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Gravure rupestre représentant un labour en Suède
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Avec la période historique, les modifications naturelles du climat, de la faune et de la flore ne sont plus seules responsables des fluctuations de la consommation. Les hommes, par leur technologie, transforment profondément les conditions d'acquisition et de circulation des aliments.
Le Néolithique
C'est très certainement au
Proche-Orient, aux confins de la mer Rouge, de la mer Noire et de
la Méditerranée, que s'effectue, aux alentours de
8'000 ans avant notre ère, l'invention de
l'agriculture et
de l'élevage. Mettant à profit des conditions
particulièrement favorables, les populations de la
région, déjà en partie sédentarisées,
domestiquent des espèces locales,
végétales - comme le blé et
l'orge - et animales - comme le mouton et
la chèvre. Plus tard, elles complètent ces ressources par
la domestication des légumineuses (pois, fèves,
lentilles, etc), du porc, puis du bœuf. La faculté de
constituer d'importantes réserves de céréales
(greniers) et de disposer en permanence d'un bétail qui
fournit viande et lait permet aux hommes de vivre ensemble plus
nombreux, et de développer de nouvelles formes
d'organisation sociale.
Vers 5 000 ans avant notre
ère, l'agriculture du riz est inventée en
Extrême-Orient, probablement en Thaïlande, et se
diffuse jusqu'en
Chine du Nord et
dans la vallée du Gange, en
Inde. En
Amérique, la culture du maïs apparaît au
Pérou au VI
e
millénaire, au Mexique à
une date peut-être ultérieure.
La
civilisation
agricole est née. Désormais, la composante
céréalière prend une part importante dans
l'alimentation humaine.
La modernité
Jusqu'à l'époque
moderne, les hommes ne font qu'affiner les acquis du
néolithique. Le cadre reste celui d'une économie
agricole de subsistance, centrée sur le terroir. Certes, les
denrées alimentaires voyagent à l'intérieur
d'une même aire de civilisation, tel le Bassin
méditerranéen où, dès l'Antiquité,
circulent grains, huiles et vins. Le commerce avec les
contrées plus lointaines se limite à des produits rares
et précieux, comme les épices acheminées
d'Orient depuis l'époque romaine.
L'apport du Nouveau Monde
Si les conquistadores ne trouvent pas les
épices qu'ils espéraient sur le Nouveau Continent,
ils y découvrent en revanche toute une série de plantes
jusqu'alors inconnues - maïs, pommes de terre,
haricots verts, oignons, tomates, vanilliers, cacaoyers, fraisiers
- qu'ils entreprennent d'acclimater en Europe. Le
maïs, par exemple, ensemencé dès 1494 dans la
province de Séville, s'impose assez rapidement en Espagne,
au Portugal, en Italie, où il est signalé entre 1530
et 1540 - et où il deviendra un aliment de base
avec la polenta. Il gagne ensuite les Balkans, l'Anatolie,
l'Arménie.
En France, sa culture est introduite dans
le Béarn à la fin du XVI
e
siècle, mais il faut attendre
le siècle suivant pour que se produise en Languedoc la
«révolution du maïs». Autre exemple, celui de
la pomme de terre, qui s'impose encore plus difficilement en
France: Parmentier, qui défend sa valeur nutritive, doit
déployer des trésors d'imagination et obtenir le
soutien de Louis XVI pour parvenir à populariser,
après 1785, la culture de ce tubercule. En Irlande,
où elle est introduite dès le XVII
e
siècle, la pomme de terre
devient le pivot de l'agriculture locale et la base de la
nourriture des paysans.
Nouvelles techniques de conservation
Jusqu'au XIX
e
siècle, le seul moyen de
conserver des aliments au-delà de quelques jours est la
salaison, éventuellement accompagnée, pour les viandes et
les poissons, de séchage ou de fumage. En effet, lorsqu'un
aliment contient plus de 15 % de sel, les bactéries qui
provoquent habituellement la fermentation ne peuvent plus s'y
développer. Les Romains conservaient ainsi dans la saumure
olives, radis et autres légumes - ce qui a donné le
mot salade, qui signifie «mets salé».
Vers 1790, le confiseur parisien Nicolas Appert invente un
procédé de stérilisation des aliments à la
chaleur dans des récipients hermétiquement clos.
En 1810, moyennant finances du gouvernement, il accepte de
livrer le secret de son procédé dans une publication
intitulée le Livre de tous les ménages. Dès lors, la
fabrication familiale des conserves se développe, et la
Grande-Bretagne exploite industriellement le procédé
dès 1814. La technique d'Appert est par la suite
perfectionnée et diversifiée (utilisation de
récipients en fer-blanc, pasteurisation) jusqu'à la
stérilisation à ultra-haute température, dite de
«longue conservation».
On connaît depuis longtemps les
vertus de conservation du froid: les Romains enveloppaient de neige
et de glace les poissons du Rhin pour les transporter à Rome.
En effet, à une température comprise entre 2 et 8
o
C, la dégradation des aliments est
ralentie. Mais il faut les maintenir à une température
beaucoup plus basse (en deçà de -18
o
C) pour que le développement des
bactéries soit stoppé; dans ce processus dit de
congélation, l'aliment reste intact: il garde son
goût, sa consistance, sa couleur, sa valeur nutritive.
C'est vers le milieu du XIXe siècle que les
premières machines industrielles à réfrigérer
sont mises au point: à Londres en 1834 par Jacob Perkins,
en France en 1859 par Ferdinand Carré. Appliquant ces
inventions au transport des denrées périssables, Charles
Tellier affrète les premiers navires frigorifiques qui
effectuent, à partir de 1875, la liaison Buenos Aires-Le
Havre chargés de tonnes de viande congelée. Il annonce
ainsi le formidable essor des transports frigorifiques de viandes
et de produits végétaux d'Argentine, d'Uruguay,
d'
Australie et de
Nouvelle-Zélande, qui, après 1880, révolutionne
en moins de vingt ans l'approvisionnement du Vieux Continent.
En 1913 est fabriqué à Chicago le premier
réfrigérateur domestique à électricité;
l'usage s'en répand dans les ménages
américains, puis européens. Dans les années 1960, le
congélateur vient compléter la gamme du froid domestique,
qui libère la famille moderne du souci du ravitaillement
à court terme.
Naissance des industries alimentaires
Au XIX
e
siècle apparaissent les
premières industries alimentaires qui vont prendre, peu à
peu, la place des anciennes activités artisanales (meunerie,
brasserie) ou fermières (barattage du lait, fabrication de
fromages), et exploiter à grande échelle les techniques
modernes de conservation. L'alimentation sort du terroir,
tandis que la population des villes s'accroît
considérablement. La gamme des industries alimentaires
s'étend au XX
e
siècle, avec, notamment, la
confection de plats prêts à consommer sous forme de
conserves, de semi-conserves ou de surgelés. Désormais,
presque tous les aliments, même frais, passent par un
conditionnement industriel.
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