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Le régime radical

1848 - 1856
© Michel CHARRIERE, historien

Sommaire

 La mise en place des structures politiques
 Un régime anticlérical
 La renaissance de l'opposition

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La chapelle de Posieux
Erigée en souvenir du rassemblement de 1852, elle est construite dès 1911, dans un contexte qui cherchait à raviver la flamme du premier rassemblement, et bénite en 1924.


La défaite du Sonderbund laisse le champ libre à la mise en place de la Suisse moderne. Datée du 12 septembre 1848, la constitution fédérale est acceptée par 15 cantons et demi. Fribourg est du nombre, mais c'est le Grand Conseil qui s'est prononcé et non le peuple. La Suisse se constitue, par ce texte, en un Etat fédératif, divisé en cantons qui cèdent une partie de leur souveraineté au pouvoir central, la Confédération (la politique et le commerce extérieurs, la régale des postes, celle de la monnaie, l'unification des poids et mesures, la défense). Les cantons gardent le droit de prélever des impôts, l'administration de la justice et des communes, l'organisation de l'école, de l'assistance et des affaires ecclésiastiques ainsi que l'établissement des procédures civiles et pénales. Chaque citoyen suisse bénéficie de l'égalité devant la loi et de libertés fondamentales (de culte, de conscience, d'établissement, de presse et d'association).

La mise en place des structures politiques
A Fribourg, une assemblée populaire installe, le 15 novembre 1847, un gouvernement de sept membres. Cette révolution politique est suivie de l'expulsion des jésuites et d'autres ordres religieux. Leurs biens sont saisis et affectés à l'organisation de l'instruction publique, pratique qui avait en fait été, à une moindre échelle, celle du gouvernement de Leurs Excellences aux XVIe et XVIIIe siècles avec les monastères d'Humilimont et de la Valsainte. Une procédure judiciaire est engagée contre huitante-deux membres des anciennes autorités, accusées d'avoir causé malheur et souffrance au canton. Le 10 décembre, les élections pour le renouvellement du Grand Conseil ont lieu en présence des troupes fédérales. La Singine envoie malgré tout huit députés conservateurs au parlement cantonal, face à une majorité gouvernementale composite que rejoignent dix élus désignés au suffrage indirect.

La constitution cantonale (4 mars 1848) n'est pas soumise au peuple et ne peut être modifiée au cours de la première législature dont la durée est fixée à neuf ans. Le canton reste une démocratie représentative, régime honni par les conservateurs réactionnaires. Affirmant la prééminence de l'Etat, le régime ne laisse au citoyen que les droits d'élection du Grand Conseil et de pétition. Le territoire cantonal est divisé en sept districts d'étendue plus ou mois comparable. La même année, une série de lois sur les communes et les paroisses, les préfets, l'organisation judiciaire et l'instruction publique (loi du 23 septembre 1848) jette les bases d'un Etat et d'une administration modernes.


Un régime anticlérical
La contribution de guerre imposée au canton donne lieu à une série de décisions et de recours qui aboutissent à sa conversion en un emprunt. Les poursuites judiciaires sont suspendues. Après l'expulsion des jésuites, le gouvernement ferme les couvents d'Hauterive, de la Part-Dieu, celui des augustins en ville de Fribourg et interdit aux autres d'accepter des novices. Les biens de l'Eglise sont placés sous administration civile. Mgr Marilley (1804-1889), évêque du diocèse depuis 1846, exprime ses réserves à propos du serment constitutionnel et de la nouvelle loi scolaire. Arrêté et interné au château de Chillon, il est expulsé du territoire suisse, le 13 décembre 1848. Anticlérical virulent, le régime radical réussit à gêner les activités du clergé (soixante paroisses n'ont plus de prêtre titulaire en 1855), mais ne parvient pas à briser l'attachement de la population à la religion et à ses ministres. Les pourparlers entamés en vue de régulariser les relations entre l'Eglise et l'Etat n'aboutissent pas.

La renaissance de l'opposition
L'autoritarisme du gouvernement, qui s'appuie aussi sur les radicaux suisses et sur une presse plus libre que celle de l'opposition, ne laisse d'autres moyens à ses détracteurs que les pétitions, les élections au Conseil national, voire, à trois reprises, l'insurrection. En octobre 1851, les radicaux enlèvent encore les cinq sièges du canton au Conseil national. Mais, autour de libéraux et de conservateurs comme Hubert Charles (1793-1882) et Louis Wuilleret se forme une opposition extraparlementaire qui réussit à rassembler 15'000 des 22'000 citoyens actifs en une manifestation impressionnante, à Posieux, le 24 mai 1852. Mis sur la défensive, le régime perd des élections (Hubert Charles ravit à Julien Schaller (1807-1871) son siège au National) et se divise de plus en plus. Les modérés se rangent derrière Léon Pittet, conseiller d'Etat, face à Julien Schaller et aux intransigeants. Le Grand Conseil lui-même échappe à l'influence de l'exécutif. Tout est en place pour les élections de décembre 1856.

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