Le baroque musical n'a ni la même origine ni la même extension ni le même destin que le baroque architectural ou littéraire. Et cependant il s'affirme comme un art du mouvement et de la variation, à travers la création de genres nouveaux, caractérisés par une structure concertante : il rejoint ainsi la tendance profonde du baroque à la dramatisation.
Centré sur l'Italie et l'Allemagne, le baroque musical se déploie sur un siècle et demi, entre Monteverdi et Jean-Sébastien Bach.
Dans l'Europe du début du XVIIe siècle, la musique savante ne se limite plus aux cours ou aux églises, mais gagne les salles lyriques, les académies et les salons, touchant un plus vaste public, et permettant aux musiciens de gagner leur indépendance de créateurs. Le musicien se déplace fréquemment, pour accompagner un mécène, chercher un emploi ou rencontrer ses confrères : Monteverdi appartient autant à Mantoue qu'à Venise, et Bach à Köthen ou à Leipzig, tandis que Händel ou Gluck vivent et composent successivement dans plusieurs pays.
Par rapport à la Renaissance ou à l'équilibre classique français, la musique baroque se distingue cependant par ses contrastes, son imagination débordante et ses ornements somptueux. Les musicologues distinguent trois périodes dans son évolution.
Le premier baroque : le «stile rappresentativo»
Le premier baroque, qui s'étend de 1580 environ à 1640, est assez difficile à distinguer de la Renaissance tardive : des intellectuels, s'inspirant des idées néoplatoniciennes, s'interrogent sur l'expression musicale et définissent le stile rappresentativo, fondé sur le récitatif et qui donnera naissance à l'opéra. Membres de la Carmerata fiorentina (Académie florentine) fondée par le comte Giovanni Bardi, Jacopo Peri et Giulio Caccini illustrent bien ces recherches qui tendent à unir le texte et la musique dans des oeuvres scéniques. De la chanson monodique, l'évolution mène à l'opéra et à l'oratorio. Les mélodies sont simples, le contrepoint très réduit, la basse continue devient le soutien obligé de la mélodie. Monteverdi fait le lien entre la prima prattica (polyphonie de la Renaissance) et la secunda prattica (synthèse entre la polyphonie et l'expression monodique), dans des œuvres exprimant les émotions humaines les plus passionnées. C'est pour le Teatro San Cassiano de Venise, premier théâtre lyrique ouvert au public, qu'il écrit le Couronnement de Poppée. Dans une Allemagne ravagée par la guerre de Trente Ans, Heinrich Schütz fait connaître la musique italienne, mais transpose en sonorités splendides la profondeur de sa foi luthérienne. La musique instrumentale bénéficie cependant des progrès des luthiers crémonais : dans les aigus, la viole est remplacée par le violon.
Le baroque médian : «bel canto» et «concerto grosso»
Le baroque médian est, entre 1640 et 1690, la grande époque de l'opéra public. Les troupes ambulantes répandent le bel canto, avec ses arias mettant en valeur la prima donna. Quant à la musique instrumentale, elle voit se développer la sonate, pour soliste ou trio, et le concerto grosso.
Le baroque tardif : l'apport du pianoforte
Le dernier baroque – de 1690 à 1750 – voit la musique l'emporter sur le drame. La basse continue n'est plus indispensable. Les sonates et concertos demandent une grande virtuosité aux interprètes. Les instruments continuent de se perfectionner : entre 1698 et 1709, le facteur de clavecin italien Bartolomeo Cristofori met au point le pianoforte.
Il existe une sensibilité baroque qui s'exprime dans les arts ou la littérature, et dont l'outrance et le pathétique sont des traits fondamentaux. Mais les compositeurs de cette longue période (1580-1750) conservent, pour les uns, certaines formes de la Renaissance, comme Monteverdi ou Schütz, qui pratiquent le motet ou le madrigal, ou, pour les autres, transcendent ces mêmes formes, comme Händel ou Bach, qui ouvrent les voies de la musique de chambre, du concerto, et surtout de l'opéra et de son corollaire sacré, l'oratorio.
Les traités et les pamphlets se multiplient, envisageant tous les aspects de la musique, la théorie, la composition et l'exécution, la technique et les ornements. De là découlent des solutions pratiques, qui mettent un terme notamment à la trop grande disparité entre les diapasons, les instruments ou les tempéraments.
Dès la fin du XVIIe siècle, le «bon» tempérament pour l'accord des instruments à sons fixes permet aux musiciens de retrouver en Europe des conditions semblables d'exécution. Cette unification fait du baroque moins une musique spécifique qu'une coloration particulière qui transparaît dans le métier de chaque compositeur.
Il n'y a donc pas à proprement parler de style baroque en musique, mais des éléments de la sensibilité d'une époque utilisés par les musiciens. Ceux-ci ont transcendé les formes et préparé l'éclosion du grand classicisme viennois qui inventera la symphonie et le quatuor à cordes, mais saura tirer parti du legs d'une époque riche d'expérimentations et d'audaces.