 Une famille fribourgeoise à la fin des années 1940
D'une façon générale, les tendances soulignées au XIXe siècle se confirment. Inégale dans le temps et dans l'espace, la croissance de la population s'explique toujours, jusque vers 1980, par les effets de la transition démographique. La baisse de la mortalité, infantile surtout, est régulière, la grippe de 1918 constituant le dernier accident de ce type. Les autres maladies, souvent épidémiques avant 1900, sont de plus en plus des cas isolés. L'accès aux soins est facilité par l'augmentation du nombre de médecins (le canton en compte un pour environ 3500 habitants en 1916 et un pour 650 en 1989) et par la généralisation de l'assurance-maladie et accident, obligatoire dans le canton depuis le début des années 1980. Les mesures en faveur de la salubrité des logements et de l'hygiène expliquent également cette évolution, de même que, dès 1950, l'élévation du niveau de vie.
Ce dernier facteur contribue aussi à expliquer la basse de la natalité. Encore fréquentes avant 1945, les familles nombreuses deviennent plus rares au fur et à mesure que le nombre d'enfants résulte d'un choix. Longtemps supérieures aux taux suisses, la mortalité et la natalité fribourgeoises s'en approchent dès 1970. Cette évolution, cumulée avec l'allongement de l'espérance de vie - elle passe de 40/43 ans vers 1880, à 70/75 ans en 1970 pour s'élever ensuite régulièrement aux environs de 80 ans - provoque un vieillissement de la population. Le modèle familial lui-même se modifie avec la progression du nombre des familles monoparentales ou recomposées. Plus nombreuse que jamais dans son histoire, la population fribourgeoise est aussi plus mobile et plus diversifiée. Structurelle par son importance et sa durée, l'émigration culmine entre 1920 et 1930 et entre 1945 et 1960 avec environ un millier de départs par an. De 1890 à 1970, le canton voit ainsi près de 70'000 de ses ressortissants s'établir à l'extérieur, en majorité dans les cantons voisins ou à Genève et, pour les Alémaniques, à Bâle et à Zurich. Déjà perceptible dès 1900, l'émigration temporaire ne se développe qu'après 1945. Chaque jour, un nombre croissant de Fribourgeois quittent leur commune de domicile pour se rendre à leur travail dans une autre localité fribourgeoise ou à l'extérieur du canton.
Réservoir de mercenaires puis de main-d'œuvre, le canton de Fribourg devient pourtant, depuis les années 1960, terre d'accueil. Les courants migratoires s'inversent en effet, sauf durant le ralentissement conjoncturel de la décennie 1970 - 1980. Désormais, le développement de la population cantonale doit autant sinon plus à l'immigration qu'à l'excédent des naissances qui s'amenuise d'année en année. La proportion des Confédérés et des étrangers augmente avec, pour les seconds, une diversification des pays d'origine depuis 1980.
La répartition de la population continue elle aussi de se modifier comme au siècle précédent. Limité par les deux guerres et la crise des années trente, le phénomène connaît un nouvel essor depuis 1960. Centrées sur la capitale cantonale et sa périphérie, ou les chefs-lieux de districts, des agglomérations de plusieurs communes deviennent des pôles d'attraction. En Singine, ce sont Guin et Flamatt qui jouent ce rôle ; d'autres villages le font à une échelle moins importante ailleurs dans le canton (Attalens, Courtepin ou Domdidier).
Avec 242'000 habitants environ en 2003, le canton atteint un palier jamais connu dans son histoire et ce au terme d'une phase de croissance également sans précédent. Plus diverse mais avec une tendance marquée au vieillissement, la population fribourgeoise a changé à de nombreux points de vue - taille et composition des familles, origine, répartition des tranches d'âges, répartition sur le territoire - et si de nouvelles formes politiques et sociales de vie en commun doivent être trouvées pour compléter ou remplacer les plus traditionnelles, elles ne sont encore qu'à l'état de projet au seuil du XXIe siècle.
|