Australopithèques (dont le premier fut découvert en
Afrique du Sud, en
1924) ont vécu il y a 6 Ma et leur évolution a duré
environ 5 Ma. L'ensemble des spécimens découverts se
ramène à deux types: Australopithecus africanus,
omnivore, et Australopithecus robustus, strictement
végétarien. Ils manifestaient une nette tendance au
redressement corporel sans avoir une allure parfaitement verticale,
présentaient une amorce de céphalisation et avaient une
capacité crânienne relativement importante (de 450 à
500 cm
3
) par rapport à leur taille (de 1,25
à 1,50 m).
Les dernières découvertes
effectuées, notamment par Y. Coppens, permettent de penser
qu'ils possédaient une industrie lithique
élémentaire. Homo habilis, quant à lui, est encore
proche des Australopithèques, dont il est, en partie, le
contemporain, et il n'est pas exclu que cette espèce ait
constitué, avec Australopithecus africanus, un seul taxon
à variabilité buissonnante. Les Homo habilis avaient
une capacité crânienne de 680 cm
3
; ils confectionnaient des outils et
habitaient des lieux aménagés, ainsi qu'en
témoignent les pierres, formant des plates-bandes
circulaires, trouvées dans des niveaux vieux de
1'800'000 ans. Cela implique déjà une
certaine organisation sociale et même une forme
élémentaire de culture faisant intervenir la
réflexion, la mémoire et la communication. De
véritables hommes, à capacité crânienne de
800 à 1000 et même 1300 cm
3
, de taille plus élevée (de
1,60 à 1,70 m), apparurent ensuite: les
Pithécanthropiens (Homo erectus).
Les premiers, ils atteignirent les
régions tempérées. Les plus anciens d'entre eux,
trouvés à Java, datent d'environ -1,7 Ma. On
rencontre des vestiges un peu plus récents d'Homo erectus
en Afrique orientale, où l'espèce vit probablement le
jour, et on en trouve aussi en Europe, mais les plus anciens
fossiles européens n'ont guère que 500'000 ans. A
en juger pourtant par l'industrie préhistorique, les
hommes atteignirent l'Europe bien avant cette date. En Afrique
orientale, Homo erectus vivait jusqu'à 2500 m
d'altitude. Les outils devinrent de plus en plus
élaborés chez Homo erectus (industries chelléenne et
acheuléenne), dont certains groupes apprirent à conserver
et à utiliser le feu, acquisition qui leur permit de
s'installer dans les pays froids.
Homo erectus et Homo sapiens
Comme pour les Australopithèques, on
a pensé soit qu'
Homo erectus est
l'ancêtre d'
Homo sapiens
actuel, soit qu'il représente une lignée
parallèle à celle qui mène Homo habilis à
l'homme actuel. La première hypothèse est rendue
vraisemblable par de récentes exhumations de fossiles. Quoi
qu'il en soit, le passage d'un type à l'autre ne
s'est pas fait en moins d'un million d'années.
Durant la dernière glaciation et la
période interglaciaire la précédant, il y a
10'000 à 100'000-150'000 ans, vivaient en Europe
(France, Allemagne, Italie) et au Moyen-Orient des hommes dits de
Neandertal (Homo sapiens neandertalensis) mesurant en moyenne
1,55 m, au crâne aplati, bombé en chignon à
l'arrière, au front fuyant et aux fortes arcades
sourcilières. Ils descendaient probablement d'Homo
erectus. Leur capacité crânienne était grande,
même supérieure à celle des hommes actuels, dont
ils ne sont toutefois pas les ancêtres. Les
Néandertaliens semblent avoir constitué des
lignées humaines adaptées au climat froid. Il n'est
ni sûr ni même probable que les Néandertaliens
soient les responsables, uniques du moins, de l'industrie
moustérienne du Paléolithique, puisque celle-ci se
trouve, en
Israël,
associée à des fossiles d'hommes plus modernes.
Quoi qu'il en soit, à l'époque
néandertalienne, les outils de pierre deviennent plus
élaborés; des pratiques rituelles, funéraires,
magiques, médicales peut-être, ainsi qu'un
début d'activité artistique sont attestés.
Les Néandertaliens s'éteignirent il y a
environ 40'000 ans, époque qui marque l'expansion,
à des degrés divers, sur tous les continents, des
hommes modernes (Homo sapiens sapiens). Ces derniers,
groupés sous le terme général de
cro-magnoïdes, se caractérisaient par une taille plus
élevée (1,65 m), une face plus plate marquée
par la saillie du menton, dépourvue de bourrelets
sus-orbitaires, et surtout par une culture beaucoup plus
évoluée (outils adaptés et spécialisés,
tels que l'arc et le harpon, culte des morts,
représentations graphiques, etc).
L'évolution morphologique de
l'homme a été remarquablement rapide. Il n'est
pas douteux que les espèces Homo erectus et Homo sapiens,
à leurs débuts, ont été divisées en de
véritables races biologiques. Toutefois, les migrations
fréquentes et le métissage qui en est résulté
ont, dès le
Néolithique,
stoppé le processus de raciation, ne laissant subsister au
sein des populations que des variations morphologiques de
caractère secondaire.
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