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La Maison de Bourgogne


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Sommaire

 Les origines d'une fortune
 L'Etat bourguignon (1363-1477)
 L'échec de Charles le Téméraire

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Branche cadette de la dynastie des Valois, la maison de Bourgogne acquiert en un peu plus d'un siècle (1361-1477) un ensemble de territoires qui font d'elle une puissance politique de premier plan. L'éclat de la cour des «grands ducs d'Occident» confère à ces princes un prestige d'autant plus grand que la folie de Charles VI, puis les heures sombres de la guerre de Cent Ans entraînent l'éclipse de la monarchie française. La mort de Charles le Téméraire met fin à l'«Etat bourguignon».


Les origines d'une fortune

La fortune de la maison de Bourgogne ne vient pas de ce duché, aux mains de la famille capétienne depuis très longtemps: elle est assurée par le mariage en 1369 du plus jeune des fils de Jean le Bon, Philippe le Hardi, duc de Bourgogne depuis 1363, avec la fille et héritière du comte de Flandre Louis de Mâle, Marguerite de Flandre. En dépit de la crise économique, la Flandre est, avec ses trois cités de Gand, Bruges et Ypres, l'une des régions les plus riches de l'Europe médiévale. La draperie flamande, à Gand, est sans doute encore la plus importante industrie européenne; Bruges, avec ses avant-ports de Damme et de L'Ecluse (aujourd’hui Sluis) est le centre de redistribution privilégié des marchandises italiennes et hanséates, respectivement vers les marchés de l'Europe du Nord et du Nord-Ouest et vers ceux de l'Atlantique.

 

Marguerite de Flandre hérite des comtés d'Artois, de Rethel, de Nevers, de Bourgogne (ce que nous appelons Franche-Comté sise dans l'Empire et non en France), d'Anvers et de Malines.

 

 

Forces et faiblesses de la Flandre 

Riche et peuplée, la Flandre est cependant troublée politiquement. En théorie, elle fait partie du royaume de France; mais depuis la dernière décennie du XIIIe siècle les rois de France doivent peser de toute leur force pour maintenir leur autorité sur ce comté: travaillant la laine anglaise, les tisserands flamands ne peuvent s'accommoder de la guerre entre la France et l'Angleterre, que le prétexte en soit la souveraineté française sur le fief aquitain du roi anglais, ou, à partir de 1337, les prétentions d'Edouard III d'Angleterre à la couronne de France. Mais si les tisserands et les artisans regardent plutôt vers l'Angleterre, le patriciat qui dirige les villes est plutôt profrançais, ce qui crée de violentes tensions. En fait, malgré la victoire française à Cassel (1328), la Flandre est dans la même situation que les provinces des Pays-Bas, Hainaut, Brabant, sises dans l'Empire et qui essaient de profiter du conflit anglo-français et de la décadence du pouvoir impérial pour atteindre à une autonomie complète, mais ce processus est freiné par les luttes sociales et la rivalité de Gand et de Bruges.

 

Duc de Bourgogne, Philippe le Hardi est un prince français. A ce titre, il est tenté de prendre part aux luttes que se livrent princes et partis aristocratiques dans le royaume pour le contrôle du Conseil royal et des revenus de la fiscalité française. Comte de Flandre, il est attiré vers l'Empire et par les possibilités de développement d'un État indépendant. L'idéal serait pour lui d'utiliser argent et troupes françaises pour développer un tel État: c'est ainsi qu'il a assis son autorité sur ses futurs sujets, battant les Flamands révoltés à Rozebeke en 1382, et imposé aux Gantois la paix de Tournai (1385).

 

 

L'assassinat de Louis d'Orléans 

La tentation française est d’abord forte, car la folie de Charles VI livre le royaume aux ambitions de ses oncles (Bourgogne, mais aussi Berry et Anjou) et de son frère (Louis d'Orléans). Mais le duc d'Orléans, qui a lui aussi de grandes ambitions, s'oppose de toute sa force à la politique de Philippe le Hardi, même s'il respecte son oncle. Après la mort de celui-ci, en 1404, la rivalité avec son successeur Jean sans Peur (surnom rapporté de la croisade de Nicopolis contre les Turcs) prend une tournure plus violente: en 1407, Jean sans Peur fait assassiner Orléans; loin de s'excuser, il fait faire l'apologie du tyrannicide par le théologien Jean Petit.

 

Dès lors, la lutte des partis dégénère en guerre civile. Aux «Bourguignons», clients du duc, s'opposent les Armagnacs (du nom du beau-père de Charles, fils de Louis d'Orléans). L'enjeu est le contrôle de Paris et de l'administration royale: Jean sans Peur est appuyé par une partie de la bourgeoisie, qui tient aux relations avec la Flandre, mais sa démagogie et ses liens avec des corporations comme celle des bouchers et avec la populace (émeute cabochienne, 1411) lui valent beaucoup d'hostilité. Faute de pouvoir l'emporter, les deux factions cherchent tour à tour une aide anglaise: attiré sur le continent, Henri V envahit la France et, profitant de ses divisions, conquiert la Normandie. Jean sans Peur et le dauphin Charles entament alors des négociations; mais au cours d'une entrevue à Montereau le premier est assassiné par les Armagnacs (1419). Ses guerres n'ont augmenté le domaine bourguignon que du Mâconnais, de Boulogne et des villes de la Somme (Péronne, Roye, Montdidier). 

 

Du traité de Troyes à la paix d'Arras

Le meurtre de Montereau jette l'héritier de Jean sans Peur, Philippe le Bon, dans les bras des Anglais: renonçant, en apparence du moins, à ses prétentions politiques dans le royaume, il laisse Henri V vainqueur devenir le gendre et l'héritier de Charles VI (traité de Troyes, 1420). La mort des deux souverains (1422) laisse les deux trônes au petit Henri VI: le duc de Bourgogne devient le meilleur allié du régent anglais de France, le duc de Bedford, qui a épousé sa sœur Anne de Bourgogne, dans ses guerres contre le «roi de Bourges», Charles VII. Philippe le Bon étend le contrôle bourguignon sur la Picardie et la Champagne, mais concentre son énergie sur l'expansion bourguignonne dans les Pays-Bas. Le redressement français, amorcé par Jeanne d'Arc et symbolisé avec éclat par le sacre de Charles VII à Reims, signifie que le roi de France n'abandonnera jamais sa souveraineté sur ses domaines. Philippe change de politique: l'alliance anglaise ne lui est plus utile aux Pays-Bas et Charles VII acceptant de lui laisser en gage les villes de la Somme, elle est abandonnée (congrès d'Arras, 1435). Cependant, le destin de la maison de Bourgogne n'est plus en France, il est aux Pays-Bas.


L'Etat bourguignon (1363-1477)

Si l'on excepte le Charolais acheté en 1390 par Philippe le Hardi, le Mâconnais acquis par Jean sans Peur et les villes de la Somme que Louis XI tente de récupérer en 1463, les acquisitions bourguignonnes se situent non dans le royaume de France (où Rethel et Nevers sont perdus) mais dans les Pays-Bas. Philippe le Hardi a obtenu en 1390 de la duchesse Jeanne de Brabant qu'elle les reconnaisse, lui et sa femme, comme héritiers. Il ne peut pourtant annexer lui-même le Brabant: les États de Brabant l'obligent à transmettre le duché, augmenté d'Anvers et de Malines, à son second fils, Antoine. Jean sans Peur réussit en 1416 à marier son neveu Jean IV de Brabant (fils d'Antoine) à Jacqueline de Hainaut, héritière du Hainaut, de la Hollande et de la Zélande. Le Brabant est annexé avec le Limbourg à la mort du successeur de Jean IV (1430), mais Philippe le Bon doit mener plusieurs guerres pour s'assurer l'héritage de Jacqueline, brouillée avec son mari dès 1420. En 1421, Philippe achète le comté de Namur et, enfin, en 1441-1443, met la main sur le Luxembourg.

 

Les ducs ont de plus tissé des relations, plus ou moins étroites, avec les territoires voisins: ils tiennent sous leur influence, militairement au besoin, des principautés ecclésiastiques comme l'évêché de Liège (où Jean sans Peur est victorieux des bourgeois révoltés à Othée en 1408) ou celui d'Utrecht. Ils interviennent aussi dans les archevêchés de Cambrai, de Trèves et de Cologne.

 

Administration et gestion des Etats

Composites, les Etats bourguignons sont divisés en deux blocs, l'un et l'autre composés d'une partie française et d'une partie impériale. Au sud, Bourgogne, Mâconnais et Charolais sont français, le comté demeurant impérial; au nord, Flandre, Artois, Boulogne et villes de la Somme sont dans le royaume, Brabant, Hainaut, Hollande, Zélande et Luxembourg dans l'Empire. Les deux blocs sont cependant distants de 200 km. Il était impossible d'unifier toutes ces terres, et les ducs ne l'ont pas tenté. Ils ont essayé de structurer chacun des deux blocs. Dans le Nord, où ils résident le plus souvent, à Bruxelles ou à Hesdin, Lille joue le rôle d'une capitale administrative de la Flandre et de l'Artois jusqu'à ce que le dernier duc, Charles le Téméraire, accélère la centralisation des provinces septentrionales en créant une chambre des comptes et un parlement à Malines en 1473. Dans le Sud, Dijon est la capitale, avec le tombeau des ducs à la chartreuse de Champmol; mais une université est créée à Dole en 1422 (au nord, celle de Louvain l'est en 1425). Compte tenu de cette complexité, la gestion des États bourguignons est remarquable: la prospérité commerciale des territoires protégés des ravages de la guerre de Cent Ans permet aux ducs de maintenir un niveau de taxation assez faible, sauf à la fin du règne du Téméraire. Ils réunissent fréquemment les assemblées représentatives des différents territoires et disposent de bons administrateurs, souvent d'origine bourguignonne ou artésienne.

 

Etats ou Etat ?

Disparates sur le plan administratif, les Etats bourguignons n'en forment pas moins une unité politique dont le ciment est la maison de Bourgogne, et au premier chef le duc lui-même. Entouré de son Grand Conseil, le duc règne sur tous ses territoires, entouré d'une cour qui, du fait de la crise française, est de loin la plus splendide d'Europe. De fête en fête, porté par les meilleurs musiciens et les meilleurs artistes (le sculpteur Claus Sluter, les peintres Van Eyck et Van der Weyden sont au service des ducs, mais des dizaines d'artistes moins célèbres travaillent aux cartons des tapisseries, aux toiles peintes, aux bannières et aux fresques qui servent au décor des fêtes), le message est transmis aux quatre coins de l'Europe: celui de la splendeur et de la magnificence du «grand-duc d'Occident», celui aussi de sa sagesse, et de la confiance (très idéalisée: les révoltes des villes sont fréquentes !) qui règne entre lui et ses sujets. Aux fêtes font écho les œuvres des écrivains et des chroniqueurs (Monstrelet, La Marche, Chastellain). La fondation de l'ordre de la Toison d'or par Philippe le Bon permet à la noblesse des divers territoires de communier autour du duc dans un mélange complexe de dévotion sincère, d'idéal chevaleresque et de faste courtisan. Philippe le Bon a cherché à accroître son influence en Europe et à améliorer son image de souverain. Son mariage avec Isabelle de Portugal revêt, de ce point de vue, autant de signification que sa participation à la croisade. Négociée par Van Eyck, chargé à cette occasion de peindre un portrait de la future duchesse, cette union a profondément renforcé les liens économiques et culturels entre la Flandre et le Portugal. Grands ducs d'Occident, Philippe le Bon et Charles le Téméraire (lui-même un moment tenté par la couronne impériale) ont cherché à obtenir de l'impécunieux empereur Frédéric III la création d'un royaume englobant l'ensemble de leurs territoires impériaux: à plusieurs reprises, le projet sera sur le point d'aboutir; il s'est heurté à de grandes résistances, en particulier de la part du clergé impérial.


L'échec de Charles le Téméraire

Charles le Téméraire semble avoir cru que le temps était venu de terminer la construction de l'Etat bourguignon. Il veut intervenir en même temps sur tous les fronts, y compris en France où, encore comte de Charolais, il participe à la guerre de la Ligue du Bien public contre Louis XI (1465). Sans ménager aucune des puissances que son ambition menace, il se lance avec une volonté de fer dans l'entreprise. Mais la situation a changé: la France et l'Angleterre ont mis fin à la guerre de Cent Ans en 1453, et, bien qu'obligé du Téméraire, le roi d'Angleterre Edouard IV ne lui apportera qu'une aide bien légère, préférant traiter avec la France (traité de Picquigny, 1475). En France même, le duc doit compter avec Louis XI, roi depuis 1461, qui, depuis l'entrevue de Péronne (1468) où l'éclatement de la révolte des Liégeois qu'il soutient en sous-main l'a mis en situation délicate, œuvre constamment à la ruine de la Bourgogne. Dans l'Empire, Frédéric III, prêt à de nombreuses concessions pour obtenir pour son fils Maximilien de Habsbourg la main de la fille et héritière de Charles, Marie de Bourgogne, refuse cependant de soutenir les ambitions du duc. En Alsace, sur le Rhin, en Suisse, l'opposition est générale.

 

Charles annexe en 1473 le duché de Gueldre, emprisonnant le duc. Rachetant les droits du duc de Tyrol sur la landgraviat de Haute-Alsace et le comté de Ferrette, il installe un grand bailli, Pierre de Hagenbach, qui exploite ces territoires avec tant de rudesse qu'il provoque une révolte. Il impose un véritable protectorat au duché de Lorraine et intervient dans l'archevêché de Cologne, assiégeant Neuss occupée par le landgrave de Hesse. Les villes du Rhin et d'Alsace, le duc de Lorraine et les cantons suisses se regroupent dans l'Union de Constance, soutenue par Louis XI, mais le Téméraire lance Édouard IV contre la France. Or ses ressources militaires ne sont pas à la hauteur de ses ambitions: Hagenbach est exécuté par les Alsaciens, et Charles, s'il doit se résigner à lever le siège de Neuss, le fait trop tard pour rejoindre Edouard IV qui est reparti, acheté par l'or de Louis XI. Si ce dernier préfère traiter officiellement (traité de Souleuvres, 1475), les armées suisses écrasent les Bourguignons à Grandson et à Morat. Le Téméraire persiste: il assiège Nancy en 1477, mais il est battu et tué par les suisses du duc de Lorraine René II.

 

L'héritage bourguignon 

Confronté à la révolte des Flamands, le pouvoir de la fille du défunt paraît bien fragile. Mais Marie de Bourgogne multiplie les concessions à ses sujets (Grand Privilège), et l'obstination de Louis XI qui veut s'emparer à la fois des fiefs français et des terres d'Empire lui vaut des appuis; son mariage avec Maximilien de Habsbourg est célébré quelques mois après la bataille de Nancy. Finalement, le traité d'Arras (1482) ne donne dans l'immédiat à Louis XI que les villes de la Somme et la Bourgogne, les autres territoires français et le comté formant la dot de Marguerite, fille de Marie et de Maximilien, fiancée au dauphin. Le mariage de celui-ci (Charles VIII) et d'Anne de Bretagne empêchant cette union, le traité de Senlis (1493) ne donne à la France que le Mâconnais et quelques villes. Ainsi est assurée la survie de l'héritage bourguignon, désormais aux mains des Habsbourg, dont il fonde la puissance.


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Pour en savoir plus
Les guerres de Bourgogne
Le second royaume de Bourgogne
Les Valois
La Belgique et la maison de Bourgogne




 
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