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Le grand partage


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Sommaire

 Après la dislocation de l'Empire romain
 L'Empire byzantin
 L'islam
 Le retour de la chrétienté
 L'Occident des croisades

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Après la dislocation de l'Empire romain
La période qui a suivi la dislocation de l'Empire romain est marquée par le déplacement du centre politique, économique et culturel de Rome vers Byzance. Le bassin occidental, le plus exposé à la pénétration des envahisseurs barbares déferlant sur l'Europe de l'Ouest, voit renaître la piraterie et décliner ses activités commerciales. Le monde méditerranéen est alors profondément affecté par une première grande fracture. Survenue au moment du partage de l'Empire entre Arcadius et Honorius en 395 et aggravée par le schisme, elle sépare dorénavant l'Ouest latin, catholique, occidental et l'Est grec, orthodoxe, oriental.

Au VII e  siècle, une seconde fracture, longitudinale cette fois, sépare les eaux septentrionales et les eaux méridionales: au nord la chrétienté, au sud l'islam. Ces deux fractures, est-ouest et nord-sud, fournissent son cadre à l'histoire médiévale et moderne de la Méditerranée.  

La mer est un échiquier, et la partie se joue à trois. L'enjeu est clair: atteindre chaque fois le plus juste équilibre des forces entre les trois civilisations. Le plus souvent, la partie paraît engagée à deux contre un. Au XV e  siècle, un quatrième partenaire surgira des steppes de l'Asie centrale, l'Ottoman. Il éliminera le Byzantin et se substituera à l'Arabe. L'unité perdue n'est cependant pas encore un signe de déclin. Les audacieuses entreprises commerciales de Venise, d'Amalfi et de Gênes vont le démontrer en se glissant dans les interstices des conflits des trois mondes pour tirer lucrativement leur épingle du jeu.  
 

L'Empire byzantin
Ve-XVe siècle
Constantinople, la Nouvelle Rome, devient au VI
e  siècle la capitale du monde. Le cœur de la Méditerranée médiévale s'est donc décentré pour s'établir à la pointe d'une péninsule enserrée par les eaux de la Corne d'Or et du Bosphore. A la jointure de deux continents et de deux mers, le nouveau centre de l'Empire romain d'Orient c'est ainsi qu'il s'affirme dans les premiers temps incarnera durant dix siècles à la fois la grécité et l'orthodoxie chrétienne.  

Constantinople est à l'intersection des grandes voies commerciales maritimes et terrestres qui relient l'Empire à l'Asie centrale par l'Arménie, à Venise par l'Adriatique, à la principauté de Kiev par la mer Noire, et à l'Extrême-Orient par le royaume khazar. Avec près d'un demi-million d'habitants, la ville est la plus grosse agglomération du monde méditerranéen. A cette époque, les commerçants orientaux, en particulier les Syriens, sont très actifs. Ils mettent à profit la reconquête du bassin occidental par l'empereur Justinien pour y réorganiser les circuits commerciaux anéantis par les envahisseurs germaniques et la recrudescence de la piraterie. Malgré l'expansion arabe, la paix byzantine sera maintenue jusqu'au règne de Basile II (976-1025).

Au X e  siècle, les navigateurs européens sont de plus en plus nombreux sur son marché. Ils viennent s'approvisionner en esclaves slaves, en fourrures et bois d'œuvre de Russie, en soies de Chine et en épices, parfums et pierres précieuses de l'Inde. Ils remplissent aussi leurs cales des produits fournis par les industries de luxe de l'Empire byzantin: toiles, soieries, tapisseries, objets de métal ouvragé, ivoires ciselés. La nécessité de défendre leurs provinces frontalières successivement convoitées par les Perses, les Arabes, les Normands et les Turcs conduira les empereurs à remettre aux mains des Vénitiens puis des Génois l'organisation du grand commerce international de Byzance.  

L'islam
VIIe-IXe siècle
Au VII
e  siècle, la pénétration arabe en Méditerranée ébranle sérieusement l'unité restaurée sous l'égide de l'empereur romain d'Orient, Justinien (527-565). La formation d'un empire arabo-musulman de Médine à Cordoue sur le littoral méridional divise l'espace méditerranéen. La mer intérieure, nœud de relations entre ses riverains, devient une frontière entre deux grandes entités culturelles: au nord la chrétienté, au sud l'islam.  

Les Arabes ne sont pourtant pas les étrangers que l'on dit être. Les peuples de Syrie et de Palestine sont arabes, et l'Antiquité classique a souvent fait référence à l'Arabie Heureuse pour désigner les terres mystérieuses du Yémen. Par l'intermédiaire des Syro-Phéniciens puis de l'Egypte ptoléméenne, ils ont fourni au monde hellénistique et à Rome les produits précieux de l'Extrême-Orient. La capitale du royaume arabe des Nabatéens, Pétra, était le grand centre emprunté par la route de l'encens et des parfums de l'Arabie du Sud. Ce royaume allié de Rome était devenu sous Trajan la provincia Arabia qui donna deux empereurs arabes à la tête de l'Empire: Elagabal en 218 et Philippe en 244. Ces relations entre l'Orient et Rome sont ensuite perpétuées au IIIe siècle par les Lakhmides et par les Ghassanides au V e  siècle.  

Sur la façade orientale, les Arabes, qui commercent avec l'Inde depuis deux mille ans, sont sérieusement concurrencés par les Babyloniens. Aussi, par Héliopolis, Palmyre et Damas, une grande quantité du trafic avec le sous-continent indien leur échappe traditionnellement. La victoire des Arabes sur les Perses et les Byzantins leur assure enfin le monopole de la commercialisation des produits en provenance de l'océan Indien et de la mer Rouge.  
 Les premières flottes arabes portant la bannière de l'islam sont apparues en Méditerranée dès 649, date à laquelle elles s'emparent de Chypre. Elles croiseront plus tard le long des rivages sahariens, prenant Carthage en 698, l'Espagne en 711 et la plus grande partie de la Sicile en 727 (elles installent leurs quartiers à Palerme). Trente ans plus tard, lorsque la dernière poche de résistance byzantine tombe à son tour avec Syracuse, la mer Tyrrhénienne devient une mer musulmane.  

Maîtres des îles, les Sarrasins livrent alors une guerre de course contre toutes les flottes infidèles. Les communications entre le versant occidental de l'univers arabe et les Echelles du Levant ou Alexandrie sont assurées par les seuls navigateurs islamisés. Les nouvelles étapes du cabotage sont Cadix, Málaga, Carthagène, Almería, Bougie, Tunis, Palerme, Tripoli et Barqa. Durant cette période, les navires byzantins, très nombreux en mer Noire, ne fréquentent plus que les ports de la mer Egée. Bagdad, Damas et Grenade deviennent les hauts lieux de la science, de la philosophie et de la médecine médiévales. Les traductions arabes des textes grecs se multiplient et se diffusent tout particulièrement dans les universités, qui attirent alors des élites médiévales venues de toute l'Europe pour les étudier.  
 

Le retour de la chrétienté
Xe-XIIIe siècle
Les conquêtes normandes et les croisades marquent, du XI
e  au XIII e  siècle, un retour en force de la chrétienté occidentale dans les deux bassins de la mer intérieure. Ecarté du théâtre des opérations navales depuis les invasions des Huns, des Wisigoths et des Ostrogoths, l'Ouest prend l'initiative au X e  siècle. Des guerriers francs ont amorcé la reconquête de portions de territoire occupées en Espagne et en Italie. Ils expulsent les Sarrasins de Campanie en 916, et de Provence en 973.  

Le royaume normand de Sicile
De leur côté, des aventuriers normands s'emparent de l'Italie du Sud et de la Sicile à la fin du XI
e  siècle. Après une série de démêlés avec le pape Guillaume II, ils obtiennent son accord pour refouler les Sarrasins, et, surtout, la rupture étant définitivement consommée entre les deux chrétientés, latine et grecque, l'autorisation officielle de liquider les derniers vestiges de Byzance. Ils fondent alors un Etat puissant à la jonction des trois civilisations, la latine, la grecque et l'arabe. Palerme, qui occupe une position stratégique entre les deux bassins de la Méditerranée, en devient le centre politique et culturel. Le Premier ministre du royaume normand œcuméniste porte le titre d'émir des émirs. Le chancelier est un archonte grec, tandis que les administrateurs sont arabes.  

Pour mener à bien leurs opérations de reconquête, les Normands ont fait appel aux marins de Pise et de Gênes. Ces deux cités maritimes sont les seules à disposer d'une flotte de combat capable de s'opposer aux agressions de la piraterie sarrasine. Puis ils contre-attaquent victorieusement en Corse et en Sardaigne, et se lancent à leur tour dans des actions de brigandage contre les ports de la côte africaine. En 1130, lorsque Roger II monte sur le trône du royaume normand, il règne sur une zone maritime qui comprend l'Italie du Sud, la Sicile, Malte et le golfe des Syrtes de Tunis à Tripoli. Ces positions permettent aux Normands de faciliter et de contrôler le mouvement des croisades, ainsi que des pèlerinages qui se multiplient vers les sanctuaires chrétiens d'Orient, en premier lieu celui de Jérusalem.  
 

L'Occident des croisades
Les croisades ne sont pas un phénomène exclusivement religieux. Elles ont contribué au démarrage d'un grand mouvement de commerce et de colonisation qui a relancé les activités maritimes des ports d'Italie. Ce mouvement aura d'autant plus de succès qu'il coïncide avec une élévation du niveau de vie des seigneurs et, plus globalement, avec une reprise de la consommation en Europe de l'Ouest. Ainsi, dans les cours seigneuriales comme dans les milieux ecclésiastiques, on voit se répandre des objets de luxe savamment travaillés par les artisans du Bosphore et d'Asie. C'est là l'origine de l'essor des ports italiens qui ravitaillaient les Etats latins, assuraient les transports de troupes et de matériel des croisades, et celui des pèlerins. En retour ils importaient, pour les redistribuer, des marchandises du Maghreb, de l'Andalousie, d'Egypte, du Levant et de Constantinople. Génois et Vénitiens saisirent dans cette période toutes les occasions pour occuper les premières places parmi les puissances maritimes.

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Pour en savoir plus
Histoire de la Méditerranée
Les grandes civilisations méditerranéennes
Les Huns
Les Ostrogoths
Les Wisigoths
L'organisation des croisades
La chute de l'Empire Romain




 

 
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