 Harran, village près d'Urfa en Mésopotamie Réputé être le plus ancien du monde, avec son architecture de terre cuite très particulière. © Roxane Photo La Mésopotamie
La pierre et le bois sont rares dans les
plaines alluviales de la
Mésopotamie.
L'utilisation de briques séchées au soleil a
néanmoins permis la construction, dès la seconde
moitié du IV
e
millénaire, de temples monumentaux en
basse Mésopotamie (Ourouk, 3000 av. J.-C.;
ziggourat d'Our, 2500 av. J.-C.). La pierre,
importée, utilisée pour les fondations, témoigne du
niveau d'organisation économique. A partir du IX
e
siècle av. J.-C.,
c'est l
'Empire
assyrien du nord de la Mésopotamie qui entreprend des
constructions monumentales, riches en bas-reliefs (Ninive,
Khorsabad, Nimroud). Après la chute de
Babylone,
en 539 av. J.-C., les
Perses (Empire
achéménide, 550-333 av. J.-C.) capitalisent et
fusionnent trois mille ans de tradition iconographique et
architecturale du Proche-Orient avec la construction de leur
résidence royale, Persépolis: dans ses nombreux palais,
elle présente des emprunts à l'Asie Mineure et à
l'
Egypte, qui
viennent s'ajouter à des ornements mésopotamiens,
comme les monstres gardiens. Les éléments structurels
sont de pierre: terrasses, colonnes supportant les plafonds des
salles hypostyles, escaliers monumentaux, encadrements des
ouvertures. Les murs, de brique crue, ont aujourd'hui pour la
plupart disparu.
L'Egypte
Plus de 3'000 ans av. J.-C.,
l'Etat pharaonique établi en
Egypte
développe
son écriture
et
son
administration. La puissante autorité des pharaons unifie
politiquement le territoire tandis que s'élaborent de
grandes doctrines religieuses. Cette simultanéité est
liée à la naissance d'une architecture funéraire
et sacrée. Le lien est si fort que puissance et faiblesse des
dynasties pharaoniques rythmeront l'épanouissement ou le
déclin de l'architecture. Après les grandes tombes en
brique d'argile crue de la I
e
dynastie (3'000 av. J.-C.),
dont le matériau de base est fourni par les crues du Nil,
dispensatrices de limon, apparaissent les architectures de pierre
(ensemble funéraire de Djoser à Saqqarah, III
e
dynastie,
vers 2660 av. J.-C.). Les Egyptiens
élèvent des temples de pierre dès le
Moyen Empire (2150
à 1780 av. J.-C.), mais ceux qui subsistent
datent du
Nouvel Empire
(1580-1080,
vallée des
Rois, temples de Louxor, salle hypostyle de Karnak,
Abou-Simbel) ou de
l'époque
ptolémaïque (332-30 av. J.-C., temples de
Philae, Edfou, Kom-Ombo).
Seuls les tombes, les temples et la
statuaire qui les accompagnait (obélisques, avenues de sphinx
et de lions) sont bâtis en pierre. Mais les formes de
structures monumentales semblent avoir été
influencées par l'architecture domestique égyptienne
primitive, représentée notamment par des maisons aux murs
de brique crue et aux colonnes faites de roseaux liés: les
colonnes des temples présentent des chapiteaux sculptés
de feuilles de palme (palmiformes), de lotus (lotiformes),
d'ombelles de papyrus fermées (papyriformes) ou largement
ouvertes (campaniformes), et des fûts gravés qui
évoquent les tiges de ces végétaux.
La Grèce
L'architecture
grecque a été influencée par les prototypes de
la civilisation
minoenne de l'île de Crète, en particulier le
palais de Cnossos
(vers 1700-vers 1400 av. J.-C.). Les
Mycéniens, après avoir conquis les Minoens, construisent
des édifices massifs en pierre (porte des Lionnes et
Trésor d'Atrée à
Mycènes, 1400-1200 av. J.-C.).
Cette architecture grecque primitive jette les bases de la grande
architecture de l'époque classique. Celle-ci est
fondée sur la structure colonne-entablement, ou poteau-poutre,
qui lui donne un caractère simple et immédiat. Pour cette
raison, certains historiens de l'art la considèrent comme
la transposition en pierre du modèle des cabanes primitives en
bois.
Les Grecs ont créé un
vocabulaire du détail architectural en pierre qui restera
pendant plus de deux mille ans une référence
fondamentale pour l'architecture européenne. Le langage
de l'architecture des Grecs atteint son apogée au cours
du V
e
siècle av. J.-C. Les
éléments décoratifs, couleurs vives et sculptures
placées le long des frises ou dans les frontons, viennent
orner les édifices bâtis selon trois
«ordres», dorique, ionique et corinthien. Ceux-ci sont
définis par la forme, les proportions, la disposition des
parties saillantes de l'édifice: colonnes, pilastres,
chapiteaux et entablements («poutres» qui relient les
colonnes). Les composants de chaque ordre, dont les proportions
sont très précisément définies, ne peuvent
être correctement assemblés que d'une seule
manière. Les Grecs ne mélangeaient pas les
différents ordres dans un même édifice. Les
Romains, quant à eux, modifieront ces règles.
Le marbre est le matériau de base de
l'époque classique: la dureté de cette pierre permet
de la travailler avec précision et d'en obtenir une grande
pureté de lignes et de détails. Le temple, monument grec
par excellence, se compose d'une salle rectangulaire posée
sur un stylobate (soubassement) à trois marches, couverte
d'un toit dont la double pente répond à un fronton
triangulaire, et entourée d'une rangée de colonnes.
Les plus beaux exemples de ce système architectural très
soucieux des proportions et du décor sont les édifices de
l'Acropole à Athènes, et en particulier le
Parthénon
(447-432 av. J.-C.); ils sont restés le modèle
de l'architecture occidentale jusqu'au milieu du XIX
e
siècle.
L'Empire romain
Les Romains conquièrent au II
e
siècle av. J.-C.
l'Afrique du Nord, la Grèce, l'Anatolie et
l'Espagne, et assimilent les traditions architecturales de ces
régions, en particulier celles de la Grèce. Ils
intègrent également le savoir-faire technique de leurs
voisins immédiats en Italie centrale, les
Etrusques.
L'apport des Romains est surtout de l'ordre de la technique
constructive: utilisation de nouveaux matériaux (terre cuite,
ciment, brique), perfectionnement de nouvelles structures (arc,
voûte, dôme) déjà expérimentées par
les Etrusques. Par ailleurs, les Romains créent deux ordres
supplémentaires, le toscan et le composite, et utilisent
parfois simultanément les cinq ordres. Le temple romain
reprend le modèle grec, y ajoutant souvent une base
élevée (Maison carrée de Nîmes, début du
Ier siècle apr. J.-C.).
Les monuments civils
romains, d'une taille et d'une complexité sans
précédent, ne peuvent être construits avec le
système grec du poteau et de la poutre: aqueducs (le pont du
Gard), bains publics (thermes de Caracalla), basiliques
(tribunaux), théâtres, arcs de triomphe,
amphithéâtres (le Colisée), arènes, palais. A
Rome, le Panthéon, reconstruit entre 118 et
128 apr. J.-C., sous
Hadrien - il
deviendra plus tard une église chrétienne -, illustre
brillamment le système romain de construction de dôme en
maçonnerie pleine. Son épaisseur et son poids sont
réduits par cinq rangées de caissons, sa solidité
est renforcée par des arcs amortissant les poussées, et
son centre laisse entrer la lumière par un oculus de près
de 9 m de diamètre. Ce tour de force technique ne sera
surpassé qu'à l'époque moderne. La basilique
romaine présente un plan avec nef centrale,
bas-côtés, triforium
L'Amérique précolombienne
L'architecture
préhispanique est principalement localisée en
Amérique centrale (architecture mésoaméricaine) et
dans les Andes centrales (aujourd'hui Equateur et Pérou).
Les premiers grands ensembles cérémoniels, qui
associent pyramides à degrés, cours et vastes esplanades,
datent de 1300-1200 av. J.-C. Ce modèle va, en
s'élaborant techniquement (de l'adobe, ou argile
séchée mêlée de paille, à la pierre
taillée), persister jusqu'à la conquête
espagnole, témoignant d'une maîtrise déjà
certaine de l'architecture au début de notre ère.
En Mésoamérique,
Teotihuacán, ville fondée au IV
e
siècle av. J.-C.,
atteint son apogée vers 450 ap. J.-C., avec
simultanément une rénovation urbaine et la construction
de grands temples (pyramides du Soleil et de la Lune) abondamment
décorés de têtes de serpent et de masques.
La civilisation Maya, du IV
e
au X
e
siècle, crée de
grandes villes à l'habitat dispersé, faites de
pyramides, temples, aires de jeu de balle, palais avec
voûtes en encorbellement et sculptures monumentales de
grande qualité (Uxmal, Palenque, Chichén Itzá).
Les
Toltèques,
venus du nord, fondent Tula (X
e
siècle) et prennent Chichén
Itzá. Leurs sculptures sont les premières à
faire référence à des sacrifices humains.
Les
Aztèques
dominent vers 1325 toute la région
mésoaméricaine, sauf Mitla, où restent les
Mixtèques avec leurs palais finement décorés de
reliefs géométriques qui contrastent avec les
sculptures aztèques et toltèques, plus
grossières. Les Aztèques fondent à cette
époque Tenochtitlán (Mexico). Mais des œuvres
monumentales ne subsistent que quelques rares vestiges,
après la destruction de la capitale.
Dans la cordillère des Andes, des
sociétés sédentaires très évoluées
sur le plan politique, social, religieux et technique
(réserves, irrigation, drainage, citernes) ont produit une
architecture civile et religieuse élaborée dont on
retient surtout celle de la période de
l'Empire inca
(XV
e
et XVI
e
siècles de notre ère,
Cuzco). Les portes monumentales, trapézoïdales, et les
appareillages «cyclopéens» (énormes blocs de
pierre de taille unis à joint vif) caractérisent
l'architecture militaire Inca.
L'Empire byzantin
L'architecture
byzantine se développe dans l'empire d'Orient,
fondé par
Constantin I
lorsque, au IV
e
siècle, celui-ci fait de
Byzance sa capitale. En construisant de grandes basiliques dans les
sites chrétiens les plus importants de l'Empire romain,
Constantin I consacre la prédominance du plan basilical
dans l'architecture des églises chrétiennes. Dans
l'Europe du Sud et de l'Est, en particulier dans les
régions d'Italie, de Grèce et d'Anatolie
restées sous la domination de
l'Empire
byzantin, les traditions romaines pour le plan et les
techniques se perpétuent: Sant'Apollinare in Classe
(534-539, Ravenne) a un plan basilical très
légèrement modifié. A Constantinople, de vastes
églises à dômes, telle Sainte-Sophie (532-537), sont
des constructions d'une échelle sans équivalent dans
l'Empire romain d'Occident.
L'islam
Les origines de l'architecture du
monde islamique sont obscures, les successeurs de
Mahomet étant
nomades. Quinze siècles d'islam répandu des
côtes de l'Atlantique à l'est de l'Asie
l'ont rendue riche et variée, d'autant que l'une
des caractéristiques de cette civilisation est sa faculté
d'intégration des éléments d'architecture
des pays conquis et d'adaptation aux paysages et aux traditions
locales.
La Coupole du Rocher, à Jérusalem,
construite par des artistes byzantins ou syriens entre 685 et 705
sur le sommet du mont Moriah (où la tradition place le
sacrifice d'Abraham et l'ascension de Mahomet), est un des
premiers édifices de la civilisation islamique. Son plan
octogonal avec double déambulatoire ainsi que ses
mosaïques sur fond d'or relèvent encore de l'art
chrétien. Dans les cités conquises, des églises
chrétiennes furent transformées en mosquées (Grande
Mosquée de Damas, 706-715). Sous
la dynastie des
Omeyyades, la mosquée trouve son plan définitif:
minaret pour l'appel à la prière; large cour centrale
avec fontaine pour les ablutions et portique pour s'abriter du
soleil; grande salle de prière, repérable à
l'extérieur par son dôme et pourvue d'un mihrab,
niche vide qui indique la direction de La Mecque, et d'un
minbar, chaire à prêcher en bois ou en pierre.
L'exemple le plus achevé en est la Grande Mosquée de
Cordoue (785-987).
Lorsque, en 750, les
Abbassides
supplantent les Omeyyades et fondent Bagdad, la rupture se fait
radicalement avec les conventions hellénistiques et byzantines
(Grande Mosquée de Kairouan,
Tunisie, 836;
mosquée de Samarra,
Irak, vers 850).
La pierre laisse la place à la brique, au stuc peint, aux
mosaïques.
Parmi les mosquées tardives, les
plus remarquables sont celles de Tabriz (Perse, 1204), du
Caire (
Egypte, 1384),
d'Ispahan (Perse, 1585). En Espagne du Sud,
l'opulence et la virtuosité trouvent leur apogée
dans le palais de l'Alhambra de Grenade (1309-1354).
L'architecture romane
Dans l'Europe du Nord, où les vestiges romains étaient moins abondants que dans le Bassin méditerranéen, les architectes des époques mérovingienne, carolingienne et ottonienne, qui sont à l'origine de l'architecture romane, expérimentèrent plus librement formes et structures nouvelles. Du milieu du Xe siècle au milieu du XIIe siècle, l'architecture ne cesse d'évoluer vers le gothique. Pourtant, les caractéristiques essentielles de l'architecture romane sont romaines à l'origine: de vastes espaces intérieurs sont couverts par des voûtes en berceau reposant sur des colonnes et des piliers épais et trapus; portes et fenêtres sont surmontées d'arcs en plein cintre, et la plupart des grandes églises ont un plan basilical modifié par des contreforts, des transepts et des tours. Les édifices sont compacts, massifs, et, du fait d'ouvertures proportionnellement réduites, assez sombres.
De beaux exemples jalonnent les chemins de pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle: Sainte-Foy de Conques, grande église à déambulatoire et chapelles rayonnantes, du XIe siècle; la Madeleine de Vézelay, abbatiale à nef et avant-nef abritant trois portails, du XIIe siècle; cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle, commencée en 1078 et dont le plan reprend, en le modifiant, celui de Saint-Sernin de Toulouse.
Portails, chapiteaux et autels s'ornent de sculptures extrêmement habiles, et les vitraux font leur apparition en Europe, mais encore à petite échelle du fait de l'étroitesse des embrasures des fenêtres. A Cluny est élevée entre 1088 et 1130 une abbatiale où se multiplient tours, absides et absidioles et qui rivalise par ses dimensions (187 m de longueur) avec Saint-Pierre de Rome.
L'architecture gothique
Sans précédent dans le monde antique, et sans avenir (hormis une éphémère résurgence au XIXe siècle), le gothique est l'une des inventions les plus hardies du génie occidental. Du milieu du XIIe siècle au XVIe siècle, l'architecture de l'Europe du Nord, représentée surtout par des édifices religieux, met en œuvre arcs-boutants, arcs en ogive, voûtes à nervures et fenêtres à remplages (armatures de pierre). Les murs minces, les piliers élancés et les grandes surfaces vitrées donnent aux édifices gothiques un aspect de légèreté qui contraste nettement avec l'architecture romane. On tient pour le premier édifice gothique l'abbaye royale de Saint-Denis, dont l'abbé Suger achève la façade et le chevet en 1144. Le gothique s'affirme dans les grandes églises du nord de la France et de l'Île-de-France: cathédrale d'Amiens (1220-1270), remarquable par la hauteur et la finesse de ses piliers, et Sainte-Chapelle (1241-1248), à Paris, où les murs pleins laissent largement la place aux vitraux.
L'architecture ogivale s'est principalement développée en France, où elle passe du style rayonnant au tardif style flamboyant (de la fin du XIVe au milieu du XVIe siècle), que l'on retrouve également dans la péninsule Ibérique (au Portugal, au contact de l'art islamique, il donnera naissance au style manuélin). L'architecture gothique gagne l'Angleterre à la fin du XIIe siècle, et y évolue vers le «decorated style» et le style perpendiculaire (XIV e siècle). Elle ne se répand dans le Saint Empire qu'au milieu du XIII e siècle; seules quelques cathédrales, comme celle de Cologne, commencée en 1248, égalent en taille et en qualité les modèles français. Mis à part la spectaculaire cathédrale de Milan, construite à la fin du XIV e siècle par des maçons français et allemands, l'Italie utilise généralement le gothique plus comme un décor que comme un système de construction global.
Parmi les plus beaux exemples d'édifices civils gothiques figurent l'hôtel de ville de Bruges (1376-1420), en Belgique (dont la richesse à cette époque explique la grande concentration d'édifices tels que halles, comptoirs, hôtels, beffrois), le Palazzo Pubblico (commencé en 1298) à Sienne, en Italie, le pont Valentré (début du XIV e siècle) à Cahors.
La Renaissance
Tandis qu'en Europe du Nord et dans la
péninsule Ibérique le gothique continue de produire des
chefs-d'œuvre jusqu'au XVI
e
siècle, apparaît à
Florence, au début du XV
e
siècle, un mouvement de
renouveau artistique et architectural qui gagne l'Italie, puis
toute l'Europe. L'architecture de
la Renaissance
revient aux ordres antiques - ionique, dorique et corynthien
- et emploie l'arc en plein cintre, la voûte en
berceau et le dôme.
A l'origine, la Renaissance florentine ne
signifie pas une rupture totale avec la pratique traditionnelle.
Pour l'église de Santo Spirito, à Florence,
commencée vers 1436, Filippo
Brunelleschi a
recours à un plan basilical, à des arcs en plein cintre
et à un plafond plat; mais les éléments
traditionnels de l'architecture romane sont, en Italie,
associés à un nouveau sens des proportions, à
l'emploi de colonnes corinthiennes et à la construction
d'un dôme à la croisée du transept.
Commencée en 1420 sur les plans de Brunelleschi, la
cathédrale de Florence, Santa Maria del Fiore (appelée
aussi le Duomo de Florence), est considérée comme le
premier monument de la Renaissance. L'architecte conçoit
une vaste coupole de plan octogonal et à double coque pour
alléger la structure. La couverture d'un espace de plus de
40 m de diamètre fut considérée à
l'époque comme une prouesse technique sans
précédent. Pour la réaliser, Brunelleschi combine le
modèle romain de la coupole du Panthéon au système
de construction gothique fondé sur la convergence des
nervures. Le plan centré de cette réalisation majestueuse
est devenu l'idéal de nombreux architectes de cette
époque à Florence (Leon Battista Alberti et Michelozzo),
et ultérieurement à Rome: au cours du XVI
e siècle, une version plus
monumentale de ce style y sera mise en œuvre par Bramante,
Raphaël et
Michel-Ange dans
les plans successifs qu'ils proposeront pour la reconstruction
de la basilique Saint-Pierre.
Dans l'Europe du Nord, la Renaissanc
e ne trouve à l'origine que peu
de résonance et se limite longtemps à des changements
décoratifs. Il faut attendre la première moitié du
XVII
e
siècle pour voir s'affirmer
un style véritablement classique, en Angleterre avec Inigo
Jones et en France avec François Mansart. Le
classicisme de ce dernier avait toutefois été
amorcé, au XVI
e siècle, par les
œuvres de Pierre Lescot (fontaine des Innocents, hôtel
Carnavalet) et Philibert Delorme (château d'Anet).
L'esprit de la Renaissance est représenté par une
grande partie des châteaux de la Loire (aile François I
er du château de Blois,
galerie de
Catherine de
Médicis du château de Chenonceaux, et, surtout,
château de Chambord, avec son grand escalier à double
hélice et sa terrasse décorée d'innombrables
clochetons, lanternes, pignons, lucarnes et cheminées
somptueusement ouvragés).
Du maniérisme au rococo
Au XVe siècle, l'architecture florentine repose, pour produire des effets esthétiques, sur les proportions, des lignes simples et droites et l'utilisation correcte des détails classiques. Cependant, au cours du XVIe siècle, des architectes tels que Jules Romain et Michel-Ange abandonnent ce langage mesuré et retenu au profit d'une vision de ce style plus contournée et raffinée: le maniérisme transgresse délibérément les règles classiques, les déforme, quand il ne les raille pas, pour produire des effets de tension et de préciosité (à Florence, dans l'église San Lorenzo, bâtie par Michel-Ange, chapelle funéraire des Médicis, 1515-1534, et bibliothèque Laurentienne, commencée en 1524). Le Bernin et Borromini introduisent des formes curvilignes et incorporent sculpture et peinture à leurs bâtiments afin d'enrichir et de dynamiser ce style, appelé par la suite «baroque» (église Saint-Charles-aux-Quatre-Fontaines, à Rome, commencée par Borromini en 1638).
La place Saint-Pierre a été dessinée à partir de 1656 par Le Bernin pour accueillir la foule des pèlerins venus recevoir la bénédiction papale. Commandée par le pape Alexandre VII, la place ovale est limitée par les deux bras d'une gigantesque colonnade. De Rome, le style baroque s'est répandu, aux XVIIe et XVIIIe siècles, jusqu'en Europe centrale et en Amérique du Sud.
Dans l'Europe du Nord, particulièrement en Autriche et en Allemagne, l'architecture baroque a atteint une exubérance et une liberté inégalées ailleurs, culminant avec sa forme tardive, le rococo, comme en témoignent les édifices de Johann Balthasar Neumann: résidence des princes-évêques de Würzburg, construite de 1719 à 1744, et église de Vierzehnheiligen (sanctuaire de pèlerinage aux Quatorze-Saints), bâtie de 1743 à 1772. En France, l'esprit du classicisme a beaucoup modéré l'influence du baroque et du rococo. Le palais de Versailles, commencé en 1669 par Louis Le Vau, et modifié et complété par Jules Hardouin-Mansart, exemple par excellence de l'élégance et du raffinement de l'architecture et de la décoration française de l'époque, sera imité dans toute l'Europe.
Du néoclassicisme à l'éclectisme
Au milieu du XVIII
e
siècle, une réaction
s'amorce contre les excès décoratifs du baroque et du
rococo. Le néoclassicisme se fonde sur une interprétation
austère et dépouillée de l'architecture grecque,
dont l'historien de l'art Winckelmann vante la «noble
simplicité et la calme grandeur», et de
l'architecture romaine, que Piranèse contribue à
remettre au goût du jour moins par ses rares réalisations
d'architecte que par ses eaux-fortes (les Prisons) et par ses
planches d'art décoratif: celles-ci constitueront le
vocabulaire du néoclassicisme. Préférence pour
l'ordre dorique grec, création d'une architecture aux
formes géométriques pures, retour aux origines de
l'architecture caractérisent ce style sévère
bien en accord avec la philosophie rationnelle
des Lumières.
A partir de la fin du XVIII
e siècle et tout au long du
XIX
e siècle, on assiste en
Europe et aux Etats-Unis à une série de renaissances
stylistiques. La période est dominée par les partisans du
style classique (eux-mêmes divisés entre
«grecs» et «romains») et un regain
d'intérêt pour l'art gothique. Le style
néogothique apparaît à la fin du XVIII
e siècle, en Angleterre:
l'écrivain Horace Walpole fait figure de pionnier avec sa
maison de campagne de Strawberry Hill. Puis le «gothic
revival» se développe particulièrement pendant la
période victorienne, avec notamment la reconstruction par sir
Charles Barry du palais du Parlement, en 1840-1865, les
quelque trente-neuf églises ou cathédrales et
l'Albert Memorial élevés par sir George Gilbert
Scott. Le style néogothique se répand aussi aux
Etats-Unis (cathédrale Saint Patrick, à New York,
par James Renwick, 1858-1879) et en France, où
Viollet-le-Duc dirige la restauration de nombreux édifices
médiévaux (église abbatiale de Vézelay,
Notre-Dame apparaît une architecture monumentale fondée
sur une synthèse de la grande tradition classique
européenne depuis la Renaissance). La construction de
l'Opéra de Paris (1861-1875) par Charles Garnier, pur
produit de l'enseignement des Beaux-Arts, marque
l'apogée de ce style.
Mais ces courants sont loin
d'épuiser la diversité stylistique à laquelle
les architectes ont recours. Au XIX
e siècle s'est
élargi le champ des références architecturales
grâce au développement des connaissances
archéologiques et aux apports des voyages exotiques. De
nombreux bâtiments sont construits comme des imitations
explicites et voulues d'architectures byzantine
(cathédrale de Westminster, Londres, par John Francis
Bentley, 1895), orientale ou égyptienne; d'autres en
style gothique vénitien ou renaissant florentin; d'autres
enfin mélangent tous ces styles, comme l'extravagant et
colossal palais de justice (dû à Joseph Poelaert) qui
domine Bruxelles.
Ce n'est certes pas la première fois
que des styles du passé sont remis à la mode: les
architectes de la cour de
Charlemagne, au IX
e siècle, tout comme les
Italiens du XV
e siècle, avaient inclus
des motifs classiques dans leurs édifices. Mais, au XIX
e siècle, les styles
classiques ou gothiques sont détachés de leur contexte
historique d'origine pour être réemployés dans
des programmes architecturaux très différents. Ainsi,
bien qu'empreint d'une connotation religieuse
chrétienne, le gothique peut être employé à la
construction aussi bien d'une villa particulière, d'un
gratte-ciel de bureaux new-yorkais (Woolworth Building, par Cass
Gilbert, 1914), que d'une gare, telle celle de Turin, ou
d'un hôpital.
Parallèlement à cet
éclectisme généralisé, de nouvelles
méthodes de construction et de nouveaux matériaux
donnent naissance au XIX
e
siècle à une
architecture moins dépendante de la tradition et plus
tournée vers la recherche de l'originalité
formelle. Les développements de
la révolution
industrielle et la définition de nouveaux types de
programmes et d'édifices coïncident avec
l'apparition et l'essor de l'architecture
métallique. Le métal, employé à la
construction de ponts dès la fin du XVIII
e
siècle, sera bientôt étendu
à la construction d'édifices les plus divers:
passages couverts, halles, grands magasins, pavillons
d'expositions (Crystal Palace, Londres, 1851), monuments
commémoratifs (tour Eiffel, 1889) ou gratte-ciel,
notamment aux Etats-Unis.
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