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L'art baroque en Europe


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Sommaire

 Le baroque italien
 L'Espagne et son empire
 Le domaine portugais
 L'Europe germanique
 La France
 L'Angleterre
 Le baroque du Nord et de l'Est

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Gian Lorenzo Bernini
Baldaquin dans le transept de la basilique Saint-Pierre de Rome

Le baroque italien

Dans les premières années du XVIIe siècle, en Italie, et en particulier à Rome, se trouvent concentrés les meilleurs artistes d'Europe : le siège de la papauté est le lieu privilégié de l'éclosion d'un style en accord avec la Contre-Réforme.

 

Les multiples ordres religieux font construire ou embellir quantité d'églises ou de couvents, et les prélats aménagent de riches demeures. Le Gesù, principale église des Jésuites élevée à partir de 1568 par Vignole, allie sobriété des lignes et faste de la décoration. Il sert de modèle très libre aux architectes, qui conservent souvent son fronton triangulaire en l'agrémentant tantôt de volutes, tantôt de colonnes. Le premier à incurver les façades est l'architecte Pierre de Cortone. Egalement peintre, il est le maître des plafonds en trompe-l'œil, comme dans le Triomphe de la Divine Providence (1636-1639) du palais Barberini.

 

Entre 1600 et 1680, architectes, sculpteurs et peintres répondent à de très nombreuses commandes, tant religieuses que profanes. Parmi les plus novateurs, le Bolonais Annibal Carrache peint notamment les plafonds de la Grande Galerie du palais Farnèse. Cependant le Caravage, qui recherche une «peinture naturelle», voit ses contrastes entre ombre et lumière repris par tout un courant – le caravagisme –, qui se répand bien au-delà des frontières italiennes.

 

Ø       Deux artistes illustrent et résument le baroque : le Bernin et Borromini.

 

Gian Lorenzo Bernini, dit le Cavalier Bernin

Gian Lorenzo Bernini, architecte, peintre et sculpteur, travaille de 1624 à 1678 à la décoration de Saint-Pierre de Rome, qui lui doit sa colonnade, les tombeaux des papes Urbain VIII et Alexandre VII, la statue monumentale de saint Longin, le baldaquin coiffant le maître-autel et l'autel de la «chaire de saint Pierre». Cette remarquable concentration d'œuvres est une éclatante manifestation de l'esprit de l'Eglise catholique dans la dernière période de la Contre-Réforme. Pour la chapelle Cornaro de Santa Maria della Vittoria, le Bernin sculpte dans le marbre blanc la très théâtrale Extase de sainte Thérèse (1644-1647). Par ailleurs, excellent portraitiste, il est l'auteur de nombreux bustes, dont celui de Louis XIV, réalisé à Paris où le Roi-Soleil l'avait appelé, en 1665, pour lui confier la réalisation de la façade principale du Louvre – projet qui échoua devant les cabales ministérielles et esthétiques.

 

Francesco Castelli, dit Borromini

Francesco Borromini a réalisé des oeuvres de moindre importance, mais de conception plus gracieuse, dans le domaine essentiellement religieux. Avec ses églises, comme Saint-Charles-aux-Quatre-Fontaines (1634), qu'il dota d'un dôme elliptique à caissons, puis d'une façade ondulante (1665), il libère le baroque de toute entrave classique. En dehors de Rome, le baroque italien se développe surtout à Turin, avec Guarino Guarini (palais Carignano, église San Lorenzo) et Filippo Juvara (façade et escalier du palais Madama), et à Venise, avec Longhena (église Santa Maria della Salute, palais Rezzonico).

 

  • Hors d'Italie, le baroque s'épanouit surtout à la fin du XVIIe et au XVIIIe siècle. Il connaît toutefois des variations chronologiques et stylistiques propres à chaque pays.

L'Espagne et son empire

Le baroque espagnol prend la suite de l'exubérant style plateresque de la Renaissance, avec lequel il compose. Ce baroque est parfois extrêmement surchargé, comme le retable de José Benito Churriguera à San Esteban de Salamanque (1693), accumulation de colonnes torses, de chapiteaux et de corniches. Le style churrigueresque – dont la façade de la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle (1738) est un bel exemple – marquera l'architecture jusqu'au début du XVIIIe siècle.

 

En peinture, les oeuvres, très diverses, ne permettent pas de dégager un style homogène. Le ténébrisme de Zurbarán et de Ribera influence Vélasquez, qui se rend plusieurs fois en Italie et se lie avec Rubens et Murillo, dont les Immaculées sont autant d'illustrations du baroque.

 

En Flandre du Sud, espagnole et catholique, l'architecture accumule les éléments stylistiques du maniérisme sur les façades des églises. La peinture est dominée par Rubens, qui, après avoir parcouru l'Europe, s'installe à Anvers en 1615.

 

Dans les colonies espagnoles d'Amérique, les traditions décoratives indigènes se mêlent aux styles architecturaux apportés par les ordres religieux missionnaires, principalement les Jésuites. Ainsi, les retables ruisselants d'or se couvrent d'une végétation luxuriante, variante américaine du style churrigueresque qui dominera l'architecture hispano-américaine jusqu'à la fin du XVIIIe siècle. Les structures architecturales vont de la sobriété presque austère à la plus grande exubérance, notamment au Mexique. La cathédrale de Mexico présente ses somptueuses estípites, colonnes de section carrée divisées par des moulures horizontales, et recouvertes d'arbres et de plantes sculptés et dorés.


Le domaine portugais

Le Portugal ne donne pas de grands chefs-d'œuvre au baroque pendant la domination espagnole (1580-1640). L'indépendance retrouvée, son art connaît un réveil qui se traduit en matière de décoration intérieure par la talha, spirales de feuillages dorés recouvrant les murs. Les églises, plus sobres qu'en Espagne, se caractérisent par des tours basses à coupole et des entourages réguliers soulignant les ouvertures. Eglises, palais et demeures plus modestes se couvrent d'azulejos, carreaux de faïence bleus et blancs.

 

Le Portugal répand le baroque dans ses colonies, jusqu'en Asie, comme en témoigne, à Macao, la saisissante façade de l'église jésuite São Paulo.

 

La colonie brésilienne reste liée à la métropole, et on y retrouve les caractéristiques du baroque portugais : sobriété des extérieurs limitant les décorations aux entourages de portes et fenêtres, richesse des intérieurs recouverts de talha et d'azulejos. La construction d'églises baroques se poursuit jusqu'au XIXe siècle, à Rio de Janeiro (São Bento), et surtout à Bahia et dans les villes minières du Minas Gerais, comme Ouro Preto et Congonhas do Campo, où le sculpteur et architecte métis Antonio Francisco Lisboa, dit Aleijadinho, construit l'église du Bom Jesu de Matosinhos, dont il orne le parvis de statues de prophètes particulièrement expressives.


L'Europe germanique

L'Allemagne et l'Autriche, qui sortent très affaiblies et isolées de la guerre de Trente Ans, ne s'ouvrent que tardivement au baroque : la bourgeoisie aisée, appauvrie par les guerres n'étant plus en mesure d'entreprendre de grandes réalisations, les architectes peu sollicités par les autorités urbaines, entrent alors au service d'un prince ou d'un abbé qui cherche à asseoir son prestige et son pouvoir ; l'architecture baroque allemande est avant tout l'art de l'absolutisme des cours fascinées par l'exemple politique et artistique de Louis XIV et de Versailles.

 

Vers la fin du XVIIe siècle, les trois capitales que sont alors Berlin, Dresde et Vienne deviennent, grâce à l'essor des cours princières, les centres de l'art baroque, qui y trouve son expression la plus flamboyante : à Berlin, Andreas Schlüter construit l'arsenal en 1696, et, en 1699, le Stadschloss (aujourd'hui détruit) à Vienne ; en 1696, Johann Bernhard Fischer von Erlach conçoit Schönbrunn et la Bibliothèque impériale (à partir de 1715), Johann Lucas von Hildebrandt élève le palais haut du Belvédère (1721-1724), à la façade couverte de sculptures et aux appartements ornés de fresques et de stucs, tandis qu'à Dresde Matthäus Daniel Pöppelmann et Balthasar Permoser réalisent le Zwinger (1716-1717).

 

Les abbayes, les résidences et les églises se multiplient dans tout l'Empire sous l'impulsion des princes-évêques, donnant l'opportunité à quelques grands créateurs de concevoir une architecture baroque originale : Johann Leonhard Dientzenhofer, Lucas von Hildebrandt, Balthasar Neumann ou Maximilian von Welsch s'orientent vers de nouvelles tendances architecturales, comme l'illustrent l'abbaye de Banz, le château Mirabell à Salzbourg, le château de Pommersfelden, la résidence de Würzburg ou la Favorite à Mayence, pour ne citer que les principaux exemples.

 

Dans le même temps, l'architecture religieuse connaît également un essor remarquable : Johann Balthasar Neumann édifie l'église des Quatorze-Saints (1743-1772), près de Bamberg, en Bavière. À Vienne, Johann Bernhard Fischer von Erlach bâtit la monumentale église Saint-Charles-Borromée, tandis qu'à Melk, Jakob Prandtauer entreprend la reconstruction de la célèbre abbaye (1702-1736) dont la bibliothèque présente des plafonds peints en trompe-l'œil par Paul Troger.

 

Le baroque germanique est particulièrement éclectique, et nombreux sont les princes et les abbés qui engagent à leur service des artistes étrangers, avec notamment un attrait particulier pour l'architecture française (François Cuvilliès, Philippe de la Guèpière, etc.) et l'art rocaille de la Régence : ainsi, en Bavière, la résidence des princes-évêques de Würzburg est le fruit de la collaboration de Hildebrandt, de Neumann, et des Français Robert de Cotte et Boffrand, ainsi que de Tiepolo, venu de Venise décorer l'escalier et la salle Impériale. Les architectes allemands puisent volontiers leur inspiration dans les décors italiens de Pierre de Cortone et d'Andrea Pozzo, mais aussi dans les gravures d'ornements des Français Jean Berain, Daniel Marot et Jean Le Pautre.

 

La sculpture est représentée par Balthasar Permoser, qui annonce les tendances rococos à Dresde et à Vienne, par Georg Raphael Donner, spécialiste des fontaines viennoises, et par Matthias Rauchmiller, qui poursuit le style du Bernin. De nombreux sculpteurs, parmi lesquels Anton Feuchtmayer, réalisent des décors de stuc (mélange de chaux éteinte, plâtre, colle et poussière de marbre), qui seront de plus en plus employés avec l'apparition du style rococo.


La France

Le XVIIe siècle français, bien que plus précocement attiré par la modération classique, n'est pas totalement imperméable au baroque. Le père Martellange contribue à répandre le style jésuite. Le style Louis XIII, marqué par une accumulation d'éléments ornementaux, mêle les goûts italien et flamand. Marie de Médicis, veuve de Henri IV, commande portraits et tableaux allégoriques à Rubens, tandis que Louis XIII confie la charge de premier peintre à Simon Vouet, très marqué par le caravagisme après un long séjour à Rome, et qui anime un atelier fréquenté par Le Brun et Le Sueur.

 

Ces derniers participent, sous le règne de Louis XIV, à la décoration du palais de Versailles (1669-1703), dont le classicisme majestueux, soucieux de traduire la grandeur et l'éclat du pouvoir royal, n'est pas exempt d'influences baroques. Pour le parc de Versailles, Pierre Puget, élève de l'Italien Pierre de Cortone, sculpte Milon de Crotone et Persée délivrant Andromède, groupes animés d'une tension pathétique.

 

En province, des écoles régionales ornent les églises de retables abondamment – et parfois assez naïvement – décorés de colonnes et de statues de saints.


L'Angleterre

L'Angleterre, ce pays protestant et puritain est peut-être celui qui résiste le plus à la pénétration du baroque, dont il accueille toutefois quelques oeuvres : les plafonds de la salle des Banquets de Whitehall sont commandés à Rubens, après que l'architecture du bâtiment a été confiée au très classique Inigo Jones.

 

Après l'incendie de Londres de 1666, sir Christopher Wren reconstruit 51 églises aux plans très inventifs et aux clochers évoquant le style de Borromini, et, de 1675 à 1710, il élève la nouvelle cathédrale Saint-Paul, dont les lignes générales et l'espace intérieur rappellent, avec plus de modération, ceux d'églises romaines.


Le baroque du Nord et de l'Est

Dans les Pays-Bas protestants, le baroque concerne plus la sculpture que la peinture. On peut toutefois relever dans l'art de Rembrandt des influences baroques (la Ronde de nuit, 1642).

 

Le baroque se répand également en Europe de l'Est : en Hongrie, Budapest s'enrichit d'églises aux riches autels, tandis que les Esterházy se font bâtir un palais à Fertöd. En Bohême, Kilián Ignáz Dientzenhofer élève à Prague, de 1732 à 1735, l'église des Jésuites Saint-Nicolas. En Pologne, on construit plusieurs églises à frontons et colonnes, notamment à Cracovie.

 

En Russie orthodoxe, le baroque «Narychkine» de certaines églises intègre des éléments décoratifs typiquement baroques à des éléments russes, tandis que le palais d'Eté de Tsarskoïe Selo (aujourd'hui Pouchkine) et le palais d'Hiver de Saint-Pétersbourg, dus à l'Italien Bartolomeo Francesco Rastrelli, sont d'une inspiration plus occidentale.

 

Au début du XVIIIe siècle, en France, puis en Allemagne, et enfin dans le reste de l'Europe, le baroque trouvera un prolongement dans le style rococo.


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