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La maturité de la photographie


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Sommaire

 Le reportage photographique
 Un œil sur l'invisible
 Refuser le réel : les pictorialistes
 La photographie et les avant-gardes
 La photographie et la presse
 Publicité et photographie

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Le Brownie n° 2
George Eastman met sur le marché en 1900 le «Brownie», un appareil destiné aux enfants et vendu 1 dollar.

Jusqu'à la Première Guerre mondiale, la photographie poursuit son investigation du réel, bénéficiant d'appareils plus légers et de films plus sensibles. C'est, paradoxalement, lorsque la technique est parfaitement maîtrisée que des photographes se détournent de la simple reproduction de la réalité pour élever leur discipline au rang d'art.


Le reportage photographique

Commencée au lendemain de la découverte de la photographie, l'exploration du monde perd progressivement son caractère romantique et exotique pour adopter la forme du reportage.

 

Le mouvement le plus marquant du début du siècle est sans doute la vogue de la photographie sociale, dont le but est de sensibiliser la classe des nantis au sort des pauvres. Cette vogue est illustrée par le journaliste Jacob August Riis, qui, pour convaincre les autorités de la nécessité d'une politique du logement, photographie l'Amérique des mineurs et des tavernes. D'autres, comme le peintre italien Francesco Paolo Micchetti, lui donnent un ton plus léger en s'intéressant aux saltimbanques et aux petits métiers. Le plus souvent, toutefois, cette photographie dite naturaliste se teinte de pittoresque paternaliste. Elle se rapprochera plus tard d'une conception documentaire plus moderne avec Peter H. Emerson et, surtout, Lewis W. Hine, qui photographie la détresse des immigrants américains ou dénonce le travail des enfants.


Un œil sur l'invisible

Pour l'ensemble des sciences, la photographie est devenue, au début du XXe siècle, un outil indispensable qui permet de voir ce que l'œil seul ne peut déceler, de l'infiniment petit à l'infiniment grand. Les cartes topographiques effectuées d'après clichés se multiplient, tandis que la photographie aérienne devient un outil précieux lors de la Première Guerre mondiale.

 

L'astronomie et la biologie utilisent maintenant couramment la photographie, tout comme la médecine, qui l'associe aux rayons X, découverts en 1895 par Wilhelm Conrad Röntgen. Avec des temps de pose désormais très brefs, Edward J. Muybridge et Étienne Jules Marey analysent le mouvement, et inventent la chronophotographie, qui permet de saisir sur une même plaque dix images prises à quelques fractions de seconde d'intervalle.


Refuser le réel : les pictorialistes

Le film souple en Celluloïd breveté par George Eastman en 1889 donne naissance à la photographie d'amateur. Confrontés à la banalisation de leur technique, des photographes clament leur qualité d'artistes et revendiquent l'égalité de la photographie avec la peinture. Les pictorialistes (mot issu de l'anglais pictural photography, que l'on peut traduire par «tableau photographique») utilisent les canons de maîtres comme Vélasquez, Delacroix ou Corot – voire des courants plus récents, comme l'impressionnisme – et transfigurent un réel qu'ils considèrent comme désormais photographié dans sa totalité.

 

Les grands pictorialistes Robert Demachy, Alfred Kirstein, Heinrich Kühn, Alfred Stieglitz, Edward Steichen, Clarence H. White, Constant Puyo ou Alvin L. Coburn privilégient la neige, la pluie, la brume, jouent avec les clairs-obscurs ou les perspectives fuyantes, et sacrifient au sacro-saint respect de la netteté photographique. Certains limitent le nombre de tirages, détruisent les négatifs et manipulent leurs épreuves en les grattant et en les retouchant de multiples manières, leur donnant ainsi un caractère d'unicité qui est censé les conduire au rang d'œuvres d'art.


La photographie et les avant-gardes

Après avoir rivalisé avec les peintres au début du siècle, les photographes vont s'associer à eux lors de la décennie suivante. Ce sont les futuristes italiens qui, peu avant la Première Guerre mondiale, cherchant à représenter sur leurs toiles le mouvement et la sensation dynamique, s'intéressent d'abord aux chronophotographies de Marey puis intègrent, en 1913, deux photographes dans leur groupe, les frères Anton Giulio et Arturo Bragaglia.

 

La photographie américaine

C'est aux États-Unis, cependant, que la collaboration entre les photographes et l'avant-garde est la plus étroite. Le pictorialiste Alfred Stieglitz expose dans la galerie «291» à New York des artistes comme Picasso puis, lors de la grande exposition de l'Armory Show, en 1913, présente au public ses clichés récents. L'un d'eux, l'Entrepont – mélange de lignes, de formes géométriques et humaines –, est très proche de l'avant-garde picturale en ce sens que le sujet – une vue d'un pont de paquebot – est mis au second plan. Plus tard, en 1916, Stieglitz fait connaître les «photographies pures» de Paul Strand – des images objectives et froides – puis réalise des clichés de nuages, les «équivalents», expression limite de cet art dépouillé que pratique aussi un Edward Weston, autre transfuge du pictorialisme.

 

La photographie européenne

En dehors de l'œuvre des dadaïstes, comme Raoul Hausmann, qui réalise des photomontages iconoclastes, la photographie d'avant-garde n'apparaît vraiment en Europe qu'au lendemain de la guerre, avec le photographe de documents français Eugène Atget (détails architecturaux et vues du vieux Paris), et le Hongrois László Moholy-Nagy. Membre du Bauhaus, ce dernier réalise des «photogrammes» (tirages directs obtenus en posant des objets sur du papier photographique) et associe la photographie à la typographie pour produire des textes d'une lecture plus attractive. Hongrois également, André Kertész photographie dans les années 1920 des objets simples, soulignant ainsi l'importance du choix du photographe et le double message que porte l'image, à la fois chose banale et somme de lignes recherchant un effet esthétique.

 

Cette multiple dimension du réel intéresse logiquement les surréalistes. Brassaï travaille avec le peintre Salvador Dalí et se montre fasciné par le Paris nocturne et par les formes étranges des cristaux. Man Ray réalise ses rayographes (objets posés sur une feuille de papier photographique exposée à la lumière) en 1922, puis photographie des objets sans valeur documentaire ou esthétique. Ce faisant, il dénie toute dimension artistique à ses clichés et annonce la fin de la fascination de l'avant-garde pour la photographie. En effet, les peintres se détournent peu après d'une discipline dont ils ont épuisé les possibilités et d'un art qui vole désormais de ses propres ailes.


La photographie et la presse

Dans les années 1840, au moment même où naît la photographie, apparaissent les premiers quotidiens illustrés. Les dessins, que reproduisent des graveurs, deviennent de plus en plus nombreux au fur et à mesure que le siècle avance.

 

La photographie ne fait son apparition dans la presse qu'à la fin du XXe siècle, mais elle est alors seulement utilisée comme un outil. Ainsi, des dessinateurs prennent des clichés pour reproduire ensuite l'image à la main. Vers 1890, la reproduction photomécanique va néanmoins remplacer la gravure en raison de son coût plus intéressant, de sa rapidité d'utilisation et des bons résultats que donnent les deux techniques alors les plus courantes : les procédés à plat (nécessitant des planches hors textes) et les procédés en creux utilisant des clichés similis en relief (permettant de tirer l'image et le texte sur la même presse). En 1910 naissent les premières rotatives et avec elles les quotidiens illustrés de l'ère moderne.

 

C'est aux États-Unis que la photographie de presse prend le plus d'ampleur. Les images illustrent les événements que relatent les articles, notamment les guerres des années 1900 (guerre russo-japonaise ; guerre des Boers, en Afrique du Sud). Elles peuvent aussi prendre la forme de pictures stories, sortes de reportages sur des sujets variés.

 

En France, l'illustration photographique apparaît vers la fin du XIXe siècle dans des revues comme l'Illustration, qui se consacra au reportage, mais ce n'est que vers 1902 que la photographie est utilisée dans la presse quotidienne, pour le journal le Matin notamment ; cependant, à la veille de la Première Guerre mondiale, elle est déjà à la «une» des principaux quotidiens.


Publicité et photographie

Née au XIXe siècle, la publicité a longtemps préféré l'affiche de style Art nouveau puis, dans les années 1910, la sobriété et la clarté du dessin, qui mettait en valeur le produit dont il fallait vanter les mérites. La photographie, quant à elle, ne fut adoptée massivement qu'à partir de 1920.

 

Pourtant, malgré son utilisation tardive, la photographie ne laissa pas les dessinateurs publicitaires indifférents. Mieux, ces derniers furent influencés par elle et reprirent à leur compte plusieurs procédés photographiques comme le montage, les perspectives étonnantes ou les cadrages spéciaux. Certains allèrent jusqu'à représenter l'objet comme l'aurait photographié un Alfred Stieglitz ou un Paul Strand, c'est-à-dire de manière froide et objective, comme pour mieux capter l'attention de l'acheteur potentiel.

 

Lorsque la publicité adopta la photographie, certains clichés auraient pu tout aussi bien figurer dans une exposition d'avant-garde. László Moholy-Nagy ne s'y est d'ailleurs pas trompé, lui qui s'intéressa aux créations des publicitaires, notamment à une image de pneu qu'il donna à étudier à ses élèves du Bauhaus après en avoir ôté le texte.


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